Le Rewind : Diana Ross présentée par Olivier Cachin

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La reine de la soul ? Aretha Franklin ne partage pas cet avis, mais Diana Ross, malgré une voix moins puissante que celle de l’interprète éternelle de « Respect », reste celle qui a su perdurer durant sept décennies, et dont le dernier album en date, Thank You, prouve que la mamie du R&B en a toujours sous le capot. Un Rewind avec Lady Diana ? Et comment ! C’est parti…

Tout commence avec les Supremes, le trio dont Diana Ross deviendra leader après un coup d’état sonique facilité par ses relations privilégiées avec Berry Gordy, patron du label Motown qui la met en pole position. Florence Ballard, la voix la plus puissante du trio de chanteuses, celle qui chanta sur 16 morceaux du groupe qui atteignirent le Top 40 américain (dont neuf numéros 1), quitta le trio peu après cet album sublime, dont le titre indique bien l’origine de sa création : Le trio Holland/Dozier/Holland est à la manœuvre, et les 12 morceaux du 33 tours sont tous écrits par le trio magique de l’âge d’or Motown. Un âge d’or qui va se conclure peu après sa sortie, car ce sera le dernier projet Motown sur lequel les trois auteurs travailleront. En effet, le trio entame une grève du zèle en protestation contre la politique de Gordy et quitte définitivement le label de Detroit fin 1967. 

Fun Fact : « You Keep Me Hangin’ On » est un des rares morceaux à avoir été numéro 1 des charts à deux reprises, par deux interprètes différent, les Supremes en 1967 et Kim Wilde en 1986. Neuf ans après la sortie de cet album qui marque l’apogée des Supremes, Florence Ballard meurt prématurément à l’âge de 32 ans, alcoolique et ruinée. Motown a alors entamé sa mue et quitté Detroit pour s’installer à Los Angeles, marquant ainsi la fin d’une ère. « It’s The Same Old Song », autre hit de ce disque magique, fut adapté en Français par Claude François qui en fit un hit hexagonal sous le titre « C’Est La Même Chanson ». 

Rewind Diana part 2, onze ans après. On est en 1978 et Diana Ross est propulsée en tête d’affiche d’un projet cinématographique étrange, le remake du Magicien D’Oz, avec un cast d’acteurs et actrices noirs. Problème : Alors que la vedette du film original était Judy Garland adolescente, Diana a 34 ans au moment de tourner le remake. Le scénario est donc modifié, et la jeune orpheline de 17 ans devient une institutrice d’un quartier populaire (le film fut tourné dans le quartier du Queens à New York). Aux côtés de la diva Motown, un jeune chanteur qui fait ses débuts sur le grand écran et a connu la gloire à l’âge de dix ans avec ses frères : Michael Jackson, dans le rôle de l’épouvantail. C’est durant le tournage que Michael fera la rencontre de celui qui deviendra son mentor/producteur pour les trois albums solo les plus importants de sa carrière, Off The Wall, Thriller et Bad, la trilogie immaculée qui cumula des ventes de plusieurs dizaines de millions d’exemplaires. 

Diana chante la majorité des chansons, Michael ayant un duo avec elle qui deviendra un petit hit, « Ease On Down The Road », produit comme le reste par Quincy assisté de Tom Bahler. La quasi-intégralité des morceaux est écrite par Charlie Smalls, avec quelques nouvelles chansons signés Quincy Jones et Ashford & Simpson. La future star de la soul Luther Vandross, qui vient de participer au Young Americans de David Bowie, écrit aussi quelques titres. Le film sera un échec commercial, le réalisateur Sidney Lumet n’ayant pas réussi à recréer la magie du film original. Le budget de 24 millions de dollars était pourtant, en 1978, le plus important jamais alloué à une comédie musicale, ce qui n’empêcha pas The Wiz de faire perdre une dizaine de millions aux producteurs, en l’occurrence Motown Productions et Universal Pictures. 

