Interviews

Interview de Heinz Lichtenegger, directeur général de Pro-Ject

Heinz Lichtenegger

Heinz Lichtenegger découvre très jeune la magie du vinyle, sur la platine de sa sœur aînée et décide de faire de sa passion son métier. D’abord revendeur de matériel hi-fi dans les années 80, il se lance à la fin des années 90 dans la fabrication de platines vinyle audiophiles abordables, persuadé que le son analogique ne peut ni ne doit disparaître face au CD. Ainsi naît Pro-Ject, acteur majeur de la hi-fi devenue aujourd’hui la plus grande manufacture mondiale de platines vinyle audiophiles.

Comment expliquez vous le regain d’intérêt pour le vinyle constaté depuis quelques années ?
Ce retour au vinyle existe plus ou moins depuis nos débuts. Alors que nous présentions la première PJ One, nombreux étaient ceux qui étaient absolument impressionnés et qui se sont remis à collectionner les disques vinyle par la suite (ce qui était chose aisée dans les années 90 puisque les vinyles étaient vendus pour une bouchée de pain). Puis c’est arrivé par vagues : l’Autriche, l’Allemagne et le Royaume-Uni vers la fin des années 90, suivis par les pays scandinaves et la France aux alentours de 2005. Il y a de cela 3 ou 4 ans, le marché américain a lui aussi repris vie, ce qui a grandement participé à revigorer ce milieu. Cet engouement est lié à de multiples raisons. Bien entendu, la qualité du son est l’aspect primordial du vinyle, mais le côté tactile est également très important. Le désir de tenir entre ses mains un véritable objet dans une époque ou tout devient virtuel. Le CD est moins tactile, moins stable et offre une qualité moindre. Un 33 tours est un objet que l’on prend plaisir à voir, toucher, sentir, ressentir et bien sûr à écouter. Il y a aussi la volonté de retourner à quelque chose d’analogique, de se placer à contre courant d’un monde qui tourne de plus en plus vite. Les restaurants s’opposent aux chaînes de fast food, les petites boutiques aux grandes structures et l’harmonie à la compression du son.

Comment voyez vous l’avenir du disque vinyle ?
Le disque vinyle a encore de beaux jours devant lui, les plates-formes de streaming et les supports analogiques vont continuer à évoluer au détriment du CD. Avoir une collection de 33 tours est une véritable déclaration d’amour à la musique et beaucoup de gens veulent montrer à quel point ils aiment la musique. Pour aller à l’essentiel, c’est tout simplement une superbe expérience et de plus en plus de monde y prend plaisir. Ce n’est pas encore le cas d’une majeure partie de la population mais au moins pour 20 %, ce qui est déjà beaucoup et c’est un nombre qui va continuer d’évoluer dans les années à venir, cela ne fait aucun doute.

Pro-Ject RPM-3 Carbon

La platine vinyle Pro-Ject RPM-3 Carbon

Pourquoi avoir choisi de vous implanter en République Tchèque et pourquoi y rester aujourd’hui ?
La République Tchèque est idéale ! C’est près de chez moi, les gens sont formidables et ont beaucoup d’expérience dans le domaine de la conception électromécanique. Bien sûr, faire fabriquer en République Tchèque est bien plus coûteux que de le faire en Chine, mais la flexibilité proposée et la qualité des matériaux ainsi que le niveau de détail sont incomparables. C’est un partenariat fantastique et nous sommes très loyaux, les envois sont rapides et faciles, tout comme la communication.

Avez-vous déjà songé à faire l’acquisition d’une usine de pressage de disques vinyle ?
Non car c’est un travail totalement différent de celui que nous faisons, aussi bien au niveau mécanique qu’au niveau des différentes perspectives. J’ai grandi avec les platines vinyle, je sais pratiquement tout ce qu’il y a à savoir au sujet de la conception de ces appareils, mais je n’ai aucune expérience dans la production de disques vinyle. Il y a des gens très doués qui font déjà un excellent travail.

Combien de personnes travaillent pour Pro-Ject aujourd’hui ?
Nous avons maintenant trois usines, auxquelles viennent s’ajouter le service logistique, les concepteurs, le service marketing et administratif, tous situés à Vienne. Ce qui fait un total d’environ 500 personnes.

Quelle est votre meilleure vente pour l’instant ?
Les platines de la série Debut, sans le moindre doute.

Est-il difficile de proposer des platines d’une telle qualité pour un prix si compétitif ?
Plus le prix est compétitif plus c’est difficile. C’est en fait relativement simple de proposer une platine haut de gamme correcte, c’est pourquoi il existe aussi de petites entreprises dont les platines sont de bonne qualité. Cependant, dès que l’on veut descendre en dessous de 500 euros, il faut être très méticuleux dans la fabrication et toute les marques offrant des modèles pour un prix très bas, souvent provenant de Chine, font tout simplement trop d’erreurs, ce que les clients réalisent au fil du temps. Il faut beaucoup d’expérience pour créer un produit magique tel que la platine Debut Carbon ou RPM 1.

