Le grand détournement

0
1016
  • 20
    Partages

Très prisé des réalisateurs mais souvent approuvé du bout des lèvres par les Studios inquiets pour leur image de marque, l’exercice très créatif du détournement de logo fait toujours le bonheur des spectateurs. En voici quelques exemples parmi les plus représentatifs.

Tous les titres cités sont à la fois disponibles en DVD Zone 2 et Blu-ray Régions B ou multiples sauf mention contraire (1 : DVD Zone 2 seulement / 2 : Blu-ray import seulement / 3 : Existe également en UHD, parfois Import).

La collaboration des 2 grands Studios sur L’Étrange histoire de Benjamin Button a conduit à un même détournement des logos.
Alita : Battle Angel a littéralement projeté le logo de la Fox au 26è siècle…

Drapée d’un bleu plus électrique pour Les Schtroumpfs, la dame à la torche en voit également de toutes les couleurs pour l’ouverture de Spider-Man : New Generation3, jusqu’à être substituée par la version cartoon du personnage féminin principal de Cat Ballou2, un western Columbia de 1965 interprété par Jane Fonda où le logo était déjà joyeusement détourné de la même manière. Pour Charlie et ses drôles de dames, le réalisateur McG n’a pu se lâcher autant qu’il le voulait sur le logo : “On avait songé à animer la statue de la Columbia et à lui faire une coupe à la Farrah Fawcett. Nous voulions montrer tout de suite au spectateur le ton du film qu’on faisait, entrer directement dans le vif du sujet sans perdre une minute”. D’où l’idée de traverser les nuages autour du logo pour foncer vers l’avion de ligne où prend place la première scène musclée du film. Sur la suite Charlie’s Angels – Les Anges se ­déchaînent, la caméra zoome cette fois sur la flamme de la torche pour faire la transition vers un brasier où un soldat incarné par le grand chorégraphe des combats Yuen Woo-ping plonge une hachette qu’il utilise pour allumer son cigare.

Dans la trilogie Kung Fu Panda, le garçon pêcheur installé sur le croissant de lune laisse la place aux personnages de la saga : Tigresse pour le premier film, dont le bô (bâton de combat) se transforme en canne à pêche ; la tortue Maître Oogway dans le deuxième ; et enfin Po, le héros de la série, pour ce qui s’avère le détournement le plus savoureux des trois. Dans ce qui devient presque un mini-court métrage en préambule du film, notre panda dodu préféré, épuisé par l’interminable montée des marches qui lui permet de se rapprocher de la lune, finit par s’y vautrer pour s’en servir de spot de pêche.

Paré d’oreilles en trompettes pour la quadrilogie Shrek, le logo se transforme en mobile pour bébé dans le très réussi Baby Boss, référence par ailleurs en matière de Blu-ray 3D.

Jusqu’en 2006, c’était le château de La Belle au bois dormant qui figurait au lancement de chaque long ­métrage du Studio. Depuis cette date, c’est celui de Cendrillon qui ouvre chacun des films Disney, exception faite de Maléfique, qui revient sur les origines de la méchante fée à l’origine des malheurs de la princesse Aurore. D’une plongée au cœur des couloirs de l’édifice version noir & blanc à savourer en Blu-ray 3D pour Le Monde ­fantastique d’Oz à une représentation totalement high-tech en ouverture de Tron – L’Héritage, le logo se pare ­entièrement de rouge en hommage à la planète Mars pour John Carter, se retrouve constitué de pièces mécaniques pour Inspecteur Gadget ou flanqué du pavillon noir à tête de mort pour Pirates des Caraïbes – La Fontaine de Jouvence (avec ses ­sirènes inves­tissant les eaux du bassin) et La Vengeance de Salazar.

