Depuis plus de dix ans, Ged Martin contribue à façonner l’identité visuelle et fonctionnelle des appareils Cambridge Audio. Dans cette interview, le directeur du design de la marque britannique revient sur son parcours, ainsi que sur la création des nouvelles enceintes connectées L/R. Une occasion de découvrir les principes qui guident aujourd’hui le design de la société britannique Cambridge Audio.

Pouvez-vous vous présenter ? Quel a été votre parcours avant de rejoindre Cambridge Audio et comment votre rôle a-t-il évolué depuis ?
Je suis Ged Martin, directeur du design chez Cambridge Audio. J’ai étudié le design produit à la Manchester Metropolitan University. Mon projet de fin d’études portait sur une enceinte utilisant la technologie de haut-parleur BMR. J’ai ensuite passé un an dans une agence de design à Nottingham, où j’ai travaillé sur des projets très variés, allant des appareils de soin personnel au mobilier éducatif.
Cela fait maintenant plus de dix ans que je travaille chez Cambridge Audio et mon rôle a progressivement évolué : je suis passé de la conception elle-même à une réflexion plus globale sur la manière dont le design s’intègre au développement des appareils. Il s’agit donc moins d’exécution et davantage de stratégie. Aujourd’hui, une part importante de mon travail consiste à faire progresser la culture du design dans l’ensemble de l’entreprise, afin qu’il intervienne le plus tôt possible dans les projets et joue ainsi un rôle aussi déterminant que possible.
Sur quels projets avez-vous travaillé jusqu’à présent ?
J’ai travaillé sur de nombreux projets au fil des années. Les plus connus sont probablement les gammes Edge, l’Evo 150 (qui a remporté un Red Dot Design Award), l’Evo One et, désormais, la gamme L/R.

Avec les L/R X, L/R M et L/R S, Cambridge Audio revient sur le marché des enceintes après les séries Minx et Aero. Comment avez-vous abordé ce premier projet d’enceintes connectées ?
Nous voulions que cette gamme soit authentique : des enceintes qui assument pleinement leur rôle, sans chercher à dissimuler leur vocation, mais suffisamment sobres pour trouver leur place dans les salons soigneusement aménagés d’aujourd’hui.
Nous sommes donc partis d’une géométrie simple et architecturale, avec des proportions clairement définies, en évitant tout élément superflu. Nous avons ensuite apporté davantage de chaleur et de caractère grâce aux détails, aux matériaux et aux finitions. Il en résulte un produit qui assume clairement sa fonction d’enceinte, tout en s’intégrant harmonieusement dans un intérieur contemporain.

Cambridge Audio possède désormais une identité visuelle forte, notamment grâce aux séries Evo et Edge. Quels éléments de ce langage esthétique souhaitiez-vous retrouver sur les enceintes L/R ?
Nous avons souhaité transposer les qualités qui caractérisent les modèles Evo et Edge : sobriété, subtilité et finition soignée. Aucun élément n’est ajouté s’il ne contribue pas au design, et les matériaux haut de gamme servent à exprimer la qualité de l’ingénierie plutôt qu’à simplement décorer l’appareil.

La nouveauté avec la gamme L/R réside dans la couleur. Les six finitions nous permettent d’affirmer beaucoup plus fortement l’identité de Cambridge Audio au sein de l’habitat que nous ne l’avions fait avec les gammes Evo ou Edge, tout en conservant cette sobriété et cette approche réfléchie du design.

Quelle était l’idée initiale à l’origine du design et quels éléments ont déterminé la conception acoustique de la gamme ? Quels choix esthétiques découlent directement des contraintes acoustiques ?
Notre point de départ reposait sur l’idée que l’acoustique et le design ne pouvaient pas être traités séparément. Il ne s’agissait pas de concevoir d’abord une architecture acoustique puis de lui donner une forme, ni de dessiner une enceinte avant de chercher à y intégrer les éléments acoustiques. Les deux devaient évoluer ensemble dès le départ.
Ollie Marshall, notre directeur de l’acoustique, et moi-même avons travaillé ensemble sur les différentes configurations dès le premier jour. Les proportions n’ont réellement pu être définies qu’une fois l’architecture interne finalisée. Les radiateurs passifs latéraux, le haut-parleur de grave orienté vers le sol et l’ensemble de haut-parleurs en façade ont directement déterminé le volume, la posture et l’encombrement des enceintes.

