Les 20 Jeux Vidéos qui ont marqué les 20 dernières années

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Julien Goyon

Par sa nature, le jeu vidéo est et sera toujours dépendant de sa technologie. Par chance, celle-ci a fait des bonds fulgurants ces vingt dernières années, permettant aux nombreux créateurs de ce média de pousser toujours plus loin leurs idées, qu’elles soient d’ordre ludique, narratif ou purement technique. Si cet essor technologique va de pair avec une plus grande diversité dans les styles de jeux qui existent aujourd’hui, elle est aussi à l’origine de grands bouleversements au sein de studios qui ont dû adapter leur façon de concevoir leurs projets. Une chose est sûre, ces deux décennies ont marqué durablement les millions de joueurs qui l’ont traversée, et voici une sélection de titres qui ont fait date dans le paysage vidéoludique, chacun à leur manière. Alors oui, il manquera forcément des noms emblématiques comme Minecraft, Deus Ex, DOTA, Assassin’s Creed, GTA ou encore les excellents Outer Wilds et Subnautica, odes à l’exploration et à la narration dite environnementale. Néanmoins, cet article a pour but de vous présenter des titres dont l’influence se vérifie toujours aujourd’hui, par l’impact qu’ils ont laissé au moment de leur sortie, par les nombreux clones qu’ils ont engendrés, ou bien par l’aboutissement d’un genre qu’ils représentent à eux-seuls. Très bonne lecture à toutes et à tous.

Julien Goyon

1 – Silent Hill 2

Né en 1999 sur la première Playstation, Silent Hill a su jouer des lacunes techniques de la console pour donner naissance à l’une de ses marques de fabrique : l’épais brouillard qui recouvre la ville fantôme de Silent Hill comme une chape de plomb. L’univers rouillé conçu par Masahiro Ito et la musique industrielle et mélancolique d’Akira Yamaoka sont autant d’éléments qui ont su soutenir avec brio l’intrigue tortueuse et malsaine du jeu, au point d’inscrire ce premier volet au rang des indispensables du genre horrifique. Mais c’est véritablement avec son second épisode en 2001 que la série a su affirmer sa griffe et rentrer au panthéon du jeu vidéo.

Dans cet épisode, James Sunderland, le personnage principal, reçoit une lettre de son épouse Mary, qui l’invite à la rejoindre dans leur « endroit rien qu’à eux » dans la ville de Silent Hill. Seul problème : sa chère Mary est décédée depuis trois ans. À mesure que nous traversons les rues embrumées et désertes de la bourgade en compagnie de James, la ville se meut progressivement en une projection de l’esprit torturé de ce dernier, qui doit affronter de douloureuses vérités pour accomplir son deuil et faire face à sa propre culpabilité.

Porté par la puissance de la Playstation 2, le jeu approfondit son identité artistique mais aussi la psychologie de ses personnages, dont le sort bouleverse et marque au fer rouge. Si la série se perd quelque peu après son quatrième épisode, lui-même plus contesté, elle propose néanmoins d’autres moments aussi terrifiants que magnifiques, notamment lors de son incursion sur Wii avec l’épisode Shattered Memories, conçu et écrit par Sam Barlow (à qui l’on doit également Her Story et Telling Lies).

En sommeil depuis l’annulation de l’épisode Silent Hills, qui devait être réalisé par Hideo Kojima sur Playstation 4, le retour de la série se fait toujours désirer par les amateurs d’horreur psychologique.

2 – Metroid Prime

Avec son univers futuriste et anxiogène ainsi que son héroïne bien loin des princesses en détresse croisées dans Super Mario Bros ou The Legend of Zelda, la série Metroid tranche avec la plupart des productions de la firme de Kyoto. Portée par une ambiance sombre et une difficulté toujours bien sentie, Metroid n’a jamais réussi à se faire une aussi belle place au soleil que ses homologues, ce qui explique son faible nombre d’épisodes en comparaison avec ses aînées. Pourtant, elle est l’instigatrice d’un genre qu’on nomme plus tard le « metroidvania » (mot-valise composé de Metroid et Castlevania, série historique du studio Konami), et plusieurs volets ont fait date dans l’histoire du jeu vidéo.

L’épisode Super Metroid en fait partie, bien sûr, mais également celui qui nous intéresse ici, à savoir Metroid Prime, qui signe le retour de la série après huit ans d’absence.

Confié aux mains de Retro Studios, studio Texan comptant d’anciens développeurs de Half-Life, cet épisode (et la trilogie qui en découlera) s’affranchit pour la première fois de la vue en 2D et fait basculer le joueur en vue à la première personne, depuis l’intérieur de la combinaison spatiale de Samus Aran. Comme à l’accoutumée, la vaillante chasseuse de primes doit contrecarrer les plans des pirates de l’espace et mettre un terme à la race des Metroïdes, sorte de méduses volantes pourvues de griffes et capables de vampiriser l’énergie vitale de tous les êtres vivants. Pour cela, Samus se rend sur la planète Tallon IV et enquête sur les faits et gestes de ses éternels rivaux mais aussi sur une dangereuse substance appelée Phazon.

Metroid Prime transpose avec succès sa formule 2D en 3D, exercice toujours délicat dans le jeu vidéo. Mais sa réussite ne s’arrête pas là puisqu’il parvient à rendre parfaitement maniable un jeu à la première personne, chose encore rare à l’époque sur console de salon. Non content de proposer des contrôles intuitifs et précis, le jeu installe une atmosphère pesante portée par un level design (conception des niveaux en jeux vidéo, ndlr) brillant et complexe, qui rendent l’exploration de Tallon IV particulièrement mémorable et achève de faire de cet épisode un moment fort de la génération 128 bits. 

