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Interview Michael Gough, Senior Product Manager chez B&W

Michael GoughMichael Gough étudie la physique à l’université de Bristol ou il obtient son diplôme avec mention en 1969. Il est alors embauché comme ingénieur pour le développement chez Goodmans Loudspeakers Ltd, à Wembley. Durant cette période, il poursuit des études d’acoustique appliquée à l’université de Londres. En 1973, Michael Gough travaille chez KEF à Maidstone où il rencontre Laurie Fincham qui devient son mentor. Il y supervise la conception de la plupart des enceintes, invente la configuration 2 voies ½ et conduit des travaux sur l’alignement des cavités-couplées pour les basses, les filtres et les haut-parleurs KEF Uni-Q. En 1989, Michael Gough intègre B&W où il continue à concevoir des enceintes puis supervise la conception technique des produits. Après 25 années passées au service de cette entreprise, Michael Gough est désormais en pré-retraite de son poste de Senior Product Manager.

Son-Vidéo : Qu’apportent le tweeter double dôme et la technologie FST à la série d’enceintes 600 S2 ?

Michael Gough : L’intérêt du double dôme est d’élever la première fréquence de résonance du tweeter. Notre expérience en la matière – et plus spécifiquement des dômes en diamant – nous a montré que plus cette fréquence est élevée, mieux le dôme se comporte au-dessous de 20 kHz. Le tweeter à double dôme aluminium, introduit avec l’enceinte CM10, est désormais présent dans toute la nouvelle gamme CM Serie 2. Quant à la technologie FST, celle-ci élimine les problèmes liés aux suspensions de membranes à rouleau traditionnelles (NDLR, distorsion, retard), mais ne convient qu’aux faibles excursions de membranes, d’où son emploi uniquement dans les haut-parleurs de médium.

S.V : Les enceintes des séries 600 et CM utilisent toutes un tweeter à double dôme qui est découplé du baffle. Pourquoi ?

M.G : Le découplage est une technique très efficace pour isoler le haut-parleur du coffret de l’enceinte. Le tweeter sonne de manière plus ample et plus naturelle, moins d’énergie est transmise au coffret. Seul le diaphragme doit se mouvoir, tout le reste doit rester immobile.

B&W CM Series 2

S.V : Comment est née la nouvelle Série CM ?

M.G : Située entre la série 600 et la série 800, la série CM partage des caractéristiques avec ces deux familles d’enceintes. Nous avons toujours appliqué le principe du rayonnement vers le bas. Une nouvelle technologie est d’abord créée pour les produits haut de gamme, en gardant à l’esprit d’en étendre à terme l’utilisation sur des modèles plus abordables. En plus du découplage mécanique de chaque tweeter, ceux des CM6 et CM10 de nouvelle génération sont « débafflés » (NDLR : posés au sommet de l’enceinte) afin d’améliorer la dispersion et l’image sonore globale.

S.V : Comment conciliez-vous contraintes techniques (obtenir un bon son) et contraintes esthétiques (fabriquer une belle enceinte) ?

M.G : La géométrie du coffret et les matériaux affectent l’image sonore de l’enceinte et ses qualités acoustiques fondamentales. Des contraintes s’imposent aux designers afin que les performances acoustiques ne soient pas impactées par inadvertance. Cela fait si longtemps que nous travaillons avec nos designers qu’ils savent exactement ce qu’ils peuvent ou ne peuvent pas faire. Nous devons aussi tenir compte du fait que certains attributs qui font qu’une enceinte sonne mieux peuvent coûter plus cher. C’est un équilibre à trouver, et les priorités sont différentes selon l’utilisation finale et la gamme de prix.

S.V : Quelle est selon vous la définition d’une bonne enceinte ?

M.G : La définition de John Bowers est toujours d’actualité : « la meilleure enceinte n’est pas celle qui donne le plus ; c’est celle qui perd le moins ». En fait, ce principe est vrai pour tous les composants audio. C’est l’ingénieur du son qui définit comment l’enregistrement doit sonner, pas le concepteur de l’appareil audio. Notre travail consiste à reproduire aussi fidèlement que possible les intentions de l’ingénieur du son à l’enregistrement.

B&W CM6 S2

Le tweeter débafflé de l’enceinte B&W CM6 S2

S.V : Quelles ambitions avez-vous pour la gamme d’enceintes CM S2 qui se positionnent comme des modèles plutôt haut de gamme ?

M.G : La série 800 demeure notre haut de gamme. Certaines caractéristiques de la série CM trouvent leur origine dans la série 800 mais en raison des différences de prix entre les deux, les parois courbes, la charge séparée pour le médium et la charpente interne Matrix ne sont pas présentes sur la série CM. Seulement deux modèles de la série CM disposent d’un tweeter “débafflé”, et les composants de filtrage sont de qualité intermédiaire entre ceux de la série 600 et ceux de la série 800.

S.V : De quel équipement personnel disposez-vous pour écouter de la musique ?

M. G : Pour une écoute sérieuse, j’utilise une paire de 804 Diamond et des électroniques Classé Audio. Je possède également une paire de CM2 de la série originale, alimentée par un ampli intégré Rotel RA-12. Lorsque je veux juste une musique de fond, je pose mon iPhone sur un Zeppelin ou je streame la musique vers une enceinte sans fil A5. Comme je trouve que le son des téléviseurs à écran plat est une insulte faite aux oreilles, j’écoute la télé avec une paire d’enceintes MM-1. Pour des raisons sentimentales, je possède également une paire d’enceintes de la marque pour laquelle je travaillait précédemment (NDLR : KEF).

B&W A5

L’enceinte sans fil B&W A5

S.V : Quel est votre meilleur souvenir musical ?

M.G : J’ai assisté à une remise de prix organisée par le magazine britannique Gramophone durant laquelle Nigel Kennedy interpréta quelques solos de Bach. J’étais complètement fasciné. Je n’aurais pas été autant transporté par la même musique écoutée sur un système hi-fi. Une interprétation est bien plus puissante lorsqu’on assiste à la performance musicale en direct plutôt qu’en l’écoutant simplement. Le second souvenir remonte aussi à quelques années. Je chante dans une chorale et nous devions faire une interprétation du War Requiem de Benjamin Britten avec une chorale venue de Hongrie. Je trouvais cette pièce difficile lors des répétitions, au point d’envisager de ne pas prendre part au concert tant j’étais déçu par ma performance. Heureusement que j’ai persisté car ce fut l’une de mes expériences musicales les plus émouvantes.

À propos de l'auteur

François Richard

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