À l’occasion de la sortie de leur nouvel album Closure/Continuation sorti le 24 juin, le groupe britannique Porcupine Tree nous a accordé une interview pour parler de ce nouvel opus après 13 ans d’absence. Cette rencontre exclusive menée par Olivier Cachin a été l’occasion de revenir sur l’histoire singulière du groupe, ses influences et la genèse de ce disque tant attendu. Pour les amateurs de rock progressif et les auditeurs curieux, c’est un retour qui dépasse le simple événement musical : il s’agit d’une réapparition marquée par la maturité, l’expérience et la volonté de s’inscrire à nouveau comme une formation unique et inclassable.

Closure/Continuation signe le retour de Porcupine Tree
Porcupine Tree naît en 1987 de l’imagination de Steven Wilson, qui se lance alors dans un projet à la frontière du pastiche et de l’expérimentation. À l’époque, Wilson invente un faux groupe des années 70, invente des biographies fictives pour des musiciens imaginaires, et enregistre seul des morceaux inspirés de la musique psychédélique et progressive. Rapidement, cette plaisanterie prend de l’ampleur. Les cassettes circulent, les retours sont enthousiastes et Wilson réalise que derrière ce jeu se cache un vrai potentiel artistique. Ainsi commence l’aventure de Porcupine Tree, qui, en quelques années, passe du statut de projet solo farfelu à celui de groupe reconnu sur la scène progressive internationale.
Le véritable tournant intervient au milieu des années 90, lorsque Wilson s’entoure de musiciens qui vont constituer le cœur de la formation : Richard Barbieri (claviers), Colin Edwin (basse) et Chris Maitland (batterie). Avec eux, Porcupine Tree sort des albums qui affinent progressivement son identité, entre atmosphères planantes, compositions longues héritées du rock progressif classique et touches modernes venues de l’électro ou de l’ambient. L’album The Sky Moves Sideways (1995) est souvent considéré comme le premier jalon majeur de leur carrière, un disque qui leur attire une véritable base de fans. Plus tard, Signify (1996) confirme cette orientation, tout en donnant une place plus importante aux formats de chanson plus courts.
Dans les années 2000, le groupe prend une dimension internationale. L’arrivée du batteur Gavin Harrison, remplaçant Chris Maitland en 2002, marque un virage décisif. L’album In Absentia (2002) propose un son plus dense, mêlant mélodies atmosphériques et influences metal progressif. C’est un succès critique et commercial, suivi par Deadwing (2005) et Fear of a Blank Planet (2007), qui assoient la réputation du groupe comme figure incontournable de la scène progressive contemporaine. The Incident (2009), un ambitieux double album construit autour d’une longue suite, clôt provisoirement cette période. Après une tournée mondiale intense, Porcupine Tree entre dans une hibernation prolongée : chacun des membres se consacre à ses propres projets, Wilson en solo, Harrison avec King Crimson, et Barbieri sur des explorations plus électroniques. Pendant plus d’une décennie, les fans craignent que l’histoire soit terminée. Pourtant, en 2022, la surprise est totale : le groupe annonce son retour avec Closure/Continuation, fruit d’un travail souterrain amorcé dès 2012 et finalement achevé pendant le confinement.

Interview exclusive de Porcupine Tree par Olivier Cachin
Lors de l’interview menée par Olivier Cachin, Steven Wilson et Richard Barbieri reviennent d’abord sur les origines atypiques du groupe. Wilson raconte comment Porcupine Tree a commencé comme une blague musicale, une imitation d’un groupe progressif fictif des années 70, avant de devenir un projet sérieux grâce à l’accueil positif des auditeurs. Le chanteur explique également le rôle de ses influences, allant de Pink Floyd à XTC, tout en insistant sur le fait qu’aujourd’hui Porcupine Tree a acquis une identité totalement distincte. Interrogés sur l’étiquette « rock progressif », Wilson et Barbieri affirment que même si leur musique garde une dimension expérimentale et narrative, elle ne se réduit pas aux clichés associés au « prog rock ». Ils revendiquent un style unique, fruit de l’alchimie entre la complexité rythmique de Gavin Harrison, le travail sur les textures de Barbieri et la sensibilité mélodique de Wilson.
Un autre point central de l’entretien concerne la longue pause du groupe. Steven Wilson admet qu’il a parfois affirmé publiquement que Porcupine Tree n’existait plus, uniquement pour détourner les questions alors qu’il travaillait sur ses projets solo. En réalité, lui et Gavin Harrison développaient déjà des idées dès 2012. Cependant, la fatigue accumulée après huit années de tournées sans pause et le sentiment de ne plus avancer avaient rendu une interruption nécessaire. Le confinement a finalement été le déclic pour finaliser les morceaux qui allaient constituer Closure/Continuation. Les musiciens expliquent aussi leur choix de ne pas enfermer leurs chansons dans un sens unique : pour Wilson, les paroles doivent rester ouvertes à l’interprétation de chacun, un principe qu’il illustre en évoquant la chanson « Rats Return », imprégnée de critique politique mais volontairement laissée à l’appréciation des auditeurs. Enfin, interrogés sur la signification du titre de l’album, ils insistent sur son ambiguïté : il peut marquer à la fois une clôture et une possible continuation, et eux-mêmes ne savent pas encore si ce disque sera le dernier ou le début d’une nouvelle phase.
Le retour de Porcupine Tree avec Closure/Continuation n’est pas seulement l’annonce d’un nouvel album, c’est aussi l’occasion de revisiter l’histoire d’un groupe qui a su se réinventer sans jamais se répéter. De ses débuts ironiques à son statut de formation majeure du rock progressif contemporain, le parcours du groupe est jalonné d’expérimentations, de réussites critiques et d’une relation particulière avec son public. L’interview d’Olivier Cachin en témoigne : Steven Wilson et Richard Barbieri, loin de vouloir capitaliser sur la nostalgie, revendiquent une démarche sincère, guidée par le besoin artistique et non par l’obligation commerciale. Treize ans après The Incident, leur musique prouve que Porcupine Tree n’appartient à aucune case, mais continue de tracer une voie singulière où mélodie, atmosphère et complexité se rencontrent. Que Closure/Continuation soit un point final ou une nouvelle étape, il restera comme le symbole d’un groupe qui a toujours préféré la liberté créative aux étiquettes, et dont le retour marque un moment fort pour les amateurs de rock progressif.