La série n’oublie pas ses origines puisque plusieurs volets sortent sur les différentes machines portables de Nintendo entre 2002 et 2017, revenant au traditionnel axe en deux dimensions. Entre les deux formules, l’épisode Metroid : Other M voit le jour sur Wii. Si beaucoup ne se sont pas retrouvés dans les choix narratifs et la direction artistique de cet épisode, c’est oublier un peu vite son gameplay audacieux et jouissif et son level design d’une redoutable efficacité. C’est également l’occasion d’y retrouver une Samus plus expressive et plus humaine que jamais, plus sentimentale certes mais toujours aussi forte et déterminée.

3 – Half Life 2

Comment succéder à un jeu devenu légendaire ? C’est une question qui hante encore aujourd’hui les productions du studio Valve et notamment la série Half Life. Titre qui a redéfini le genre FPS (jeu de tir à la première personne) en 1998, le premier épisode nous plongeait dans la vie malchanceuse de Gordon Freeman, un scientifique du complexe Black Mesa faisant face à une invasion de créatures extraterrestres puis à un groupe militaire. L’intelligence artificielle et la scénarisation de Half Life ont donné naissance à des affrontements d’anthologie qui ont profondément marqué les joueurs et l’industrie, au point de servir d’inspiration à bon nombre de jeux.

Six ans plus tard, il est l’heure de découvrir la suite de ce jeu-phénomène et le moins que l’on puisse dire, c’est que les attentes étaient élevées.

La première chose qui frappe, c’est le net changement d’ambiance entre les deux épisodes. Exit l’ambiance aride du Nouveau-Mexique, place au contexte dystopique dans un environnement évoquant l’Europe de l’Est. Une vingtaine d’années après les événements de Black Mesa, notre monde est désormais aux mains du Cartel, une puissante race extraterrestre. Freeman devra infiltrer et déclencher une insurrection au sein de Cité 17, une ville contrôlée par le Cartel. Bien sûr, cette mission ne sera pas de tout repos et notre héros devra user d’une large panoplie d’armes et, pour la première fois, de véhicules pour arriver à ses fins.

C’est justement l’une des armes qui devient le symbole fort du jeu, à savoir le pistolet anti-gravité. En effet, chose encore rare à l’époque, Half Life 2 propose une gestion de la physique tout à fait novatrice grâce à laquelle chaque objet du décor peut être attrapé par ce fameux pistolet et devenir un projectile mortel pour les adversaires. Dans les dernières heures du jeu, l’arme devient même capable d’attraper et propulser des ennemis et des objets plus gros que jamais, rendant les fusillades particulièrement jubilatoires.

Après un épisode qui réussit à être tout aussi marquant que son aîné, deux extensions viennent prolonger son histoire et se terminent sur un coup de théâtre qui aura frustré les amoureux de la licence… Jusqu’à l’épisode Half Life: Alyx sorti en 2020, conçu uniquement pour la réalité virtuelle. Cependant, le jeu se déroule entre les deux épisodes de la licence et ne vient toujours pas apporter de conclusion réelle à ce que Valve avait conçu comme une trilogie. Comment succéder à Half Life 2 ? La question reste posée depuis désormais plus de 15 ans.

4 – Resident Evil 4

L’époque 128 bits est un moment de remise en question pour les créateurs en charge de séries hautement appréciées. Épisode légendaire d’une série qui l’est également déjà au moment de sa sortie en 2005, Resident Evil 4 est le fruit d’une gestation difficile qui a nécessité le retour de son créateur Shinji Mikami pour voir le jour sous la forme que nous connaissons. Fini les caméras fixes et les personnages statiques : ce quatrième volet nous place aux commandes d’un Leon S. Kennedy dynamique qui enjambe fenêtres et barrières et distribue coups de pied et suplex à ses ennemis.

L’agent du gouvernement américain dispose même de la possibilité d’améliorer son inventaire et ses armes, le tout dans une progression chapitrée qui permet de délivrer fréquemment au joueur ses statistiques (nombre d’ennemis tués, précisions au tir, nombre de morts subies). Si la mobilité du personnage et son système de notations font prendre à la série un virage nettement plus tourné vers l’action, RE4 n’oublie pas pour autant le principal élément qui caractérise sa recette, à savoir la peur.

Pour cela, les caméras fixes sont remplacées par une caméra qui suit de près Leon et qui se rapproche davantage au moment de viser, empêchant alors tout déplacement, à l’image des premiers épisodes. Les angles morts créés par la visée renforcent le sentiment de danger, d’autant plus que les ennemis arrivent désormais par vague. Cette fameuse « caméra-épaule » sera alors reprise dans la quasi-totalité des jeux de tirs à la troisième personne au point de devenir un véritable standard dans le jeu vidéo.

L’autre bouleversement majeur de cet épisode provient de son sens du rythme. D’une durée de vie deux à trois fois plus longue que les épisodes précédents, les séquences cultes s’enchaînent et se renouvellent pourtant sans le moindre temps mort. De plus, la difficulté progressive du jeu oblige régulièrement le joueur à faire usage de son talent et de son sens de l’observation pour se sortir d’affrontements insurmontables au premier abord. Par ailleurs, la surprise des situations va de pair avec le renouvellement des lieux puisque la mission de Leon nous emmène dans un village espagnol perdu en pleine forêt, dans un gigantesque château et enfin sur une île cachant un complexe scientifique, origine de tous les maux de cet épisode.

Tous ces éléments ont participé à créer une rupture assumée au sein d’une franchise pourtant bien installée mais consciente du besoin de s’adapter pour rester à la page. Ainsi, cette audace a permis de définir une nouvelle modernité dans le jeu vidéo, ni plus ni moins.

5 – Metal Gear Solid 3 : Snake Eater

Ne vous laissez pas avoir par son chiffre « 3 ». Cet épisode de la saga culte d’Hideo Kojima est en réalité le véritable point de départ de l’histoire de sa série d’espionnage. Si les deux épisodes précédents embrassent une ambiance froide au parfum de techno-thriller, MGS3 place son récit uchronique en 1964 au cœur des jungles luxuriantes du sud de la Russie. Le joueur y incarne Naked Snake, un soldat de l’unité Fox chargé de ramener un ingénieur soviétique du nom de Sokolov, prisonnier du Colonel Volgin.