Sur L’Équipée du Cannonball1, une voiture de sport rouge et un véhicule de police au design très cartoon se font la chasse autour du socle du logo jusqu’à ce que l’auto des forces de l’ordre ne vienne s’emplafonner dans l’un des projecteurs. “Je m’étais déjà amusé à détourner le logo d’Universal quand j’avais réalisé Tu fais pas le poids shérif, la suite de Cours après moi shérif avec Burt Reynolds”, explique le réalisateur Hal Needham. “Les cadres de la Fox ne voulaient pas nous laisser faire, mais ils étaient si excités par le film [et son parterre de stars, ndlr] qu’ils ont finalement cédé.”

“Ajouter des nuages et des éclairs sur le logo Fox avec un fond bleu foncé était une chouette idée qui a servi de mantra au département des effets visuels sur l’ensemble du film”, explique le monteur du Jour d’après David Brenner. “On avait d’abord parlé de geler le logo, mais les essais effectués étaient moches.” Il sera en revanche généreusement recouvert de neige pour Edward aux mains d’argent, Tim Burton souhaitant d’entrée mettre le spectateur dans le contexte du conte de fées.

Pour Die Hard 4 – Retour en enfer, opus tournant autour de la cybercriminalité, le logo se verra tout bonnement piraté. Réalisateur, coscénariste et coproducteur de Moulin Rouge !, Baz Luhrmann ­revient en détail sur l’habillage très spécifique qui accompagne le levé de rideau ­initial : “ Il est important dès le début du film de signaler au public qu’il signe un contrat avec le mode narratif. C’est ce qui animait notre passion. Il fallait, dès ­l’apparition du logo de la Fox, que le spectateur soit conscient de participer au film”.

“Nous avons ‘singe-ifié” le logo pour La Planète des singes – Suprématie3 !”, s’enthousiasment le réalisateur Matt Reeves et le compositeur Michael Giacchino qui, pour réinterpréter de façon tribale la fanfare Fox, ont fait appel à trois percussionnistes dont le vétéran Emil Richards. De son nom de baptême Emilio Radocchia, ce fils d’immigrés italiens né en 1932 était déjà à l’œuvre sur les bandes originales de tous les films de la saga depuis la première composée et dirigée en 1968 par Jerry Goldsmith. Un traitement musical annonçant d’entrée cette fois la couleur “rock” du biopic Bohemian Rhapsody3 voit le thème de la fanfare réarrangé et joué à la guitare électrique par Brian May en personne, le guitariste du ­groupe à l’origine avec le batteur Roger Taylor, du triomphal projet cinématographique consacré à Freddie Mercury. May n’avait d’ailleurs pas résisté à ­filmer avec son téléphone portable cette introduction à sa sauce lors d’une avant-première du film pour ensuite la diffuser sur son compte Instagram.

L’apparition de l’excentrique Ralph Wiggum s’époumonant à couvrir de sa voix de crécelle la fanfare Fox au début de Les Simpson – Le Film a été directement ­suggérée par le créateur de la série Matt Groening au réalisateur qui, séduit par l’idée, l’a incluse comme gag introductif.

Concernant tous les films X-Men à l’exception de X-Men : Le Commencement3, le détournement opéré à la demande du réalisateur/producteur Bryan Singer se fait dans la subtilité, avec le “ X” de “Fox” qui reste à l’écran un peu plus longtemps alors que le reste du logo s’efface dans un fondu au noir pour laisser place au générique de début. Et sur Days of Future Past3 comme sur Apocalypse3, les dernières notes de la fanfare sont chevauchées par celles du thème musical principal composé en 2000 par le regretté Michael Kamen. Une autre variante discrète ne s’applique qu’au montage noir et blanc uniquement distribué en vidéo de Logan3 : pour la ­vibrante conclusion de la trilogie consacrée à Wolverine, le réalisateur James Mangold a réutilisé la version vintage du logo Fox suivi du carton “A CinemaScope Picture” annonçant le format large inauguré pour la première fois par le studio en 1953 avec La Tunique. Mais c’est bien dans La Ligue des Gentlemen extraordinaires qu’on peut admirer l’une des plus belles intégrations du logo Fox devenant partie intégrante du décor mystérieux et lugubre du Londres industriel de la toute fin du XIXè siècle grâce à un splendide cache peint.

