L’ère de la hi-fi : l’époque où tout le monde était audiophile

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Debbie Harry, chanteuse du groupe new wave Blondie, assise devant une installation stéréo hi-fi. (Vers 1977, photo de Lynn Goldsmith/Corbis/VCG via Getty Images)

Des appareils hi-fi, de larges enceintes, un tuner et un égaliseur… Les plus jeunes d’entre nous auraient du mal à reconnaître les différents éléments d’un système hi-fi d’époque. Aujourd’hui, écouter de la musique est beaucoup plus facile et presque instantané. En effet, il suffit de parcourir une application de musique en ligne comme Qobuz ou Spotify sur votre smartphone pour trouver n’importe quel album ou chanson. Cependant, la musique dématérialisée est parfois dépourvue du charme du son hi-fi analogique.

Les années 50 et 60 ont vu la démocratisation des équipements stéréo, permettant à chacun de devenir un véritable audiophile. Même avec un budget restreint qui ne permettait pas d’acheter le système de vos rêves, il était tout à fait possible de constituer un système hi-fi de très bonne facture. Que vous utilisiez un appareil à bandes magnétiques ou une platine vinyle pour écouter votre musique, votre chaîne haute-fidélité était entièrement personnelle et unique.

La haute-fidélité était avant tout un état d’esprit

Frank Sinatra avec son impressionnant système audio.

Que signifie exactement “hi-fi” ? Ce terme est souvent utilisé pour parler de musique et de qualité sonore, mais ceux qui ne font pas partie de la sphère des audiophiles ne connaissent peut-être pas la définition exacte. Une installation hi-fi ou haute-fidélité est un système stéréo conçu pour reproduire la musique aussi fidèlement que possible. Si vous possédez une bonne chaîne hi-fi, écouter l’enregistrement d’un concert de musique classique devrait vous donner l’impression d’être assis devant un orchestre. Toutefois, cette quête du son parfait peut être subjective : ce qu’une personne considère comme étant de la haute-fidélité peut ne pas l’être pour une autre.

Les systèmes stéréo des années 50 étaient souvent bricolés

Une publicité pour le tube électronique RCA-807. (Photo : Randi Klett)

Dans les années 40 et 50, de nombreuses personnes écoutaient de la musique en utilisant un système stéréo conçu à partir de différents appareils électroniques. Après la guerre, de nombreuses pièces et de nouvelles technologies ont été recyclées par les amoureux de musique, comme par exemple de nouveaux tubes électroniques ou la méthode d’enregistrement sur bande. Avec suffisamment de connaissances en électronique, il est possible de créer soi-même un tuner ou un amplificateur et une paire d’enceintes, et de les connecter à la source de votre choix (la plupart du temps un phonographe) pour profiter de votre musique.

À l’époque, la musique était enregistrée en mono, c’est-à-dire avec un seul canal. En 1957, un lecteur stéréo avec deux canaux (un gauche et un droit) a été commercialisé en série limitée. Mais même si vous aviez les moyens de vous procurer cet appareil, aucun disque n’était mixé en stéréo.

Le design devient enfin un élément important dans les années 60

Une publicité de 1968 pour la chaîne hi-fi General Electric Scandia.

Dans les années 1960, l’économie florissante a permis aux utilisateurs d’acquérir des appareils électroniques haut de gamme. De plus, pendant cette décennie les fabricants d’électroniques et les audiophiles ont fait d’immenses progrès en matière de technologie audio. Les tubes ont commencé à être progressivement remplacés par des transistors et le design des tuners et amplificateurs a été entièrement repensé. Du jour au lendemain, toutes les électroniques avaient une identité propre. Les tuners avaient des finitions en bois ou en métal brossé et chaque appareil était équipé de multiples potentiomètres au design soigné. Il était même possible de connecter un tuner et un égaliseur graphique pour un meilleur contrôle du son.

Les enceintes ont connu un véritable essor à la fin des années 60

Trois modèles d’enceintes JBL des années 60 et 70 : la JBL Viscount S36, la JBL Lancer 101 et la JBL Baron S38.

Avec la croissance du marché de l’électronique dans les années 1960, les fabricants d’enceintes hi-fi ont développé et affiné leurs produits jusqu’à ce qu’ils parviennent à reproduire parfaitement les enregistrements. Une personne ayant des connaissances sur la puissance et les subtilités du son pouvait créer un très bon système sonore pour une somme modique. La conception du système audio parfait devenait alors parfois une véritable obsession pour certains (et peut toujours l’être aujourd’hui). Les adultes passionnés de hi-fi étaient comme des enfants qui collectionnaient des jouets ou des bandes dessinées. En achetant des haut-parleurs de grave, des tweeters et deux baffles, un audiophile pouvait remplir une pièce entière d’un son incroyable. Cette quête du son parfait se poursuit encore aujourd’hui, avec des pièces et des espaces d’écoute dédiés qui permettent de vivre des expériences musicales exceptionnelles.

