20 ans du Château Ambulant : Joe Hisaishi (Rewind)

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Quarante ans de perfect mix entre le son et les images. En effet, c’est en 1984 que Joe Hisaishi, de son vrai nom Mamoru Fujisawa, rencontre Hayao Miyazaki et commence une collaboration fructueuse, puisqu’elle concernera tous les films du réalisateur à une exception près. Une association réalisateur/compositeur qui rappelle celles de Steven Spielberg et John Williams, ou encore Danny Elfman et Tim Burton, ou David Cronenberg et Howard Shore. Rien d’étonnant donc si ce Rewind japonisant sera majoritairement consacré aux B.O. du King des Animes. Le Rewind de Joe, c’est now !

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Tonari No Totoro / Mon Voisin Totoro (1988)

Et on commence ce premier Rewind avec un film magique, réalisé en 1988 mais découvert en France des années plus tard, Tonari No Totoro, ou en Français Mon Voisin Totoro, l’histoire d’un père de famille qui s’installe à la campagne avec ses deux filles pour se rapprocher de sa femme, en traitement longue durée dans un hôpital du coin. Mei et Satsuki vont faire la connaissance des Totoros, des esprits gentils semblables à de grosses peluches que seuls les enfants peuvent voir. La musique de Joe est joyeuse, dès le générique la fanfare de personnages du film (les différentes versions de Totoro, les noireaudes) est illustrée par une ritournelle joyeuse, « Promenade ». Cinq ans après Nausicaa Ou La Vallée Du Vent, première collaboration Hisaishi/Miyazaki, le duo fonctionne à la perfection. 

Ce premier Rewind commence avec Mon Voisin Totoro, un film magique de 1988, où un père et ses filles rencontrent des esprits bienveillants dans la campagne japonaise, accompagné de la musique joyeuse de Joe Hisaishi.

Au moment où sort le film au Japon, Miyazaki est aux commandes du studio qu’il a créé en 1986, Ghibli. L’osmose entre les deux artistes est optimale, et les longues plages instrumentales nostalgiques illustrent merveilleusement les paysages campagnards et les séquences oniriques où les Totoros jouent avec les deux enfants, notamment dans cette scène où le Totoro joue de l’ocarina perché au sommet d’un arbre géant. 

Pour réaliser cette B. O., Joe Hisaishi a raconté s’être inspiré de compositeurs d’avant-garde tels que Philip Glass, Terry Riley, John Cage et Karlheinz Stockhausen. Une influence qui n’apparait pas à la première vision du film, mis en musique avec des sons orchestraux plutôt classiques mixés à des sons synthétiques sortis du Fairlight, un instrument sophistiqué et très coûteux qui en cette fin des années 1980 est le pilier d’une révolution électronique à venir. Difficile d’oublier ce classique des animes, qui se conclut par une chanson interprétée par Azumi Inoue et dont les paroles sont de Miyazaki lui-même. 

Porco Rosso (1992)

Rewind 2, et on reste dans l’univers de rêve du créateur des Totoros avec cette fois un héros cochon. C’est Porco Rosso, une histoire d’amour et d’avions sortie en salles en 1992. Le décor est planté avec le texte d’introduction : « Ce film conte l’histoire du porc vaillant surnommé “Porco Rosso” qui se bat contre les pirates de ciel, pour son honneur, pour sa Madone adorée et pour ses biens. La scène se passe sur les Mers Méditerranéennes à l’époque où l’hydravion gouverne les mers »

L’univers de Miyazaki avec Porco Rosso (1992) est un film d’amour et d’avions, où un héros cochon combat les pirates du ciel pour son honneur et ses biens, sur fond de Méditerranée.

On est en Italie, entre les deux guerres mondiales, alors que le fascisme commence à émerger et infeste l’Europe. Le film est inspiré d’un manga de Miyazaki, The Age Of The Flying Boat, et devait à l’origine être un court-métrage diffusé sur les écrans des avions de la Japan Airlines. Finalement développé en long-métrage pour une sortie en salles, Porco Rosso sera malgré tout diffusé dans les avions de la compagnie avant sa sortie commerciale. 

