Avec Emilia Perez, le réalisateur signe une œuvre audacieuse qui mélange comédie, drame et une esthétique visuelle flamboyante. Ce film, porté par une distribution captivante et une mise en scène soignée, débarque en Blu-ray. Les Années Laser ont passé au crible cette édition pour évaluer à la fois ses qualités techniques et son contenu bonus, et voir si ce Blu-ray mérite une place de choix dans votre collection.

En résumé
Dans une réalité parallèle, ou si on préfère dans un monde idéal, Emilia Perez aurait remporté à l’unanimité du jury la Palme d’Or au dernier Festival de Cannes tant le nouveau film de Jacques Audiard a dominé la compétition tel un building dans un village de pêcheurs.
Sur le papier, l’ampleur inouïe de la réussite était pourtant loin d’être jouée d’avance. Qu’on en juge : un baron de la drogue mexicain demande à une avocate de l’aider à devenir une femme, le tout sur fond de guerre des gangs, de vie familiale chamboulée et de… comédie musicale ! Car oui, aussi hallucinant que ça puisse paraître, des chansons (extraordinaires) et des chorégraphies (sublimes) viennent régulièrement ponctuer, électriser, commenter, prolonger une action tour à tour violente comme un thriller de cartels et déchirante comme un mélodrame.

Il y a six ans, j’ai lu le roman de Boris Razon « Écoute ». Au milieu du livre apparaît un personnage de narco trans désirant se faire opérer. Comme il n’était pas vraiment développé dans les chapitres suivants, j’ai décidé d’en faire le point de départ d’une histoire. Durant le premier confinement, j’ai écrit rapidement un traitement et me suis aperçu, chemin faisant, que ça prenait plus la forme d’un livret d’opéra que d’un scénario de film.
explique Jacques Audiard.
Le secret de ce qu’il faut bien qualifier de miracle ? Un prodigieux mélange d’audace, de virtuosité technique et de compassion humaniste. C’est bien simple, Jacques Audiard a tout compris. Tout compris au genre policier dans lequel il s’inscrit, où le sentiment de menace débouche sur des éruptions de suspense et de brutalité à s’en ronger les ongles. Tout compris aux lois du « musical », tant les séquences concernées combinent le plaisir épidermique des meilleurs classiques hollywoodiens (il faut impérativement découvrir le film sur le plus grand écran possible) à la manière dont elles fusionnent à l’intrigue.

Tout compris, enfin, à certains aspects de la nature humaine. Interprété avec génie par l’actrice Karla Sofia Gascon, elle-même née homme et comédien à succès dans son Mexique natal avant de réaliser voilà quelques années la transition qui a fait d’elle une femme, l’héroïne-titre réunit dans un même et admirable creuset le courage, la douleur et la dignité de toutes les personnes trans du monde.
J’ai rencontré pas mal d’actrices trans à Mexico City sans trouver la personne que je cherchais. Je crois que ce qui m’arrêtait à chaque fois, c’est que la transition était le scénario de leur vie. Or c’est certes un scénario extraordinaire, mais s’il prend toute la place, il devient envahissant. Karla Sofía était acteur avant d’être actrice, et il y a dans son parcours une permanence qui lève ce problème.
se souvient le réalisateur.
Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que, partagé avec ses trois consœurs Zoe Saldana, Selena Gomez et Adriana Paz, elle ait obtenu le Prix d’interprétation féminine à Cannes, tandis que le film, doublé rarissime, s’est vu de son côté gratifié dans un même élan d’un Prix du jury additionnel.

Les mots nous brûlent depuis la première ligne de ce texte : exaltant, déchirant, inoubliable jusqu’à son épilogue aux allures d’apothéose lyrique caressée par le frisson du mythe, Emilia Perez est un chef-d’œuvre.
Du côté des bonus
L’UHD Blu-ray et le Blu-ray se partagent le même captivant entretien avec Jacques Audiard sur la genèse, le casting et les séquences musicales de ce projet fou. Quant aux rapides coulisses d’un tournage effectué quasi exclusivement en studio (il est absolument impossible de le deviner en regardant le film), elles sont réservées au seul Blu-ray.
Avis technique
Direction l’UHD Blu-ray pour admirer la manière dont le Le Dolby Vision découpe au scalpel les sources d’éclairages, des scènes nocturnes aux néons en passant par le ciel étoilé jusqu’à la boîte à musique renvoyant dans la chambre d’enfant une féerie de constellations couleur jade. Quant à la VO Atmos, elle offre de formidables ballets aériens hors champ sur la piste et des kyrielles de voix à donner le tournis.

Le mot de la fin
Le plus beau film de l’année écoulée se voit gratifié d’une parution vidéo en tous points digne de sa grandeur.