Alors que Snake est sur le point de mener sa mission à terme, celle qui fut son mentor, The Boss, se dresse sur son chemin et lui avoue être passée à l’ennemi. Abasourdi, Snake n’a d’autre choix que d’affronter The Boss. Celle-ci prend rapidement le dessus et jette son ancien disciple dans une rivière, le laissant pour mort. Cette mission devient alors une affaire personnelle pour Snake, qui s’embarque dans une quête de vérité et de vengeance sur fond de Guerre Froide et de course à l’armement nucléaire.

Dans la continuité des bases posées par les précédents volets, MGS3 est l’occasion pour l’équipe de Kojima d’élargir le gameplay en introduisant une gestion de la nourriture et de la santé (nécessaires à la survie du personnage), ainsi que des systèmes de camouflage et de combats au corps-à-corps. Des affrontements contre des boss particulièrement marquants, une des empreintes de la série, sont également au programme. Mais au-delà de son gameplay riche et plus varié que jamais, c’est l’histoire des deux premières missions de Snake, la Mission Vertueuse et l’Opération Snake Eater, qui fascinent.

Soutenu par des rebondissements brillants, des personnages charismatiques, une bande originale sublime, un contexte riche mêlant fiction et réalité, une fin poignante et inoubliable et un sens de la cinématographie toujours plus affirmé, Metal Gear Solid 3 est assurément le point d’orgue de la série et de la carrière de son créateur fantasque. Cependant, Kojima a plus d’un tour dans son sac et a su réinventer sa licence fétiche avec brio à travers les épisodes Peace Walker et surtout Metal Gear Solid V: The Phantom Pain.

6 – Super Mario Galaxy

Faut-il encore présenter le plus célèbre héros du jeu vidéo ? Sûrement pas. Ce qu’il faut bien rappeler néanmoins, c’est qu’en matière de plateforme 3D, Super Mario reste à la hauteur de sa légende. Parmi les épisodes les plus marquants de ces dernières années, le duo Super Mario Galaxy a mené la série vers des sommets d’ingéniosité et d’émerveillement. Porté par une direction artistique féérique et une bande originale profitant régulièrement d’un grand orchestre (une première dans la série), ce diptyque sorti sur Wii est l’occasion d’introduire dans la série une idée qui sera au cœur de son level design et de son gameplay : la gravité.

En effet, leur environnement spatial est un merveilleux prétexte pour faire tourner la tête du plus jovial des plombiers italiens. L’exploration des environnements prend souvent place sur des planètes plus ou moins grandes, sphériques donc, qu’il faut ratisser en long, en large et en travers pour y déceler tous les trésors cachés.

Les équipes menées par Shigeru Miyamoto, père de la licence, et Yoshiaki Koizumi, réalisateur du jeu, ne se contentent pas d’utiliser les différents axes des planètes : elles ponctuent ces aventures galactiques de centaines d’idées en tout genre pour renouveler l’expérience de jeu et offrent au joueur un plaisir de jeu immédiat grâce à un Mario plus réactif et agile que jamais. Et si une dizaine d’années nous séparent désormais de ces deux volets, soyez sûr d’une chose : à l’instar de Mario, ses aventures ne vieillissent jamais.

7 – Bayonetta

Fruit de l’esprit bouillonnant du réalisateur Hideki Kamiya, Bayonetta signe le retour en grâce de celui qui a révolutionné le beat’em all en 3D avec le premier Devil May Cry, sorti sur Playstation 2 en 2001. Cette fois-ci, point d’ambiance gothique et de héros masculin vêtu de rouge, place à Bayonetta, femme forte et sensuelle qui partage avec Dante le goût pour l’insolence et les saillies verbales. Après vingt années passées dans un cercueil, la sorcière est tirée de sa sépulture et ramenée sur Terre pour dézinguer des anges à tout-va. Amnésique à son réveil, elle devra également recouvrer la mémoire pour comprendre les différentes raisons qui ont causé la disparition de son clan.

En bon beat’em all, Bayonetta offre une palette de combos riches à la profondeur rarement égalée encore aujourd’hui. La sorcière utilise une panoplie d’armes variée (pistolets aux poings et aux pieds, épée, fouet, gants magiques, patins tranchants, lance-roquettes etc.) qu’il est possible de changer à la volée pour construire à loisirs des combinaisons d’attaques et maltraiter ses adversaires avec panache. L’héroïne dispose aussi d’une capacité appelée « Witch Time », qui permet de ralentir le temps autour d’elle, ainsi que d’une série de « Tortures Attack » capables d’achever les ennemis rapidement.

Doté de modes de difficultés adaptés à tous les profils de joueurs, cet épisode peut se montrer encourageant comme intransigeant selon votre exigence. Mais il n’oublie jamais une chose : offrir un plaisir de jeu aussi jouissif que jubilatoire. Sa suite est tout aussi recommandable, elle se paie même le luxe d’étendre le gameplay déjà vaste et corriger les quelques soucis de rythme de son aîné. Inutile de dire que le troisième volet annoncé fin 2017 en exclusivité sur Switch est attendu fébrilement par les fans de la sorcière de l’Umbra.

8 – Alan Wake

Fort de son expérience sur la série Max Payne, le studio finlandais Remedy décide, au milieu des années 2000, de se lancer dans la conception d’un « thriller psychologique tourné vers l’action » selon leurs propres termes. Nous incarnons ici Alan Wake, un romancier à succès installé à New York qui souffre d’une panne d’inspiration depuis deux ans. Pour pallier ce problème, son épouse Alice décide de l’emmener en vacances dans la ville de Bright Falls, située dans le Nord-Ouest des États-Unis. Entourée de forêts et loin des agitations de la Grosse Pomme, Bright Falls semble être le cadre idéal pour que l’écrivain puisse enfin surmonter son syndrome de la page blanche.