Pour l’illustrer musicalement, Joe Hisaishi a conçu une B.O. aux inspirations italiennes, avec une version du fameux hit « O Sole Mio » (repris notamment par Elvis Presley en « It’s Now Or Never »). Le morceau phare de Porco Rosso reste cette reprise du « Temps Des Cerises » par la chanteuse japonaise Tokiko Kato, qui fut remplacée dans la première version française en VHS par l’interprétation de Sophie Deschaumes (mais le DVD a repris la version originale). Un autre titre apparait dans le soundtrack, “Once in a While, Talk Of The Old Days ». 

Pour Porco Rosso, Joe Hisaishi compose une B.O. aux influences italiennes, avec une version de « O Sole Mio » et une reprise du « Temps des Cerises » par Tokiko Kato.

Comme tous les films de Miyazaki, la musique de Joe y occupe une place prépondérante, comme un supplément d’âme aux images du maitre des animes. Ainsi cette séquence poétique et surréaliste dans laquelle on voit les âmes des pilotes d’hydravion monter au ciel dans leurs engins fantômes, sublimée par les arrangements orchestraux du compositeur. En avril 1988, Joe Hisaishi expliquait au magazine Animage l’importance qu’il accordait aux films de son réalisateur : « Il me faut du temps, beaucoup de temps. Les films d’Hayao Miyazaki ont un contenu exceptionnel et qui touche les gens. Je suis très attaché à ce genre de projet. Quand il s’agit de travailler sur ses films, je modifie mon emploi du temps, je passe le reste de mon travail au second plan et je commence mon boulot. Je ne travaille pas quand il s’agit d’enregistrer sur une seule journée car j’utilise le Fairlight et ça prend donc énormément de temps pour finaliser une composition ».  

En 2011, Miyazaki envisage une suite à Porco Rosso, titrée Porco Rosso : The Last Sortie située durant la guerre civile espagnole, entre 1936 et 1939. Le héros du premier film serait devenu un vétéran, mais le projet n’aboutira pas. Fun Fact : Dans la version anglaise éditée en 2005, c’esrt Michael Keaton qui prête sa voix à l’aviateur porcin. En France, ce fut Jean Reno. 

Sonatine (1993)

Rewind 3, et cette fois on quitte momentanément le monde des Studios Ghibli avec Sonatine, un film de yakusa réalisé en 1993 par Takeshi Kitano. Originellement titré Okinawa Pierrot (vraisemblablement en référence à Pierrot Le Fou de Jean-Luc Godard), ce récit mettant en scène Murakawa, un yakusa vieillissant interprété par Takeshi Kitano en personne, fut un des plus gros succès de son auteur, lui ouvrant la porte d’une carrière internationale. 

Sonatine (1993) est un film de yakusa de Takeshi Kitano, où il incarne Murakawa, un yakusa vieillissant, dans un succès qui marquera le début de sa carrière internationale.

Sorti en France sous le titre Sonatine, Mélodie Mortelle, ce film violent bénéficia d’une sortie de sa B.O. en 1993. 14 instrumentaux composent ce CD édité en France par Universal. On y trouve une autre facette d’Hisaishi, qui abandonne la légèreté des animes pour se fondre dans le monde violent et sanglant de Kitano. Un soundtrack qui vaudra à son auteur le prestigieux Japanese Academy Award For Music en 1994. 

Sen To Chihiro No Kamikushi / Le Voyage De Chihiro (2002)

Rewind 4, retour à Miyazaki avec Le Voyage De Chihiro, un des gros classiques Ghibli où l’on retrouve des cochons, mais ceux-ci ne sont pas des aviateurs : Dans cette aventure façon Alice Au Pays Des Merveilles, ce sont les parents de la jeune héroïne qui sont transformés en porcs. Le film sort en 2001, une année fructueuse pour Hisaishi qui compose également la musique de Aniki Mon Frère de Kitano et sa première B.O. française, celle du Petit Poucet adapté par Olivier Dahan. 17 ans après leur première collaboration sur Nausicaä, la team Miyazaki/Hisaishi tourne à plein régime. C’est le Nouvel Orchestre Philharmonique du Japon qui interprète les compositions sensées refléter les sentiments de la jeune fille perdue dans un monde entre rêve et cauchemar. 

