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Le système Adara de Jean-Claude Reynaud

Jean-Claude Reynaud par James Morel / Vumètre

Jean-Claude Reynaud

Par James Morel

“Le moment le plus difficile pour moi c’est maintenant, parce que je n’ai pas encore l’objet fini entre les mains. Nerveusement, c’est éprouvant. Je reprends tous mes calculs pour y déceler une erreur mais non, tout est bon. De plus, les enceintes n’ont pas reçu leur finition définitive et forcément, ça rajoute à l’inquiétude.“

Voilà à quoi pensait Jean-Claude Reynaud à quelques jours de la présentation officielle de son tout nouveau système actif ADARA (nom d’un couple d’étoiles très brillantes dans la constellation du Grand Chien) lors du Festival Son et Image qui s’est déroulé du 17 au 18 octobre 2015 à l’hôtel Novotel dans le 15e arrondissement de Paris. L’événement est d’importance. Jean-Claude Reynaud, désormais à la tête de l’entreprise créée par son père Jean-Marie en 1967, tient l’avenir de la marque entre ses mains. Un futur qu’il construit et imagine depuis la disparition de ce dernier fin mars 2011. Ce tout nouveau système actif à 3 voies se veut résolument très haut de gamme et va ouvrir de nouvelles perspectives pour la société tout entière. « C’est un tournant dans l’histoire de la marque parce que j’y intègre des technologies qui sont en dehors de notre circuit interne », confie-t-il. « Je jette un pavé dans la mare. Ça va sûrement surprendre beaucoup de gens. »

SAVOIR SE RÉINVENTER

La genèse du projet ADARA remonte à la fin de l’année 2011. L’idée première est avant tout d’améliorer de manière significative les performances des enceintes acoustiques traditionnelles, même de haut niveau. « Dans une enceinte traditionnelle, les principaux points faibles sont les composants du filtre passif, c’est-à-dire les selfs, les condensateurs et les résistances qui s’opposent au passage du courant de l’ampli de manière non linéaire et qui créent de la distorsion, des rotations de phase importantes et un désamortissement », souligne-t-il. Le postulat de départ est simple. Construire une paire d’enceintes de la meilleure qualité possible avec des haut-parleurs de très haut niveau dans un ensemble parfaitement cohérent et ensuite, seulement, amplifier et filtrer le signal destiné à chaque haut-parleur à l’aide de DSP (un DSP est avant tout un processeur exécutant un programme de traitement du signal numérique). En aucun cas, il ne s’agit de faire de la correction numérique qui viendrait au secours de haut-parleurs défaillants. Cela, Jean-Claude Reynaud s’y refuse car pour ce projet, il n’est pas question de faire des compromis, surtout dès le début de l’aventure.

Jean-Claude Reynaud veut frapper un grand coup. Avec ce concept, la marque Jean-Marie Reynaud va sortir une nouvelle fois des sentiers battus. C’est comme une tradition pour cette entreprise qui a souvent cherché à proposer des produits innovants tout au long de ces 47 dernières années. Certains lecteurs se souviennent certainement de l’Opus avec sa tête de médium aigu placée sur le dessus de l’enceinte ou de la Référence avec sa colonne de médium aigu rayonnant sur 360°. Deux enceintes qui ont marqué leur époque. Le projet ADARA est ambitieux et il porte la marque de ceux qui veulent toujours avancer. Jean-Claude en ligne directe avec Jean-Marie, comme un hommage du fils au père. Et quand on découvre l’esthétique d’ADARA pour la toute première fois, on comprend à quel point cette filiation est forte. De son parcours d’ingénieur du son, il est revenu avec cette idée en tête. Mais passer de la construction d’une enceinte passive traditionnelle à l’étude d’un système actif multi-amplifié géré par des DSP est, au niveau conceptuel, radicalement différent.

