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Test : HiFiMAN EF2C

HiFiMAN EF2C

L’ampli casque HiFiMAN EF2C est un modèle hybride avec DAC USB, qui met en oeuvre une paire de tubes de puissance 6N1 pour sa préamplification et des transistors classiques pour l’amplification de la section casque. Ce type de montage hybride permet de goûter au son mélodieux du tube avec un appareil au gabarit raisonnable… sans pour autant casser sa tirelire. Il suffit de le connecter au port USB de tout ordinateur pour écouter de la musique, voire à une source analogique. Ce modèle remplace le plébiscité HiFiMAN EF2A et intègre de nouveaux DAC et potentiomètre de volume.

Deux entrées sont présentes, l’une ligne stéréo RCA (pour connecter un baladeur ou tout lecteur audio à sortie stéréo) et l’autre USB (type B). La puce de conversion embarquée (DAC) est compatible avec les flux PCM stéréo jusqu’à 16 bits et 48 kHz. L’ampli casque délivre jusqu’à 2×320 mW sous 32 Ohms : il est donc puissant et peut alimenter sans difficulté des casques de sensibilité moyenne à élevée (95 dB / 150 Ohms par exemple).

HiFiMAN EF2C

Les deux tubes de puissance assurent la préamplification du signal

HiFiMAN EF2C : l’intérêt des tubes de puissance

Pour rappel, le tube de puissance est l’ancêtre du transistor. Malgré sa faible puissance, son faible rendement, ce composant électronique reste aujourd’hui très utilisé en hi-fi ou en sonorisation. Les amplis de guitares électriques fonctionnent pour beaucoup avec des tubes de puissance, qui leur confèrent distorsion et chaleur. Les deux petits tubes 6N1 jouent un rôle identique dans l’ampli casque EF2C : donner au signal audio vie et chaleur, avant que les transistors ne l’amplifient. Bien que ce montage pré à tube, amp à transistor ne soit pas la panacée – et ne vaille pas un montage 100 % tubes – il donne toutefois au son une saveur qu’aucun autre ampli casque à transistor ne peut offrir – et peu importe son tarif.

HiFiMAN EF2C

La sortie casque est au format jack 6,35 mm

HiFiMAN EF2C : installation

Nous avons testé l’ampli casque HiFiMAN EF2C avec un Raspberry Pi2 (Volumio) et nos fichiers FLAC et DSD habituels, hébergés par un NAS Synology. Le câble USB utilisé était un Audioquest Carbon USB. Le casque notre fidèle Sennheiser PX-100.

Il a fallu être patients avec le HiFiMAN EF2C. Les premières impressions d’écoutes étaient franchement décevantes : son étouffé, extension des registres grave et aigu inexistante… la douche froide ! D’autant que le dernier ampli casque à tubes que nous avions écouté, l’Aune T1, fait dès les premières notes une toute autre impression. Nous avons d’ailleurs attendu près de deux semaines que l’électronique se rode avant d’entreprendre la rédaction de ce billet de test.

Qu’on se le dise, après rodage, le HiFiMAN EF2C est un tout autre animal, au son clairement vintage et mélodieux.

Nous avons remarqué qu’il ne fallait pas pousser le volume de notre source USB à plus de 50 % sous peine de provoquer un tassement dynamique flagrant (effet de pompage). Ce constat n’est pas lié au Raspberry Pi2 utilisé, mais est reproductible avec toute autre source USB. Sans doute le DAC attaque t-il les tubes avec trop de niveau. Mais cette contrainte n’affecte pas la qualité de restitution.

HiFiMAN EF2C

HiFiMAN EF2C : signature sonore

Registre grave : le haut grave est très présent, carrément boursouflé pendant les 200 premières heures de rodage, puis il retrouve une enveloppe agréable. L’infra-grave manque un peu d’extension, mais les transitoires sont très bonnes : c’est une qualité plutôt rare. Les lignes de basses et guitares basses sont crédibles.

Registre médium : riche et chaleureux, avec une exploration très convaincante du bas médium et une extraction des voix efficace.

Registre aigu : fluide mais légèrement en retrait… ou tout simplement très bien placé, car l’abondance de hautes fréquences nuit à la profondeur de la scène sonore, l’étriquent. Ce n’est pas le cas ici. Voici un ampli casque qui va faire du bien à un grand nombre d’écouteurs et de casques trop montants.

Passé un long rodage d’au moins 200 heures (2 semaines d’écoutes quotidiennes et de mise sous tension permanente), le HiFiMAN EF2C se stabilise dans son fonctionnement.

Premier constat : l’écoute à faible volume (même au murmure) est équilibrée. À mesure que l’on augmente le volume, l’équilibre global est préservé, sans tassement dynamique. D’une manière générale, le début et l’extinction des notes sont plus facilement perceptibles que sur des produits concurrents sans tube (dans cette gamme de prix et au-delà d’ailleurs).

Le HiFiMAN EF2C fait souvent découvrir un détail supplémentaire, reproduit une texture sonore avec plus de richesse. C’est manifeste sur les cordes ou les percussions. La réponse en fréquence est (un peu) moins large que la plupart des amplis DAC traditionnels. Cela rebutera certains auditeurs au début, mais l’articulation et la cohérence du message ne peut que séduire.

