Le Dolby Vision est devenu un argument phare pour les plateformes de streaming. Netflix, Disney+, Prime Video ou Apple TV+ l’affichent fièrement : la meilleure qualité HDR serait désormais accessible en un simple clic. Pourtant, derrière cette promesse séduisante se cache une réalité beaucoup moins simpliste.
Le Dolby Vision n’est pas un format unique. Ses différentes déclinaisons varient sensiblement selon le mode de diffusion : streaming, disque Blu-ray UHD, diffusion broadcast, etc. Ainsi, malgré les progrès du streaming, le Blu-ray UHD reste aujourd’hui la meilleure source pour profiter du Dolby Vision dans sa version la plus aboutie. On vous explique pourquoi.
Le Dolby Vision n’a pas qu’un seul visage

Contrairement au HDR10, basé sur une structure standardisée, le Dolby Vision se décline en plusieurs « profils », chacun adapté à un mode de diffusion spécifique : streaming, Blu-ray UHD, diffusion broadcast, fichiers remux, etc.
Les plateformes de streaming s’appuient généralement sur des profils dits « single layer », dans lesquels un seul flux vidéo contient à la fois l’image et les métadonnées Dolby Vision. C’est le cas des profils 5 et 8.x, très répandus sur Netflix, Disney+ et les autres services de streaming.
Sur le papier, ces profils restent efficaces : ils permettent une reproduction HDR dynamique, avec une luminosité et un contraste convaincants. Mais ils ne reflètent qu’une version simplifiée du Dolby Vision.
À l’inverse, les disques Blu-ray UHD utilisent le profil 7, bien plus complet. Celui-ci existe en version MEL (Minimum Enhancement Layer), assez proche de ce que l’on retrouve en streaming, ou en version FEL (Full Enhancement Layer), bien plus exigeante techniquement.
C’est précisément là que se joue la vraie différence de qualité entre streaming et Blu-ray.
MEL, FEL : ce qui différencie vraiment le streaming du Blu-ray UHD
Le Dolby Vision MEL ajoute une légère amélioration destinée à optimiser certaines nuances de luminosité et de couleur. Une évolution appréciable, mais assez limitée dans ses effets.
Le Dolby Vision FEL, en revanche, ajoute une seconde couche vidéo complète qui enrichit la base HDR10 avec des informations précieuses pour les scènes sombres, les dégradés subtils, les textures fines ou encore le rendu du grain cinéma.
Cette couche additionnelle peut représenter plusieurs mégabits par seconde de données vidéo, qu’aucun service de streaming ne peut transmettre. Elle permet notamment une gestion beaucoup plus fine des ombres, ainsi qu’une stabilité d’image nettement supérieure.
Considéré comme la forme la plus aboutie du format, le Dolby Vision FEL n’est disponible que sur les disques Blu-ray UHD. Les plateformes ne proposent pas ce niveau de qualité, et les fichiers MKV ou MP4 ne permettent pas non plus d’en tirer pleinement parti.
Les limites du streaming face à la réalité du débit
Indépendamment des profils Dolby Vision, une autre contrainte majeure affecte la qualité du streaming : le débit. Les plateformes doivent diffuser leurs contenus à grande échelle et composer avec des connexions très variables selon les utilisateurs. Résultat : le flux vidéo est fortement compressé pour s’adapter à la bande passante disponible, ce qui impacte directement la qualité d’image.
En pratique, un film en Dolby Vision sur Netflix ou Disney+ oscille entre 12 et 20 Mb/s, rarement au-delà de 25 Mb/s.
À l’inverse, un Blu-ray UHD propose des débits compris entre 50 et 80 Mb/s, avec des pointes pouvant atteindre jusqu’à 128 Mb/s.

L’écart est considérable. Plus la compression est forte, plus elle dégrade :
- les détails fins, notamment dans les textures et les visages
- les transitions progressives dans les dégradés (ciels, brumes, fumées, ombres)
- le rendu naturel du grain cinéma
- la stabilité des scènes sombres
- la netteté dans les mouvements rapides
C’est pourquoi des films comme Dune, The Batman, 1917 ou Blade Runner 2049 offrent une expérience visuelle bien supérieure sur Blu-ray UHD que via leur diffusion en Dolby Vision sur les plateformes.
Pourquoi le Blu-ray UHD reste la référence pour les cinéphiles exigeants
Lorsqu’on met tous les éléments en perspective, l’avantage du disque physique devient évident. Il offre :
- un Dolby Vision plus complet, grâce au Profile 7, et notamment au FEL
- un débit bien plus élevé, garant d’une image stable et riche
- une compression plus douce, qui respecte mieux les intentions du réalisateur
- une qualité audio largement supérieure, avec du Dolby Atmos en lossless
- une expérience visuelle et sonore plus fidèle au master studio
Le streaming reste extrêmement pratique, mais ses limites techniques sont bien réelles. Le Blu-ray UHD demeure aujourd’hui la solution la plus fiable pour les amateurs de home cinéma soucieux de préserver la qualité d’origine d’un film.
Pour aller plus loin, découvrez notre guide complet :