UNE AMBITION AFFIRMÉE

Les premiers essais pour la mise au point d’un système actif débutent en 2009. Jean-Claude Reynaud greffe sur une enceinte colonne 2 voies des électroniques de laboratoire travaillant en classe D, le tout filtré par des DSP. Les haut-parleurs, la charge, rien à voir avec ce que va être ADARA, mais ce système est un premier pas. C’est avant tout un outil de travail et de recherche. À l’époque, Jean-Claude fait part de son nouveau projet à son père, et qui est mieux à même de juger du résultat que l’oreille d’un grand facteur d’enceintes. Lors des premières écoutes, le résultat déçoit quelque peu. La restitution a une tendance numérique dans le mauvais sens du terme. Le son est froid et manque de nuances. Le signal est comme simplifié. En cause principalement, ces tout premiers DSP pas assez puissants puisque travaillant sous 16 bits de résolution et à 48 kHz de fréquence d’échantillonnage et qui sont plutôt difficiles à programmer. Néanmoins, les performances de mesure sont intéressantes. Cela laisse entrevoir un grand potentiel d’évolution pour tout le système. Jean-Marie Reynaud, convaincu du bien-fondé de la démarche, le fait savoir à son fils. « Il a exprimé tout son intérêt pour la poursuite de la recherche dans ce sens là », confie-t-il. Le concept est validé et c’est tout naturellement que Jean-Marie laisse son fils prendre les rênes de ce projet. ADARA est définitivement lancé.

« Pour ADARA, je suis parti d’une feuille blanche mais il y avait certaines théories et certaines techniques, comme la charge du haut-parleur de grave, que je voulais absolument appliquer », précise-t-il. Sur le plan purement acoustique, les études du système ADARA commencent avec une enceinte à 4 voies, mais au final, seulement 3 haut-parleurs furent conservés pour motoriser chaque enceinte. Cependant, il ne s’agissait pas de faire d’impressionnantes « grosses pétoires qu’on ne peut pas mettre chez soi » s’empresse-t-il d’ajouter. De ce fait, l’enceinte seule ne mesure que 1,3 m de hauteur. « Au début, l’histoire est surtout de savoir si je pouvais vivre avec. Moi je fais les choses pour les gens qui me ressemblent et qui ont le même goût que moi. Chaque constructeur a sa proposition. La mienne est de faire un produit qui me satisfasse complètement et qui me donne envie de l’avoir chez moi », précise Jean-Claude Reynaud.
Le tout, en demeurant dans la plus pure tradition Jean-Marie Reynaud, à savoir le respect des codes visuels et des qualités acoustiques qui ont fait la réputation de la marque. « Ce sera le reflet de ce qui me fait vibrer. Moi, ce sont les timbres réels et surtout le côté émotionnel de l’écoute. Le plus difficile à obtenir selon moi », précise-t-il.

Mais là ne s’arrête pas la vision de son concepteur : « Je voulais une approche plus globale de la restitution sonore en proposant un système complet où il n’y aurait plus qu’à connecter toutes les sources possibles et imaginables. Un système Plug and Play en quelque sorte. » Avec ce système, Jean-Claude Reynaud s’adresse à des mélomanes qui ont de l’argent certes, mais qui ne se posent pas de questions quant aux moyens mis en œuvre pour parvenir au résultat. « Ce qu’ils veulent, c’est uniquement le plaisir », ajoute-t-il un sourire aux lèvres. Voilà la parfaite définition de ce que doit être ADARA. Un système ultra-performant pensé comme un tout parfaitement cohérent et optimisé et qui préfigure l’avenir de la marque en la positionnant parmi les plus grands noms de l’acoustique mondiale. Rien de moins !

