Test : Jean-Marie Reynaud Cantabile Jubilé

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Test Jean-Marie Reynaud Cantabile Jubile

L’écoute d’une enceinte Jean-Marie Reynaud est toujours une expérience à part, un retour aux fondamentaux de la hi-fi en quelque sorte, un plaisir en tout cas. On pense souvent ces enceintes destinées aux puristes du son, à tort, car n’importe quel auditeur peut prendre du plaisir – énormément même – à écouter une paire de Jean-Marie Reynaud. L’esthétique sonore de l’enceinte Jean-Marie Reynaud Cantabile Jubilé est d’une grande simplicité, d’un naturel désarmant. L’excellent timing des haut-parleurs, des plus hautes fréquences aux tréfonds du grave, associé à une phase du signal audio rigoureusement respectée, concourent à établir une scène aussi large que profonde, que l’auditeur se plaît à jauger, à explorer en fermant les yeux.

Ces performances de haute volée ne sont évidemment pas le fruit du hasard. Outre la très longue expérience de la marque, le fait que Jean-Marie Reynaud soit restée une entreprise familiale, de petite taille concourt certainement à l’excellence des enceintes proposées. Jean-Claude Reynaud nous expliquait il y a quelques temps, à l’occasion du test de la petite Lucia, qu’une partie des mesures effectuées sur ses enceintes l’avaient été dans son propre salon. Les JMR Cantabile Jubilé n’ont donc pas seulement grandi en laboratoire.

Test Jean-Marie Reynaud Cantabile Jubile
Les enceintes Jean-Marie Reynaud Cantabile Jubilé sont équipées de tweeters débafflés logés dans une ogive à charge optimisée.

Jean-Marie Reynaud Cantabile Jubilé : présentation

L’enceinte JMR Cantabile Jubilé a été réalisée en 2017, pour le 50e anniversaire de la marque française. Modèle iconique de coeur de gamme, la Cantabile a été complètement revisitée pour cette version Jubilé. Rappelons au préalable que la Jean-Marie Reynaud Cantabile Jubilé est un modèle 2,5 voies avec tweeter débafflé. Cette technique qui consiste à extraire le tweeter du baffle avant pour le loger dans une ogive montée sur perche, permet véritablement de transcender le fonctionnement du transducteur. Un tweeter débafflé offre toujours une aération caractéristique et si sa mise en oeuvre est maîtrisée, la restitution est largement supérieure à toute autre enceinte acoustique traditionnelle.

Test Jean-Marie Reynaud Cantabile Jubile
Les cache haut-parleurs à tissu acoustique des enceintes Jean-Marie Reynaud Cantabile Jubilé sont aimantés.

Jean-Marie Reynaud Cantabile Jubilé : nouveau tweeter et solutions techniques

Dans la livrée 2017 de la Cantabile Jubilé, le tweeter est un tout nouveau modèle à dôme en soie, logé dans une ogive, dont les dimensions ont été revues à la hausse. Grâce à une fréquence de résonance plus basse, ce nouveau tweeter peut être exploité sur une plus large plage de fréquences et permet une coupure plus basse avec le haut-parleur de médium vers 3 kHz.

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Le tweeter à dôme en soie de l’enceinte Jean-Marie Reynaud Cantabile Jubilé, logé dans une ogive.
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L’ogive du tweeter de l’enceinte Jean-Marie Reynaud Cantabile Jubilé vue de l’arrière.

Deux haut-parleurs de 13 cm à membrane en carbone et Kevlar sont en charge des registres grave et médium. Filtrés différemment, ils travaillent conjointement sous 600 Hz et seul celui flanqué d’une ogive (anti-tourbillonnaire) monte en fréquence jusqu’à 3 kHz. Les haut-parleurs de grave-médium de la JMR Cantabile Jubilé bénéficient d’une fixation axiale, soit pressés contre la face avant de l’enceinte par le biais d’une tige métallique arrimée au dos de la caisse. Le but est ici de mettre en tension les parois de l’enceinte pour supprimer les vibrations parasites et favoriser la restitution des micro-détails. Croyez-nous, ce n’est pas du marketing pour technophiles, la capacité d’analyse de la JMR Cantabile Jubilé est bien réelle.

