Vinyle VS CD : le Compact Disc n’a pas dit son dernier mot

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Si le disque vinyle a repris sa place de support physique dominant le marché ces dernières années, l’avenir de la galette noire peut sembler incertain. En effet, lorsque l’on observe les récentes annonces de l’augmentation du prix du vinyle due à la pénurie de matières plastiques ou encore les délais de pressage allongés résultant des fermetures d’usines, certains labels indépendants commencent à revenir vers d’autres supports physiques. Aurait-on sonné le glas du CD ou de la cassette un peu trop tôt ?

Suite à l’annonce de l’augmentation du prix du vinyle et les délais de pressage de plus en plus importants, le retour du vinyle touche-t-il à sa fin ?

L’augmentation du prix du vinyle

Nous évoquions récemment la hausse du prix du vinyle suite à un accord passé entre Universal, Warner et Sony. La raison donnée par les majors était la crise des matières premières, notamment du polymère dont le coût évolue de manière croissante depuis 2015. Ajoutons à celà une demande qui ne cesse d’augmenter due à la popularité du support et une production en baisse suite aux fermetures temporaires des usines résultant de l’épidémie de Covid 19, et la répercussion en bout de chaîne avec un prix accru est incontournable. La Fédération Nationale des Labels Indépendants fait part de son inquiétude à travers des chiffres en hausse qui affectent particulièrement les labels et disquaires indépendants. Plus le nombre de disques pressés est faible, plus la marge est mince. L’impact sur les coûts se fait donc inévitablement ressentir. La Fédération Nationale des Labels Indépendants annonce une augmentation d’environ +30% pour 300 copies et +20% pour 1000 copies. Les labels indépendants vont donc devoir anticiper les ventes avec une énorme avance, ce qui est un pari financier parfois risqué, tout particulièrement dans un marché soumis à des délais de plus en plus importants. 

Avec la platine vinyle Elipson Chroma 400 RIAA BT, le premier fabricant français de platines vinyle associe le disque vinyle à la technologie de transmission sans fil Bluetooth.

Depuis le retour du vinyle, les délais de fabrication ont toujours fait partie de l’équation compte tenu du fait que peu d’usines proposaient ce service. Si quelques nouvelles usines ont ouvert leurs portes ces dernières années, la demande reste bien supérieure à la capacité de production, tout particulièrement dans le contexte actuel où la plupart d’entre-elles ont dû temporairement cesser de tourner. C’est par exemple le cas de Gotta Groove Records qui a dû suspendre sa production pendant six semaines en 2020. Certaines usines de vinyle annoncent un délai de fabrication allant de 6 à 8 mois, ce qui signifie qu’un album envoyé en pressage aujourd’hui ne serait pas disponible avant le printemps 2022. Par répercussion, le volume de commandes toujours plus important conduit également à un contrôle qualité parfois délaissé et à des erreurs aussi bien au niveau de la pochette, que de l’insert ou encore du disque en lui-même.

Le volume de commandes de plus en plus important peut avoir des répercussions sur le contrôle qualité des disques vinyles, comme c’est le cas ici avec le dernier album en date de l’artiste Billie Eilish.

C’est donc l’intégralité de la production de vinyles qui est impactée dans une industrie où les labels indépendants fonctionnent déjà à flux tendu. La Fédération Nationale des Labels Indépendants soulève cependant un point qui pourrait permettre d’aborder la situation sous un nouvel angle et éventuellement apporter une solution en déclarant que « cette crise nous invite une nouvelle fois à réfléchir sur notre secteur et son impact environnemental ». L’heure serait-elle venue de repenser le support et d’envisager des disques recyclés ou de nouvelles méthodes de fabrication plus économiques et écologiques ?

Le CD pourrait-il également connaître un renouveau ?

Alors que les grandes surfaces telles que Walmart et Best Buy aux États-Unis ont abandonné le CD, ce dernier n’a pas dit son dernier mot et pourrait bien retrouver les faveurs des labels indépendants. 

Avec l’augmentation des délais de production, de nombreux artistes et labels indépendants commencent à tourner le dos à la galette noire à cause des ralentissements de fabrication de cette dernière année. C’est ce que rapporte le site Pitchfork après avoir contacté plusieurs labels indépendants officiant dans des styles musicaux variés à ce sujet. Face à ces coûts et ces délais, certains choisissent donc de revenir vers d’autres formats, notamment les cassettes et les CD qui proposent des délais d’exécution plus courts, de l’ordre de quatre à six semaines. Interviewé par Pitchfork, le fondateur du label Moving Furniture Records basé à Amsterdam, a confié avoir récemment annulé quelques sorties vinyles prévues suite aux inquiétudes liées aux retards, optant plutôt pour la sortie en CD. 

CD au format digibook, boîte collector ou coffret en bois gravé au laser, les labels indépendants proposent de multiples formats spéciaux pour ravir les collectionneurs.