UN PROJET FOU

Commence alors un long travail de recherches et de mise au point étalé sur plus de 4 ans. « Au début, tout n’était pas parfait et j’ai failli abandonner plusieurs fois. On bute sur un détail pendant longtemps parce qu’on ne sait pas faire et on ne sait pas pourquoi. On est insatisfait et on baisse un peu les bras. Mais je me suis dit que je ne pouvais pas reculer. Je me l’étais promis à moi-même en quelque sorte… et à mon père aussi. » Un véritable défi pour le concepteur car il faut s’imaginer ce que peut représenter la mise au point d’un tel système pour une entreprise de seulement 8 personnes. Une société qui ne bénéficie pas des importants moyens financiers des plus grands noms de l’industrie de l’audio. Des dizaines et des dizaines (sans pouvoir en préciser le nombre d’ailleurs !) de milliers d’euros sont investis en R & D pendant ces 5 années. « A la limite du déraisonnable parce que c’est un projet fou », confesse Jean-Claude Reynaud qui déclare même avoir pris un risque en tant qu’entrepreneur. Pourtant, aucun regret : « C’était vraiment une aventure pour moi. Intérieurement, j’ai vécu des moments passionnants », reconnait- il. Dans les moments difficiles, Jean-Claude Reynaud peut compter sur Charles-Henri Delaleu, un spécialiste reconnu de l’audionumérique et concepteur des électroniques 3D Lab, avec lequel il est « en phase » sur de nombreux points. «  C’est un ami et dans les salons, il arrive souvent que nous partagions le même stand. Nous faisons les démos en associant nos différents produits. » Une collaboration technique qui s’est imposée tout naturellement. Pour ADARA, Charles-Henri Delaleu fournit à la société charentaise des modules d’amplification en classe D qu’il a tout spécialement optimisés. Question puissance, efficacité et compacité, ce type d’amplificateur convient parfaitement à ce que Jean-Claude Reynaud recherchait. De plus, « la classe D a fait de nombreux progrès ces dernières années et ils sonnent désormais presque comme de la classe A », précise-t-il.

Un bond qualitatif spectaculaire a lieu en 2014 avec la mise en service des nouveaux DSP Analog Devices dont la puissance de calcul a été revue à la hausse (32 bits/ 192 kHz). Ils sont au cœur du système et leur installation est un point crucial pour Jean-Claude Reynaud. « Ils permettent de travailler beaucoup plus précisément en termes de délais et de phases et puis on obtient des mêmes haut-parleurs des performances en termes de transitoire et de dynamique qui sont nettement meilleures. » Grâce à eux, la qualité des timbres si chers aux oreilles du concepteur gagne en richesse et en réalisme. Second point positif, ces DSP se programment désormais grâce à une interface graphique, ce qui facilite le travail d’optimisation du système. « Dans ce cas précis, la technologie fait vraiment avancer les choses », se réjouit Jean-Claude Reynaud. Conjugué à un gros effort d’optimisation sur la transmission du signal au cœur du système, les mauvais aspects du numérique s’estompent et le système entier devient bien plus naturel. Ne reste plus qu’à donner à ADARA une esthétique finale en rapport avec son statut de vaisseau amiral de la gamme. Un designer est mis à contribution pour finaliser l’aspect global, harmoniser les matériaux, et parfaire visuellement le couplage avec la pièce. Rien n’est négligé. Des « détails » qui n’en sont pas mais qui reculent d’autant la sortie officielle du premier modèle. L’homme est pointilleux et veut aller au bout de ce qui est possible.

Aujourd’hui, cela fait désormais 10 mois que le système est arrivé à maturité, selon son concepteur. De plus, « les DSP définitifs seront encore plus puissants que les modèles de labo et quand tout sera optimisé, ce sera encore meilleur. » Finalement assemblé dans les quelques jours qui ont précédé l’arrivée d’ADARA sur le salon, le soulagement d’être parvenu au bout de ses ambitions se fait sentir à l’écoute d’un Jean-Claude Reynaud ravi, son rêve enfin matérialisé. « C’est un système qui m’a étonné au fur et à mesure de son avancée, mais le jour de la première démo, je serai quand même dans mes petits souliers. »

 

À découvrir également, le test des enceintes Jean-Marie Reynaud Adara par VumètreCet article a été publié initialement dans le magazine Vumètre n°2. Retrouvez tous les numéros de Vumètre sur le site officiel du magazine, à cette adresse

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