Pro-Ject Debut Carbon (DC)

La platine vinyle Pro-Ject Debut Carbon (DC)

Qu’est-ce qui rend si unique chaque platine vinyle Pro-Ject ?
L’idée principale est que chaque modèle doit avoir un design simple et techniquement irréprochable. L’objectif est d’optimiser avant tout le son, puis la forme. Il est aussi très important que les platines soient évolutives, c’est pourquoi presque tous nos modèles sont dotés de fiches RCA pour y ajouter un câble de meilleure qualité mais aussi d’un ajustement de l’angle de piste vertical (VTA) et de l’azimuth, de façon à pouvoir changer la cellule, etc. Il est aussi essentiel de souligner que nous n’avons pas une seule façon de concevoir nos platines. Il existe de nombreuses manières pour obtenir un résultat de grande qualité. La légèreté, l’énergie, le type d’entraînement, le système sous châssis, la masse de la platine, nous sommes la seule compagnie a bénéficier d’un tel choix.

À qui les platines Pro-Ject s’adressent-elles ?
Il n’y a pas vraiment de client type. Nous voulons réellement toucher tout ce que les gens peuvent rechercher, quelque soit leurs goûts en matière de son et d’esthétique. C’est pourquoi nous proposons tant de modèles différents. Nous avons des clients de tous les âges et venant de milieux sociaux divers. Le seul véritable point commun entre nos clients, c’est simplement que ce sont tous des amoureux de musique qui comprennent la qualité sonore, le plaisir et la magie que peut offrir l’analogique.

De quel produit êtes-vous le plus fier ?
Toutes mes créations sont un peu comme mes enfants, c’est très difficile pour moi d’en choisir une en particulier, de plus mes préférences varient avec le temps. Pour être très honnête, si je devais absolument choisir un produit pour le moment, cela serait l’amplificateur intégré MAIA. C’est un produit qui est tout simplement parfait pour faire ses premiers pas dans le monde de la stéréo. Un peu comme une introduction au numérique, une sorte de catalyseur pour transformer une personne en véritable audiophile. Le MAIA est un produit Pro-Ject typique, le son est très bon, l’appareil est facile à utiliser et répond aux besoins actuels des utilisateurs (phono, analogique, numérique, streaming Bluetooth et USB). C’est aussi le compromis idéal car cet appareil offre un son excellent grâce à ses composants de grande qualité et non pas parce qu’il déploie des quantités d’énergie gargantuesques.

Un amplificateur de 25 Watts dans une pièce de 20 m2 convient largement à la plupart des débutants dans le domaine de la hi-fi.

Pro-Ject MaiA

L’ampli DAC Pro-Ject MaiA

Très complète, la gamme Box Design ne cesse de s’étoffer et surprendre avec de nouveaux produits. Comment est-ce possible ?
Nous voyons la hi-fi stéréo comme un milieu plein de promesses. Les produits grand public s’orientent vers les matériaux à base de plastique et sont de plus en plus investis dans la transmission Bluetooth, les enceintes sans fil et les barres de son, c’est à dire un son très traité et pour ainsi dire en mono (ces produits sont stéréo mais offrent une expérience plus proche du mono car tout est condensé dans une seule enceinte).  Nous voulons proposer des produits offrant une amplification linéaire et naturelle et c’est ce que nous faisons à différents niveaux pour répondre aux diverses attentes de notre clientèle. Aujourd’hui nous avons le plus vaste programme au monde de composants hi-fi proposant un véritable son stéréo pour permettre à chacun de nos clients de choisir son système idéal. Dans un avenir proche, il y aura également de plus en plus de produits intégrés dans la veine du Maia et Maia DS qui offriront tout un éventail de fonctions dans un seul boîtier.

Y a-t-il de nouveaux projets de chez Pro-Ject dont vous pouvez parler aujourd’hui ?
Certains, oui. Nous avons constaté qu’il y a un énorme potentiel pour toucher de nouveaux clients qui s’intéressent aux produits car ils sont passionnés par un artiste puis réalisent à quel point le son est meilleur en utilisant nos électroniques et veulent alors s’orienter vers des appareils véritablement audiophiles. Des partenariats avec de grandes marques telles que Klipsch permettent au monde de l’analogique d’étendre constamment sa clientèle et je me réjouis tout particulièrement que Son-Vidéo nous soutienne dans notre démarche.

Quel est votre meilleur souvenir musical (concert, album, écoute hi-fi …) ?
J’ai un très large choix de musiques chez moi puisque ma collection compte près de 25 000 disques et remplit toute ma maison. J’écoute aussi bien du rock que du jazz ou des opéras classiques. Si vous regardez les nouvelles brochures, il y a divers albums que j’ai utilisé pour concevoir les platines et on peut voir un disque différent spécialement choisi pour chaque modèle sur les photographies, car au final ce qui compte vraiment, c’est avant tout la musique.

Cet article est aussi disponible en : Anglais

À propos de l'auteur

François Richard

Laisser un commentaire