Plus de 150 musiques de films, cinq Grammy Awards, trois Golden Globes, deux Oscars, un BAFTA… Hans Zimmer est un compositeur boulimique et un team leader majeur. Zoom sur quelques bribes d’une carrière hors norme… C’est sur le Rewind !
The Prince Of Egypt (1998)
Par où commencer ? Par la première B.O. de ce Rewind, celle du film d’animation The Prince Of Egypt, produit par Steven Spielberg en 1998. Une énorme production racontant l’histoire de Moïse avec un casting vocal de premier plan : Val Kilmer est Moïse, Ralph Fiennes est Ramsès, Michelle Pfeiffer Tzipporah (la femme de Moïse), Sandra Bullock Miriam (sœur biologique de Moïse), Danny Glover Jethro et Jeff Goldblum Aaron. Patrick Stewart, Steve Martin, Martin Short et Helen Mirren complètent cette prestigieuse distribution, mais c’est l’artiste yéménite Ofra Haza qui impressionne le plus : Dans le rôle de Yocheved, elle chante « Deliver Us », qu’elle va interpréter dans 17 langues pour les versions doublées à l’international.
C’est Stephen Schwartz qui est responsable des chansons quand démarre la production, et qui va travailler tout au long de la production, suivant l’évolution du scénario. Ainsi, le film combine son travail avec celui de Hans Zimmer.

Un des exemples vocaux est la chanson « Deliver Us », qui apparait au début du film. Les voix masculines sont accompagnées de tambours oppressants et celles des femmes chantent un berceuse à Moïse. Sur cet instrumental 2 salles/2 ambiances, la musique de Zimmer est interprétée vocalement par la chanteuse yéménite Ofra Haza et l’actrice Disney Eden Riegel, pour la plus grande satisfaction des réalisateurs du film. Pourtant, si Hans Zimmer a bien produit ce titre, il n’est pas le seul responsable de ce qui deviendra le plus gros hit de cette B.O. exceptionnelle.
En effet, c’est Steven Schwartz qui a écrit et composé « When You Believe », duo improbable et incroyable entre les deux Divas Maximas de la pop et du R&B, Mariah Carey et Whitney Houston. Si c’est cette version qui a connu le succès populaire, dans le film, ce sont les voix de Michelle Pfeiffer et Sally Dworski que l’on entend, la version pop de Mariah et Whitney, relookée par Kenneth « Babyface » Edmonds, étant reléguée au générique de fin. Plusieurs chansons du film ont ainsi été interprétées par des artistes différents, dont « Through Heaven’s Eyes », chanté dans le film par Brian Stokes Mitchell et en version pop par K-Ci & Jojo, du groupe Jodeci.
Le score, lui, est bien signé Zimmer mais il n’a pas participé à la création des chansons. On notera qu’à la fin du CD on peut découvrir un morceau signé Diane Warren, hitmakeuse à l’abondante discographie, et interprété par Boyz II Men, « I Will Get There ».
Gladiator (2000)
Rewind numéro 2, et on entre dans le 21ème siècle avec Gladiator, sorti en 2000 et réalisé par Ridley Scott. Pour cette bande-son épique, forcément épique, Scott s’est assuré les services de Hans Zimmer, accompagné de son « arme secrète » : Lisa Gerrard, chanteuse spectrale du groupe mythique Dead Can Dance. C’est la première des trois collaborations de Hans Avec Ridley Scott, suivront Black Hawk Down et Hannibal l’année suivante.
Pour ce score impressionnant, Zimmer fut nominé aux Oscars dans la catégorie « Meilleure musique originale » et gagna le Golden Globe du meilleur score. Un an après la sortie en salles du film, Decca sortit Gladiator: More Music From the Motion Picture, 18 compositions inédites ou remixées, avec plusieurs extraits vocaux tirés des dialogues du film, dont la fameuse phrase de Maximus/Russell Crowe « Father to a murdered son, husband to a murdered wife… And I will have my vengeance ».

