Prodigieuses : un film inspiré d’une histoire vraie au rythme du piano

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À l’occasion de la sortie de Prodigieuses (en salles depuis le 20 novembre), nous avons rencontré les réalisateurs Frédéric et Valentin Potier, ainsi que leurs actrices Camille Razat et Mélanie Robert, pour évoquer ce film bouleversant qui allie musique et résilience. Il y a des moments où la réalité dépasse la fiction : assurément, le parcours incroyable des sœurs Audrey et Diane Pleynet, pianistes jumelles victimes d’une maladie orpheline, en est un. C’est cette histoire que raconte, peu ou prou, Prodigieuses. Un récit dans lequel la musique occupe une place prépondérante.

Prodigieuses : Mélanie Robert et Camille Razat sont à l'affiche du film de Valentin Potier.

Cinéma familial

Si Prodigieuses est une réussite, il n’en demeure pas moins un premier film. Premier film, certes, mais pas la première réalisation d’un surprenant binôme. Les cinéphiles avertis ont l’habitude des duos derrière la caméra : ils sont monnaie courante. C’est le plus souvent une fratrie (les Coen, les Dardenne, les Taviani, les Wachowski) ou une longue amitié (Nakache / Toledano, De La Patellière / Delaporte, Nicolas et Bruno, Delépine / Kervern), mais rarement un duo père/fils. Pourtant, c’est bien le lien qui unit Frédéric et Valentin Potier, qui réalisent ensemble depuis des années des publicités souvent primées et des courts-métrages tout aussi reconnus. Et c’est sans doute là que réside une partie du secret de leur cinéma. De cette expérience nourrie par leur vie commune, ils ont acquis un sens de l’essentiel et une préparation millimétrée qui ont visiblement bluffé leurs deux actrices.

Camille Razat, qui a l’habitude de travailler pour les studios américains (Emily in Paris), tout comme Mélanie Robert, habituée, elle, à l’efficacité d’une quotidienne (Un si grand soleil), n’en revenaient pas que tout soit entièrement storyboardé. Le temps de préparation que les réalisateurs leurs ont accordé fut également pour les actrices une très agréable surprise. Elles nous ont d’ailleurs confié combien cela avait été une véritable chance pour elles. D’autant plus que, comme nous l’ont avoué ensuite les deux réalisateurs, elles ont dû échanger leurs rôles… à un mois du tournage !

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Si le sujet du film n’est pas spécifiquement le lien particulier qui unit ses deux héroïnes, de fait, il l’évoque forcément. Unies par la gémellité autant que par la musique, Claire et Jeanne allaient être des personnages difficiles à incarner, d’autant qu’il ne fallait pas trahir les sœurs Pleynet dont elles s’inspirent. Si Camille Razat et Mélanie Robert s’en sortent haut la main, c’est parce qu’elles sont meilleures amies dans la vie et extrêmement complices, comme le montre d’ailleurs notre interview. Ne sachant ni l’une ni l’autre jouer du piano, elles ont dû apprendre ensemble les bases pour le film. Leur(s) harmonie(s) crèvent l’écran, même si, bien sûr, elles n’ont pas atteint la fascinante dextérité de leurs modèles.

Une incroyable histoire vraie

De toute façon, la réalité et le mimétisme n’étaient pas le but à atteindre, ni pour les réalisateurs, ni pour leurs actrices. À travers son documentaire Le Mystère des jumeaux, Nils Tavernier avait déjà magnifiquement raconté la véritable histoire d’Audrey et Diane Pleynet.
Prodigieuses, au-delà de son histoire musicale, évoque surtout la persévérance et la résilience. C’est pour cela que les réalisateurs ont choisi de prendre quelques libertés avec la réalité. Leurs héroïnes sont bien les sœurs Vallois – « avec deux ailles » – et non Pleynet. Le film n’est pas un énième biopic, mais bien une œuvre fictionnelle qui parle avec justesse des montagnes que peut déplacer la volonté, surtout quand elle est associée à l’amour des proches. Et ce ne sont pas un père et un fils qui réalisent ensemble leur premier film qui pourraient dire le contraire.

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Comment faire ressentir la musique au cinéma ?

Frédéric et Valentin Potier savaient exactement où ils voulaient aller et, surtout, les écueils à éviter. La réalisation de Prodigieuses étant doublement complexe, avec la musique au cœur du scénario, tel un troisième personnage, il fallait à la fois la faire ressentir aux néophytes tout en évoquant sa complexité pour les plus experts. Il ne fallait également pas négliger la dramaturgie, ni trahir la véritable histoire des sœurs Pleynet.

C’était la gageure à laquelle allaient être confrontés les réalisateurs en entamant le tournage. Le choix du format d’image scope et du 5.1 s’est naturellement imposé, comme ils nous l’expliquent. Un choix qui permettait de faire entrer non seulement le spectateur dans la musique, mais aussi de marquer visuellement les différences et similitudes qu’implique la gémellité des héroïnes, pour mieux les associer au final dans leur pratique si particulière à quatre mains. Il était primordial pour les réalisateurs que la caméra et le micro puissent suivre autant la musique que les musiciennes, pour partager au mieux l’indicible avec les spectateurs. Pari amplement réussi !

Belle partition

À la fois sensible et beau, Prodigieuses trouve la bonne distance pour nous raconter une incroyable histoire vraie, en saupoudrant le réel de fiction pour aboutir à un véritable plaisir de cinéma. Véritable plongée au cœur de la pratique musicale de haut niveau, le film nous donne une idée de ce que l’on ressent face au défi d’intégrer une prestigieuse institution musicale et à l’injonction de réussite qu’il implique. Il nous confronte à l’injustice de la maladie et nous fait comprendre ce besoin impérieux de se dépasser, cette envie d’émancipation familiale et fraternelle, ainsi que l’union indéfectible qui lie ses deux héroïnes. Les réalisateurs, aidés de leurs actrices au meilleur de leur talent, nous offrent une symphonie d’émotions sans fausse note, à partager au cinéma depuis le 20 novembre dernier.

Article rédigé par Nicolas Bellet.

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