Comme la musique, le cinéma fait partie des œuvres culturelles intergénérationnelles. Ainsi, les supports physiques (K7, LaserDisc, DVD puis Blu-ray) ont longtemps constitué le seul moyen de transmettre le septième art à travers le temps. Ils permettent de profiter sans restriction d’un long-métrage ou d’une série. Cependant, l’avènement des plateformes de streaming semble condamner les supports physiques et, de fait, les œuvres récentes…

Des films et séries voués à disparaître
L’essor des plateformes de vidéo à la demande (VOD) a bouleversé l’industrie du cinéma. Rapidement, Netflix, Prime Video ou Disney+ ont commencé à produire leurs propres films et séries afin de proposer un contenu original à leurs abonnés. Si le volume s’avère très conséquent, seules quelques rares œuvres sont éditées sur supports physiques, à l’image par exemple de Roma, le film produit par Netflix et lauréat du Lion d’or et de trois Oscars.

Puisque les services VOD produisent leurs propres contenus, elles sont les seules à décider du futur, et donc de la pérennité, d’un film ou d’une série. Si certaines productions ne rencontrent pas de succès immédiat, elles sont rapidement remplacées, voire supprimées, de la plateforme de diffusion. Ainsi, les services de vidéo à la demande détiennent le pouvoir de vie ou de mort d’une œuvre.
En avril 2023, Mike Flanagan, réalisateur à l’origine de plusieurs films et séries produits par Netflix, s’en alarmait déjà sur ses réseaux sociaux : “J’ai essayé de toutes mes forces de les amener à sortir mon travail sur Blu‑ray et DVD. Netflix a refusé à chaque fois. Il est devenu très vite clair que leur seule priorité était les sous-titres et qu’ils étaient totalement hostiles à l’idée des supports physiques. En fait, ils essayent très activement d’éliminer ce genre de version de leur business model. À tel point qu’ils peuvent se retrouver, intentionnellement ou non, à faire énormément de mal au concept même de préservation des films.” Leader des plateformes VOD, Netflix illustre cette stratégie 100 % streaming. À tel point que la société a même abandonné son activité d’origine en septembre 2023, à savoir la location de DVD !

Le monde du cinéma défend le support physique
C’est tout le paradoxe d’une industrie en pleine mutation. Le cinéma a besoin des plateformes pour continuer à vivre, afin de produire et de diffuser de nouveaux longs-métrages. Cependant, l’absence d’édition en support physique menace l’avenir de ces mêmes œuvres. Réalisateur mythique, Christopher Nolan expliquait lors d’une interview accordée au Washington Post : “ Il y a un danger de nos jours que si les choses n’existent que dans la version streaming, elles soient supprimées. La version sur support physique représente ce qui reste dans le temps, pour que les gens puissent toujours y avoir accès”. C’est pourquoi l’homme à l’origine d’Inception, Dunkerque ou Oppenheimer s’impose comme un défenseur inconditionnel des supports physiques.

Loin d’être le seul à s’inquiéter de l’avenir des œuvres cinématographiques, Christopher Nolan a vu Guillermo del Toro lui emboîter le pas sur X (ex-Twitter) : « Si vous possédez un superbe disque 4K HD, Blu-ray, DVD, etc. d’un ou de plusieurs films que vous aimez… vous êtes le gardien de ces films pour les générations à venir ».
Face aux différentes alarmes sonnées par les réalisateurs, le public s’est montré réceptif. Le coffret Blu-ray d’Oppenheimer s’est écoulé en un temps record dès sa sortie aux États-Unis, prenant de cours le studio Universal. Preuve que les cinéphiles ont conscience du danger et souhaitent préserver une des richesses du cinéma : le partage.










Pour moi ce n’est pas tant la disparition du support physique qui représente un danger, mais plutôt la promotion de la médiocrité en matière de films et de séries.
En effet, dès la genèse de l’œuvre se pose la question de sa rentabilité pour ses sponsors ; les créations originales d’auteurs se retrouvent marginalisées avec les business-models actuels. Les œuvres sulfureuses d’autrefois, réservées à un public averti (pour leur époque), ne peuvent plus avoir d’équivalents contemporains : ce qui n’est pas consensuel ne va pas générer suffisamment de vues et donc sera rejeté d’avance. Peut-être que certains se réjouissent que sur Netflix la représentation des minorités (ethniques, sexuelles, religieuses…) soit quasi-systématique à travers la production actuelle, mais l’envers du décor ce sont des situations tellement improbables qu’elles en deviennent ridicules, des personnages si polissés (pour plaire au plus grand nombre) que plus personne ne s’y reconnaît, des intrigues bâclées car produites à la chaîne et sur commande.
La menace indirecte des services de streaming pour la création intellectuelle est de mon point de vue pire que la censure ou le dirigisme dans un état totalitaire !
Je garde des centaines de films Dolby Vision d’origine ou Dolby Vision hybride dynamique /Dolby Atmos HD ….sur disque durs avec double sauvegarde. C’est une nécessité effectivement.