Fresque monumentale du cinéma hollywoodien, Ben-Hur s’impose, depuis sa sortie en 1959 sous la direction de William Wyler, comme l’un des sommets du péplum et de la mise en scène à grand spectacle. Couronné de 11 Oscars, le film incarne à lui seul l’ambition d’une industrie alors à son apogée, capable de conjuguer démesure visuelle, souffle épique et intensité dramatique. Porté par Charlton Heston dans le rôle de Judah Ben-Hur, ce récit de vengeance et de rédemption traverse les décennies sans rien perdre de sa puissance.
Aujourd’hui, cette édition Blu-ray 4K offre une redécouverte exceptionnelle de l’œuvre, grâce à un nouveau master qui sublime chaque plan avec une précision et une richesse inédites. Une restauration de référence, à la hauteur de ce monument du septième art, qui confirme plus que jamais le statut incontournable de Ben-Hur dans l’histoire du cinéma.
En résumé
Détenteur d’un record longtemps inégalé avec onze Oscars, Ben-Hur ne surgit pas en 1959 comme un miracle isolé mais comme l’aboutissement d’une histoire industrielle, artistique et presque mythologique amorcée dès 1880 avec le roman de Lew Wallace, tiré à plus d’un million d’exemplaires avant 1913 et rapidement devenu un phénomène mondial. Dès 1899, son adaptation théâtrale attire plus de dix millions de spectateurs en quelque six mille représentations, avec des chars lancés sur des tapis roulants circulaires d’environ douze mètres de diamètre.
Le cinéma s’en empare très tôt : en 1907, la société Kalem tourne une version pirate d’un quart d’heure, avant d’être condamnée en 1911 à 25 000 dollars d’amende pour violation du droit d’auteur, décision fondatrice pour l’industrie. En 1925, la MGM consacre quatre millions de dollars — somme record pour l’époque — à une adaptation réalisée par Fred Niblo, mobilisant plus de trois cents décors et quarante-deux caméras, avec une piste de course longue de près de 600 mètres et des gradins peuplés à la fois de figurants réels et de silhouettes en bois articulées. Le film double sa mise et impose Ben-Hur comme un modèle de spectacle total. Au début des années 1950, alors que la télévision fragilise Hollywood et que la MGM accuse près de 16 millions de dollars de pertes, le projet renaît. Annoncé en 1952, il reste bloqué jusqu’en août 1956, date à laquelle Joseph Vogel donne son feu vert pour un budget colossal de 15 millions de dollars.

Le scénario, travaillé plus de cinq ans, passe entre plusieurs mains avant que William Wyler ne soit approché. D’abord réticent — il juge le script « très primitif et élémentaire » — il accepte finalement sous condition de donner au film une véritable profondeur dramatique. Son contrat est à la hauteur de l’entreprise : 350 000 dollars plus 8 % des recettes brutes ou 3 % des profits nets. Le choix de l’acteur principal se révèle tout aussi stratégique. Après avoir envisagé Robert Taylor, Marlon Brando ou Paul Newman, le studio confie finalement le rôle à Charlton Heston. « Il n’y avait aucune hésitation possible« , écrit-il dans son journal de bord, avant de déclarer au réalisateur : « Si tu me veux pour Ben-Hur, je serai heureux de l’interpréter. » Face à lui, Stephen Boyd incarne Messala, au terme d’un entraînement intensif de quatre semaines pour maîtriser les chevaux.
Autour d’eux, jusqu’à quinze mille figurants, encadrés dans une organisation quasi militaire. À Cinecittà, la MGM déploie une infrastructure titanesque : près de soixante hectares, neuf plateaux géants, plus de trois cents décors, quinze mille croquis préparatoires. L’arène de la course occupe à elle seule sept hectares et demi, avec des lignes droites de 457 mètres, quatre statues de neuf mètres de haut, environ 300 000 mètres de bois, 450 tonnes de plâtre et 400 kilomètres de tubes métalliques. Les costumes mobilisent des milliers de pièces, des étoffes venues du monde entier et jusqu’à 180 kilos de cheveux humains pour les perruques.