Malheureusement pour le couple, rien ne va se passer comme prévu, Alice disparaissant peu après leur arrivée. Mais les ennuis d’Alan ne s’arrêtent pas là puisqu’un livre d’horreur dont il serait l’auteur mais qu’il ne se souvient pas avoir écrit prend forme tout autour de lui, et une force obscure commence à dévorer la paisible contrée en prenant le contrôle des habitants et des objets. Au milieu de ces paysages nocturnes angoissants, l’auteur devra se frayer un chemin pour espérer retrouver sa femme en vie.

Alan Wake se présente sous la forme d’un jeu de tir à la troisième personne. Mais contrairement à la plupart des jeux de ce type, notre personnage principal n’a rien d’un homme surentraîné, et son arsenal n’est certainement pas celui d’un Marcus Fenix. Son plus précieux allié n’est autre que la lumière, dans laquelle les nombreuses ombres ne peuvent pas l’atteindre. Heureusement, Alan peut compter sur sa fidèle lampe torche et quelques armes disséminées çà et là pour avancer dans ce cadre forestier gangrené par les ténèbres.

Avec son histoire fantastique inspirée des romans de Stephen King et son contexte évoquant la mystérieuse série Twin Peaks, Alan Wake mérite sa place dans votre ludothèque, d’autant plus qu’il s’agit probablement d’un des jeux les plus personnels que Remedy ait pu créer. Si l’aventure vous a plu, sachez que vous pouvez la prolonger dans les excellentes (et indispensables) extensions qui viennent la conclure. Et si vous vous êtes pris d’affection pour le romancier le plus malchanceux de l’histoire du jeu vidéo, sachez qu’il s’est récemment invité de façon encore bien mystérieuse dans l’excellent Control, dernier titre en date de Remedy.

9 – Portal 2

Après un premier épisode paru en 2007 qui faisait davantage office de tentative, l’étonnante série de puzzle game Portal fait un bond de géant avec sa suite, concoctée une nouvelle fois par Valve. Dans ce jeu à la première personne, le joueur a la capacité, grâce à son unique arme, de créer des portails de téléportation pour progresser dans des niveaux au level design soigné et impressionnants de créativité. Si cette idée faisait déjà le sel du premier épisode, Portal 2 va beaucoup plus loin dans les possibilités de gameplay et les situations de jeu.

Le titre de Valve diversifie également les usages du générateur de portail en permettant au joueur de construire des ponts de lumière, de déplacer des objets ou encore d’utiliser des gels propulsifs ou répulsifs pour accroître ou réduire sa vitesse de déplacement.

Mais l’autre élément fondamental de la série, c’est également son humour noir ravageur. Situé dans le même univers que la série Half Life dans un futur beaucoup plus lointain, Portal 2 nous place aux commandes d’une jeune femme nommée Chell, déjà héroïne du premier épisode, au sein des laboratoires en ruine d’Aperture Science. Là-bas, elle est guidée par la voix d’un robot qui se présente sous le nom de Wheatley. Ensemble, ils réactivent par erreur GLaDOS, une intelligence artificielle sarcastique mais aussi l’antagoniste du premier épisode qui s’occupera de leur cas.

Loué pour l’ingéniosité de ses énigmes et la structure grandiose de ses niveaux, Portal 2 est un jeu qui sollicite constamment l’intelligence du joueur mais qui s’amuse également à se jouer de lui en le dupant et en le surprenant. En résulte un titre incontournable grâce à son contexte original qui renouvelle constamment ses situations de jeu et qui réussit à nous faire rire régulièrement grâce à l’ironie cinglante de ses dialogues. 

10 – Final Fantasy XIV

La plus célèbre série de jeux de rôle japonais aux côtés de Dragon Quest et Pokémon a connu une période difficile à l’arrivée des consoles Haute-Définition. Empêtrée dans des problèmes techniques, des genèses laborieuses et des décisions discutables, c’est peu dire que Final Fantasy a éprouvé des difficultés à conjuguer son ambition habituelle avec les nouvelles possibilités offertes par les machines HD. Final Fantasy XIV est lui-même né au cœur de cette période tourmentée, connaissant un lancement très critiqué avant de revenir sous une forme complètement transformée, impulsée par Naoki Yoshida qui s’est vu confier les titres décisifs de réalisateur et producteur pour sortir cet épisode en ligne de sa situation morose. 

Pour son premier projet d’envergure, c’est peu dire que Yoshida a su relever le défi avec brio. L’une des preuves les plus évidentes des choix pertinents du réalisateur est le fait que l’annulation de la première version du jeu (et sa mise en veille avant la sortie de la nouvelle version nommée A Realm Reborn) ait été scénarisée au sein même de l’histoire. La topographie des zones, l’interface du jeu, ses activités et son rythme sont alors complètement revus, offrant désormais un jeu aussi confortable que foisonnant d’activités. Le jeu n’oublie pas non plus ce qui faisait la marque de Final Fantasy XI, premier épisode online de la série : un scénario fort porté par des personnages charismatiques et une volonté d’axer le jeu sur une expérience solo malgré son statut de jeu massivement multijoueur.

