Statue du Commandeur du rock en français, Alain Bashung a vécu plusieurs vies, passant de chanteur de variétés à l’ancienne (sous le patronyme « Baschung », avec un C) à icône branchée capable de séduire le grand public comme le milieu intello germanopratin. Dans ce Rewind qui lui est consacré, c’est son premier parolier Boris Bergman qui tient le micro. Verbatim d’un auteur qui écrivit les premiers hits d’Alain, quand les deux complices furent jetés sur les ondes comme les pavés de mai le furent durant le printemps de la révolte soixante-huitarde.
Pizza (1981)
On démarre avec Pizza, album de 1981 qui fait suite à Roulette Russe (1979). Boris se souvient : « On est allé faire une partie de Pizza au Pays de Galles, un studio situé dans des anciennes écuries. J’écrivais les textes et de temps à autre un cheval venait passer sa tête. Ça fait bizarre : tu es en train d’écrire et tu sens une espèce d’haleine fétide… » Pour le morceau « Vertige De L’Amour », exil à Londres : « On prend l’avion, et puis dans le taxi qui nous emmène au studio, on entend “Attention fragile” par Bernard Lavilliers. Et la première mouture de “Vertige de l’amour” avait le même titre. On arrive dans le studio, on réécoute le play-back, on décide qu’on va aller bouffer dans une pizzeria en face. Le lendemain, je prends des notes dans ma chambre, j’avais mon petit walkman. Et je me rappelle, je vais voir Elephant Man, je pleure tout seul dans la salle, je reviens à pied et je commence à écrire le texte pendant qu’Alain discutait âprement au téléphone pour avoir une rallonge de budget.

Il me manquait le refrain. Or entre l’hôtel et le studio, il y avait le club de foot de Chelsea. Ce jour-là, ils vont manger à la pizzeria. Moi je retourne plus tôt pour essayer de trouver mon refrain. Entre-temps, descente de skinheads du Chelsea Club avec des bâtons énormes, visiblement partis pour du “pakibashing”, autrement dit une ratonnade de Pakistanais. À ce moment-là, l’ingénieur du son me dit qu’Alain arrive. Et moi, ayant vu les hooligans en sortant pisser dehors derrière le studio, j’ai répondu “Non, on l’appelle et on lui dit de rester au restaurant”. Parce que si les skins ne trouvaient pas de Pakistanais, peut-être qu’un petit Frenchy aurait fait l’affaire. Donc moi je trouve des trucs qui me plaisaient, mais je savais que ça n’allait pas plaire à Alain. Et j’arrive dans les chiottes du studio, qui ressemblaient à des chiottes de pensionnat.
- Lire le précédent Rewind – John Carpenter
Ce jour-là, je remercie monsieur Levi’s, c’est grâce à un 505 que j’ai trouvé le titre. J’aurais eu un 501, j’aurais dû me reboutonner. Mais au moment où je remonte la fermeture éclair du 505, je fais “Ver-tige de l’amour” en imitant Dario Moreno. Et à ce moment-là, j’entends la voix d’Alain qui était revenu et qui me dit “Ben tu vois, quand tu veux, pépère”. C’est ça qui était une de mes joies d’enfant de l’époque : j’avais à peine trouvé le refrain que la chanson était déjà enregistrée. Et ils commençaient à la mixer quasiment tout de suite. Comme on était en retard et qu’on avait un petit budget, il fallait faire vite. Normalement, il vaut mieux attendre le lendemain d’avoir les oreilles propres, mais on n’avait pas les moyens d’attendre ».
Play Blessures (1982)
Rewind 2, Play Blessures. Un disque maudit devenu culte, un échec commercial sorti en 1982 que la critique va réhabiliter au point d’en faire un des albums majeurs de son auteur. Boris Bergman n’apparait que sur un titre, « Junge Männer », enregistré le 16 mars 1981. Tous les autres textes sont coécrits par Alain avec Serge Gainsbourg, qui n’arrivera sur le projet qu’une fois le disque achevé… En version yaourt, c’est-à-dire avec des textes chantés en phonétique ayant vocation à être remplacés par des « vraies » paroles. Innovation pour Serge : Pour la première fois, il va accepter de cosigner les paroles écrites durant les sessions de Play Blessures, qui verront les deux artistes écluser des quantités phénoménales de vin blanc et autres carburants.