Le tournage débute le 20 mai 1958 sous la direction d’un Wyler stratège, multipliant les caméras 65 mm Panavision pour capter simultanément l’ampleur et l’intimité. Le Christ n’est jamais montré de face, seulement suggéré par des cadrages et des lumières, choix esthétique assumé. La bataille navale est tournée dans un bassin artificiel avec galères grandeur nature et maquettes combinées. Mais c’est la course de chars qui devient le cœur battant du film : soixante-dix-huit chevaux, des mois d’entraînement, trois mois de tournage et près de 320 kilomètres parcourus par les attelages. « Sans les plans larges, le public ne pourra jamais apprécier cette arène magnifique« , explique le metteur en scène soucieux de donner toute sa mesure à l’espace. Le 2 juillet, Charlton Heston notera dans son Journal : « Aujourd’hui, j’ai gagné la course. Passer en trombe devant ces figurants hurlants… a été aussi grisant que tout ce que j’ai fait jusque-là au cinéma. » Derrière la fureur apparente, chaque trajectoire est répétée, chaque chute anticipée, au prix de quelques accidents mineurs et de deux caméras détruites.

Le tournage s’achève le 7 janvier 1959, après la mort brutale du producteur Sam Zimbalist. Commence alors un long travail de montage et de composition musicale. Miklós Rózsa écrit une partition monumentale pour cent musiciens, conçue comme l’ossature invisible du film. À sa sortie en novembre 1959, Ben-Hur dépasse les 70 millions de dollars de recettes et sauve la MGM. En avril 1960, il remporte onze Oscars. Wyler, lucide, en tirera une conclusion désabusée : « Moi, je voulais simplement voir si je pouvais surpasser Cecil B. De Mille sur son propre terrain. » Il y est parvenu, inscrivant son film dans l’Histoire comme une œuvre à la fois intime et démesurée où l’industrie, la foi et le spectacle ne font plus qu’un.
Du côté des bonus
Sur un DVD dédié sauf précision, ils offrent, repris de l’Ultimate édition limitée 3 BD + 2 DVD de 2011 : commentaire audio d’un spécialiste et de Charlton Heston (sur l’UHD BD, VO), making-of (58′), portrait de Charlton Heston (78′), essais des comédiens (29′), clip et BO isolée en stéréo DD. Pour compléter le tout, on trouve aussi, inédites, elles, deux dynamiques featurettes rétrospectives et techniques.
Avis technique
Même si on regrette que le film soit réparti sur deux disques, le transfert Dolby Vision qui descend telle la lumière céleste sur ce master 4K absolument divin éclaire de sa magnificence une direction artistique aussi somptueuse que de gigantesques proportions, avec des couleurs qui semblent ressortir de l’écran, tandis que les brasiers, flammes et torches montrent un cœur brûlant d’activité. Jusque dans les larmes perlant dans le regard des comédiens, et malgré quelques transparences soulignées par la définition, le spectacle s’avère étourdissant, graphique (la violence des blessures n’est pas éludée) et total ! Niveau son, la piste Atmos de l’UHD BD offre davantage d’ampleur à l’iconique composition musicale généreusement relayée par les enceintes en hauteur (tout comme les jets de flèches enflammées ou les terribles grondements de tonnerre du final), la précision générale des bruitages ne souffre d’aucune artificialité et les séquences d’action se déploient avec la dynamique attendue, sans oublier une belle utilisation en renfort du caisson (imparable sur la mort du Christ), car malgré l’affichage « 5.1 », la piste DTS HD MA n’en fait quant à elle aucun usage. Toujours non HD, la VF 5.1 au solide doublage d’époque ne fait pas le poids.
Le mot de la fin
Une réédition définitive, à l’image du film : monumentale !