Sanctionné par un très injuste échec commercial, le formidable JCVD avait pourtant permis à Jean-Claude Van Damme de jouer d’une manière à la fois subtile et pleine d’autodérision de son image, et ce dès le logo de la firme à la marguerite (dans sa version de 2005). Usant de son célèbre coup de pied hélicoptère, le comédien belge éjecte du sommet de la colline le petit garçon venu cueillir la fleur avant de la lui ravir pour la propulser au firmament d’un coup de tatane. Il fallait oser !

Le logo de l’écurie de super héros en a vu de toutes les couleurs au cours des années, avec un vert de circonstance 3 pour le Hulk d’Ang Lee, du bleu pour Les Quatre Fantastiques ; il a subi les ravages d’une fusillade pour The Punisherversion 2005, et s’est retrouvé logiquement bardé de chaînes et en proie aux flammes de l’enfer sur le premier Ghost Rider. Suite au décès de Stan Lee en novembre dernier, le logo présent au début de Captain Marvel(en test dans ce n°) est entièrement dédié au “papa” de la plupart des super héros dont il prend ici la place, pour se conclure par un aussi sobre qu’émouvant “Merci Stan”.

Le détournement du logo Paramount, qui représente l’Artesonraju, un des cinquante pics de la Cordillère blanche des Andes, est d’autant plus aisé que, contrairement à ceux de la Fox ou d’Universal, celui-ci n’est rattaché à aucune signature musicale. On peut donc y appliquer directement la musique du film ou bien lui ajouter des bruitages aisément identifiables, ce dont Michael Bay ne s’est pas privé pour chaque opus de la série Transformers, avec les sons électromécaniques accompagnant les métamorphoses des robots.

Pour Transformers – The Last 3 Knight , la montagne se fond en outre directement dans le décor avec des boules de feu projetées à la catapulte par dessus le sommet rocheux vers le spectateur (à voir en 3D comme il est écrit sur les affiches cinéma, histoire de baisser instinctivement la tête). Une montagne particulièrement protéiforme sur la saga Indiana Jones puisqu’elle prendra notamment l’aspect de la véritable montagne péruvienne dans Les Aventuriers de l’Arche perdue, d’un pic dominant la réserve des Arches de l’Utah dans La Dernière croisade et un monticule de terre d’où s’extirpe une marmotte dans Le Royaume du Crâne de cristal. Pour Pluie d’enfer, la montagne surplombe la petite ville noyée sous les eaux où se déroule l’intrigue. Quant au réalisateur de Fusion, il fait plonger sa caméra sous la célèbre montagne dans les entrailles de la Terre jusqu’à son noyau et s’en explique ainsi : “Nous voulions montrer dès le début que le film serait différent en jouant avec le logo de la Paramount, pour signifier aux spectateurs qu’ils allaient être secoués et, bizarrement, leur raconter déjà un peu l’histoire de ce voyage vers le cœur de notre planète”.

Les geeks de la Terre entière n’ont pu ignorer au début de Scott Pilgrimla déclinaison façon typo de jeu vidéo 8 bits à gros pixels, à laquelle s’ajoute une version “chiptunes” (c’est-à-dire avec les sonorités obtenues grâce aux technologies informatiques de l’époque) du jingle Universal remixé pour l’occasion par Nigel Godrich, producteur d’émissions musicales et réalisateur de clips du chanteur/ compositeur américain Beck. Pour Serenity 3, le long métrage de Joss Whedon servant de conclusion à sa 2 série télé avortée , la caméra Firefly plonge à travers les lettres du nom du Studio pour aller à la rencontre des vaisseaux spatiaux fuyant une Terre où la surpopulation a eu raison des ressources naturelles de la planète. Le réalisateur précise que détourner le logo est “ce qu’évidemment tout le monde adore faire”, citant au passage celui opéré sur Waterworld qui voit les eaux submerger toutes les terres visibles afin de planter d’emblée le décor.