On notera que sur l’album original, les musiques sont créditées avant les paroles, contrairement à l’usage. Ainsi les huit titres où Serge intervient sont signés « Alain Bashung/Alain Bashung-Serge Gainsbourg », l’instrumental « Prise Femelle » est d’Alain et l’unique collaboration de Boris voit son nom arriver en deuxième position. Par la suite, sur les rééditions de 1993 et de 2002, trois titres seront rajoutés, tous tirés de la bande son du film de Fernando Arrabal Le Cimetière Des Voitures : Le long instrumental « Procession » (14 minutes, dont une version vocale qui sortira en 2022 sur En Studio Avec Bashung, la compilation réalisée par Mitch Olivier) et deux chansons écrites par Boris, « Strip Now » et « Bistouri Scalpel ».
Une phrase du titre « J’Croise Aux Hébrides » donne une idée de la tension existante entre les deux amis en froid : « Je dédie cette angoisse à un chanteur disparu, mort de soif dans le désert de Gaby, respectez une minute de silence, faites comme si je n’étais pas arrivé… ». Une allusion plus que transparente à la façon dont Bashung a vécu le succès grand public de « Gaby » : Mal. Boris, lui, resta philosophe : « “Le cimetière des voitures annonçait “Play blessures”. De toute façon, chaque chose qu’on fait est le brouillon de la suivante. Je dis ça parce que quelque part, on raconte toujours un peu la même histoire, comme si on mettait sa caméra dans des angles différents. Quelquefois, j’ai l’impression de reprendre un truc qui était un peu caché, les deux dernières lignes d’un couplet, et puis de l’exploiter autrement, un peu comme les poupées russes. Je dois radoter, dans la mesure où je ne triche pas ».

Fun Fact : Play Blessures avait comme titre initial Apocalypso, mais en 1981, The Motels, le groupe américain de la chanteuse Martha Davis, enregistra un album du même nom. Bien qu’il ne fût jamais commercialisé, Bashung décida malgré tout de changer de titre, mais garda la photo de couverture signée Jean-Baptiste Mondino, sur laquelle il joue des bongos au milieu des flammes.
Le jeune Michel « Mitch » Olivier, qui n’a alors que 22 ans, a travaillé comme ingénieur du son/mixeur sur l’album, et il se souvient des épiques sessions : « Ils écrivent les textes en début d’après-midi et moi j’arrive à 17 heures, les tables sont pleines de verres et je me demande même en quoi ils parlent, des fois. On fait les voix pendant quinze jours/trois semaines avant d’attaquer les mixes. Et c’est magique d’être assis entre les deux, vraiment magique. Chacun avait sa méthode, double Dubonnet Perrier ou Suze Perrier pour l’un, Gin grenadine pamplemousse pour l’autre. C’était une bonne méthode. Et quand j’arrive, wow.
Comme on est dans un petit rade de quartier à 100 mètres des usines Renault à Boulogne, il commence à y avoir tous les poivrots du coin qui déboulent, et le patron est un peu emmerdé. Finalement il installe Alain et Serge dans la cour, qui n’est pas prévue pour ça, où il leur amène une table, et ils sont tranquilles. Par contre, il y a la fille du patron, qui doit avoir seize, dix-sept ans, qui voit les deux zoulous et qui commence à passer dans la cour, aller-retour, avec la mini-jupe au ras de la salle de jeu, et c’est dans les textes. “Lavabo” c’est vraiment ça : “Rejoins ta base au bar tab’/ Si on te cherche des noises, fais comme d’hab’/ La fille du patron, faut lui donner/ Pour la tirer de là, tu sais où c’est/ C’est lavabo”. Voilà, autobiographique ».
Passé Le Rio Grande (1986)
Rewind 3, Passé Le Rio Grande, l’album des retrouvailles avec Bergman, qui offrira à son interprète une Victoire de la musique du meilleur album rock. Boris se souvient du jour où il a retrouvé Alain : « Comme j’anticipe toujours, après Play Blessures, j’avais des tas de textes écrits spécialement pour Alain qui ne pouvaient pas aller à beaucoup d’autres gens, je dirais même à personne, à l’époque. Donc j’ai eu cette frustration-là en me disant régulièrement “C’est con parce qu’on avait encore au moins un album à faire”. C’était avant Passé le Rio Grande, la première séparation, la version noir et blanc, pas la version colorisée. Donc le hasard veut qu’on se retrouve au festival du clip d’Antibes. Moi, j’avais réalisé un clip pour un groupe qui s’appelait New Dice et Alain était là pour la vidéo de “What’s In A Bird”, qui était sur l’album Figure Imposée. Et puis on est tous les deux sur scène. Alors évidemment, tous les gens attendaient, se demandaient si on allait se battre. Et à un moment Laurent Boyer, qui présentait la cérémonie, dit : “Voici le président du jury, Jacques Demy !” En même temps, Alain et moi, chacun d’un côté de la scène, on a dit “Sans mousse !”, et on s’est marré. Alain est venu me revoir sous le prétexte fallacieux d’écrire une pièce de théâtre, petit à petit on a retravaillé ensemble. »