Pour installer votre système audio, il fallait comprendre le fonctionnement de votre équipement

Elton John, grand collectionneur de disques vinyle, écoute un système hi-fi signé Sony dans les années 1970.

Les chaînes hi-fi du milieu du XXe siècle n’étaient pas simples d’utilisation comme les systèmes stéréo plug-and-play des années 90. Il ne s’agissait pas simplement de sortir la chaîne hi-fi de son carton et commencer à profiter de la musique. Il fallait assembler tous les bons composants tout en respectant la polarité des câbles d’enceintes. De plus, une fois l’installation en place il était préférable de ne plus la bouger, car les premiers équipements étaient extrêmement lourds.

À cette époque, avoir un système hi-fi nécessitait des connaissances en électronique. Si un problème survenait avec votre système, il fallait soit l’emmener chez le revendeur, soit apprendre à le réparer soi-même, ce qui était souvent la solution la plus pratique. De ce fait, beaucoup d’audiophiles ont appris à manier un fer à souder en cas d’urgence hi-fi !

Assembler le tout

Une publicité pour la chaîne hi-fi AWA B64 Radiolagram, un modèle qui associait un tuner radio et une platine vinyle dans un élégant meuble en bois.

Aujourd’hui, si vous voulez faire un petit voyage dans le temps et écouter vos anciens (ou nouveaux) disques vinyle, il existe de nombreux modèles de platines vinyle tout-en-un avec un amplificateur et des enceintes intégrés, mais également des modèles de platines Bluetooth pour écouter vos disques vinyle sans fil sur des enceintes sans fil Bluetooth ou avec un casque Bluetooth. Bien qu’ils rendent l’écoute des galettes noires très conviviale, ces systèmes audio ne répondent pas toujours aux attentes des audiophiles les plus exigeants en matière de qualité sonore.

Les installations hi-fi du milieu du 20e siècle pouvaient être aussi simples ou aussi sophistiquées que souhaitées, mais même les plus petits systèmes étaient très puissants. En effet, la plupart étaient équipés d’une platine vinyle connectée à un préamplificateur et quel que soit l’équipement hi-fi utilisé, il devait être mis à la terre pour éviter de prendre une décharge électrique à chaque fois que l’on mettait un disque.

Jimmy Page de Led Zeppelin avec son magnétophone et d’autres équipements hi-fi.

Les audiophiles utilisant un magnétophone devaient s’assurer que les connecteurs RCA de la sortie ligne étaient reliés à l’entrée ligne d’un amplificateur ou d’un préampli. Il ne fallait surtout pas brancher le magnétophone directement aux enceintes. En effet, connecter un magnétophone directement à une paire d’enceintes était un moyen sûr d’endommager soit l’appareil, soit les enceintes, soit les deux si vous étiez vraiment malchanceux ! De plus, remplacer un système entier était très coûteux.

L’arrivée du rock et de la musique pop annonce le déclin de la hi-fi

Sly Stone de Sly and the Family Stone avec son installation hi-fi. (Source : audiostream)

La plupart des systèmes hi-fi des années 50 et 60 étaient destinés aux amateurs de jazz et de musique classique, deux genres musicaux qui demandent à l’auditeur de prêter attention à chaque note et de la savourer. En général, les ados qui écoutaient du rock ‘n’ roll n’avaient pas l’argent nécessaire pour acheter plusieurs appareils hi-fi ou des enceintes colossales. Le son saccadé et saturé du rock qui commençait à envahir les ondes ne nécessitait pas une restitution précise. À l’époque, la musique rock ‘n’ roll brute sonnait sans doute tout aussi bien lorsqu’elle était restituée par une chaîne hi-fi de qualité que lorsqu’elle était jouée sur un petit poste radio.

Dans les années 1970, le rock et le R&B ont mûri ; la musique sophistiquée et multidimensionnelle de Steely Dan, Pink Floyd, Kraftwerk, Parliament Funkadelic et Stevie Wonder était enregistrée avec soin et permettait de tirer parti d’un système offrant un rendu sonore précis et détaillé. Dans les années 1980, il n’était plus nécessaire d’aimer seulement le jazz ou la musique classique pour profiter d’une installation hi-fi haut de gamme.

Mis sur le marché à la fin des années 70, le baladeur à cassette Sony Walkman est devenu un produit incontournable dans les années 80.

La belle époque des grandes chaînes stéréo est révolue depuis de nombreuses années. L’un des facteurs ayant contribué à leur déclin étant la commodité. Les jeunes écoutaient leur musique sur des cassettes audio et ne voulaient plus stocker ou manipuler de gros disques vinyles fragiles et bien souvent leur premier système audio était simplement constitué d’une boombox ou d’un lecteur cassette. Par ailleurs, de nouvelles technologies et de nouveaux appareils faisaient leur apparition sur le marché, comme par exemple les équipements home cinéma, les lecteurs CD et les lecteurs DVD, sans oublier les ordinateurs. Puis sont arrivés les fichiers audio numériques (mp3), suivis par le streaming et les enceintes Bluetooth, dont la qualité sonore ne cesse de s’améliorer. Pourquoi ne pas avoir la totalité de votre bibliothèque musicale à portée de main avec un iPod ou un baladeur audiophile ?