Pour le récent Mortal Engines3, le ­réalisateur Christian Rivers précise qu’“on a demandé à Universal d’utiliser son logo pour montrer la destruction du monde via la guerre des Soixante Minutes.” D’où les impacts nucléaires qui frappent la planète et fissurent les continents. Et pour ­cor­respondre aux lieux de l’action de 47 Ronin, le logo en forme de globe terrestre continue sa rotation jusqu’à ce que la caméra se retrouve en face de l’Océan Pacifique puis zoome sur le Japon où se déroule l’intrigue…

Encore un logo sans signature sonore préétablie qui se métamor phose et se prête aux variations les plus diverses. Et lorsqu’on peut en profiter en 3D, il n’y a pas à hésiter ! Direction 3 l’ouverture de Kong – Skull Island où le spectateur se retrouve en vue subjective à actionner le manche d’un avion de chasse qui virevolte au milieu des nuages en mitraillant le logo paré de 3 fer, ou encore celle d’Aquaman où le sigle apparaît à moitié enseveli dans le sable telle une ancre millénaire ayant fait corps avec le fond des océans.

Le détournement peut également être l’occasion de souligner le partenariat de deux Studios dans le financement d’une œuvre au potentiel commercial risqué, comme ce fut le cas de la Warner s’associant avec la Paramount pour permettre à L’Étrange histoire de Benjamin Buttonde voir le jour. Les deux logos composés de boutons tombant du ciel étaient un choix très réfléchi de David Fincher pour faire comprendre au spectateur qu’il s’agissait bien plus des efforts communs de ces deux Majors plutôt que de deux compagnies concurrentes présentant un même film. Le ton de plus en plus sombre des épisodes de la saga Harry Potter est souligné par la décrépitude progressive du logo Warner qui finit complètement rouillé dans la première 3 Reliques de la Mort partie des avant de retrouver de sa superbe dans le dernier film, alors qu’il se voit carrément réduit en cendres sous l’action des feux de l’enfer sans lueur d’espoir à l’horizon dans Constantine. 3 De même, il se mue en logo Batman dans les deux volets réalisés par Joel Schumacher, explose en préambule de L’Arme fatale 4, est visité par une soucoupe volante dans Mars attacks !, s’affiche en jaune pour 3 Watchmen et tout en mosaïque colorée pour Speed Racer ou déformé à la surface de l’eau dans Peur bleue. Le message du détournement peut même s’avérer politique, voire revendicatif, à l’image de la version verte sur la série des Matrix 3 : “L’altération du logo Warner en ouverture du film était importante pour nous”, explique le superviseur des effets visuels John Gaeta. “Nous voulions indiquer qu’une sorte d’empire maléfique cherchait à briser les élans créatifs des réalisateurs et des scénaristes. C’était un message important à l’intention du public”.

Cet article de Arnaud Alix est paru dans le magasine Les Années Laser de juillet 2019.

  • 20
    Partages
Article précédentIMAX Enhanced, un format en pleine expansion
Article suivantTangent présente son nouveau système audio compact conçu pour le streaming
Le magazine les Années Laser s'adresse aux passionnés du cinéma et de l'image : 50% du contenu est consacré aux nouveautés côté matériels, et 50% sur les parutions Blu-ray et DVD. Les initiés y trouveront tests, enquêtes, actualités, reportages, interviews et dossiers. Un feu d'artifice visuel et sonore tous les mois ! La rubrique bons plans propose des conseils et des astuces sur les Blu-ray, les DVD, les films, les séries, les documentaires, la musique. Enfin, dans chaque numéro, pour vous donner des idées, Les Années Laser présente deux installations Home Cinéma chez des particuliers.

Donnez votre avis !

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.