Paru dans une édition Blu-ray particulièrement attendue, Une bataille après l’autre s’impose comme l’un des grands événements cinématographiques récents, auréolé de deux Golden Globes 2026 : meilleure réalisation et meilleur scénario pour Paul Thomas Anderson. Longuement mûri et porté par une ambition formelle rare, le film déploie un grand spectacle d’auteur où l’énergie du cinéma d’action se mêle à une réflexion intime sur la filiation, l’engagement et le poids du passé. Porté par un Leonardo DiCaprio habité, le récit plonge au cœur d’une Amérique fracturée, oscillant avec une remarquable liberté entre gravité politique, burlesque assumé et émotion à fleur de peau.
En résumé
Il aura fallu près de vingt ans à Paul Thomas Anderson pour que Une Bataille après l’autre trouve sa forme définitive, comme si ce film avait dû mûrir lentement, se charger du poids du temps et des fractures américaines avant de surgir à l’écran. À l’origine, explique le cinéaste, « j’ai commencé à développer cette intrigue dans le but d’écrire un film de courses-poursuites automobiles« , idée longtemps resté en suspens, nourrie en parallèle par un désir persistant d’adapter le roman de Thomas Pynchon Vineland et par « le personnage d’une femme révolutionnaire« .

De ces strates successives est né un récit ample, mobile, traversé par une énergie contradictoire où l’action la plus physique dialogue avec une méditation sur la famille, la filiation et la transmission. Ce qu’il assume pleinement : « En tant que spectateur, j’aime les histoires qui me parlent, dans lesquelles je peux me projeter. » Chez lui, l’émotion « provient en général d’une histoire familiale, de l’amour et de la haine qui se tissent entre les êtres« . Cette colonne vertébrale irrigue le scénario, centré sur un ancien activiste contraint de sortir de sa clandestinité pour retrouver sa fille, figure adolescente déjà projetée vers un monde qui échappe à son père. Leonardo DiCaprio a immédiatement reconnu la singularité de ce point de vue : « J’aimais cette idée du révolutionnaire usé qui essaie d’effacer son passé et de vivre une forme de normalité en élevant sa fille. » Et il insiste sur la dimension générationnelle du film : « C’est une histoire de déconnexion entre les générations, de la façon dont un père et une fille se regardent alors qu’ils vivent dans des mondes radicalement différents. »

Sans jamais se réduire à un discours programmatique, le film observe une Amérique fracturée, polarisée, travaillée par des forces antagonistes (hallucinant numéro de suprémaciste signé Sean Penn), mais Paul Thomas Anderson se refuse à transformer le cinéma en tribune : « Je ne peux pas imaginer une fiction, aussi grave soit-elle, sans des rires dedans. Quel intérêt ? » Cette circulation constante entre gravité et burlesque devient un mode de pensée, une manière de rendre le politique sensible sans le figer ni, comme le dit Leonardo Di Caprio, « le transformer en vaccin injecté dans la conscience des spectateurs« . Le tournage, étalé sur plusieurs mois en Californie et dans le sud-ouest américain, épouse cette logique de mouvement et de collision. Filmé majoritairement en pellicule VistaVision 70 mm, Une Bataille après l’autre revendique une ampleur visuelle qui renoue avec une certaine mémoire du cinéma des années soixante-dix tout en l’inscrivant dans le présent. Paul Thomas Anderson voulait, selon ses propres mots, retrouver une physicalité capable de soutenir un récit de grande vitesse, mais aussi laisser affleurer les aspérités humaines, les corps fatigués, les visages marqués par le doute. La mise en scène privilégie les trajectoires, les courses, les lignes de fuite, jusqu’à cette poursuite sur des dunes d’asphalte devenue instantanément emblématique, phénoménal morceau de bravoure où le suspense naît autant de la topographie que des regards échangés à travers un pare-brise. Le montage, fluide et tendu, accompagne ce sentiment d’urgence permanente, donnant au film une respiration singulière, à la fois haletante et mélancolique.
Pour Leonardo DiCaprio, le projet résonnait aussi comme un rendez-vous longtemps différé : « Je voulais travailler avec Paul depuis plus de vingt ans » confie-t-il, évoquant « une opportunité qu’aucune somme d’argent ne peut acheter« . Cette alliance entre spectacle et réflexion explique l’accueil critique exceptionnel réservé au film, salué pour sa capacité à conjuguer ampleur narrative, audace formelle et émotion directe. En creux, il apparaît comme un éloge de l’engagement débarrassé de toute mythologie héroïque, un regard lucide sur les illusions passées et sur la nécessité de transmettre malgré l’échec, malgré la peur.

En conclusion, difficile de ne pas voir dans ce film exceptionnel un grand spectacle d’auteur au sens le plus noble et excitant du terme, capable de tenir ensemble le romanesque, la comédie, la violence et la tendresse. Ses treize nominations aux Oscars consacrent une œuvre qui, par son ambition et sa maîtrise, semble appelée à marquer durablement le paysage du cinéma américain contemporain, d’autant que les dernières actualités « trumpiennes » ajoutent à sa crédibilité. Son triomphe annoncé sera mille fois mérité.
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Du côté des bonus
Il n’y en a hélas aucun, pas plus sur le Blu-ray que sur l’UHD Blu-ray. Mais une édition spéciale est annoncée aux USA (et on espère ici) pour le printemps avec des suppléments entièrement conçus par Paul Thomas Anderson.
Avis technique
La luminosité et la profondeur chromatique propres au format pellicule VistaVision constituent un terrain de jeu idéal pour le Dolby Vision de l’UHD Blu-ray, où le grain cinéma est préservé avec une merveilleuse subtilité. Pour ce qui est de l’audio, on se régale d’un double Dolby Atmos d’atmosphère VF/VO dont les rares incartades surplombantes ne passent cependant pas inaperçues au sein d’un mixage d’exception, entre ambiances panoramiques et pyrotechnie déchaînée.
En résumé
Il ne manque plus que des bonus pour que le meilleur film américain de 2025 ait droit au traitement qu’il mérite.