Rewind 3, et là c’est le retour aux affaires de la boss Ross. En effet Diana, en quête d’un son nouveau après le très convaincant The Boss sorti en 1979, va débaucher le duo Nile Rodgers/Bernard Edwards du groupe Chic, qu’elle a découvert et apprécié sur la piste de danse du Studio 54, la prestigieuse discothèque new-yorkaise. Le résultat faillit ne pas voir le jour, les divergences de vue entre Chic et Motown ayant résulté en de multiples crises et discussions, car la version sortie dans le commerce n’est pas celle qu’avait envisagé Nile Rodgers. Motown a préféré contourner Chic par peur du disco bashing qui avait commencé aux USA (On vit même un DJ radio inciter les spectateurs d’un match de base-ball à faire un autodafé avec des maxis disco lors de la « Disco Demolition Night » de juillet 1979, une scène visible sur YouTube qui fait froid dans le dos). 

La vitesse de certains morceaux est modifiée, la voix est mixée plus en avant, plusieurs passages instrumentaux sont raccourcis. Rodgers menace de retirer son nom du projet, mais c’est malgré tout la version de l’ingé son Motown Russ Terrana qui est diffusée, avec succès puisque plus de dix millions d’exemplaires seront vendus de ce disque raffiné comptant trois singles en or : « Upside Down », « I’m Coming Out » et « My Old Piano », autant de titres au funk sophistiqué merveilleusement interprétés par la diva soul au top de son game. En 2001, le Chic Mix est enfin inclus sur la réédition CD Deluxe

Blue en 2006, le quatrième Rewind, c’est une autre histoire. Enregistré fin 1971, cet album a attendu dans les caves 34 ans avant de voir le jour. Ces 16 titres aux effluves de jazz supervisés par Gil Askey, producteur et directeur musical, auraient dû sortir sur la lancée de Lady Sings The Blues, le vrai/faux biopic sur Billie Holiday dont Diana Ross était la tête d’affiche. Hélas, le film fit un flop, comme la plupart des longs-métrages produits par Motown durant les seventies, et Berry Gordy remisa l’album cool jazz par devers lui, préférant lui substituer Touch Me In The Morning en 1973. Un album plus pop mais où l’on retrouvait quand même un morceau de Blue, le très beau standard de Rodgers & Hart « Little Girl Blue ». 

Sur Blue, Diana s’attaque au classique que chanta Nina Simone, « I Loves Ya Porgy » de George & Ira Gershwin, et reprend le « Smile » de Charlie Chaplin, que chantera également Michael Jackson sur l’album HIStory. Un single sera extrait de Blue, « What A Diff’rence A Day Makes », et l’album permettra à Diana d’infiltrer les charts jazz, y grimpant à la seconde position. 

Rewind 5, Diana aujourd’hui. À 77 ans dont plus de 55 ans le show business, miss Ross allait-elle faire l’album de trop ? En 2022, est-elle une artiste dont on attend autre chose qu’un énième best of célébrant une carrière bien remplie ? Lady Di n’étant pas du genre à attendre une réponse à cette question rhétorique, voilà qu’elle enregistre un nouvel album studio au titre testament. Thank You, hélas, ne fit pas sortir la diva de sa réclusion médiatique. Malgré les supplications d’Universal, aucune promotion n’accompagna la sortie de ce disque inattendu. Zéro télé, presse ou radio pour soutenir un album qui l’aurait pourtant mérité. On est dès le premier titre, celui qui donne son nom à l’album, assez loin de la vibe Nile Rodgers. Produit comme la plupart des 13 chansons par Troy Miller, un musicien anglais qui travailla notamment avec Amy Winehouse et Laura Mvula, il offre un écrin assez classique à la diva, Troy y jouant de tous les instruments à l’exception des cuivres. Une autre équipe fournit du son, Triangle Park, avec un groove électronique comme sur « If The World Just Danced ». Un titre sort du lot et il est réalisé par Jack Antonoff, ce producteur fan des Sparks qui signa le son des récents albums de Taylor Swift et Lana Del Rey, avec le succès que l’on sait. C’est « I Still Believe », une balade nimbée de piano qui accélère soudain en une explosion disco rehaussée par la guitare d’Annie Clark et une section de cuivres à l’ancienne. Diana s’accommode à merveille de ce superbe instrumental, et on rêve à ce qu’aurait pu être Tonight si Antonoff en avait assuré l’intégralité de la direction artistique. Pour autant, le résultat est plus qu’honorable et on ne peut que saluer la performance de celle qui chanta pour la première fois sur disque en 1960 sur le single signé des Primettes, les futures Supremes, « Tears Of Sorrow ». Du doo wop sixties à la nu soul du 21ème siècle en 61 ans : Ross est définitivement la Soul Boss. 


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