Vumètre

Jean-Claude Reynaud Adara : Etoile filante

par Benjamin Boucaut et Laurent Thorin

De l’aveu même de Jean-Claude Reynaud, Adara est sans aucun doute le système le plus ambitieux jamais mis en œuvre par l’entreprise Jean-Marie Reynaud au cours de ses 50 années d’existence. Nous avons écouté ce système sans aucun a priori, et nous devons considérer que c’est l’un des plus beaux que nous connaissons.

Vumètre Jean Marie Reynaud Adara n’est pas qu’une bête paire d’enceintes très haut de gamme. C’est un système complet de reproduction sonore très haut de gamme, pensé comme un tout autonome capable d’une restitution sonore la plus fidèle et la plus complète possible. Cinq années de recherche et de développement ont été nécessaires pour mener à bien un projet entièrement conçu et réalisé en France par Jean-Claude Reynaud, en collaboration avec Charles-Henry Delaleu (SIEA) pour la partie électronique et numérique. Adara est constitué d’une paire d’enceintes acoustiques amplifiées, d’un boîtier de contrôle et de réception des sources analogiques, numérique et réseau, et de l’intégralité du câblage nécessaire au fonctionnement du système. L’utilisateur dispose également d’une télécommande infrarouge pour la gestion du volume, la sélection des différentes sources du boîtier, la fonction mute, et la mise en veille.

La mise en œuvre est assez simple. Il suffit de relier les sources audio au boîtier de contrôle en analogique ou en numérique, ce qui est mieux. Il est vivement conseillé de relier ce boîtier au réseau en Ethernet. Ainsi, vous pourrez exploiter tous les fichiers et flux numériques via le protocole UPnP, et dans ce cas, c’est Adara qui joue directement le rôle de lecteur réseau, lequel est accessible depuis votre ordinateur, votre smartphone ou votre tablette. Le modèle que nous avons écouté, portant le numéro de série « 0 », était franchement de très belle facture, mais le constructeur nous a affirmé qu’à partir du « 1 », le produit serait encore « mieux ». Nous sommes donc face à ce que l’artisanat de luxe peut produire de plus soigné.

Il suffit d’observer attentivement Adara pour comprendre que nous sommes en présence d’une trois voies à trois haut-parleurs. Et malgré l’apparente simplicité que l’esthétique semble suggérer, la sophistication du produit est telle qu’il faudrait un numéro complet de VUmètre pour la décrire de façon exhaustive. La tête médium aigu, réminiscence de l’historique Opus, est usinée dans un matériau composite dont la densité de 1 400 kg / m3 particulièrement rigide et parfaitement inerte, se compose d’un mélange de polyuréthane de micro billes de verre de cilice et de carbone. En comparaison, le MDF généralement utilisé pour la réalisation des ébénisteries a une densité de seulement 400 à 600 kg m3. Grâce à ce matériau, la référence mécanique des haut-parleurs médium aigu est parfaitement stable et dépourvue de micro-déplacement.

Le tweeter de type AST utilise un diaphragme en silicone ultraléger. Quant au médium, il est dérivé du 180 mm de l’Offrande Suprême V2 mais entièrement revisité et optimisé. Ce HP est mis en tension mécanique au moyen d’une tige filetée en inox ce qui améliore de manière sensible le comportement transitoire du HP et élimine tout microdéplacement du noyau et des aimants. Le caisson de grave affiche une charge spécifique à 4 cavités à amortissement progressif avec un profil de compression supplémentaire débouchant sur un évent avec couplage progressif avec l’air ambiant. Cette ébénisterie très rigide est recouverte sur 3 côtés d’une feuille d’aluminium cintrée de 8 mm d’épaisseur découpée au laser et fixée au caisson à l’aide d’une colle polyuréthane. Cette colle permet de garder une certaine souplesse d’assemblage, ce qui atténue la transmission d’énergie vibratoire vers l’extérieur du coffret. Le boomer est un 31 cm à structure sandwich (âme en fibres de verre recouvert de pulpe cellulosique) afin de garantir un amortissement interne optimum.

