R. E. S. P. E. C. T. : les sisters du son donnent de la voix

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R. E. S. P. E. C. T.

Sept lettres qui ont changé la face de la soul et contribué à l’évolution des mentalités. Quand en 1967 Aretha Franklin reprend « Respect », le morceau écrit deux ans plus tôt par Otis Redding, elle signe un manifeste féministe funky d’une puissance inégalée qui lui vaudra deux Grammy Awards et l’admiration de tous. Une chanson signature, et une affirmation de puissance vocale pour la Reine du R&B, une de celles qui ouvrirent la voie pour une nouvelle génération d’interprètes féminines. 

Aretha Franklin a largement contribué à l’évolution des mentalités au sujet de la condition des femmes par sa grande musique.

C’est la même fougue et le même talent que l’on retrouve dans “Superwoman” d’Alicia Keys en 2008 et dans « Run The World (Girls) » de Beyoncé en 2011. Le R&B et la soul ont changé de son pour devenir des musiques électroniques, mais au-delà des arrangements et des styles, c’est le même message, celui d’une affirmation identitaire féminine forte. 

Le rock a beau être une musique à réputation masculine, quand les Runaways balancent « Cherry Bomb » en 1976 ou quand Joan Jett fait hurler les décibels sur « Bad Reputation », il n’est plus question de sexe faible mais de femmes fortes, et de de morceaux devenus des références. 

La chanson de Chaka Khan “I’m Every Woman”, reprise en 1992 par Whitney Houston, est un exemple classique de soul moderne dont le message résonne encore aujourd’hui. Tout comme « No Scrubs » de TLC, la crème du R&B nineties. 

Version pop de ce « Girl Power » que chantèrent les Spice Girls, Madonna a depuis les années 1980 été l’icône d’un féminisme décomplexé, « Express Yourself » étant une de ses créations les plus emblématiques avec ses lyrics militants et sa rythmique élastique. 

Madonna est l’icône incontestée du féminisme décomplexée à travers ses clips et ses prestations scéniques.

Le disco a beau être considéré comme un genre musical marqué par l’hédonisme, il n’en est pas moins le véhicule idéal pour l’hymne anti-macho « I Will Survive » de Gloria Gaynor, récit d’une émancipation féminine sur un trépidant tempo. 

En 1985, « Sisters Are Doing It For Themselves » allie la brillance d’Annie Lennox à la puissance d’Aretha. Alliance des couleurs et des styles, entre rock de stade et soul suprême. Plus récemment, quand Lady Gaga a cartonné avec « Born This Way », c’est l’affirmation de la différence comme une force qui a transformé ce hit mondial en manifeste féministe. Et les exemples se multiplient à l’infini. « I’m Coming Out », chantait Diana Ross sur un instrumental disco soul fourni par Nile Rodgers et Bernard Edwards.  

La talentueuse Diana Ross n’a pas manqué l’occasion d’apporter sa pierre à l’édifice du grand manifeste féministe.

Clin d’œil à Aretha, le « Respect » d’Adeva, femme forte de la génération house music, montre que si 20 ans ont passé depuis la version originale de la Soul Sister Number One, le message n’a pas bougé. Le tempo s’est juste accéléré. 

En 2021, l’artiste en tête de classement sur le site de streaming Spotify est une femme : Taylor Swift, pop queen des années 2020, cumule 2,3 milliards d’écoutes. Et pas très loin derrière on trouve Ariana Grande, auteur du pop banger « God Is A Woman ». 

Alors oui, le 8 mars est la journée internationale des droits des femmes, mais ne l’oublions pas : c’est toute l’année que les sisters du son donnent de la voix. 

Olivier Cachin


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