Les 20 albums Rock & Folk qui ont marqué les 20 dernières années

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Est-ce que le rock, c’était mieux avant ? Plutôt que de se lancer dans ce débat sans fin, Rock & Folk a préféré proposer une rétrospective des meilleurs albums parus ces deux dernières décennies. 20 ans, 20 disques. Un choix forcément subjectif, toute liste amenant celui qui la consulte à la contester, et à proposer une contre liste. Une chose est sûre : les auteurs de ces vingt albums de qualité ont presque tous eu l’honneur de montrer leur visage en première page du magazine.

Sauras-tu deviner lesquels n’ont pas eu droit à la couv’, ami lecteur ?

1 – Fatboy Slim “Halfway Between The Gutter And The Stars” (2000)

Jim Morrison ressuscité (“Sunset (Bird Of Prey)”), un invité P-funk (Bootsy Collins dans “Weapon Of Choice”), Macy Gray et sa voix gonflée à l’hélium (“Demons” et “Love Life”), du gospel électronique quelques résidus du Big Beat qui fit sa gloire et hop : voilà le meilleur album de Norman Cook, transfuge des Housemartins devenu DJ star.

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2 – Tricky “Blowback” (2001)

Aussi productif que discret, Adrian “Tricky Kid” Thaws, ex Massive Attack devenu farfadet de l’apocalypse électro, reprend Nirvana et invite Cyndi Lauper sur cet album de 13 morceaux, sûrement le meilleur qu’il ait conçu depuis son “Pre-Millenium Tension” du siècle précédent. Enregistré “pour le fric parce que j’étais fauché” comme il l’a déclaré, ce disque aux guests prestigieux (les Red Hot, Alanis Morissette) est aussi pop que peut l’être Tricky, c’est-à-dire peu. Ce qui ne l’empêche pas d’être digne d’intérêt, avec en curiosité une version spectrale du morceau de Nirvana “Something In The Way”, chantonnée par Francesca Belmonte.

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3 – Primal Scream “Evil Heat” (2002)

Trash et élégant, entre acide électro et rock à (grosses) guitares, voilà du bon Primal Scream, avec un scandale évité de justesse : “Rise”, enregistré en 2001, s’intitulait à l’origine “Bomb The Pentagon”, mais c’était avant le 11 septembre… Kate Moss vient faire la brindille vocale sur “Some Velvet Morning”, composé par Lee Hazelwood et jadis chanté par Nancy Sinatra, sinon Bobby Gillespie fait le taf. Chaud et démoniaque (mention spéciale à “Miss Lucifer”), pas de tromperie sur la marchandise.

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4 – The White Stripes “Elephant” (2003)

Un quatrième album urgent enregistré en deux semaines à l’ancienne par le duo White, qui a notamment utilisé un magnéto 8 pistes à bandes et du matos des sixties. Résultat ? Certification platine aux USA et double platine en Angleterre, plus un hit que se sont approprié les fans de foot bourrés, “Seven Nation Army”, la plus redoutable rock scie des vingt dernières années.

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5 – The Prodigy “Always Outnumbered, Never Outgunned” (2004)

Le regretté Keith Flint n’apparaît pas vocalement sur ce quatrième album de Prodigy, qui est donc en réalité un solo de Liam Howlett entouré d’une cour variée et de qualité. Qu’on en juge : les frères Gallagher sont sur “Shoot Down” tandis que le rappeur Kool Keith apparaît sur deux morceaux, “Wake Up Call” et “You’ll Be Under My Wheels”. Comme le dit si bien l’ami JoeyStarr : DU BRUIT !!!!!

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6 – Oasis “Don’t Believe The Truth” (2005)

Retour en force des frères ennemis, trois ans avant le baroud d’honneur “Dig Out Your Soul”. Avec à la batterie Zak “Ringo Junior” Starkey, ce sixième album vendu à près d’un million d’exemplaires en Angleterre faillit être produit par Richard Fearless et Tim Holmes de Death In Vegas, mais les Brothers préférèrent tout refaire sous la houlette de Dave Sardy, aidé par Noël, qui perdait pour la seconde fois un peu plus de sa suprématie de songwriter au profit de Liam.

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7 – The Strokes “First Impressions Of Earth” (2006)

Julian Casablancas et ses boys se séparent de Gordon Raphael, producteur des deux premiers LPs, et intronisent le vieux baroudeur David Kahne (Tony Bennett, The Bangles, Stevie Nicks), qui leur offre avec “Juicebox”, du Nirvana poppisant, un hit britannique certifié. Le reste n’est pas mal non plus.

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8 – The Stooges “The Weirdness” (2007)

Voilà, c’est fini : Ron et Scott Asheton sont morts, le saxophoniste Steve Mackay aussi, les Stooges ne sont plus, et cet antépénultième album sorti 37 ans après “Raw Power” est un bien curieux produit, mélange de bruit punk et de free jazz furax. OK, on n’est pas dans “Fun House” mais Steve Albini s’en est bien sorti, mieux que ce que l’on pourrait penser en lisant le commentaire de PopMatters qu’on cite pour le fun (house) : “Comme tous les albums inférieurs sortis par un groupe culte reformé de façon inattendue, ce disque est un danger pour leur héritage”. Six ans plus tard pourtant, rebelote avec “Ready To Die”, la bien nommée coda de leur discographie erratique.

