Ennio Morricone : Le Rewind présenté par Olivier Cachin

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Mis à jour le 20 septembre 2022.

Comment résumer une oeuvre aussi dense, aussi vaste, aussi pléthorique que celle du maestro ultime, Ennio Morricone? Avec 500 musiques de film et de télévision au compteur auxquelles viennent s’ajouter de  multiples compositions classiques, bruitistes et avant-gardistes, ce monument du son qui gagna deux Oscars (un d’honneur pour l’ensemble de sa carrière, l’autre pour la B.O. de « The Hateful Eight » de Quentin Tarantino) n’a pas d’équivalent dans le monde de la musique de films. Et il est aujourd’hui à l’honneur dans le Rewind avec cinq bandes originales marquantes de son répertoire. Let’s go Ennio!

Emblématique du style du compositeur italien, la bande son de Le Bon, la Brute et le Truand contribue à asseoir sa notoriété, notamment le titre The Ecstasy Of Gold, interprété par la soprano Edda Dell’Orso.

Le Bon, la Brute et le Truand (1966)

Et on démarre avec la musique d’un des plus grands westerns spaghetti jamais réalisé, un classique du genre à la distribution prestigieuse (Clint Eastwood, Eli Wallach, Lee Van Cliff et Rada Rasssimov), Le Bon, La Brute Et Le Truand. Sorti en 1966, ce long-métrage épique est pour son réalisateur Sergio Leone la conclusion de sa « trilogie du dollar » entamée avec « Pour Une Poignée De Dollars » et « Et Pour Quelques Dollars De Plus ».

La composition la plus emblématique de cette bande-son fabuleuse est sans conteste « The Ecstasy Of Gold », chanté par Edda Dell’Orso, une soprano qui jamais ne chanta des paroles mais utilise sa voix comme un instrument, délivrant des vocalises envoûtantes à la stupéfiante technique.

Ennio Morricone a largement contribué au succès du film de Sergio Leone en lui donnant une identité sonore unique.

On entend « The Ecstasy Of Gold » dans une des scènes finales, quand Tuco, le personnage incarné par Eli Wallach, cherche frénétiquement une tombe sensée cacher un trésor dans le cimetière de Sad Hill.

Cet instrumental complexe et instantanément reconnaissable est devenu iconique, servant d’introduction aux concerts de Metallica depuis 1983, Ennio étant un des compositeurs de prédilection de James Hetfield, comme il le confirma dans le documentaire de Giuseppe Tornatore « Ennio », sorti en salles en juillet 2022. Jay Z le sampla sur deux albums (The Blueprint et The Blueprint 2) et Raekwon du Wu-Tang Clan le recycla pour l’outro de son album solo Shaolin Vs. Wu-Tang. Le reste du score d’Ennio est tout aussi passionnant, et son omniprésence tout au long du film contribue grandement à sa réussite. 

Des oiseaux, petits et gros (1966)

Rewind 2, un film fort peu connu de Pier Paolo Pasolini, Uccelacci E Uccelini, qui fut traduit en français par Des Oiseaux Petits Et Gros. Avec en duo vedette Totò et Ninetto Davoli (acteur fétiche de Pasolini), cette œuvre poétique bénéficie d’un score avant-gardiste étonnant.

L’histoire met en scène l’errance d’un homme et de son fils qui lors de leurs pérégrinations dans la campagne romaine rencontrent un corbeau « intellectuel de gauche » qui va leur raconter des histoires et les accompagner tout au long de leur quête, avant de se faire plumer et manger par nos deux héros. La musique d’Ennio n’est gère mélodique, logique pour ce maestro qui a longtemps prétendu vouloir s’éloigner de la mélodie, ce qui bien sûr ne l’empêcha pas d’en composer des superbes.

Sur le générique Des oiseaux, petits et gros les violons d’Ennio sont déchaînés.

La musique la plus originale dans ce film méconnu est celle du générique : Sur fond de violons déchainés, une voix masculine énonce l’intégralité des crédits du film, acteurs et techniciens inclus. Une petite excentricité pour ce film en noir et blanc sorti la même année que Le Bon La Brute Et Le Truand, en 1966. Les violons d’Ennio furent samplés en France par Oxmo Puccino et aux États-Unis par EPMD featuring Method Man, Redman et Lady Luck (sur « Symphony 2000 ») ainsi que par Raekwon, RZA et American Cream Team sur « It’s Not A Game ». 

