Alors que les services de streaming multiplient la production de leurs contenus, ces œuvres récentes sont très rarement éditées en support physique. Cette tendance met en péril l’avenir du cinéma, aussi bien les films que les séries. En effet, si les plateformes VOD décident de supprimer un long-métrage ou une série, quelle trace reste-t-il pour les générations suivantes ? Face à cette menace, le piratage constitue-t-elle l’unique solution pour faire perdurer les œuvres dans le temps ?

Cinéma vs piratage, un vieil antagonisme
Depuis toujours, le cinéma lutte contre le piratage. Pratique illégale, elle porte atteinte au système économique de l’industrie cinématographique. En téléchargeant un film ou une série, le pirate s’émancipe d’une rémunération en faveur d’un exploitant de salles de cinéma, d’un commerçant ou d’une plateforme de streaming, pour ne citer qu’eux, bafouant les droits d’auteur.
C’est pourquoi le piratage constitue l’ennemi numéro un du cinéma, à tel point qu’un message d’alerte est systématiquement projeté au cinéma ou sur un support physique avant le début du film par exemple. La croissance rapide d’Internet oblige les pays à légiférer pour combler une faille juridique et protéger l’industrie du cinéma. Ainsi, la loi HADOPI entre en vigueur en France en 2010. Celle-ci vise à dissuader les pirates des biens culturels sur internet. Cependant, son efficacité se révèle assez limitée.

En effet, le piratage vidéo présente une courbe en constante augmentation depuis les débuts d’Internet. D’après une étude menée en 2023 par MUSO et Kearney, environ 141 milliards de visites ont été recensées sur des sites de piratage vidéo. Le cinéma représente 65 % des contenus piratés et 25 % concernent les animés, les 10 % restants se partagent entre les émissions en direct et le sport. Ces chiffres démontrent à quel point le cinéma est particulièrement ciblé par le piratage culturel.
Le piratage, l’allié inattendu ?
Néanmoins, une nouvelle menace plane au-dessus des films et des séries. Plus pernicieuse, celle-ci est exercée par les plateformes de streaming comme Netflix, Disney+ ou Prime Video par exemple. En effet, ces services VOD produisent de plus en plus leurs propres contenus afin d’offrir un catalogue exclusif à leurs abonnés. Cependant, ces films et séries sont très rarement édités en support physique. Seules détentrices des droits d’exploitation, les plateformes peuvent décider unilatéralement de supprimer un contenu du jour au lendemain, faisant ainsi disparaître toute trace de l’œuvre.
C’est alors que le piratage entre en scène dans une mise en abyme étonnante. Comme dans un film, l’ennemi ou le voisin dérangeant se transforme en un allié de circonstance qu’on finit par chérir. Les longs-métrages et les séries sont des œuvres que les cinéphiles aiment partager. Pour en disposer sur demande, le support physique constitue la seule solution légale pour faire (re)découvrir un film à ses proches à tout moment.

C’est pourquoi, si le piratage continue d’être une pratique illégale, il s’impose aussi comme une alternative à la dépendance des plateformes VOD. En France, l’Institut National de l’Audiovisuel (INA) assume la conservation du patrimoine audiovisuel français. Est-il possible d’imaginer un tel système de sauvegarde dédié au cinéma et aux séries ?
Au-delà d’un business, le cinéma demeure avant tout un art et un bien culturel qui doit se transmettre. Celui-ci véhicule des valeurs, des messages et permet de mettre en lumière certains sujets sociaux. C’est tout le paradoxe du piratage qui se révèle à la fois fossoyeur et sauveur d’un système à la recherche de son équilibre.