Sur les surcouches Dolby : il est erronné de faire une telle distinction dans les effets concrets des couches MEL vs les couches FEL.
Déjà, car une couche MEL fait elle aussi le boulot du Dolby Vision.
Ensuite car dans l’immense majorité des cas, les couches FEL très lourdes ne le sont que car elles servent de béquilles à une compression foireuse de la couche HDR10 de base. Une couche DV FEL n’a aucune raison de peser 15 Mbps, sauf si la couche HDR10 est tellement trouée qu’il faut au moins ça de données additionnelles pour retrouver à peu près une image décente.
Laisser entendre que seule une couche FEL permet de correctement retranscrire « les scènes sombres, les dégradés subtils, les textures fines ou encore le rendu du grain cinéma » est faux sur la théorie, mais aussi, donc la pratique. En réalité, bien des UHDs en MEL sont mieux sur ces 4 points que des disques en FEL… car c’est une question de compétences de la compression, indépendante du choix du type de surcouche DV.
Par ailleurs, à l’heure actuelle, les avantages théoriques du FEL ne sont pas utiles aux contenus disponibles (le MEL est d’ailleurs plus adapté à du film tourné en pellicule), notamment le 12-bit, et il est possible d’utiliser du DV MEL à 4000 nits, en encodant la couche HDR10 à 4000 nits (le FEL sert, précisément, dans le cas où la couche HDR10 est à 1000 nits et qu’il faut recréer le signal 4000 nits. C’est le cas du Robin Hood de 2018, dont l’UHD américain est en DV MEL mais avec une couche HDR10 à 4000 nits.
Actuellement, le FEL a surtout un intérêt pratique pour les films d’animation et les films numériques à la photo très lisse, mais c’est sinon assez inefficace d’un point de vue de la compression. C’est d’autant plus le cas que la surcouche DV est en 1080p, en 4:2:0, donc mieux vaut maximiser la couche HDR10.
Bonjour Rémy, et merci pour ce commentaire détaillé et techniquement étayé, qui soulève des points tout à fait pertinents.
Vous avez raison sur plusieurs aspects importants : une couche MEL permet bien, elle aussi, de délivrer un Dolby Vision pleinement fonctionnel, et la qualité finale dépend avant tout du master et du travail de compression, indépendamment du choix MEL ou FEL. Il est également exact que certaines implémentations FEL peuvent servir à compenser une couche HDR10 de base moins bien encodée, et que des disques en MEL peuvent, dans la pratique, offrir un rendu supérieur à certains titres en FEL.
L’objectif du guide n’était toutefois pas d’affirmer une supériorité systématique du FEL dans tous les cas, mais d’expliquer les différences structurelles entre les approches single layer et dual layer, et pourquoi, à potentiel égal, une architecture dual layer complète peut théoriquement préserver davantage d’informations issues du master, lorsque le contexte de production et d’encodage le justifie.
Cet article, ainsi que le guide vers lequel il pointe, s’inscrivent également dans une comparaison plus large entre streaming et Blu-ray UHD, où les contraintes de débit et de compression jouent un rôle déterminant. Dans le cadre du streaming, ces contraintes limitent mécaniquement la quantité de données disponibles, ce qui accentue les différences observables dans les scènes sombres, les dégradés complexes ou le rendu du grain, indépendamment des seules considérations MEL ou FEL.
Votre remarque sur l’intérêt plus ciblé du FEL pour certains types de contenus (animation, images numériques très lisses) est par ailleurs tout à fait juste, et illustre bien que MEL et FEL ne doivent pas être opposés de manière binaire, mais compris comme des outils répondant à des contextes techniques différents.
Merci encore pour cette contribution, qui enrichit utilement la discussion autour d’un sujet complexe, où la qualité finale reste toujours le résultat d’un équilibre entre master, encodage, format et contraintes de diffusion.
De rien ! J’espère ne pas avoir semblé trop sec dans mon message. Je comprends le fait de devoir abréger et synthétiser afin de vulgariser les choses, et puis, après tout, ce sujet n’était pas le coeur de cet article comme vous le rappelez.
Cependant, je me rends compte que les différences d’encodage font parfois l’objet de « mythes » au sein du grand public, qui pense souvent (à tort) que X > Y, alors qu’il faut plutôt prendre les choses au cas par cas. C’est surtout cela que je souhaitais rappeler, les cas pratiques appuyant que ce n’est effectivement pas binaire. 😉
Dans tous les cas cependant, dans le cadre de la comparaison streaming / physique, le streaming reste globalement inférieur sur ces sujets, tout étant fait pour être au plus raboté du raboté niveau débit, quel que soit le format.
Excellent article ! Sujet dont on discute souvent avec mes amis qui sont exigeants sur la qualité technique d’un film.
Le très haute definition ce n’est pas que l’image mais aussi le son.
Et je ne peux qu’abonder dans les propos de l’auteur. Même sur les meilleurs forfaits VOD de n’importe quel provider le rendu ne tient pas la comparaison avec le support blu-ray 4K