Bien que la technologie ne cesse d’évoluer, il existe toujours un marché pour les appareils hi-fi (amplis, lecteurs, platines…) et les enceintes hi-fi, avec des audiophiles passionnées qui n’ont pas abandonné la recherche du son parfait. Qui plus est, il suffit de prendre l’exemple de la renaissance du vinyle pour constater que la haute-fidélité ne disparaîtra jamais complètement de nos expériences musicales.


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12 COMMENTS

  1. Il serait intéressant de faire un focus sur le traitement des basses dans cette épopée du son.
    Avant les basses ne ressortaient pas ou très peu, et on était obligé de pousser le volume assez loin pour arriver à les entendre. Et il y a eu astuces et progrès de la part des fabricants, surfant sur le snobisme du « toujours plus de basses » qui a accompagné l’histoire de l’audiophilie depuis ses débuts, pour arriver aujourd’hui à des mini-enceintes qui tiennent dans 1 main capables de produire des pseudo-basses absolument bluffantes…

  2. Oui, un article sur le besoin / envie de basses serait bienvenu prochainement. Il y a eu tant d’évolutions en la matière…
    Modification des habitudes, du goût ou de la génétique de l’oreille et de ses perceptions ? Moi-même, heureux comme un kador à l’installation de nouvelles L-100 Classic il y a quinze jours, je peux louer leurs performances – de scène, définition et image, aériennes qu’elles sont, tout en légèreté et subtilité – tout en les trouvant totalement anémiques du côté de la basse… Elles ont pourtant un woofer de 12″ ! Alors quid ? Étonnant pour un modèle élaboré en 2018, héritage d’une enceinte dont l’image a toujours été de décoiffer son auditeur.

    Pour ce qui est de Patalf, je conseillerai une petite sieste, il semble que vous vous soyez levé du mauvais pied. Quelle humeur massacrante au petit matin… À moins que ? Bougon un jour, ronchon toujours ?
    Il ne s’agit que d’un article de vacances, dont la rédactrice a tout à fait saisi le ton de saison : facile, illustré et renvoyant chacun à ses madeleines. Essai réussi.

  3. Les jeunes « ados » comme dit, économisaient francs par francs en travaillant durant leurs vacances pour se payer un chaîne HiFi pour écouter la musique rock à l’époque.
    La preuve, les photos des artistes accompagnant l’article !!!
    Parlons de ce que l’on connait

  4. La mise a la terre d’une platine sert a l’isoler des champs magnétiques du réseau électrique AC.. Et non d’empêcher de prendre une décharge, c’est grotesque.. brancher un magnétophone a bande correctement a des enceintes n’endommagera rien du tout.. Vous racontez n’importe quoi..

  5. Ah oui patalf est de mauvais poil ,l article est fait pour les vacances et donc se lit très facilement en évitant les termes scientifiques ! La hi fi est un sujet très subjectif .
    Nous attendons d autres articles .

  6. Je trouve dommage que l’on vende aujourd’hui des produits en annonçant des caractéristiques farfelues exemple: une mini chaine de 100W avec des hauts parleurs de 10cms !, voire plus ! beaucoup de néophytes de la musique regarde cette caractéristique pour comparer les produits,

  7. La Hifi continue à être une affaire de passionnés jusqu’à l’extravagance…Focal Utopia EM Evo => 180.000 € la paire 🙂

  8. Bonjour à tous, soyez gentils avec Kate c’est son 1er article ici et quels que soient les arguments il n’est pas de bon ton d’attaquer avec sévérité sans lui avoir laissé le temps de s’acclimater, de prendre ses repères ou de se documenter. Bon WE à tous 🙂

  9. Noel ce n est pas absolument farfelu, tant que les gens ne comprendront pas ;que le son se mesure en decibels et pas en watts qui sont une valeur electrique….. Donc HP 10 cm pour 100 watts encaissables par la bobine avant de partir en fumée ce n est pas faux. Si vous vous souvenez on a eu droit a la new classe A, les gens qui soupesaient les amplis pour les acheter, (la musicalité au poids) la course au nombre de 0 aprés la virgule du THD, amplis à Classe A glissante (pensez a acheter un tapis anti dérapant) attention, ça ne permute pas ça ne commute pas, ça glisse….

  10. Je ne comprends pas les critiques vis a vis de l article, cela doit rester abordable, compréhensible par le plus grand public, sans se perdre dans des labyrinthes techniques.

    Serge : Marten Coltrane Suprême 2 prés de 400.000 eur la paire et il y a plus cher, bon aprés que les enceintes Marten et leur Acuton marchent trés bien.

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