Et là, je n’ai aucune frustration sur le plan artistique pour deux raisons. La première, c’est que je pensais qu’on avait encore un album à faire, et on en a fait deux : Le premier était Passé le Rio Grande, qui a évidemment déplu aux critiques branchés parce que c’était un album de retrouvailles où on passait en revue toutes les choses en commun qu’on avait aimé. Pas assez noir, pas assez déglingué pour eux. Et puis il y a eu une chanson pour un feuilleton allemand, “Spiel Mich And Die Wand”, sur le mec qui avait franchi le mur de Berlin avec une perche. Ça, c’était en 1986. Je me rappelle que je venais de finir mon court-métrage Le Vampire Et Le Lapin, et j’avais tourné dans Blessures, un film avec Florent Pagny. Je faisais le méchant, à la fin Florent Pagny me tuait. Ben oui. Donc, on a fait Passé le Rio Grande qui a remporté la Victoire de la Musique de l’album rock. L’album est boudé par la maison de disques à l’époque donc le simple “Malédiction” passe carrément à l’as, ce qui n’est pas plus mal, car la chanson est devenue, grâce à ça, relativement culte. Et en fin de compte, on a fait un deuxième disque ensemble, Novice. Et petit à petit sont revenus les vieux démons ».

La chanson qui donne son titre à l’album est un festival de doubles sens et d’allusions sexuelles : « À genoux les majorettes/ Ces demoiselles au parloir/ Sonnez, résonnez musette/ À nous deux la victoire/ Loin les culs-de-jatte ça court les rues/ À la poursuite du Mongol sans but/ Non, y’a pas le feu au Q.G (…) Bains de minuit, midinettes/ Rendez-vous les séchoirs/ Astiquez baïonnettes/ Vous qui passez sans m’avoir/ Suis trop pompé pour le César/ Smoking fumé, fin de non-recevoir ». L’album célèbre les héros musicaux du duo, de Duane Eddy à Merle Haggard en passant par Buddy Holly, Dean Martin, Robert Mitchum (qui, on le rappelle, signa un grandiose album de calypso en 1957) et même les Beatles dans « Rognons 1515 » (« Scarabée, scarabée, sergent pépère/ N’avoue jamais, never, never »).
Boris : « Les journalistes nous demandaient ce qu’on écoutait pendant qu’on faisait Passé le Rio Grande ou Novice, et quand on leur répondait qu’on écoutait Dean Martin ou Frank Sinatra, ils croyaient qu’on se foutait de leur gueule. Les gens voudraient toujours que tes influences soient des gens qui font la même chose que toi. Si on pense Paul Personne, on va tout de suite dire que ses influences viennent de Robert Johnson et de Santana. Et moi, même si j’ai aimé comme un vrai fan Buddy Holly, Gene Vincent, Eddie Cochran et plein d’autres, mes véritables influences au niveau de l’écriture ne viennent pas forcément de la chanson. Je pense que Lewis Carroll, les Marx Brothers, Samuel Beckett et tous les gens qui ont fait dans l’absurde ont été beaucoup plus importants.