Nous avons volontairement conservé une façade très sobre. Il se passe déjà beaucoup de choses sur le plan acoustique sous la surface, il n’était donc pas nécessaire d’y ajouter de la complexité visuelle.
La Cambridge L/R X intègre plusieurs solutions inhabituelles et constitue le modèle le plus ambitieux de la gamme. Quelle innovation technique a représenté le plus grand défi du point de vue du designer ?
Le défi consistait à transformer un ensemble complexe de contraintes acoustiques en quelque chose qui reste simple et cohérent. Avec la L/R X, nous avons appliqué ce même principe à une échelle beaucoup plus importante : intégrer une architecture acoustique complexe tout en conservant une géométrie simple et cohérente, plutôt que de laisser le coffret se complexifier autour de la technologie.
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À l’inverse, existe-t-il un élément qui peut sembler purement esthétique au premier regard, alors qu’il joue en réalité un rôle important dans les performances acoustiques de l’enceinte ?
Le socle. On pourrait facilement ne pas y prêter attention, pourtant il détermine à la fois l’assise et les proportions de l’enceinte, tout en jouant directement sur le fonctionnement du haut-parleur de grave orienté vers le sol. Il en va de même pour la face arrière et le dissipateur thermique. Ils peuvent sembler constituer de simples éléments de finition, alors qu’ils répondent en réalité à des contraintes thermiques et acoustiques.

Les enceintes hi-fi ont traditionnellement été conçues comme des objets relativement discrets, voire intemporels. À l’inverse, les enceintes Cambridge L/R semblent affirmer leur présence dans la pièce. Pensez-vous que les enceintes doivent aujourd’hui devenir de véritables éléments de décoration intérieure ?
Les intérieurs font aujourd’hui l’objet de davantage d’attention, et une enceinte qui cherche à se fondre dans le décor peut finalement paraître démodée quelques années plus tard. Le « neutre » ne correspond pas à un langage esthétique immuable. Je pense que les enceintes peuvent être conçues avec la même intention qu’un meuble, sans jamais oublier qu’elles restent avant tout des enceintes.

Vous avez travaillé sur plusieurs générations d’appareils Cambridge Audio, notamment les gammes Evo, Edge et maintenant L/R. Si vous deviez retenir un seul principe de design définissant aujourd’hui Cambridge Audio, lequel serait-il ?
Se mettre à la place de l’utilisateur final, puis ne rien ajouter qui ne mérite réellement sa place. Tout le reste découle de ce principe : la rigueur géométrique, une compréhension humaine et parfois ludique de la manière dont les utilisateurs vivent réellement avec un produit, ainsi qu’un souci profond du détail. Il s’agit de prendre des décisions réfléchies à tous les niveaux, de la forme générale jusqu’à la moindre interaction avec l’utilisateur.
Entre les premières esquisses et les enceintes aujourd’hui commercialisées, quel aspect de la gamme Cambridge L/R a le plus évolué ? Y avait-il une idée particulièrement audacieuse que vous auriez aimé conserver, mais qui n’a finalement pas été retenue ?
Ce sont les proportions qui ont le plus évolué. Les premières esquisses présentent toujours des silhouettes plus élancées que ce que permet finalement l’architecture interne ; une grande partie du travail a donc consisté à préserver cette intention initiale à mesure que les contraintes techniques se précisaient. Il y a aussi souvent une idée plus audacieuse qui reste accrochée au mur du studio. Elle est généralement écartée, non pas parce qu’elle est mauvaise, mais parce qu’elle ferait perdre à la gamme une partie de sa sobriété.

Le design de l’application fait-il également partie de vos responsabilités ?
Oui. L’UX et l’UI (l’expérience utilisateur et l’interface utilisateur, NDLR) font partie du département design, au même titre que le design industriel. Nous les considérons comme son pendant numérique, avec les mêmes principes de clarté, de sobriété et de souci du détail. Que l’utilisateur interagisse physiquement avec l’appareil ou par l’intermédiaire d’un écran, cela doit donner l’impression de faire partie d’une même expérience soigneusement pensée.