Le Voyage de Chihiro (2001) : des parents transformés en porcs plongent leur fille dans un univers magique, accompagné de la musique émotive de Joe Hisaishi, qui signe une année exceptionnelle.

Pour le personnage de « Sans-Visage », mystérieuse créature qui a pris un rôle prépondérant dans la narration en cours de tournage, Joe a choisi des percussions métalliques renforçant l’aspect étrange et inquiétant de cette entité au masque de théâtre Nô. Joe Hisaishi : « Les comportements des personnages et leurs expressions, rendus réalistes par le biais de l’animation, forment un tout unique. Plutôt que d’un simple dessin animé, je dirais qu’il s’agit d’un film animé car on s’identifie aux personnages à travers leurs attitudes. On a l’impression de se voir à l’écran. J’ai un profond respect pour le travail de monsieur Miyazaki. Pour la musique aussi, on ne peut pas se permettre de faire les choses à moitié, c’est donc un travail assez pénible. Mais le fait de passer et repasser sur son travail améliore le rendu final. C’est aussi un moyen de faire des essais, de se former à de nouvelles choses et dans le même temps d’y apporter sa propre identité, c’est pour cela que j’y attache une attention toute particulière. Composer pour les films de Hayao Miyazaki est ce que j’apprécie le plus ». 

Le générique de fin de Le Voyage de Chihiro, « Rêvons Toujours Les Mêmes Rêves Aimés », chanté par Youmi Kimura, contribue à la réussite d’un film primé.

Le générique de fin, « Rêvons Toujours Les Mêmes Rêves Aimés », est interprété par Youmi Kimura. La bande originale sera primée dans plusieurs festivals et remportera le Prix de l’Académie Japonaise. Gros succès commercial, Le Voyage De Chihiro a rapporté près de 400 millions de dollars dans le monde, dont 230 au Japon. Avec plus de vingt millions de spectateurs japonais, il a battu Titanic et est devenu le long-métrage le plus vu au Japon… Jusqu’en 2020, année durant laquelle il fut battu par Demon Slayer Le Train De L’Infini

Nicolas Horvath Studio Ghibli / Wayô Piano Collection (2023)

Ultime Rewind, et on reste en territoire Ghibli avec un album de piano solo, Studio Ghibli / Wayô Piano Collection, interprété par Nicolas Horvath et sorti en 2023. En 24 titres, ce pianiste français titulaire du prix de l’académie de musique Prince Rainier III à l’âge de 10 ans effectue un parcours guidé dans l’univers de Miyazaki/Hisaishi. Onze extraits des B.O. de leurs films sont inclus sur les quatre faces du double vinyle édité par Wayo Records : Nausicaä, Laputa Castle In The Sky, Totoro, Kiki’s Delivery Service, Porco Rosso, Princesse Mononoké, Le Voyage De Chihiro, Le Château Ambulant, Ponyo Sur La Falaise, Le Vent Se Lève et Le Conte De La Princesse Kaguya

Studio Ghibli / Wayô Piano Collection (2023) explore l’univers de Miyazaki/Hisaishi à travers 24 titres, capturant la magie des films Ghibli avec ses pièces emblématiques.

Enregistrés en France en 2022, ces compositions dépouillées de leurs arrangements orchestraux n’en demeurent pas moins des oasis de mélancolie, de joie et de beauté. Âgé de 45 ans lors de l’enregistrement, Nicolas Horvath signe là un disque accessible à tous, comme un Best Of de l’œuvre immense de Joe Hisaishi. 

Et histoire de conclure sur un Fun Fact concernant ce pianiste fan de Satie, on rajoutera que le 12 décembre 2012, il a joué à Paris, au Palais de Tokyo, une version des Vexations d’Erik Satie d’une durée de 35 heures, du 12 décembre à midi jusqu’au 13 décembre à 23 heures. Un record, puisque cette session à rallonge reste à ce jour la version piano non-stop la plus longue jamais exécutée. Chapeau l’artiste !

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