On travaillait comme ça ensemble, on faisait des cadavres exquis. On partait en général à l’Auberge de la Source manger des truites qui étaient dans l’étang du jardin, on buvait l’eau de la source. On allait voir la tombe du pirate près de l’église à côté et on travaillait toute la journée. En général, là, on finalisait. Passé le Rio Grande a été fait à l’auberge de la Source. On avait notre copain Coco, du restaurant/club le Bakoni, qui nous trouvait des places dans un hôtel. Un jour, on s’est retrouvé dans un petit hôtel fermé pendant l’hiver. Il y avait juste nous, c’était carrément le rêve d’Alain, ne pas sortir du tout. On était dans la chambre, on descendait pour manger et puis on travaillait ».
Novice (1989)
Rewind 4, Novice, et là, c’est le noir. Noir de la pochette, noirceur de l’époque, un « album de rupture ». Boris y écrit pour la dernière fois avec Alain, et il sent bien, avant même d’entrer en studio, que Novice allait être le dernier produit de leur fructueuse collaboration : « Oui, je le savais avant de commencer. J’ai fait l’album comme Neil Sedaka (crooner américain qui connut la gloire dès le début des années 1960, ndr) avec son auteur, sauf qu’eux, ils ont carrément écrit “This Is The Last Song We’ll Ever Write Together”. Remarque, je ne me suis pas privé non plus.

J’ai fait chanter à Alain notre rupture, quand même : “Si tu veux, j’peux t’aider, ça m’a l’air un peu lourd à porter”, “T’aimes plus les mots roses que je t’écris”, “En vertu des rasoirs, tu viens couper court à notre histoire à tiroirs”, etc. (sur « Alcaline », ndr). C’était comme dans les nouvelles de HP Lovecraft, les portes du grenier étaient ouvertes et le monstre s’est réveillé. La bête qui dormait sous la glace était réveillée. Je savais ça. Donc je me suis dit “C’est le dernier, il n’y en aura jamais d’autres. Il faut que ce soit un bel album”. Il y a eu tout un cheminement pour arriver à la fin de ce disque qui a été parsemé de choses pas très agréables à vivre, dans ma vie à moi et dans notre vie à deux. J’ai mis des années à me rendre compte que Novice est beau.
À l’époque, je ne le voyais pas comme un album, mais comme une suite de tâches plus ou moins intéressantes. Il y avait déjà trop de distance entre nous vers la fin pour que je l’endosse comme un album. C’était pour moi une suite de chansons, des variations sur un thème. Je ne sais même pas si aujourd’hui je le considère comme un album. Alors que Pizza est un album, Roulette russe est un album. Passé le Rio Grande, c’est le disque des retrouvailles, on fait des clins d’œil à tout ce qu’on a aimé et on essaie d’être le plus ludique possible. Enfin, on n’essaie pas, on l’est sans le faire exprès. Novice, je l’ai terminé à l’arraché. J’ai même été professionnel, pour la première fois de ma vie ».
Bashung, en pleine transition mallarméenne, glisse vers de nouveaux auteurs, dont Jean Fauque, qui cosigne avec Alain « Tu M’As Jeté », « Bombez ! » et « Étrange Été ». Parmi les musiciens de Novice, Dave Ball (la moitié de Soft Cell), Jean-Marie Aerts le producteur belge, Colin Newman du groupe Wire, Vic Emerson (Sad Café, 10cc) et Phil Manzanera de Roxy Music. Le disque est hanté par les fantômes du passé, « Alcaline » en est le joyau, plus tard repris par Christophe dans une superbe version piano solo.
Mais pour Boris, la messe est dite, Novice sera le disque de l’éloignement définitif : « Il y avait une telle chape de béton, une telle ambiance de merde… Alain voulait aller vers des choses que moi je fuyais. Il m’avait dit “Tu devrais réécouter Ferré, relire Apollinaire et Mallarmé”. Je lui ai répondu “J’ai traduit ces gens-là en anglais”. J’ai même fait pour Léo Ferré “Les Chiens”, “Les Poètes” et “Avec Le Temps”. J’ai traduit des poésies dans des revues anglaises pour gagner du blé quand j’étais étudiant. Moi, au contraire d’Alain, tout mon travail était d’oublier mes années universitaires pour aller vers un mélange de langage de rue et de ce qui existait dans les langues que je connaissais, chercher une cohérence à tout ça. Je ne suis pas sûr de l’avoir trouvée, mais bon, j’ai essayé. Et lui, autodidacte un peu complexé, à l’époque, il voulait déjà qu’on le mette dans le panthéon des gens de la littérature. Ça n’a fait que se confirmer avec les disques qu’il a fait après. Il se réclamait de Ferré, moi, je le voyais plutôt à l’époque marcher dans les pas de Gainsbourg, alors que non. Il s’est rangé.