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La fixation de l’une des tiges axiales de l’enceinte Jean-Marie Reynaud Cantabile Jubilé. À droite, l’ampli Hegel H190.

Jean-Marie Reynaud Cantabile Jubilé : l’art délicat du filtrage

Le filtre passif de l’enceinte Jean-Marie Reynaud Cantabile Jubilé a été totalement revu – nouveau tweeter oblige – avec toujours des composants électroniques choisis manuellement, mais en moins grand nombre. L’objectif n’est pas ici de faire des économies, mais tout simplement de parvenir au filtrage le plus simple possible, afin de détériorer au minimum le message sonore. Si la démarche est bien connue, sa mise en oeuvre est en réalité très complexe. Outre qu’il faut maintenir l’équilibre des registres de fréquences confiés aux trois haut-parleurs, la phase du signal doit faire l’objet d’un très grand soin. On peut vous le dire, l’une des grandes qualité de cette Jean-Marie Reynaud Cantabile Jubilé repose précisément sur le respect de la phase électrique, et incidemment sur le placement dans l’espace des différents éléments sonores. Mieux encore, l’enceinte étant très peu directive, leur orientation vers l’auditeur n’est pas un paramètre critique. Formulé différemment : le placement négligé de l’auditeur n’impacte pas négativement sa perception.

Test Jean-Marie Reynaud Cantabile Jubile
Les borniers de bi-amplification sont interconnectés avec du câble Jean-Marie Reynaud HP1132, le même qui équipe le filtre de l’enceinte Jean-Marie Reynaud Cantabile Jubilé.

L’impédance de l’enceinte a elle aussi fait l’objet d’un grand soin, afin que son amplification ne soit pas un défi. En d’autres termes, la Jean-Marie Reynaud Cantabile Jubilé est facile à alimenter. JMR a choisir les composants de filtrage (condensateurs à armature argent, les self sur support ferrite à très faible résistance…) de manière à ce que la charge soit la plus légère possible pour l’ampli associé. Par ailleurs, les haut-parleurs eux-mêmes et la charge retenue ne provoquent guère d’incidents dans la courbe d’impédance de l’enceinte, ce que nous avons pu constater sur la courbe fournie par Jean-Claude Reynaud avec nos enceintes de test.

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La courbe d’impédance de l’enceinte Jean-Marie Reynaud Cantabile Jubilé.

Jean-Marie Reynaud Cantabile Jubilé : ligne acoustique

Autre particularité, les haut-parleurs de grave ne sont pas associés à un système de résonateur bass-reflex, mais à une ligne acoustique avec évent laminaire frontal. En artisan soucieux du timing de son enceinte dans les basses fréquences, JMR a donc banni le bass-reflex au profit d’une ligne triangulaire au long de laquelle le signal sonore prend de la vitesse et s’amplifie sur une plage de fréquences donnée. Ainsi, l’enceinte répond elle avec niveau – et transparence – jusqu’à 35 Hz environ. Une belle performance pour des haut-parleurs de 13 cm seulement, sans esbroufe qui plus est.

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Les évents laminaires des lignes acoustiques triangulaires des enceintes Jean-Marie Reynaud Cantabile Jubilé.

Jean-Marie Reynaud Cantabile Jubilé : impressions d’écoutes

Nous avons associé les enceintes Jean-Marie Reynaud Cantabile Jubilé à l’ampli hi-fi Hegel H190 (test à venir), un solide compétiteur capable de délivrer jusqu’à 2×250 Watts sous 4 Ohms. Pour autant, cette JMR devrait pouvoir s’exprimer avec des amplis bien plus modestes, car nous n’avons pas eu à forcer le talent du H190 pour en tirer toute la quintessence. Le Hegel H190 a été nourri aux fichiers audio FLAC via sa liaison DLNA et le câble retenu pour le test était le Viard Audio Silver HD20. Pour un fonctionnement encore plus cohérent, le fabricant préconise son câble Jean-Marie Reynaud HP1132, utilisé pour le câblage interne de l’enceinte.

