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Interview de Dominique Dalcan (The Slow Listener)

Dominique Dalcan

Dominique Dalcan était l’invité de The Slow Listener pour une session d’écoute intégrale de son dernier album, Temperance. En présence d’un public conquis, l’artiste a présenté son album à l’Eléphant Paname (Paris 2e). L’écoute a été réalisée par le biais d’un amplificateur Naim et d’enceintes Focal Sopra n°2.

Interview réalisée par Sophie Chrétien-Kimmel, de The Slow Listener

Pouvez-vous nous présenter votre disque en quelques mots ?

C’est un condensé des choses que j’ai faites avant : la rencontre des univers de Snooze, un projet très électronique, et de Dominique Dalcan, avec un song writting plus pop et structuré. “Temperance” c’est donc la rencontre entre des sons électroniques et des textures organiques, acoustiques et vocales. C’est un disque qui aborde ainsi des thématiques qui vont au-delà de la musique, mais je crois qu’on y revient après !

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Qu’est-ce que la Temperance, selon Dominique Dalcan ?

La Tempérance, c’est l’idée de s’effacer derrière une musique (l’album et le projet s’appellent “Temperance”, sans mention de Dominique Dalcan en dehors des crédits, NDLR). La source d’inspiration principale pour ce disque tourne autour de la question de la reconnaissance de l’homme dans la nature et vice-versa. Cette réflexion part d’une idée simple : comment se situe-t-on aujourd’hui dans la société, et comment envisage-t-on notre rapport à l’autre, au monde qui nous entoure, dans sa dimension sociétale mais aussi environnementale. C’est aussi la question du rapport de l’homme à la machine. De la même façon : que fait-on avec toutes ces technologies qui sont autour de nous ? La technologie nous ouvre beaucoup de possibilités – ces robots qui nous opèrent, ces objets connectés – et toute la question est de savoir ce qu’on en fait. La tempérance, c’est savoir maîtriser les innovations incroyables qui sont autour de nous. Est-ce d’ailleurs une issue pour notre futur ?

Dalcan-Temperance

 

Comment s’est passé le processus de création de la pochette ?

Tout a commencé à partir d’une photo que j’ai faite, principalement inspirée d’un courant artistique qui s’appelle le land-art et qui fait écho à la nature. Il s’agit d’un dégradé de couleurs chaudes, allant du rose à l’orange et représentant un puits de lumière. Pourquoi un cercle ? Parce qu’un cercle nous transcende, nous transperce et illustre assez bien la musique de Temperance. Une musique que j’ai voulue immersive, qui rassemble beaucoup de codes de la musique électronique mais qui ne sont pas axés uniquement sur l’énergie dancefloor, et qui est complétée par des éléments acoustiques, tous traités de la même manière. À partir de cette photo, il y a eu tout un cheminement et très rapidement la typographie s’est imposée, comme une indication. Elles sont à l’endroit et à l’envers pour illustrer le fait que de quelque manière qu’on prenne le disque, normalement on retrouve son chemin. J’ai aimé ce mélange à la fois pictural et éditorial.

Combien de temps du début de la création jusqu’à la parution de l’album ?

C’est un travail de longue haleine… À peu près deux ans et demi depuis les balbutiements du projet, les premiers morceaux, jusqu’à la touche finale. Ça peut paraître un peu lent et en même temps c’est très rapide. Encore une fois c’est une question de point de vue sur les choses ! À la différence d’un groupe, je suis seul et ça prend forcément plus de temps. Mais c’est intéressant cette idée de rapport au temps : on peut composer un morceau magnifique en 1 heure, comme on peut passer tout notre temps à essayer de faire quelque chose de pertinent, sans jamais y arriver.

Quand vous dites être seul, est-ce que vous faites tout, tout seul ?

Il y a quand même eu des collaborateurs sur ce disque, notamment pour le mixage. Deux personnes ont mixé le disque et se sont partagé les morceaux. Il y a eu quelques interventions musicales : 2 pianistes et des jeunes filles qui font les chœurs. Mais c’est tout.

Comment est construit “Temperance” ?