Quelques polémiques entourèrent cette B.O., l’une d’entres elles étant le procès intenté en 2006 par les ayant-droits du compositeur Gustav Holst, qui voyaient dans les compositions de Zimmer des fortes réminiscences du travail de Holst. On ne saura jamais le verdict puisque le procès n’eut finalement pas lieu, les différentes parties ayant choisi de s’arranger à l’amiable. La somme payée par Zimmer reste secrète, on imagine qu’elle fut consistante. Il est amusant de savoir que John Williams fut lui aussi accusé d’avoir pompé « The Planets », l’œuvre majeure de Holst, pour la musique de Star Wars, Les accusations envers Zimmer n’empêchèrent pas la B.O. d’être un succès, et le film un vrai blockbuster avec des recettes estimées à 470 millions de dollars pour un budget de 103 millions.
Thunderbirds (2004)
Troisième Rewind avec un film qui gagne haut la main le titre de Kamoulox 2004, en l’occurrence la version XXIème siècle d’un feuilleton d’animation des années 1960, Thunderbirds Are Go ! Simplement titré Thunderbirds, ce long-métrage utilise de véritables acteurs à la place des marionnettes de la série créée par Gerry & Sylvia Anderson. Ainsi, c’est le vénérable Ben Kingsley qui endosse le mauvais rôle, celui du traitre de péplum, du super méchant qui sera, spoiler alert, défait par les héros au dernier moment, jurant de prendre un jour sa revanche (ce qui ne semble pas prête d’arriver vu les piteuses recettes au box-office) . Le score de Zimmer joue la carte du premier degré, accompagnant au mieux une entreprise qui semblait vouée à l’échec dès le départ.
Certes, Shrek 2 etSpider-Man 2 sortaient au même moment mais même sans cette concurrence féroce, rien ne pouvait sauver ce supernanar au budget colossal de 57 millions de dollars. Suprême erreur de la prod : Gerry Anderson, créateur de l’univers Thunderbirds, fut engagé comme consultant créatif par la prod… Pour finir par être congédié avant d’avoir travaillé sur le projet ! Studiocanal tenta de rattraper le coup en invitant Gerry à assister à la première du film pour 750.000 dollars, ce qu’il refusa, expliquant qu’il ne souhaitait pas valider un projet sur lequel il n’avait pas travaillé. Après avoir vu le DVD, son avis fut sans appel : « C’est une honte qu’une telle somme d’argent ait été dépensée par des gens qui n’avaient aucune idée de ce qu’était Thunderbirds et de ce que ça représentait pour moi ».

Sylvia Anderson, ex-femme de Gerry et coauteur de la série originale, assista à la première londonienne et apprécia le résultat. Fun Fact : Le personnage d’Alan Tracy, le fils prodigue qui intègre les Thunderbirds après en avoir été dissuadé par son père, est interprété par Brady Corbet, qui vingt ans plus tard sera le réalisateur d’un des films les plus puissants des années 2020, The Brutalist, avec Adrien Brody, Guy Pearce et Felicity Jones.
Avec 28 millions de dollars au box-office mondial, Thunderbirds est un échec commercial cuisant et l’idée d’une franchise s’évanouit dès les premières projections test. Fait rare pour un film hollywoodien récent : Il est à l’heure où l’on écrit ces lignes disponible dans son intégralité sur YouTube, accompagné de commentaires nostalgiques des internautes se rappelant leur enfance…
The Dark Knight Rises (2012)
Rewind 4, l’ombre d’un super-héros super dark après la lumière des Thunderbirds pour teenagers : The Dark Knight Rises marque la montée en puissance de la saga Batman après la mise en bouche Batman Begins et le chapitre deux The Dark Knight. Comme pour les deux premiers opus, Zimmer, accompagné de James Newton Howard, signe un thème principal d’une simplicité rappelant celui de John Williams pour Jaws (Les Dents De La Mer), deux notes jouées par la section de cuivres avec les cordes en accompagnement, le tout étant l’évocation sublimée de la douleur et la culpabilité de l’homme chauve-souris.
Howard n’est pas crédité sur ce score, et il s’est expliqué sur son départ de la franchise : « J’ai eu le sentiment d’avoir fait ce que j’avais à faire pour contribuer à cette trilogie, et j’ai toujours vu Hans comme le mastermind de ces bandes originales. Elles ont ce son grâce à lui. Sa conception des orchestrations était vraiment brillante. Ça ne veut pas dire que je n’ai pas amené une valeur ajoutée, c’est ce que j’ai fait, mais je ne pense pas que j’ai apporté les aspects des musiques qui définissent réellement les personnages de ces longs-métrages ».