Comme pour toute enceinte écoutée pour la première fois, il y a toujours un peu d’appréhension chez l’auditeur, plus ou moins levée au gré des premières notes. Parfois, il faut être patient, voire bienveillant pour trouver des qualités à la restitution. La Jean-Marie Reynaud Cantabile Jubilé est de ces enceintes qui détendent instantanément l’auditeur. À quoi cela est-il dû ? Sans doute à la vastitude de la scène sonore, à son équilibre manifeste et à son très (très) bon timing. Linéarité, fin étagement des plans, timing précis : la recette magique pour des timbres justes et une belle incarnation des instruments et des voix ? Cela nous a semblé évident à l’écoute d’absolument tous nos morceaux de référence. Prenez le thème de la Liste de Schindler et son fameux solo de violon : entre les haut-parleurs des Cantabile, il prend au tripes. Le violon sonne avec réalisme, corpulence parfois, file dans l’aigu avec délicatesse, là, tout en face de l’auditeur. Dans un registre pop-rock, Space Oddity de David Bowie laisse entendre des cordes et des percussions « pleines », ainsi que la tessiture de la voix de l’artiste, mixée sur plusieurs pistes. La prise de son sature souvent, mais l’on se laisse volontiers embarquer et on ne décroche pas avant la toute dernière note. Ce que propose la JMR Cantabile Jubilé est d’une rare véracité.

Jean-Marie Reynaud Cantabile Jubilé :

Pop toujours avec la version acoustique d’Everything She Wants par George Michael : les cordes sont lumineuses et justement placées, en concurrence avec les applaudissements en rythme du public. La voix de l’artiste mêle coffre et délicatesse, soutenue par une ligne de guitare basse réaliste. La grosse caisse ne tabasse pas l’auditeur (difficile avec une paire de 13 cm), mais la palette de variations, à défaut d’impacts massifs donc, suffit à rendre tout à fait crédible l’interprétation. Nous avons même poussé l’expérience jusqu’à revivre la scène d’ouverture de Kingsman : The Golden Circle. Ce que la Cantabile ne peut aller chercher de rage lors de la poursuite inaugurale en cab, elle le rend en précision et en détails. Crissements de pneus, longs drifts et fusillade peuplent richement la scène, sans écraser les micro-détails que sont les bruits de tissus ou les respirations des acteurs. Bref, même sans l’appui d’un caisson, le plaisir est là.

Après ces heures passées avec les Jean-Marie Reynaud Cantabile Jubilé, on ne voit pas bien quelles musiques elles ne sauraient jouer avec brio.

Grave : opulence modérée, mais articulation de premier plan et densité très intéressante pour une si fine colonne. Le fameux timing que nous évoquions plus haut est manifeste dans ce registre.
Médium : organique à souhait, rapide, rythmé, sans la moindre acidité ni projection
Aigu : ciselé, lumineux, très fluide, de toute beauté en somme… et pourtant il ne s’agit « que » d’un tweeter à dôme soie
Scène : de l’air entre les différents plans, beaucoup, tant et si bien que l’oreille situe très bien dans l’espace les différentes couches mixées. Les voix sont bien centrées, ne flottent pas dans l’espace.
Timbres : belle justesse avec un soupçon de lumière en plus (sans préjudice), qui donne sans doute sa signature à cette JMR Cantabile Jubilé.

Test Jean-Marie Reynaud Cantabile Jubilé
La courbe de réponse de l’enceinte Jean-Marie Reynaud Cantabile Jubilé.

Conclusion

Nous avons adoré, vous l’aurez compris, cette enceinte Jean-Marie Reynaud Cantabile Jubilé, qui se démarque par une restitution raffinée, mais à la portée de toutes les oreilles tant elle est naturelle, simple et procure un grand plaisir auditif.

Nous avons aimé :

  • La cohérence de l’esthétique sonore
  • La scène déployée
  • Le timing impeccable
  • Les performances du tweeter débafflé
  • La finition blanc nacré légèrement irisée

Nous aurions aimé :

  • L’écouter plus tôt
Jean-Marie Reynaud Cantabile Jubilé :
La courbe de directivité de l’enceinte Jean-Marie Reynaud Cantabile Jubilé, exemplaire sur toute la plage de fréquences.

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