D’une manière générale, la fondation de tous ces morceaux, c’est le piano, un instrument très organique, sensuel et que je trouve très beau. C’est l’acteur principal du disque, que j’ai mélangé à des accidents, des ruptures. L’album est divisé en 2 parties, en 2 faces si on parle du vinyle. La première partie de l’album est contemporaine, voire une projection dans un futur excessivement proche, alors que les morceaux de la 2ème face sont une sorte de regard dans un rétroviseur. En effet il y a beaucoup de références à la musique du XXème siècle. Comme pour signifier là d’où je viens, un hommage aux influences, qui m’ont construit…Les 2 parties sont séparées par un interlude sonore, qui assure la transition entre ces deux univers.

Quelles ont été vos influences sur ce disque ?

Le tout premier morceau, “Cold Is The Ground”, m’est venu alors que je grimpais les pentes du Vésuve. Il illustre la rigueur bien du sol volcanique, et de ses secrets enfouis à jamais. Sur “Small Black Piece of Field”, j’ai utilisé la technique de la synthèse granulaire, technique développée par l’IRCAM. Elle consiste en la création de micro boucles, c’est-à-dire la répétition de deux événements en microsecondes, en l’occurrence ici, des sons de voix. Le son fait des allers-retours, et donne l’impression de vrombir. Je me suis amusé à en faire de la musique. En tout cas j’ai essayé !

Le troisième morceau, “Your Body Is A Territory”, illustre l’idée selon laquelle on peut envisager l’autre comme un territoire, ce qui est permis et ce qui ne l’est pas. Si on extrapole, c’est une manière de respecter l’autre. Et si on respecte l’autre, on peut respecter notre environnement. C’est une réaction en chaîne, qui peut devenir une issue dans cette période trouble.

“Roads And Rivers” poursuit cette réflexion en la liant à la nature. Ce morceau illustre le cheminement pour arriver à la tempérance : on recherche des gens, et en eux, on recherche aussi son chemin. La tempérance c’est finalement reconnaître en l’autre une issue, ou un éventuel guide. Les routes et les rivières, ce sont ces chemins que l’on peut voir dans la nature quand on la survole, et que l’on peut aussi voir sur notre corps, à travers nos cicatrices notamment. En fait ce serait une vision “macro” des gens.

“Never Get Me Back” est un morceau rétro, soul et old school. Le côté pop marque une rupture. Il me rappelle certains morceaux d’Al Green. Il y a un entêtement dans le texte à parler d’amour en répétant comme un mantra « Est-ce que tu entends, est-ce que tu m’écoutes ? »

“Take Shelter” tourne autour de l’abri : comment l’Autre peut être un refuge. L’idée de la filiation est également présente dans ce morceau. L’intro sonne presque comme du gospel, j’y voyais en l’écrivant des images de bayou…

« Is it Over » rassemble 2 choses. J’avais retrouvé une vieille photo en noir et blanc d’une maison fermée et abandonnée sur un terrain vague, et en parallèle, je sais pas pourquoi tout d’un coup, un copain me parle d’un disque méconnu de Frank Sinatra, “‘Watertown”, qui raconte l’histoire compliquée d’un homme que sa femme a quitté, et qui élève seul ses enfants. Ce, dans une ville où il s’abîme dans le souvenir, d’où le nom de « Watertown ». Tout au long du disque on se demande si cette femme va revenir ou pas… ça a fait écho avec cette maison aux volets fermés… Et tout d’un coup l’image s’est mise en place et a donné naissance à “Is It Over”.

Et enfin le dernier titre, “Temperance”, est la libération. Le refrain dit “toutes nos différences ne sont-elles pas une chance ?”. C’est le message le plus important du disque, et très actuel, c’est pour ça qu’il le clôture.

Comment faites-vous pour prendre des notes quand vous avez des idées qui viennent comme ça ?

Je n’ai pas de dictaphone. Parfois je me laisse des messages sur mon téléphone. « Siri » ne comprend jamais trop bien ce que je dis… Ou alors je me laisse des messages dans le calendrier Ical. Du coup ça fait des journées très chargées ! Je les programme à plus tard, et non pas au jour où je les enregistre, et du coup le jour où ça tombe, j’ai 15 trucs impossibles à faire dans la journée !

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La Rédaction

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