5 pointes usinées permettent la liaison de l’ensemble avec son socle en fonderie d’aluminium de 42 mm d’épaisseur. Il offre au système une référence mécanique ultra-stable et rigide puisque le socle seul pèse 20 kg. La partie électronique se trouve au dos de l’enceinte, sur une plaque d’aluminium de 3 mm où sont assemblées les différentes cartes électroniques : entrées/sorties audio, DSP, SRC, DAC et amplis. Ces plaques sont fixées au dos des ébénisteries et sont entièrement découplées grâce à l’utilisation de silentblocs, ceci afin d’éviter la transmission d’énergie du caisson aux modules électroniques.

adara2Les cartes SRC permettant de réduire le jitter de manière drastique et de conformer le signal en 24/192. Sur le chemin du signal audio numérique, depuis son entrée sur le boîtier, on ne trouvera pas moins de 5 cartes SRC. Elles permettront de garantir la qualité du signal numérique tout au long de son cheminement et d’avoir un rapport signal sur bruit numérique théorique supérieur à 140 db ! Le DSP Analog Device AD1452 qui travaille en 32bit 192 Khz (c’est le calculateur numérique central du système). Les 3 DAC utilisent des puces AKM 4399 sur carte téflon et sont entièrement symétriques. Ce sont eux qui reçoivent les commandes du bus SPI pour la gestion du volume. Ainsi, le réglage de volume est fait en toute fin de chaîne au sein des DAC et la résolution du signal audio n’est pas altérée avant son passage en analogique. Deux modules d’amplification classe D sont utilisés. D’abord un module stéréo pour les voies médium et aigu avec respectivement 300 W de puissance disponible. Puis vient un module bridgé en mono de 1 200 W pour le grave utilisant la même technologie. Les deux développeurs ont souhaité avoir les mêmes types d’amplification pour tous les modules afin d’avoir des coefficients d’accélération et d’amortissement parfaitement identiques. Ces modules sont directement reliés aux différents HP au moyen du câble HP1132 argent/cuivre donc la section a été doublée pour le grave. Ces liaisons sont très courtes et les connexions sont faites directement aux bornes des HP sans perte d’insertion.

Adara utilise le DSP uniquement pour effectuer le travail de filtrage et de mise en phase des HP entre eux. C’est pour cela que les HP sélectionnés sont parfaitement complémentaires et possèdent des courbes de réponse très linéaires dans les plages de fréquences de leur utilisation et ils offrent des performances dynamiques similaires. Le DSP d’Adara ne fait que reproduire en numérique ce que les composants passifs font dans une enceinte traditionnelle. Il permet des réglages beaucoup plus précis que ce soit dans le choix des fréquences de coupure, des pentes utilisées ainsi que de la concordance temporelle des HP eux (la phase). Le boîtier de réception des sources est le centre de contrôle du système. Il permet la connexion de 13 sources distinctes en analogique, numérique et en réseau. Toutes les données audio arrivant au boîtier sont en suite transmises au bloc électronique des enceintes en PCM 24/192 au moyen d’une liaison I2S symétrisée par un procédé LVDS. Ce procédé permet de transmettre le signal audio numérique sans perte sur des distances de plus de 15 m. De plus, ce protocole de transfert audio I2S est beaucoup plus qualitatif que le protocole AES/EBU ou S/PDIF.

Écoute

Il n’y a pas de mémoire auditive. Il n’y a de mémoire que celles des sensations ressenties, ce qui nous permet de structurer notre hiérarchie personnelle, notre Panthéon sonore. Au sein de ce dernier, Adara est entré par effraction avec une énergie hallucinante. Nous avons écouté beaucoup de magnifiques systèmes au cours de notre carrière, mais peu nous ont laissé une telle sensation de plaisir. Oui, disons-le clairement, avec Adara, nous avons pris beaucoup de plaisir. A la demande du constructeur, nous avions prévu une substantielle play-list sur une clé USB (32 Go tout de même). Mais au fur et à mesure que nous avancions dans notre luxueux zapping (le temps était compté), nous réalisions à quel point c’est peu 32 Go lorsque l’on se trouve confronté à un jouet aussi ludique, à un système qui comble autant nos attentes émotionnelles. Nous aurions préféré 1 To et un mois pour en profiter… Nous avons donc essayé de nombreux disques. Des grands classiques de notre procédure de test, et des extraits franchement peu recommandables. Citons pêle-mêle le superbe Xenophonia de Bojan Z, le délicieux quatuor à cordes de Debussy, le très beau Royals de Lorde, le corrosif Incunabula d’Autechre, le pistonique MG, le déjanté Syro d’Aphex Twin… Bref, nous avons visé large, et pluraliste ! 90 % de nos disques sont passés comme une lettre à la poste. Nous avons eu quelques déconvenues sur des enregistrements un peu litigieux, mais rien de diabolique. Contre toute attente, les Adara sont plutôt tolérantes. Première constatation, nous avons écouté pendant des heures à un niveau sonore hallucinant. Nous devons confesser que nous aimons écouter fort, mais là, Adara nous a défié. Et c’est nous qui avons cédé ; à cause des voisins ! Nous avons enregistré des niveaux sonores de l’ordre de 105 dB dans la pièce d’écoute sans noter la moindre trace de dureté ou de gène auditive. Pour tout dire, parfois, nous avions encore envie de monter.