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9 – Alain Bashung “Bleu Pétrole” (2008)

Ça sent le sapin dès “Je T’Ai Manqué”, ouverture de ce disque qui précède d’un an la disparition de son auteur. Moins abscons que le très mallarméen “L’Imprudence”, “Bleu Pétrole” va de la pop song radio friendly (“Résidents De La République”) à la chanson king size made in Manset (“Comme Un Légo”, 9 minutes sombres). C’est Gaëtan Roussel qui écrit la majeure partie de cet album solaire et noir à la fois dédié à Mick Larie, obscur joueur de mandoline pote de Patrick Sébastien. Pas de mandoline ni de serviettes qui tournent sur les 11 titres, qu’on se rassure.

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10 – Pet Shop Boys “Yes” (2009)

Trois ans après “Fundamental”, produit avec strass et paillettes par Trevor Horn, les Pet Shop Neil & Chris s’offrent les services de Brian Higgins (de Xenomania) pour ce disque aussi pop et dansant (“Did You See Me Coming ?”, “Love Etc.”) que nostalgique et mélancolique (“King Of Rome”, “Vulnerable”). La version limitée à 300 exemplaires sous forme de splendide box set contenant 11 maxi 45 tours est devenue un des collectors les plus dispendieux du 21ème siècle, avec un prix de vente maximal de 6.626 euros et 19 centimes le 22 mars 2018 sur Discogs. Quand on aime, on ne compte pas.

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11 – LCD Soundsystem “This Is Happening” (2010)

Rien que pour le titre du premier single, “Drunk Girls”, cet album mérite notre attention. Entre sonorités électro et rock attitude, James Murphy, révélé en 2005 par le single “Daft Punk Is Playing At My House”, trouve le juste milieu et torture ses machines comme d’autres leurs guitares. Sinon, “Dance Yrself Clean” vaut aussi le détour.

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12 – Arctic Monkeys “Suck It And See” (2011)

Après “Humbug” coproduit par Josh Homme entre Los Angeles et le désert de Mojave, ce quatrième opus des singes de l’Arctique marque les retrouvailles avec leur producteur James Ford qui gère l’intégralité des 12 chansons dont le single au titre improbable, “The Hellcat Spangled Shalalala”. Le NME considéra la pochette comme “une des pires de l’histoire” (il est vrai qu’elle fait un peu parent pauvre du “White Album”), et les USA la censurèrent en posant un gros sticker sur le titre, considéré comme obscène par les grandes chaînes de magasin. Only in America, hein…

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13 – Patti Smith “Banga” (2012)

Selon Patti, on comprend le sens du titre de son album en ayant lu “Le Maître Et Marguerite” de Boulgakov. Même sans avoir lu l’œuvre (posthume) de cet auteur russe, on peut apprécier ce disque enregistré au studio de Jimi Hendrix (Electric Lady) “avec le même personnel, le même idéalisme et, par coïncidence, sorti le jour de l’anniversaire de l’enregistrement de mon premier album ‘Horses’ en 1974”. Belle reprise de Neil Young (“After The Gold Rush”) et premier single, “April Fool”, sorti le 1er avril. Sacrée Patti.

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14 – Daft Punk “Random Access Memories” (2013)

Insupportablement teasé avec des extraits de quelques secondes du single “Get Lucky”, ce quatrième album des stupides punks (traduction approximative du nom de groupe choisi par Thomas Bangalter et Guy-Manuel De Homem Christo) est assez bon pour que l’on pardonne à ses auteurs leur sens du suspense insoutenable. Et puis comment diable un album qui invite Paul “Phantom Of The Paradise” Williams et en même temps Giorgio “Munich Machine” Moroder pourrait-il être autre chose que passionnant ? Les guitar licks de Nile Rodgers et la présence d’un aréopage de studio stars sont les enluminures de ce LP inespéré, si loin du minimalisme électronique des premiers maxis, mais avec la même dose d’audace et de talent. Pluie de Grammys, ventes conséquentes, l’ultime adoubement pour les deux chics Frenchies.

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15 – Blondie “Blondie 4(0) Ever” (2014)

#Astuce : ce nouvel album de 2014 ajoute en guise de bonus un best of rassemblant les plus gros hits seventies et early eighties de Debbie Harry et son gang (avec aussi un DVD “Live At CBGB 1977” pour faire bonne mesure). Aussi agréables que soient les 13 chansons composant ce retour discographique de l’ultime fantasme teenage des années punk, difficile de faire la compétition avec des avions de chasse pop comme “Atomic”, “Heart Of Glass”, “Sunday Girl”, “Call Me“ et autres “Dreaming”, dont la troisième saison de “The Deuce” nous a rappelé la magnificence en le prenant comme musique de générique. We love you, Deborah.