Grâce à ses différentes extensions, notamment les excellentes Heavensward et Shadowbringers, et ses mises à jour régulières qui ont contribué à rendre l’expérience plus souple et plus accueillante que jamais pour les nouveaux-venus, Final Fantasy XIV est assurément l’une des plus grandes réussites de Square Enix de ces dix dernières années. Passionnant à parcourir, les paysages d’Eorzea vous promettent un nombre d’heures de jeu colossal et des séquences dignes des plus beaux moments que la « série hors-ligne » nous ait proposé. De quoi attendre de pied ferme le prochain jeu de l’équipe de Yoshida, qui pourrait bien être Final Fantasy XVI

11 – Journey

Après les atypiques flOw et Flower, loués pour leur ton apaisant et contemplatif, Journey est le troisième jeu du studio Thatgamecompany fondé par Jenova Chen. Conçu comme une expérience courte, Journey nous propose d’incarner un personnage vêtu de rouge dont on ne sait rien, qui s’éveille dans un désert infini. La seule chose que nous devinons est l’objet de sa convoitise : une montagne située aux confins de l’horizon. Dans cet univers onirique et dépouillé que le joueur peut arpenter seul ou bien en profitant du mode multijoueur, la question du voyage, comme le souligne son titre, est ici bien plus importante que la destination elle-même.

Les rencontres effectuées par le joueur font par ailleurs partie intégrante de l’expérience voulue par Jenova Chen, qui a décidé de rendre impossible de communiquer par le biais d’un chat vocal ou écrit. Tout ce qu’il est possible de faire ici, c’est d’émettre en pressant le bouton O, et libre à vous comme à votre compagnon de route de l’interpréter à sa guise. La seule action « négative » qu’il est possible de réserver à un compagnon de route est l’ignorance, puisque le jeu s’inscrit dans une démarche d’entraide bienveillante. En effet, en s’alliant, les joueurs peuvent surmonter les obstacles plus facilement et se permettre l’un l’autre de voler dans les airs plus longtemps (une capacité que l’on acquiert au début de l’aventure).

À l’image de la démarche de Fumito Ueda, Jenova Chen favorise dans ses œuvres des histoires simples et épurées, les interactions créant de l’empathie et des atmosphères à l’esthétique rêveuse et onirique. Ses créations sont également l’occasion, manette en mains, de trouver un moment d’apaisement et de réconfort qui savent toucher les joueurs avec simplicité et justesse. Alors, quand le rideau se referme sur nos aventures dans ces contrées évanescentes, nous gardons en nous le souvenir vivace de ce voyage et le sentiment d’avoir vécu quelque chose d’unique et de presque indescriptible. La marque des grands jeux.

12 – The Last of Us

S’il y a bien une licence qui était sous les feux des projecteurs cette année, c’est bien The Last of Us. Alors que la prestigieuse chaîne HBO (Game of Thrones, True Detective, The Wire) a commandé une adaptation en série TV, le second volet des aventures d’Ellie et Joel est sorti sur Playstation 4, entraînant de nombreux débats sur la violence dans les jeux mais aussi sur les questions de genres et d’identité sexuelle. Que l’on ait adhéré à son propos ou pas, il convient ici de rappeler l’ambition que représente un tel diptyque dans le paysage du jeu vidéo.

Sortie en 2013 sur Playstation 3, The Last of Us est une nouvelle licence conçue par Naughty Dog, qui profite alors du succès de sa série Uncharted. Changement de ton avec cette nouvelle aventure qui nous entraîne au cœur d’un monde post-apocalyptique dévasté par une pandémie, causant l’extinction d’une grande partie de l’humanité. Une fois contaminées par le cordyceps, le champignon à l’origine de la pandémie, les personnes se transforment en zombies en l’espace de quelques heures et propagent à leur tour le virus en mordant d’autres êtres-vivants. Vingt ans plus tard, aucun vaccin n’a permis d’espérer un retour à la normale jusqu’à ce que les Lucioles, un groupuscule qui résiste à l’ordre militaire instauré, apprennent qu’une jeune fille du nom d’Ellie a été mordue sans développer le moindre symptôme.

Joel, quarantenaire bourru ayant dû faire face à la mort de sa fille au début de la pandémie, se voit confier la mission d’emmener Ellie à l’autre bout des États-Unis pour qu’une équipe de chercheurs puissent se pencher sur son cas et tenter de développer un vaccin. C’est précisément cette traversée qu’il nous faudra effectuer en tant que joueur. L’aventure se présente comme un jeu de survie à la troisième personne où les objets nécessaires à notre progression (armes, munitions, soins) sont rares. En dépit de son contexte, The Last of Us offre de superbes moments de contemplations et promène ses personnages dans des paysages généralement urbains où la nature a repris ses droits.

Pour donner corps à ses personnages, Naughty Dog choisit d’explorer la thématique père-fille, et plus généralement l’amour, là où le second épisode s’en éloigne radicalement et aborde quant à lui le thème de la vengeance. Plus ambitieuse encore, cette suite prend le pari de poursuivre l’aventure d’Ellie et Joel qui a tant marqué à sa sortie et étale son récit sur un temps de jeu deux fois plus long… pour un résultat plus vain ? Peu importe en réalité car malgré ses imperfections, TLOU est la somme de plusieurs choix et audaces qui ont permis une chose rare dans le jeu vidéo : placer une intrigue intimiste et personnelle au centre d’un titre d’envergure. Et c’est exactement l’une des choses dont ce média a besoin.

13 – Bloodborne

Au cours de ces vingt dernières années, rarement un game designer a déclenché autant de passion qu’Hidetaka Miyazaki. Concepteur, scénariste et réalisateur de Demon’s Souls, Dark Souls, Dark Souls III et plus tard Sekiro, Miyazaki a connu une ascension fulgurante au sein de l’industrie, au point de devenir l’un des créateurs les plus influents de son époque et de se voir confier les rênes du studio FromSoftware, où il a longtemps opéré comme « simple employé ». Résumer la réussite de Bloodborne en quelques lignes est forcément très réducteur en comparaison à ce qui fait son génie.

Mais sachez qu’il est une sorte d’aboutissement de la « formule Dark Souls » puisqu’il reprend la même exigence ludique (boss coriaces nécessitant un apprentissage minutieux), un sentiment de danger omniprésent, un système d’évolution du personnage pratiquement identique, des fonctions multijoueur en ligne, un level design tentaculaire qui connecte toutes les zones du jeu entre elles et surtout, une atmosphère renversante servant de cadre à une narration particulièrement opaque et éclatée.

