Au milieu des années 2000, face aux limites techniques des DVD, HD DVD et Blu-ray, un projet ambitieux a vu le jour : le Holographic Versatile Disc (HVD). Porté par la HVD Alliance (Optware, Fuji Photo Film, CMC Magnetics, et d’autres), ce disque optique envisageait d’exploiter l’holographie pour stocker plusieurs téraoctets de données sur un disque de format classique 120 mm. L’objectif ? Offrir un support jusqu’à 3,9 To, voire 6 To, avec des débits proches de 1 Go/s, bien au-delà des limitations de la gravure 2D classique.
Holographie optique : un défi technique
Contrairement aux disques optiques traditionnels, où l’information est tracée en surface, le HVD stocke les données en volume, dans un photopolymère sensible situé sous la couche optique. Le principe repose sur l’interférence entre deux faisceaux laser : un faisceau vert-bleu pour l’information, et un faisceau rouge pour le positionnement (servo). Grâce à une technique dite « colinéaire », les deux lasers sont alignés pour simplifier le mécanisme de lecture. Un miroir dichroïque assure que le signal des deux longueurs d’onde soit séparé : le rouge traverse alors que le vert est réfléchi, isolant les données holographiques.

Un atout considérable de cette approche est sa densité de stockage : le HVD peut théoriquement graver 60 000 bits par impulsion laser, contre un seul bit sur les supports traditionnels. À titre d’illustration, un disque de 12 cm pourrait contenir 100 Go avec un espacement de piste de 18 µm, ou jusqu’à 5 To si l’on réduit l’espacement à 3 µm.

Défis manufacturiers et économiques
À l’époque, les spécifications techniques semblaient prometteuses : normes ECMA pour des disques en lecture seule de 100 Go et des cartouches de 200 Go enregistrables étaient publiées en 2007. Pourtant, le passage à l’échelle industrielle a révélé des obstacles majeurs :
- Coût élevé : un lecteur devait dépasser les 15 000 $, les disques coûtaient près de 180 €, rendant l’offre inaccessible au grand public .
- Complexité technique : la précision exigée pour la fabrication de lasers colinéaires, de couches dichroïques et de photopolymères était considérable.
- Absence de réinscriptibilité efficace : le HVD était conçu principalement pour des usages WORM (write-once), peu compatibles avec les besoins de stockage réinscriptible grand public
Concurrence et obsolescence
Entre-temps, d’autres technologies progressaient : les disques SSD et le cloud devenaient moins chers et plus pratiques pour le stockage de masse. Le Blu-ray avait conquis le marché domestique, et la vidéo en streaming se développait rapidement, reléguant les disques physiques à une niche. De plus, des projets concurrents comme InPhase Technologies (format Tapestry) ont fait faillite en 2010 faute de financement. Apple a racheté certains actifs, mais sans relancer de produits commerciaux.
Un avenir toujours possible ?
Aujourd’hui, le HVD n’est plus disponible commercialement : les sociétés principales se sont retirées, la norme est abandonnée, et aucun lecteur n’est passé à l’échelle grand public. Mais la recherche sur la stockage volumétrique continue d’intéresser les domaines industriels, l’archivage de longue durée et les applications scientifiques. Des projets menés par la NASA ou des centres de recherche explorant le stockage optique à long terme montrent que l’idée n’est pas morte.
En résumé
Le HVD symbolise une technologie visionnaire portée par une promesse ambitieuse : stocker plusieurs téraoctets sur un support optique classique, avec un débit fulgurant. Hélas, son coût prohibitif, sa complexité technique et son arrivée trop tard sur un marché déjà en plein bouleversement ont scellé son sort.
Pour les passionnés de technologies, le HVD reste une fascinante parenthèse dans l’histoire du stockage : un support qui aurait pu réinventer l’optique, mais qui s’est heurté aux réalités économiques et aux alternatives plus pragmatiques. Reste à voir si un jour un équivalent plus abordable et compatible finira par remplacer les technologies actuelles.