« Gotham’s Reckoning », la première musique entendue après le générique, est le thème de Bane, entendu lorsqu’il fait s’écraser l’avion durant la séquence d’ouverture. On en réentend des extraits dans plusieurs autres compositions, notamment « Risen From Darkness » et « The Fire Rises ». Enfin « Rise », l’ultime composition de la troisième partie de la trilogie de Christopher Nolan, s’envole vers les cieux pour accompagner le sacrifice de Batman/Bruce Wayne à grands renforts de cordes stratosphériques et de chœurs célestes, faisant de cette suite magistrale l’une des préférées des fans.
Peu après la sortie du film, le 20 juillet 2012, un événement tragique vint interrompre le concert de louanges entourant le film : James Eagan Holmes, après avoir acheté son ticket, sortit de la salle du Century 16, un complexe cinématographique situé dans la ville d’Aurora, pour aller chercher dans sa voiture les instruments du massacre qu’il avait prémédité. Armé d’un fusil Remington 870 Express Tactical calibre 12, d’un fusil semi-automatique Smith & Wesson M&P15 et d’un pistolet Glock 22 calibre 40, le tueur retourna dans la salle et ouvrit le feu après avoir balancé des bombes lacrymogènes.
Pendant qu’il tirait dans la foule, l’homme avait mis son casque et n’entendait pas les hurlements des spectateurs, il écoutait une radio qui passait de la techno et le morceau qui passait pendant les tirs était « Becoming Insane » d’Infected Mushroom. Douze personnes perdirent la vie et soixante-dix furent blessées. Parmi les victimes, une jeune femme de 24 ans, Jessica Ghawi, avait survécu à une autre tuerie de masse à Toronto le mois précédent.
Le bodycount macabre fit de la tuerie de masse à Aurora la plus meurtrière de l’histoire aux États-Unis, avant d’être dépassée par celle d’un nightclub gay à Orlando où un assassin prit la vie de 49 personnes. Le tueur échappa à la peine de mort et écopa de 24 condamnations pour meurtre, 140 condamnations pour tentative de meurtre et une pour possession d’explosifs. Il fut condamné à douze peines de prison à perpétuité, plus 3.318 ans pour tentative de meurtre des blessés survivants.
Bouleversé par le drame, Hans Zimmer fit une déclaration à la presse et enregistra « Aurora », une composition chorale d’un thème du film, afin de lever des fonds pour les victimes de cette projection tragique.
The Amazing Spider-Man 2 (2014)
Rewind 5, et on reste dans l’univers des super-héros avec The Amazing Spider-Man 2, la suite du reboot de la saga Peter Parker dont la première trilogie avait été réalisée par Sam Raimi en 2002, 2004 et 2007, avec Danny Elman comme compositeur de la bande-son. Cette fois, Hans s’impose pour le second volet de cette nouvelle trilogie, prenant la place de James Horner qui avait signé le score de The Amazing Spider-Man deux ans plus tôt, en 2012.
Pour ce faire, Zimmer va créer une sorte de super groupe pour l’accompagner nommé The Magnificent Six, les six membres étant Pharrell Williams, Junkie XL, Johnny Marr, Mike Einziger, Andrew Kawczynski, et Steve Mazzaro. David A. Stewart, moitié d’Eurythmics avec Annie Lennox, fut un temps pressenti pour faire partie du sextette mais ne participa finalement pas au projet. Pour Zimmer, ce travail de groupe est une des caractéristiques de sa façon de travailler, comme l’explique le compositeur français Sébastien Damiani : « Hans Zimmer travaille beaucoup avec des équipes. Sa méthode est très différente de celle d’Alan Silvestri, qui compose seul, à la manière de John Williams. Il travaille à la bougie Silvestri, au crayon, à l’ancienne méthode ! Hans Zimmer n’est pas un soliste, il n’a pas fait Batman tout seul. Sans James Newton Howard, le résultat n’aurait pas été le même. Idem pour la musique de Pirates Des Caraïbes avec Klaus Badelt, qui a beaucoup travaillé sur le film et s’est exilé en France après s’être fâché avec Zimmer pour des crédits non respectés.

En tant que compositeur, je me dois de corriger certaines choses. Certes il a des bandes originales exceptionnelles, des idées de fou, c’est un précurseur. Il vient d’Allemagne et a réussi son rêve américain, il a un talent incroyable, j’aime ce côté cabalistique qu’il a, un peu flippant parfois. Il adore ces grosses cordes et ces gros cuivres qui font penser à la fin du monde, c’est un peu satanique ! Par contre, il n’est pas seul ».
Comme souvent pour les grosses productions hollywoodiennes basées sur de la pop culture, de multiples morceaux non inclus dans le film lui-même firent surface sur les disques sortis dans le commerce. Si on entend bien « It’s On Again », d’Alicia Keys featuring Kendrick Lamar, durant les crédits de fin, d’autres morceaux sont « inspirés du film », selon la formule consacrée.
Si certains ont été surpris de voir Zimmer se frotter à des styles aussi futuristes que le dubstep, l’explication est simple et réside dans l’essence même du film, telle qu’elle a été commentée par son réalisateur Marc Webb : « C’était l’idée de Hans, une réaction au mélange d’une esthétique contemporaine avec un personnage classique. Spider-Man devait exister dans le monde réel, écouter les Ramones et Bob Dylan, Pharrell Williams et Kendrick Lamar ! C’est un teenager et il fait partie de la pop culture. Alors plutôt que de prendre des tubes entendus à la radio, nous avons décidé d’inventer les nôtres. La musique est un des talents de Hans Zimmer, mais il en a d’autres, et il est aussi doué pour communiquer avec les gens. Il est capable de donner un coup de fil à Johnny Marr, Pharrell, Mike Einziger et Junkie XL puis de les réunir dans une pièce pour jouer ensemble. Quelle autre personne au monde peut faire ça ? Pendant de longues journées, ces musiciens ont expérimenté, joué, discuté, écrit et rigolé en composant des chansons. Puis Hans a arrangé les suites d’accords et les mélodies pour les incorporer dans la bande-son.
Johnny Marr, un supporter hardcore de Spider-Man, a sorti des riffs de guitare qui soudain redonnaient à Spidey son côté ado. En l’espace de quinze minutes, Pharrell a écrit une chanson qui es devenue le « Love Theme » de Peter Parker et Gwen Stacy. Les musiques qui ont inspiré ce score vont de l’opéra de Purcell au dubstep. C’est l’œuvre magnifique d’un incroyable groupe de musiciens travaillant ensemble parce que, comme moi, ce sont des fans de Spider-Man ».