L’histoire de Bloodborne nous emmène dans la ville de Yharnam. Gothique et crépusculaire, la ville est en proie à une épidémie qui change les habitants en monstres sanguinaires. Pourtant, c’est au cœur de ce chaos que se cacherait un remède à cette maladie qui contamine le sang de ses victimes, et c’est précisément cette raison qui conduit l’avatar que vous aurez créé (à l’instar de Dark Souls) dans ce paysage mortifère.

Porté par une direction artistique magnifique, des situations de jeux qui surprennent et un gameplay sans cesse renouvelé par les nombreuses variables qui constituent la création de personnages, Bloodborne fait partie de cette rare catégorie de jeux qui envoûtent, éprouvent, hantent et marquent durablement ceux qui osent s’y plonger. Et il constitue probablement la meilleure porte d’entrée à la philosophie viscérale des « Soulsborne ».

14 – The Witcher III: Wild Hunt

Adaptation libre des livres du romancier Andrzej Sapkowski, The Witcher III: Wild Hunt fait suite aux deux premiers épisodes développés par le studio CD Projekt RED. À l’image de ses prédécesseurs, le héros est le sorceleur Geralt de Riv, un chasseur de monstres doté de pouvoirs surnaturels. Dans cet épisode, il tente de retrouver la trace de sa fille adoptive Ciri, qui a disparu en fuyant la Chasse sauvage, une horde de cavaliers venus d’un autre monde. Cette quête va mener Geralt dans de vastes territoires, de Velen à Novigrad, en passant par les îles Skellige ou bien sûr Kaer Morhen, bastion des sorceleurs.

The Witcher III rencontre à sa sortie un succès aussi bien critique que commercial. Et pour cause, le jeu est autant salué pour la richesse de son univers que pour son écriture et la façon dont les quêtes sont intégrées à ce monde ouvert. Comme il s’agit d’un jeu de rôle occidental, le joueur est libre d’effectuer certains choix dont les répercussions sur l’univers et les personnages qui entourent Geralt seront lourdes de conséquences.

Ce titre est également l’occasion pour CD Projekt de s’illustrer sur la scène mondiale puisque le studio polonais est non seulement parvenu à faire de son jeu une référence incontournable pour le genre, mais il a aussi fait preuve d’un suivi exemplaire auprès de son public, en effectuant des mises à jour régulières suite aux remarques des joueurs. Le travail abattu sur The Witcher III et ses deux excellentes extensions reste à ce jour exemplaire et fascinant.

Il ne fait aucun doute que si vous êtes amateur d’heroic fantasy, le jeu saura vous captiver comme rarement. Une fois cette longue aventure terminée, il est probable que vos yeux se « Riv » sur Cyberpunk 2077, le prochain jeu du studio prévu pour cette année après huit ans de gestation. 

15 – The Last Guardian

Troisième jeu de Fumito Ueda après les uniques Ico et Shadow of the Colossus, le projet du réalisateur japonais est une arlésienne que son public a attendu avec beaucoup d’appréhension. Après deux jeux qui ont fait date dans le paysage vidéoludique, Ueda pouvait-il être à la hauteur de sa propre légende, alors que le développement de The Last Guardian s’enlisait au point de finir par sortir sur Playstation 4 et non sur Playstation 3 comme prévu ? C’est avec un soupir de soulagement que ses admirateurs ont pu répondre par l’affirmative en découvrant cette aventure émouvante et hors du commun.

Au cœur d’une cité en ruine située dans une vallée impénétrable, un jeune garçon s’éveille aux côtés d’une gigantesque bête enchaînée, nommée Trico. Malgré sa peur, le garçon libère la créature et ils comprennent qu’ils devront s’entraider pour parvenir à quitter les lieux en gagnant le point culminant de la vallée. Au fur et à mesure de leur ascension, ils se lient d’amitié au point de devenir de précieux alliés l’un pour l’autre. Arriveront-ils à leur destination et si oui, à quel prix ?

La griffe épurée et émouvante de Fumito Ueda se reconnaît dès les premiers instants du jeu. Ici, point de système d’accumulation d’expérience, d’arbre de compétences ou d’objectifs annexes qui viennent détourner de l’essentiel. Comme pour ses titres précédents, l’attachement que se portent les personnages est au premier plan et ce malgré une incapacité à communiquer directement. Ainsi, s’il est impossible de contrôler Trico, qui est une créature vivante et indépendante, il est néanmoins possible de lui faire comprendre les actions que vous souhaitez effectuer et d’interagir avec elle en lui parlant, en lui grimpant dessus mais aussi en prenant soin d’elle et en la cajolant.

C’est justement ce mode de communication plus tactile et affectif qui construit la relation entre les deux protagonistes et qui leur permet de progresser dans cet univers envoûtant et mystérieux. Cette économie de parole et cette mise en avant de l’émotion pure et simple, symptomatiques des jeux d’Ueda, nous rappellent finalement que les gestes sont plus importants que les mots.

16 – The Legend of Zelda: Breath of the Wild

En 2011, The Legend of Zelda: Skyward Sword révélait toutes les limites de la formule instaurée par Ocarina of Time. Consciente qu’elle était devenue aussi prévisible que poussive, l’équipe d’Eiji Aonuma se lança l’immense défi de bouleverser en profondeur la structure de sa série de légende. C’est justement à Hidemaro Fujibayashi, réalisateur du dernier épisode sorti sur Wii, qu’est confié ce vaste chantier. Six ans de travail sont nécessaires pour accoucher du jeu le plus ambitieux de l’histoire de Nintendo, et c’est peu dire que le résultat est à la hauteur.

