La fin du HDMI ? Voici le GPMI, la réponse musclée de la Chine

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Les standards HDMI et Displayport pourraient bientôt disparaître avec le nouveau format GPMI (General Purpose Multimedia Interface). Cette riposte chinoise promet des performances impressionnantes, notamment un débit de 192 Gbit/s, une prise en charge de la résolution 8K et une capacité d’alimentation électrique allant jusqu’à 480 W.

Qu’est-ce que le GPMI ?

Depuis des décennies, les standards de connectique audiovisuelle comme le HDMI et le DisplayPort régissent nos téléviseurs, nos écrans d’ordinateur, nos consoles de jeux ou encore nos lecteurs Blu-ray. Ils sont devenus incontournables dans la transmission des flux audio-vidéo numériques, avec une évolution régulière pour répondre à des besoins de bande passante toujours croissants. Mais une nouvelle norme venue de Chine entend rebattre les cartes : le GPMI, pour General Purpose Multimedia Interface.

Le GPMI est le fruit de plusieurs années de recherche et développement menées par l’Académie chinoise d’ingénierie (CAE), épaulée par des acteurs majeurs de l’électronique grand public et de l’industrie informatique chinoise comme Lenovo, TCL, BOE, Xiaomi ou encore Huawei. Le projet est officiellement lancé en 2021, avec une première démonstration publique en mars 2024 lors du China Information Technology Expo (CITE) à Shenzhen.

Cette norme s’inscrit dans une volonté plus large de la Chine : réduire sa dépendance technologique vis-à-vis de l’Occident et développer ses propres standards dans les domaines clés, notamment la connectique, les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle ou la 5G. Le HDMI, rappelons-le, est une norme contrôlée par un consortium d’entreprises principalement japonaises et américaines, avec des frais de licence imposés à chaque fabricant. Le DisplayPort, quant à lui, est géré par la VESA (Video Electronics Standards Association), un autre groupement dominé par des acteurs nord-américains.

Le GPMI ambitionne de remplacer l’HDMI et le Displayport grâce à des caractéristiques bien supérieures. 

Quelles sont les caractéristiques techniques du GPMI ? 

Les spécifications du GPMI sont particulièrement impressionnantes :​

  • Débit de transmission : jusqu’à 192 Gbit/s, soit 4 fois plus que le HDMI 2.1 (48 Gbit/s) et plus de 2 fois le DisplayPort 2.1 (80 Gbit/s).
  • Résolution maximale supportée : jusqu’à 8K à 120 Hz avec prise en charge du HDR dynamique.
  • Capacité de charge : jusqu’à 480 W de puissance transmise via le câble, soit l’équivalent d’un petit PC gaming alimenté directement sans bloc secteur.
  • Type de connecteur : un port propriétaire de type 24+4 broches, plus compact que le HDMI standard, et conçu pour assurer à la fois la robustesse et la dissipation thermique.
  • Compatibilité large : transmission de flux audio multicanaux, de signaux de contrôle, de données de calibration d’écran, ou encore de données réseau via multiplexage.

En pratique, cela signifie qu’un seul câble GPMI peut remplacer trois câbles actuels : un câble vidéo, un câble d’alimentation et un câble de données (USB ou Ethernet).

Vers un câble universel ?

Cette approche rappelle un peu la philosophie de l’USB-C, qui cherche à tout unifier via un seul connecteur. Mais là où l’USB-C reste limité à des puissances de 240 W (en USB-PD 3.1) et des débits de 80 Gbit/s (Thunderbolt 5), le GPMI franchit un nouveau cap. Il s’adresse aussi bien aux moniteurs professionnels, aux téléviseurs 8K, aux ordinateurs de bureau, qu’aux serveurs IA, stations de travail, casques AR/VR, ou encore aux véhicules connectés.

Autre atout : la capacité de transmettre une énergie suffisante pour alimenter directement des écrans et des téléviseurs, sans utiliser un câble d’alimentation externe. De quoi alléger les installations, réduire l’encombrement des bureaux, ou encore simplifier les setups de gaming ou de télétravail.

Une normalisation en cours

La norme GPMI est actuellement promue par un groupement industriel chinois, qui cherche à obtenir sa reconnaissance par des organismes de standardisation plus larges, comme l’IEEE ou l’ITU. À terme, la Chine espère que le GPMI devienne le nouveau standard mondial pour les interfaces multimédia, au même titre que l’USB ou l’Ethernet.

Dans un premier temps, l’adoption devrait se faire en priorité en Chine, où plusieurs acteurs majeurs du hardware (Lenovo, TCL, BOE, Xiaomi…) ont déjà annoncé qu’ils proposeront des produits compatibles dès la fin de l’année 2025.

Et en dehors de la Chine ?

C’est là que les choses deviennent plus incertaines. Les fabricants occidentaux pourraient hésiter à adopter une norme dont le contrôle est entièrement chinois, notamment dans un contexte de tensions géopolitiques et de fragmentation des chaînes d’approvisionnement. Il faudra aussi que le consortium en charge du GPMI propose une gestion ouverte de la norme, sans royalties excessives, et qu’il fournisse des pilotes, des contrôleurs et des outils de développement fiables. De plus, il faudra convaincre les consommateurs : compatibilité avec les anciens appareils, présence d’adaptateurs vers HDMI ou DisplayPort, interopérabilité, évolutivité… Des problématiques similaires à celles rencontrées à l’époque par l’USB-C ou le Thunderbolt.

Une menace sérieuse pour HDMI et DisplayPort ?

Pour le moment, le HDMI domine très largement le marché : près de 10 milliards de périphériques en circulation utilisent cette norme. Le DisplayPort, quant à lui, est très présent dans le secteur professionnel et informatique, notamment via le miniDP ou l’USB-C.

Mais ces normes souffrent de limitations techniques, d’une certaine lenteur dans leurs évolutions (le HDMI 2.1 date de 2017 !) et d’un manque de cohérence dans les versions, parfois très confus pour le consommateur. Le GPMI pourrait donc séduire par sa simplicité (une seule norme), sa puissance (192 Gbit/s, 480 W), et son ambition universelle.

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