Les chansons sont devenues beaucoup plus carrées, de moins en moins rock & roll. Et puis ce que je regrette, mais ça, c’est un avis qui n’engage que moi, c’est que la métrique en alexandrins dont on se moquait dans “Helvète Underground” avec la rime “Pour un pélican, combien de frangipanes ?”, il nous l’a fait au premier degré après. Il n’y avait plus le contrepoint que j’aimais, il n’y avait plus le bouffon de La Nuit Des Rois qui commente le couronnement et s’en moque. Le bouffon avait été enlevé, mis aux oubliettes, garrotté. Il ne restait plus que la statue du commandeur. Tout ça pour dire que vu la voie qu’il a prise… J’aurais pu écrire dans ce sens, soyons honnêtes, j’ai suffisamment de technique, j’ai prouvé que je pouvais faire des exercices de style. Mais je pense que les exercices de style ne restent valables que si tu les montes en tant qu’exercices de style. À partir du moment où tu écris plus d’une chanson sur un album dans un style qui n’est pas du tout le tien, dans un style que tu réprouves même quelque part, là pour moi ça devient de l’escroquerie. Bon, je retrouve des trucs de temps en temps, des réminiscences des petits papiers que je donnais à Alain à l’époque, mais après Novice, on est très loin de notre univers à tous les deux ».
Fantaisie Militaire (1998)
Et on en arrive au cinquième album de ce Rewind bashungien, Fantaisie Militaire, qui déboule en 1998 après Osez Joséphine (1991) et Chatterton (1994). Jean Fauque, qui cosignait 6 titres d’Osez Joséphine et l’intégralité de Chatterton, récidive sur Fantaisie Militaire, où seule la chanson « Sam Hall », écrite par Rodolphe Burger et Olivier Cadiot, lui échappe.

Boris, lui, est déjà loin : « Ses disques avaient toujours le son, Alain était un très bon producteur au sens anglais du terme, réalisateur. Quand sort Fantaisie militaire en 1998, c’était un moment de ma vie où j’avais envie de simplifier, enfin en apparence, mais plus vicelard derrière. Et c’est l’époque où Alain a renoué avec la poésie française. Il y avait moins de rock, moins d’autodérision, plus de poésie mallarméenne, apollinairienne, “J’ai fait la cour à des murènes”, etc. Et ça, c’est une voie très sombre dans laquelle je n’aurais pas eu envie de le suivre. Mais je sais que c’était une volonté très consciente de sa part. Déjà à l’époque de Novice, j’avais du mal à imposer des virgules d’humour, il voulait que ce soit plus dark. Sur les deux albums qui ont suivi Osez Joséphine, je n’ai plus eu de regrets. La séparation aurait été artistique un disque plus tard ».
Disque loué par les critiques parisiens (« Le triangle des Bermudas », comme les appelle Boris), cette fantaisie n’en a que le nom, avec en vedette le sombre single « La Nuit Je Mens », qui évoque en creux la lutte contre l’occupation nazie avec une référence au Vercors, haut lieu de la résistance (« On m’a vu dans le Vercors sauter à l’élastique ») et quelques allusions à un passé lourd de secrets (« J’ai dans les bottes des montagnes de questions où subsiste encore ton écho »). Deux autres albums studio suivront, L’Imprudence et Bleu Pétrole, ultimes testaments d’un trublion du rock devenu géant de la chanson électrique.