L’explosion de la demande de vinyles et le retour des majors ainsi que de la grande distribution vers ce support ont créé un climat difficile pour les disquaires, labels et artistes indépendants. Ce combat de David contre Goliath moderne pourrait donc forcer les petites structures à revenir vers un support plus abordable plutôt que d’augmenter leurs prix pour garder la tête hors de l’eau. Cependant, revenir vers le CD, au moins partiellement, n’est pas une démarche entièrement inimaginable. Si le vinyle a connu un renouveau spectaculaire ces dernières années, on ne donnait pourtant pas cher de celui-ci à la fin des années 90 et au début des années 2000. L’achat de disques vinyle était réservé aux DJs et aux collectionneurs, ainsi qu’à quelques distributeurs indépendants présents lors de concerts. Le fabricant Technics, créateur de la légendaire SL-1200, a même arrêté sa production de platines vinyle en 2010 pour la reprendre six ans plus tard avec l’arrivée de la Technics SL-1200G. 

La platine vinyle Technics SL-100 reprend la conception de l’emblématique Technics SL-1200 qui a fait la réputation de la marque à travers le monde.

Dans un marché où les fichiers audio Hi-Res se démocratisent, le retour de la galette noire est la preuve que le facteur nostalgique est un élément essentiel dans la popularité du support physique. Si le vinyle connaît aujourd’hui un tel intérêt, c’est avant tout pour la coloration du son, l’expérience qu’il offre et son côté tactile qui nous permet de prendre le temps de redécouvrir un album. Ce n’est donc pas pour la fidélité du support, tout particulièrement dans une industrie où la majorité des studios d’enregistrement sont passés au numérique.  

Après avoir été abandonné par certaines grandes enseignes, le CD pourrait-il connaître un retour en grâce suite à la trop grande popularité du vinyle ?

En effet, la vaste majorité des artistes enregistrent aujourd’hui intégralement en numérique. Les avantages découlant de l’utilisation de technologies numériques en studio sont pléthoriques, le coût d’enregistrement en tête de file. Pour un album entièrement produit en analogique, il faut prendre en compte le coût des bandes, le mixage en temps réel et le fait que les studios proposant ce type d’enregistrement sont de moins en moins nombreux. Les disques vinyle issus d’une production entièrement analogique sont donc devenus rares. Même si ces albums existent bel et bien, ils sont loin de constituer la majorité des galettes noires sorties ces dix dernières années. Bien entendu, certains ingénieurs du son associent technologies numériques et analogiques. Mentionnons également que la majorité des studios proposent deux types de mastering distincts pour un pressage sur CD ou sur vinyle. Voir le disque vinyle comme le maillon final d’une chaîne entièrement constituée de maillons analogiques est donc une idée souvent erronée, ce qui replace le CD/SACD dans la conversation. 

Compatible avec les SACD, le lecteur Blu-ray 4K Reavon UBR-X200 garantit une écoute d’une grande transparence et fourmillante de détails, notamment en mode Pure Audio.

À l’issue d’une session d’enregistrement entièrement conduite via un logiciel tel que Logic, Cubase, Pro Tools, etc. un master numérique est remis aux artistes. Ce master est souvent réalisé pour être proposé en tant que fichier numérique ou pressé sur CD. La livraison d’un master spécialement conçu pour le vinyle est décidée par un accord préalable entre l’ingénieur en charge du mastering et l’artiste. Pour qui recherche la fidélité avant tout, ce type de master sera reproduit de manière plus précise sur CD par rapport au vinyle qui aura tendance à colorer le son pour offrir le rendu chaleureux tant attendu. 

Doté d’un DAC AK4490 assurant un décodage précis des pistes audio numériques, le Marantz CD-6007 offre une écoute d’une grande fidélité.

Chez les audiophiles, le débat sur le support physique continue et les défenseurs du CD, SACD et Blu-ray audio ne comptent pas abandonner le disque optique de si tôt. Du lecteur d’entrée de gamme tel que le Tangent CDII au modèle haut de gamme McIntosh MCD600 en passant par des modèles de cœur de gamme comme le Marantz CD-6007 ou l’Atoll CD80 Signature, le lecteur CD est encore bien présent dans le monde de l’audio et il semble prématuré de vouloir l’enterrer. Que ce soit la démocratisation des formats Hi-Res pris en charge par les baladeurs audiophiles, les DAC audio USB ou les DAC audio portables, les fichiers en qualité CD proposés par les abonnements hi-fi des plateformes de streaming, ou encore les supports physiques tels que le CD, SACD, Blu-ray audio ou le disque vinyle, il est aujourd’hui possible de profiter de la musique de la manière qui correspond le plus à nos goûts et à nos habitudes d’écoute. La hausse du prix du vinyle et les difficultés causées par la pandémie de Covid 19 feront-elles pencher la balance vers un de ces formats ou le streaming verra-t-il ainsi son apogée définitive ? 


6 COMMENTAIRES

  1. Comment ça se fait que les Chinois ne fabriquent pas en masse du vinyle pas cher, comme pour le reste ? Une histoire de droits d’auteur ?
    Le disque de Billie Eilish, j’ai cru d’abord qu’il était en chocolat ! 🙂

    • Je dois reconnaitre que je me suis posé la même question pour le vinyle de Billie Eilish au premier coup d’œil. ^^
      Etonnamment, il me semble qu’il n’y a pas d’usine de pressage en Chine.

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