Breath of the Wild plonge le joueur dans un vaste monde ouvert, cent ans après le déclin du Royaume d’Hyrule. Link, éternel héros de la série, émerge d’un sommeil centenaire dans une étrange stèle et découvre un monde recouvert par la végétation au milieu duquel quelques vestiges révèlent le souvenir d’Hyrule… et les siens ! En effet, notre héros amnésique devra collecter ses souvenirs pour comprendre ce qu’il s’est passé pendant sa stase et dans les derniers instants du Royaume.

Bien sûr, tout n’est pas que bouleversement dans cet épisode et il est bien ici question de sauver la princesse Zelda et de vaincre l’affreux Ganon grâce à l’aide des Zoras, des Gorons et d’autres créatures bien connues de la série. Le principal changement de cet épisode provient du sentiment de liberté qu’il inspire. Ici, point de longs donjons que le joueur doit enchaîner dans un ordre précis avec un éventail de possibilités qui se densifient au fur et à mesure de l’intrigue. Le joueur est maître de toutes les capacités de Link dès le début de l’aventure, ce qui lui permet de venir à bout des cent-vingt sanctuaires du jeu dans l’ordre qu’il souhaite, sans qu’aucun ne soit réellement obligatoire pour terminer la trame principale (en dehors des quatre Bêtes Divines).

De plus, l’ouverture considérable du monde d’Hyrule devient un terrain de jeu dans lequel l’amusement et le plaisir de l’exploration sont centraux. Sa patte graphique évoquant les films du studio Ghibli et sa musique aérienne et douce sont autant d’éléments qui ont permis à la licence de s’émanciper de ce qui la rendait passéiste pour en faire un titre résolument moderne, brillant et inoubliable.

17 – Persona 5 Royal

En 1987 naît la série Megami Tensei, développée par le studio Atlus. Au fur et à mesure des années, elle donnera naissance à plusieurs spin-off qui deviendront eux-mêmes des séries à part entière, dépassant parfois la popularité de la série originale. La série Persona est l’un des nombreux enfants de Megami Tensei, et son cinquième épisode est désormais le plus grand succès de cette saga indépendante débutée, elle, en 1996.

Persona 5 alterne entre deux contextes de jeu différents. Le premier se déroule dans la ville de Tokyo et donne au joueur l’occasion de vivre la vie de lycéen du protagoniste principal (dont il doit choisir le nom). Son système de jeu s’apparente à une simulation sociale dans lequel il est nécessaire d’organiser différentes activités du quotidien selon un calendrier précis. Mais ce monde n’est que la partie émergée de l’iceberg.

De l’autre côté se trouve le métavers, un univers parallèle où se rejoignent les âmes du monde réel, que notre héros et ses alliés explorent dans leur sommeil. Dans cet environnement inconnu de la grande majorité des humains, la psychologie d’une personne et ses désirs les plus profonds se matérialisent sous la forme d’un lieu qu’il devient possible d’explorer. Le jeu prend alors la forme d’un Dungeon-RPG, c’est-à-dire un jeu de rôle qui place l’exploration d’environnements labyrinthiques au premier plan de son expérience, ponctuée de combats généralement au tour par tour.

Dans cette aventure contemporaine, le groupe de protagonistes rassemblés autour du héros a pour but de pénétrer l’âme de personnes malveillantes et dangereuses afin de voler leurs cœurs. Une fois cette mission achevée, les individus en question ne peuvent plus s’empêcher de confesser leurs actes et avouent publiquement leurs crimes. Seulement, ce revirement inexplicable pour le commun des mortels n’échappe pas à un adversaire retors qui se dressera sur la route des Voleurs Fantômes de Cœurs, nom que se donne la bande de jeunes justiciers. 

En raison de ses nombreux systèmes de jeux et de son scénario aux thématiques complexes et difficiles (principalement le harcèlement, l’abus de pouvoir et le sens des responsabilités), Persona 5 prend tout le temps nécessaire pour installer à la fois ses mécaniques, son récit et ses personnages. Ainsi, l’aventure très bavarde s’étale sur près cent-dix heures de jeu incompressibles. Mais son histoire passionnante, son écriture mature et très réussie, ses personnages attachants, ses mécaniques inventives et sans cesse enrichies méritent bien toute votre attention. En un mot comme en cent, s’il ne fallait jouer qu’à un seul jeu de rôle japonais de ces dix dernières années, c’est bien Persona 5.

18 – Hollow Knight

S’il est un genre dont de nombreux studios se sont emparés ces vingt dernières années, notamment chez les développeurs indépendants, c’est bien le metroidvania. Sous-genre du jeu d’action-aventure qui place l’exploration au centre de son expérience, les metroidvania entraînent le joueur au cœur d’un vaste monde dont de nouvelles zones se débloquent à mesure que celui-ci obtient des capacités inédites. Au milieu d’une foule d’appelés, le meilleur élève qui fait office d’élu est le mystérieux Hollow Knight, premier jeu du studio australien Team Cherry, une équipe composée de seulement quatre développeurs (jusqu’au départ de l’un d’entre eux en 2017). Mais alors, qu’est-ce qui distingue Hollow Knight de ses concurrents ?

Le titre de la Team Cherry nous entraîne dans les profondeurs du royaume de Hallownest. Cette contrée jadis prospère n’est aujourd’hui plus qu’un amas de ruines qu’il nous faudra explorer pour comprendre les événements qui ont précipité sa chute. Hollow Knight a la particularité de placer le joueur aux commandes d’un chevalier inconnu qui arpente un monde souterrain en deux dimensions, peuplé uniquement d’insectes. Certains deviendront de précieux alliés et d’autres, au contraire, de redoutables adversaires. À ce sujet, la difficulté relevée du jeu s’articule autour de deux idées clés de la série Dark Souls, à savoir le fait de devoir apprendre par cœur les routines d’attaques des boss, mais aussi le fait que deux morts consécutives dans le jeu se traduisent par la perte définitive de notre argent durement acquis. 