Deuxième point, corollaire du premier : Adara ne produit pas de distorsion, ou, pour le moins, un taux absolument négligeable de distorsion. C’est très net, et évident : jamais nous n’aurions pu écouter aussi fort autrement. Troisième point, il n’y a plus d’enceintes dans la pièce : elles dis-pa-raissent ! Beaucoup de systèmes sont difficiles à appréhender sur le plan de la reproduction spatiale, tout simplement parce qu’ils ne parviennent pas à mettre en perspective. Ici, la magie opère à chaque disque, en reproduisant un espace en parfaite corrélation avec la prise de son. On s’y croirait. Enfin, Adara offre un équilibre spectral particulièrement large et naturel. Sur une voix, des cordes, un synthé, une guitare, bref n’importe quelle source sonore, le système reste droit, sensible, il n’en fait jamais trop : il fait ce qu’il faut ! Alors bien sûr, 70 000 € représente une somme très importante, mais avec laquelle vous achetez un système COMPLET. Pour le même prix, vous pouvez acquérir une combinaison classique de très haut de gamme, mais vous ne titillez pas encore les plus hautes strates du high end, celles à cinq zéros. Alors qu’à ce prix, Adara vous propose une performance de dingue, clés en main ! Il n’y a pas de mémoire auditive, donc. Heureusement, parce que nous n’avons pas 70 000 € sur notre compte…

FICHE TECHNIQUE

Origine : France
Prix : 70 000 € le système complet
Dimensions : 400 x 1 280 x 600 mm
Poids : 130 kg
Filtrage numérique à phase contrôlé utilisant un DSP travaillant en 32 bits et 192 kHz
Fréquences de coupure médium aigu 2200 Hz en 24 dB/octave
Fréquence de coupure médium grave 200 Hz en 48 dB/octave
Puissance disponible : 1800 W par canal (300 W tweeter, 300 W médium, 1200 W grave)
Bande passante : 27 Hz à 28 kHz
Site constructeur : www.jm-reynaud.com

À découvrir également, l’interview de Jean-Claude Reynaud par VumètreCet article a été publié initialement dans le magazine Vumètre n°2. Retrouvez tous les numéros de Vumètre sur le site officiel du magazine, à cette adresse

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À propos de l'auteur

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VUmètre se définit comme un magazine hi-fi francophone non conformiste ! Il traite en effet de la haute-fidélité sous toutes ses formes, de manière experte, haut de gamme, ludique et parfois décalée.La rédaction de VUmètre compte des chroniqueurs aguerris, parmi lesquels Jean Hiraga membre émérite de L’Audiophile, rédacteur-en-chef de La Nouvelle Revue du Son, concepteur émérite de matériel high end, Laurent Thorin, rédacteur-en-chef de Haute Fidélité et de Stéréo Prestige, Héléna Vivoin, musicienne et ingéson, Aurélia Duflot Hadji-Lazaro, chroniqueuse impertinente, Valérie Bertoni, illustratrice de talent, Benjamin Boucaut, directeur technique de Stéréo Prestige, Pierre Fontaine, expert en électronique et dingue de tubes, Laurent Maury, surdoué du web, Olivier Rigaud, 10000 CD sur ses étagères…

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