Test Blu-ray : Mickey 17

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2010

Très attendu par le public après le raz-de-marée Parasite, Mickey 17 de Bong Joon-ho débarque enfin en Blu-ray. Un space-opéra anticonformiste, aussi généreux visuellement que politiquement acide. Les Années Laser passe au crible ce long-métrage où spectacle et réflexion font bon ménage.

Concours Son-Vidéo x Les Années Laser. Blu-ray Mickey 17

En résumé

Six ans après le miracle palmé à Cannes et quatre fois oscarisé Parasite, on attendait avec des suées d’impatience le nouveau film de Bong Joon-ho. Mais si l’effet de sidération est loin de dégager la même puissance, Mickey 17 n’en demeure pas moins un spectacle hautement jouissif, entre prouesses visuelles et sous-texte malicieusement subversif. « Dans ce film, mourir est un métier. Et ce métier, c’est celui de Mickey« , résume Bong Joon-ho avec cette pointe d’ironie désabusée qui n’appartient qu’à lui. Inspiré du roman Mickey7 d’Edward Ashton, le scénario suit un modeste pâtissier ruiné qui, pour échapper à ses dettes, accepte de devenir “expendable” sur une mission de colonisation spatiale : un humain sacrifiable, dont chaque mort est suivie d’une réimpression à l’identique grâce à une technologie futuriste.

Mickey 17 est un long-métrage qui mélange les genres, entre film de science-fiction et comédie satirique.

Le hic, c’est que cette chaîne de duplication, en théorie bien huilée, se grippe lorsqu’un Mickey 17 laissé pour mort revient hanter la station… et tombe nez à nez avec son double, Mickey 18. Une rencontre impossible, interdite par la loi, qui déclenche un enchaînement de catastrophes tant personnelles que politiques. Le film se déploie alors sur plusieurs niveaux, entre thriller existentiel, satire techno-politique et drame de science-fiction décalé. Comme toujours chez Bong Joon-ho, les genres s’entrechoquent et les registres se percutent. Le grotesque le dispute au tragique, l’absurde côtoie le grandiose. « Ce qui me frappe« , dit-il, « c’est à quel point l’humanité, même dans un cadre aussi avancé technologiquement, reste bêtement cruelle, arrogante, résignée. » Le design du vaisseau spatial, crasseux et industriel, fait ainsi écho aux usines du présent plus qu’aux utopies du futur. Le cœur du film, c’est bien la figure de Mickey – ou plutôt des Mickeys. Robert Pattinson, qui se fend ici d’une partition schizophrène aux petits oignons, incarne avec une justesse inattendue cette créature trop gentille, perpétuellement sacrifiée, dont l’existence même repose sur l’oubli de la précédente. Ce traitement des clones comme biens de consommation, cette façon de « jeter un humain pour le remplacer par le suivant » est pour Bong Joon-ho « l’image même du capitalisme tragique de notre époque« . L’écho avec notre réalité est frappant. Et voulu. « Les savants qui observent les souffrances de Mickey réagissent avec soulagement, comme si sa douleur n’était pas grave parce qu’il sera ressuscité. C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui, quand on remplace un ouvrier mort par un autre. » À cette logique de déshumanisation répond l’imprévu de la conscience. Celle de Mickey, qui refuse d’être effacé. Celle des Creepers, créatures autochtones à l’apparence répugnante mais dotées d’une organisation sociale et d’une sensibilité qui forcent le respect. Lorsque l’un d’eux sauve Mickey 17 d’une mort certaine, le film bascule : ce ne sont plus les humains les héros, mais les aliens les plus humains. Et on comprend peu à peu que Mickey 17, sous ses oripeaux de blockbuster SF, est un pamphlet sur la brutalité coloniale, sur l’impérialisme technocratique et sur la violence spéculative qui gangrènent notre rapport au vivant.

Cette veine politique se cristallise dans le personnage de Kenneth Marshall, joué par un Mark Ruffalo volontairement grotesque, clone fantasmé de Donald Trump et Elon Musk réunis, qui entend exploiter jusqu’à la dernière ressource de toute une planète, quitte à anéantir son peuple indigène. « Il m’évoque tous les dictateurs passés, présents et futurs« , confie Bong Joon-ho. Sa femme, incarnée par Toni Collette en Lady Macbeth intergalactique, n’est pas en reste, entre collection de sauces expérimentales et soumission délirante à la hiérarchie du vaisseau. Un couple aussi monstrueux qu’emblématique. Si la narration parfois éclatée, les flashbacks en cascade et certaines ellipses frustrent, le réalisateur assume : « Je voulais que ce film soit à la fois drôle et tragique, chaotique et ordonné. Comme la vie. » Et s’il fallait ne retenir qu’un message, ce serait peut-être celui-ci : « Quand on commence à traiter les gens comme des objets, on ouvre la porte à toutes les dérives. » À l’arrivée, un film mutant, drôle, cruel et profondément humain, un miroir déformant mais révélateur de notre monde à projeter dans cinquante ans à ceux qui chercheront à comprendre pourquoi la folie régnait en 2025.

Mark Ruffalo incarne avec talent le rôle de Kenneth Marshall, un personnage grotesque et caricatural du capitalisme.

Du côté des bonus

Rien ne vraiment substantiel, soit trois modules promotionnels sur le tournage, où le réalisateur précise d’emblée qu’il ne souhaite pas que ses films soient vus comme de la propagande malgré leur propos sous-jacent et rappelle combien il est ouvert à l’improvisation des comédiens au sein du cadre et des mouvements de caméra prédéterminés, la direction artistique, les effets spéciaux numériques et décors ainsi que le(s) rôle(s) de Robert Pattinson et sa manière de les aborder.

Avis technique

Beaucoup de grisaille revendiquée dans les décors et les uniformes, mais une précision qui ne faiblit pour autant jamais et aucun souci de compression malgré les tempêtes de neige à l’écran. Le renfort sur les contrastes et les lumières apporté par le Dolby Vision est particulièrement bienvenu dans les intérieurs à faible éclairage du vaisseau ou les grottes plongées dans la pénombre. Bénéficiant d’une épatante piste HD (bravo à l’éditeur) faute de l’Atmos espéré, la VF profite d’une exceptionnelle répartition des voix et des cris de créatures dans tous l’espace sonore, toujours parfaitement localisés, un vrai Top démo qui ne manque pas de faire se retourner par réflexes. Les canaux en hauteur, certes exclusifs à la VO, sont en regard des surround assez peu utilisés en dehors de quelques passages de navettes volantes et de bruits de pas à l’étage supérieur d’une pièce du vaisseau.

Extrait Mickey 17
L’encodage Dolby Vision permet de profiter des moindres détails même lors des scènes sombres, comme dans les grottes glacées.

Le mot de la fin

Même si ce n’est pas au niveau de Parasite, le spectacle et l’intelligence remplissent brillamment leur mission.

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