Rassurez-vous, cette difficulté n’est jamais injuste ou gratuite, et pour surmonter tous les obstacles, le joueur dispose d’un atout de taille : un gameplay simple et d’une précision chirurgicale. Ainsi, lorsque nous arrivons à mettre en défaite un adversaire des plus coriaces, le sentiment de récompense qui en découle n’en est que plus gratifiant. Pour parfaire l’aventure, le jeu profite d’un level design minutieusement construit. Mais l’exploration des galeries enfouies de Hallownest ne serait pas aussi mémorable sans cette atmosphère mélancolique et intrigante qui caractérise le jeu. Au milieu de ces vestiges, collecter les fragments qui constituent la mémoire de ce royaume éteint devient un puissant élément de motivation pour explorer les moindres recoins des cartes fournies par Cornifer le cartographe.

Une fois l’aventure terminée, le constat est sans appel : Hollow Knight est à ce jour le meilleur représentant de sa catégorie. Un titre d’une maîtrise sidérante et d’une profondeur rare pour le premier jeu d’un jeune studio, et une véritable leçon donnée à tous ses concurrents. Autant dire que sa suite, Hollow Knight: Silksong, centrée sur le personnage de Hornet, se fait cruellement désirer…

19 – Red Dead Redemption 2

L’introduction de cet article évoquait les jeux qui représentent à eux-seuls un aboutissement, Red Dead Redemption 2, jeu d’action-aventure à l’ambiance western, est assurément l’un d’eux. Gargantuesque et démesuré, cette préquelle est l’incarnation parfaite du jusqu’au boutisme du studio Rockstar qui, après un GTA V déjà hallucinant par son volume et son contenu, pousse ici tous les curseurs encore plus loin. Non content d’être le plus beau monde ouvert réaliste jamais produit, RDR2 offre une aire de jeu absolument immense et bien plus variée que son aîné, à tel point que la diversité des climats surprendra ceux qui s’attendent à n’y trouver qu’un cadre aride et désertique.

Les décors profitent de toute la puissance des machines actuelles (et depuis peu de sa sortie sur PC) pour mettre en valeur une faune et une flore splendides et extrêmement détaillées. Les activités pullulent et le joueur peut choisir d’habiter ce monde en optant pour un comportement pacifiste ou agressif.

Recette maîtrisée du monde ouvert et de l’univers western, RDR2 voit aussi cette notion d’aboutissement transparaître dans son écriture qui impressionne du début à la fin de son épopée. Le jeu nous donne à suivre la vie d’Arthur Morgan, membre d’une bande de parias bien décidés à ne pas renoncer à son mode de vie malgré la modernisation de l’Amérique en ce début de XXe siècle. Plus que jamais, les dialogues permettent aux personnages de prendre corps et d’illustrer avec justesse leurs convictions, leurs caractères et leurs motivations. Il en va de même pour le doublage, interprété avec brio, qui achève d’humaniser les habitants de ce monde et plus particulièrement ceux qui constituent notre bande de hors-la-loi.

Cette symbiose entre écriture et interprétation accouche des personnages les plus touchants et attachants jamais créés dans un jeu Rockstar. Si vous êtes sensibles à ces aspects narratifs et immersifs, c’est probablement ce qui vous motivera à voir le fin mot de cette histoire inoubliable et à passer outre son gameplay réaliste et lent, dont on ne peut nier la pertinence dans cet univers, qui nous manquera longtemps après avoir bouclé les aventures d’Arthur Morgan et de ses compagnons.

20 – Celeste

Le Mont Céleste attire de bien nombreux voyageurs, à commencer par Madeline, une jeune femme venue gravir en solitaire cette montagne enneigée pour une raison inconnue. À mesure que les motivations de notre héroïne nous apparaissent au cours de sa périlleuse ascension, le monde aussi pixelisé que charmant de Celeste étale toute l’inventivité de son level design en deux dimensions. Chacun des mondes du jeu prend le temps de développer et d’exploiter au maximum une idée et une ambiance bien définie. Si le jeu propose un défilement latéral de ses niveaux comme beaucoup de ses concurrents, les nombreux tableaux qui constituent ces différents mondes sont parfois exposés dans leur entièreté à l’écran, permettant au joueur de prévoir à l’avance la façon dont il doit avancer.

Et pour ce faire, le jeu lui offre un gameplay d’une précision rare qui lui donne constamment l’envie d’avancer, en dépit du challenge proposé par les développeurs. Mais plutôt que d’être un impitoyable die and retry, Celeste a l’intelligence de proposer une difficulté bienveillante et encourageante. S’il est fréquent que notre cœur batte la chamade à l’idée de percuter un des nombreux pièges ou de sombrer dans le vide, la construction du jeu en tableau nous permet justement de profiter d’accalmies régulières afin de souffler avant le prochain défi.

De plus, si certains personnages que Madeline rencontre lui donnent du fil à retordre, d’autres au contraire se montrent réconfortant et à l’écoute de la jeune aventurière, dont les tourments se matérialisent sur cette montagne mystérieuse.

Autant le dire, l’équipe de Matt Makes Games, déjà à l’origine de l’excellent Towerfall Ascension (jeu d’affrontement multijoueurs), démontre une nouvelle fois sa science du gameplay et prouve qu’elle peut passionner sur une aventure solo grâce à une ambiance chatoyante et un level design impressionnant et ciselé. Le jeu de plateforme à son meilleur, assurément.

à propos : Julien Goyon

Bibliothécaire et musicien en éternel apprentissage, Julien Goyon se passionne très jeune pour la musique et le jeu vidéo qui ont en commun cette capacité à tisser des imaginaires riches et merveilleux. Après dix ans d’aventures rédactionnelles sur plusieurs sites de jeux vidéo, dont Musica Ludi qu’il fonde en 2011 avec plusieurs de ses camarades, il écrit désormais chez Third Editions. Il n’oublie pas sa passion pour la musique puisqu’il officie également en tant que compositeur et sound designer pour différents médias à l’image mais également ses propres albums.


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