HiFiMAN EF2C

Le bouton poussoir sur la droite permet de basculer entre l’entrée USB et l’entrée ligne

HiFiMAN EF2C : impressions d’écoutes

New Kid in Town, Eagles, DSD 2,8 MHz -> PCM 16/44
Eagles a perdu Glenn Frey ce lundi, formidable mélodiste et interprète de ce New Kid in Town. Ce petit ampli restitue avec justesse la voix de l’artiste, emprunte de mélancolie. On aurait aimé un peu plus d’explosivité sur les cymbales, mais la restitution est cohérente et touchante. Pas une once de dureté.

Hurricane, Bob Dylan, DSD 2,8 MHz -> PCM 16/44
Toujours un redoutable test, qui peut tourner au cauchemar si les percussions et le violon ne sont pas placées sous contrôle. Rien n’est simple avec Hurricane, Dylan hurle pratiquement de bout en bout, le batteur tape aussi furieusement qu’il peut et la guitare sèche a souvent du mal à trouver sa place. Idem pour les chœurs. Le HiFiMAN EF2C s’en sort avec les honneurs, même si nous aurions aimé plus d’aération. Reste que voix et instruments trouvent leur place. Pas une once de dureté non plus.

My home is in the Delta, Muddy Waters, DSD 2,8 MHz -> PCM 16/44
On change de registre. La scène est très large, les écarts dynamiques époustouflants mais l’ampli ne se démonte pas. Les résonances de la caisse de la guitare de Muddy Waters sont superbes.

Muddy Waters

The Police, Message in a bottle, DSD 2,8 MHz -> PCM 16/44
N’y allons pas par quatre chemins, le sens du rythme de l’EF2C est évident. La voix de Sting est correctement extraite, parfaitement intelligible, la guitare basse ronde à souhait et la batterie très séduisante. Beaucoup de détails et une macro-dynamique qui nourrit les oreilles.

I’ve got you under my skin (version mono), Frank Sinatra, FLAC 16/44
La voix du crooner est bien incarnée. Violons et cuivres sont crédibles, trouvent de la place dans la scène pourtant étriquée (mono).

Karmacoma, Massive Attack, FLAC 16/44
L’ampli détricote l’enregistrement de façon convaincante et fait planer les instruments à vent et les synthés tout autour des chanteurs et de la guitare basse. Le rythme est très entraînant. On redécouvre.

Protection, Massive Attack, FLAC 16/44
Batterie et basse sont articulées (le morceau est un test très difficile de ce point de vue). La basse n’est pas poussive, ni invasive, mais bien présente.  À la fin, la pluie qui tombe est très dense.

HiFiMAN EF2C

Street Life, Randy Crawford (Deezer)
Restitution « vintage ». Que de rythme ! Les instruments ne se télescopent pas et la voix féminine conserve la vedette de bout en bout. Ça manque d’aigu, de grave, mais ça swingue. Et c’est un simple flux MP3 !

Requiem pour un con, Serge Gainsbourg (FLAC 16/44)
Dans sa version restaurée, le requiem est fantastique. La largeur de l’image sonore est frappante, la voix de Gainsbourg rigoureusement centrée et comme protégée par une bulle d’air.

Breathe me (live, Lady Croissant), Sia, FLAC 16/44
La réverbe du piano est clairement audible, ce qui laisse apprécier le jeu de l’instrument. Encore une fois, la guitare basse est remarquablement positionnée et rythmée. Les percussions dynamiques, mais sans aigreur.

HiFiMAN EF2C : conclusions

Nous avons aimé : la rapidité et la fluidité procurées par les tubes de puissance, l’ouverture de la scène sonore, la capacité à explorer le registre médium et le potentiomètre de volume cranté.

Nous aurions aimé : un aigu plus expressif et un grave plus profond, une meilleure gestion du volume en préamplification et une alimentation avec prise européenne.

L’écoute est toujours chaleureuse et joyeuse. Des enregistrement anodins s’écoutent sous un jour nouveau, au point que des prises de son « jugées » peu pertinentes remontent dans l’estime de l’auditeur. Vous avez envie d’entendre la voix de vos artistes préférés comme rarement ? Ne jamais perdre le fil du jeu d’une guitare basse ? Vous n’aimez pas être abreuvé d’un déluge de hautes fréquences ? Pour ces raisons et bien d’autres, le HiFiMAN EF2C a de quoi séduire.

PS. L’alimentation livrée (16 V, 1,2 A) est un modèle à connecteurs non européens. Un adaptateur est fourni, mais comme l’alimentation est lourde, il est déconseillé de la brancher à une prise murale sous peine de contraindre les broches. Nous avons pendant ce test utilisé une multiprise posée au sol.

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Pour les fans de hi-fi à tubes, retrouvez l’ensemble des électroniques à tubes dans notre boutique dédiée.

EDIT : ce billet a été légèrement modifié le 26/2 afin de tenir compte des performances améliorées après un mois d’utilisation. Le grave est plus profond, l’aigu plus fin. Un ampli casque vraiment mélodieux.

Cet article est aussi disponible en : Anglais

À propos de l'auteur

Tristan Jacquel

Tristan est rédacteur chez Son-Vidéo.com. Passionné de musique, d'acoustique et de high-tech, il réalise notamment les tests matériels pour notre blog.

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