Depuis sa première apparition en 1987 sous la caméra de John McTiernan, le Predator incarne l’un des monstres les plus fascinants du cinéma de science-fiction. Avec Predator – Badlands, le réalisateur Dan Trachtenberg, déjà auteur du très réussi Prey, choisit d’en revisiter la mythologie en opérant un renversement inattendu : cette fois, le chasseur devient le héros. Interprété physiquement par Dimitrius Schuster-Koloamatangi, Dek est un jeune Yautja rejeté par les siens et contraint de prouver sa valeur sur une planète aussi hostile que spectaculaire. Aux côtés d’une androïde énigmatique incarnée par Elle Fanning, il traverse un monde sauvage où chaque rencontre peut s’avérer fatale. Spectaculaire et ambitieux, ce nouvel opus entend offrir un second souffle à une saga culte vieille de près de quarante ans.
En résumé
Avec Predator – Badlands, le réalisateur Dan Trachtenberg ne se contente pas d’ajouter un chapitre à la saga entamée en 1987 par John McTiernan : il en inverse le cœur battant. La question, dit-il, lui est venue après Prey, remarquable variation autour de la célèbre créature, en écoutant la frustration des fans : « Pourquoi le Predator se fait toujours botter les fesses ? Il est censé être le plus grand chasseur de la galaxie, et on le voit toujours perdre ! » De là surgit une intuition radicale : et si, cette fois, nous étions avec lui ? « Le premier noyau de l’idée, c’était : et si le Predator gagnait ? Je ne voulais pas que ce soit un slasher où le tueur l’emporte. » L’inversion est donc morale autant que narrative : faire d’un monstre un protagoniste, d’un mythe un être vulnérable.
Dek, interprété par Dimitrius Schuster-Koloamatangi, est « l’avorton de son clan« , contraint de prouver sa valeur sur une planète conçue pour le tuer. Le cinéaste précise : « Le film vous apprend comment le regarder. Traditionnellement, le Predator n’était qu’une créature. Maintenant, c’est un personnage. » Cette bascule impose une approche technique inédite. Le corps de Dek est bien réel (costume intégral, quinze kilos d’armure, prothèses successives), mais son visage est recréé en images de synthèse pour capter l’émotion. « C’est un niveau d’expression bien plus profond« , explique le superviseur effets visuels Sheldon Stopsack, qui a calqué l’animation sur le jeu de l’acteur, « une fondation incroyablement solide« .

À ses côtés, Elle Fanning incarne Thia, une androïde lumineuse et amputée, littéralement portée par Dek comme un sac à dos – nom de code du tournage ! « Tout a été fait à la caméra« , raconte-t-elle. « On avait des fils, des harnais, des systèmes jamais utilisés auparavant. » Ses jambes recouvertes de bleu étaient effacées en postproduction ; parfois, une sorte de brouette fixée à la taille de son partenaire permettait les ascensions les plus abruptes. Elle Fanning s’amuse en outre de ses atouts physiologiques inattendus : « J’ai les coudes double articulation et je peux garder les yeux ouverts très longtemps sans cligner. C’est mon visage qu’on voit à l’écran, pas le produit ordinateur. » Entre la créature et la machine, elle résume l’enjeu : « C’est littéralement un monstre et un robot, mais c’est une histoire très humaine. » Celle de deux exclus, de deux marginaux qui cherchent le respect.

Tourné en Nouvelle-Zélande, le monde de la planète Genna a été pensé comme une entité hostile totale. « Il fallait façonner un astéroïde qui essaierait de tuer Dek de toutes les manières possibles« , dit Dan Trachtenberg. Herbes rasoirs, créatures inspirées autant de Miyazaki que du jeu vidéo Shadow of the Colossus, écosystème cohérent plutôt que simple bestiaire spectaculaire, influence de Terrence Malick et de Mad Max 2… Autant d’ingrédients pour créer un récit de survie à la fois brutal et joueur dont l’une des audaces majeures réside dans la langue Yautja, développée comme un idiome complet. « Nous avons engagé quelqu’un pour l’inventer de A à Z« , explique le producteur Ben Rosenblatt. « Il a pris tout ce qui existait et l’a synthétisé en un langage fonctionnelle. »
La démesure technique du film culmine cependant dans le final sur Yautja Prime, une monde entièrement numérique élargi en postproduction, tempête de sable incluse. Spectaculaire et viscéral, Predator – Badlands s’impose comme le plus ambitieux – et le plus coûteux – de la saga. Il prouve surtout qu’un mythe peut muter sans se renier. Dan Trachtenberg résume sa méthode en comparant son approche aux débuts du Marvel Cinematic Universe : chaque film doit être « une pensée complète« . Ici, cette pensée est limpide : transformer la chasse en odyssée, la créature en héros, et offrir à l’univers Predator un nouveau souffle, aussi féroce qu’émouvant.
Du côté des bonus
Commun à l’UHD BD et le BD, le commentaire audio du réalisateur, du producteur, du chef opérateur et du responsable des cascades se distingue par sa volubilité constamment informative. On trouvera également sur le seul BD des modules correctement substantiels sur le nouveau Predator, le personnage d’Elle Fanning, la reconstitution de la planète en Nouvelle-Zélande et la faune hostile qui la peuple ; 6 scènes inédites, alternatives ou en version longue le plus souvent non finalisées mais intéressantes et avec commentaire optionnel.
Avis technique
Même si le BD est loin de démériter, direction l’UHD BD pour profiter d’un vivifiant transfert Dolby Vision qui sculpte les lumières (notamment dans la pénombre) et fait son beurre de toutes les armes au plasma et autres laser ainsi que du sang vert fluo caractéristique. Côté son, c’est aussi le support dernier cri qui héberge l’unique piste Atmos en VO, où les canaux en hauteur ont plus d’une fois l’occasion d’épauler le mixage déjà très fourni au niveau horizontal.
Le mot de la fin
Une dose de sang neuf plus que bienvenu pour une saga qui n’a peut-être pas encore dit son dernier mot.