La Rançon de la Chair (1972)

Troisième Rewind en mode thriller avec la musique de Vergogna Schifosi, distribué en France sous le titre La Rançon De La Chair en 1972 (mais réalisé en 1969 par Mauro Severino).  Ce giallo largement oublié est une curiosité, et il fallait bien la B.O. d’Ennio pour qu’on en reparle près de 50 ans après sa conception. Le thème principal, « Matto, Caldo, Soldi, Morto & Girotondo » est à la frontière de la chanson, avec un choeur féminin rythmant l’instrumental, envoûtant et riche en violon. Repris par le groupe Orgasmo Sonore, ce thème mérite à lui seul qu’on se penche sur l’album de Vergogna Schifosi, une des multiples réussites d’Ennio.

Matto, Caldo, Soldi, Morto & Girotondo, le thème principal de Vergogna Schifosi réalisé en 1969 par Mauro Severino, est à la frontière de la chanson, avec un choeur féminin rythmant l’instrumental, envoûtant et riche en violon.

Il était une fois en Amérique (1984)

Rewind 4, et là on touche à l’excellence absolue. Certes, la musique de Mission avec Robert De Niro et Jeremy Irons suit pas très loin derrière, mais Il Était Une Fois En Amérique, dernier film de Sergio Leone et donc dernière collaboration avec Ennio, est pour beaucoup le score ultime du maestro, son oeuvre majeure. L’absence de récompense aux Oscars pour cette musique élégiaque reste la honte de l’académie, une erreur technique ayant apparemment empêché le score d’être éligible dans la catégorie Musique de film.

La musique du fi lm Il était une fois en Amérique confi ne à l’excellence absolue. L’absence de récompense aux Oscars pour cette musique élégiaque reste la honte de l’académie, une erreur technique ayant apparemment empêché le score d’être éligible dans la catégorie Musique de film.

L’oeuvre est grandiose, avec de multiples moments d’émotion exacerbés par la musique d’Ennio, qui pour le « Deborah’s Theme » utilisa une mélodie écrite pour un film de Franco Zefirelli et rejetée par le réalisateur, avec une fois de plus la voix magique d’Edda Dell’Orso. Le score de Il Était Une Fois En Amérique a été finalisé en 1976, soit près de sept ans avant que Sergio Leone ne donne le premier coup de manivelle de ce tournage fleuve (le tout premier montage comptait dix heures d’images, et Leone voulait que le film soit distribué en deux parties, ce que refusa la production).

L’utilisation massive de la flûte de Pan jouée par Gheorge Zamfir, notamment pour le « Cockeye Theme », est un des éléments clés de l’indicible nostalgie qui imbibe ces compositions. Cinq ans après la sortie de ce monument cinématographique, alors qu’il travaillait sur un film consacré au siège de Leningrad, Sergio Leone disparaissait à l’âge de 60 ans, le 30 avril 1989, victime d’une crise cardiaque. Cruelle ironie : Il venait de voir à la télévision le film de Robert Wise Je Veux Vivre !, qui valut à son actrice Susan Hayward l’Oscar de la meilleure actrice en 1959. 

The Hateful Eight (2015)

Rewind 5, qui aurait aisément pu être Les Incorruptibles, le thriller à l’ancienne de Brian De Palma avec Kevin Costner dans le rôle d’Elliot Ness et Robert De Niro dans celui d’Al Capone. Pour ce film policier situé pendant la prohibition, Ennio gagna le BAFTA Award de la meilleure musique de film ainsi que le Grammy, mais toujours pas l’Oscar.

Après avoir été nominé pour Les Moissons Du ciel (1979), Mission (1986), Les Incorruptibles (1987), Bugsy (1991) et Malèna (2000), c’est avec The Hateful Eight que Morricone remporte une seconde fois la mythique statuette, faisant de lui le compositeur le plus âgé à gagner un Oscar, à 87 ans

Et c’est donc avec notre dernière sélection du Rewind, The Hateful Eight, qu’Ennio Morricone gagna une seconde fois la mythique statuette, faisant de lui le compositeur le plus âgé à gagner un Oscar, à l’âge de 87 ans. Après avoir été nominé pour Les Moissons Du Ciel en 1979, Mission en 1986, Les Incorruptibles en 1987, Bugsy en 1991 et Malèna en 2000, il était temps. Tarantino a estimé lors d’une interview que le score d’Ennio était plus celui d’un film d’horreur que d’un western, et que par ailleurs le film avait de multiples points communs avec The Thing de John Carpenter, un autre film sous la neige et dont l’un des moteurs est la violence graphique, qui lui aussi bénéficiait d’une bande-son signée Ennio. Le maestro nous a quitté le 6 juillet 2020, laissant derrière lui une oeuvre gigantesque qu’on ne cesse de redécouvrir. 


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