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16 – Sparks & Franz Ferdinand “FFS” (2015)

Si le terme de “supergroupe” n’était pas devenu une quasi-insulte, on l’accolerait bien volontiers à cette joint venture entre les popsters les plus élégants de la Californie et les Écossais du rock chic. Les premières tentatives de travail en commun entre ces groupes fans l’un de l’autre remontent à 2004, comme quoi la patience est une vertu, surtout que le résultat de cette lente maturation est une jolie réussite. Hélas, aucun hit ne vint couronner l’album, mais tous ceux qui ont vu un des trop rares concerts de FFS savent que l’aventure en valait la peine.

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17 – David Bowie “Blackstar” (2016)

Sa mort, à l’image de sa vie, a été une œuvre d’art. Cet album est le cadeau de départ de David. Je savais depuis un an que ce serait le cas, et pourtant je n’étais pas prêt”. Ainsi parlait Tony Visconti pour évoquer cet ultime album du Thin White Duke qu’il produisit dans le plus grand secret en 2014 et 2015. Un disque funèbre donc, mais superbe dans sa noirceur annoncée. Avec en ouverture le titre homonyme de 9’57 accompagné d’un clip qui était en fait un faire-part en images. Sublime, forcément sublime.

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18 – The Residents “The Ghost Of Hope” (2017)

Un concept album sur les accidents de train au siècle dernier. Qui d’autre que les Residents, ces freaks de San Francisco dont le premier album sorti en 1974 singeait les Beatles et qui n’ont jamais révélé leurs visages en 50 ans de carrière, pouvait avoir une telle idée ? Personne, bien sûr : La question, si elle est vite répondue, était surtout rhétorique. Et on retrouve sous les globes oculaires de ces quatre Mystery Men toute l’angoisse diffuse que procurent leurs voix sépulcrales et trafiquées, leurs rythmes oppressants et le halo d’étrangeté qui ont fait la réputation de ce groupe prolifique à nul autre pareil.

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19 – David Byrne “American Utopia” (2018)

Si vous connaissiez David Byrne, vous ne seriez pas jaloux de lui”. Une phrase assassine signée Chris Frantz extraite de sa récente autobiographie “Remain In Love” qui tire une nouvelle flèche dans le cœur de ceux qui espéraient encore une reformation des Talking Heads. Il n’empêche : avec cet album riche et original, on retrouve le meilleur de David, qui a pourtant beaucoup déçu avec la plupart de ses précédents albums solo. On retrouve même un peu de la vibe Talking Heads des débuts avec le charmant “Every Day Is A Miracle”, et Brian Eno apporte sa modeste contribution en jouant de la “Robot rhythm guitar” sur “Everybody’s Coming To My House”. Cet album remarquable fut d’ailleurs soutenu par un live show absolument exceptionnel, sur une scène nue seulement habillée de jeux de lumière dans une mise en scène façon art contemporain, mais sur des rythmes funk torrides joués par une dizaine de musiciens, tous pieds nus. Perfect combo.

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20 – Nick Cave & The Bad Seeds “Ghosteen” (2019)

Double album, fin de trilogie (après “Push The Sky Away” et “Skeleton Tree”), et toujours cette majesté dans la voix, les arrangements et les émotions. De l’horreur pure peut surgir une grande beauté, et ce disque en est la preuve. De “Spinning Song” au “Hollywood” final de 14 minutes, tout ici est grandiose. Jamais la voix de Nick Cave n’a été aussi intense, et les musiques des Bad Seeds sont pour elle un écrin parfait. Du grand art en forme d’exorcisme intime, un tombeau musical pour Arthur que ce disque décrit par son auteur comme “pointed firmly toward paradise”.

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à propos : Rock & Folk
Rock & Folk existe depuis 54 ans (première couverture : Michel Polnareff en novembre 1966). Leader de la presse musicale, il rend compte de l’actualité rock contemporaine et vintage, alternant en couverture les légendes du rock et les nouveaux héros de l’électricité.


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1 COMMENT

  1. Il y a eu tant de bonnes choses au 20e siècle dans tous les genres musicaux, que je suis complètement passé à côté de la musique du 21e siècle (à part quelques bribes entendues ici et là, à la radio essentiellement, je ne m’y suis jamais intéressé vraiment). Depuis quelques temps j’avais dans l’idée de combler cette lacune et cette sélection d’albums tombe à pic !
    J’ai tout trouvé sur Deezer Hifi et tout écouté. Je n’ai pas tout aimé, mais je dirais que j’en ai gardé la moitié pour diversifier mon audiothèque et ne pas devenir comme ces vieux (que moi-même je critiquais autrefois) restés scotchés à la musique de leur jeunesse, sans plus aucune capacité d’évolution ou de nouvelles découvertes…
    Donc un grand merci pour cet article, ainsi que pour d’autres merveilles découvertes ici au détour des tests matériels (par ex Rodrigo y Gabriela – merci Valentin, Civvy Street – merci François, etc.)

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