Bob Dylan – Le Rewind

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Robert Allen Zimmerman ? Shabtai Zisel Ben Avraham ? Elston Gunnn ? Blind Boy Grunt ? Bob Landy ? Robert Milkwood Thomas ? Tedham Porterhouse ? Jack Frost ? Sergei Petrov ? Lucky Wilbury ? Zimmy ? Zim ? Ou tout simplement… Bob Dylan. Que l’on prenne son nom de naissance, son nom hébreu ou l’un de ses multiples alias, Dylan est au cœur du réacteur pop rock folk americana made in USA avec une discographie pléthorique, plutôt poétique, parfois insolite, toujours surprenante, souvent géniale. On attaque ce Rewind dylanesque avec 5 albums tirés de son panthéon personnel, celui de l’unique chanteur à avoir obtenu, en 2016, le prix Nobel de littérature. Go for Bob !

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Highway 61 Revisited (1965)

Le premier Rewind sonne comme une évidence puisqu’il est à juste titre considéré comme un des disques les plus importants dans l’histoire de la musique contemporaine du 20ème siècle, Highway 61 Revisited, sorti en 1965. Quatre mois se sont écoulés depuis Bringing It All Back Home, le coup de tonnerre électrique qui a braqué nombre de ses fans ne supportant pas qu’il oublie l’acoustique pour se lancer dans un son à haute teneur en décibels. Bye bye l’harmonica et la gratte sèche, bonjour un son du tonnerre, bientôt celui de la Rolling Thunder Revue, le nom de la légendaire tournée 1975/76, période Desire. On y reviendra.

Pour l’heure, ce « parfait inconnu », pour reprendre le nom du biopic de 2025 avec Timothée Chalamet dans le rôle du Zim, est en route vers la gloire. Dans le film de James Mangold, c’est la période de quatre ans précédant cette explosion qui est traitée. De janvier 1961 à juillet 1965, Dylan se transforme. Le gamin de Duluth qui débarque à New York en auto-stop avec sa casquette de marin, son jean, sa guitare et son attitude n’est plus ce barde qui anime le bar de Greenwich Village où il a fait ses classes, bohémien de luxe amené à devenir le représentant de la modernité folk. Un Parfait Inconnu est une pierre de plus dans la mythologie dylanienne pour grand écran. Il y eut deux documentaires remarquables de Martin Scorsese, No Direction Home en 2005 et Rolling Thunder Review : A Bob Dylan Story en 2019, et en troisième position The Last Waltz, documentaire de 1978 retraçant le fameux concert d’adieu du Band, le 25 novembre 1976 avec Bob au chant sur deux morceaux, « Forever Young » et « Baby Let Me Follow You Down ».

Album Highway 61 Revisited de Bob Dylan sorti en 1965.
Highway 61 Revisited forme le 6e album studio de Bob Dylan. Artiste prolifique, il succède de seulement quelques mois au projet Bringing It All Back Home et signe un véritable virage musical dans sa carrière.

En 1967, D.A. Pennebaker, un des plus fameux réalisateurs de documentaires musicaux (Ziggy Stardust sur le dernier concert de Bowie avec ses Spiders From Mars, Jimi Plays Monterey, 101 avec Depeche Mode, etc.), sort Don’t Look Back, consacré à la tournée de 1967 en Angleterre, juste avant que Bob ne quitte Joan Baez, qui apparaît dans le film. Rayon biopic inclassable, on avait eu droit en 2007 à I’m Not There, un film choral dans lequel Dylan est interprété par pas moins de cinq acteurs (Christian Bale, Richard Gere, Heath Ledger, Ben Whishaw et Marcus Carl Franklin) plus une actrice, Cate Blanchett, chacun jouant un personnage qui n’est pas vraiment Dylan mais une incarnation de sa personnalité à diverses périodes de sa carrière. Enfin, on citera le film des frères Cohen, Inside Llewyn Davis, une fiction mettant en scène dans le New York du début des sixties un musicien tendance loser incarné par Oscar Isaac.

Pour revenir à Highway 61 Revisited, rien d’étonnant à ce que ce LP soit devenu la pierre angulaire du folk rock : « Like A Rolling Stone » en ouverture de la face A offre 6 minutes d’anthologie, le premier banger de Bob qui lui collera à la peau comme « Satisfaction » pour les Rolling Stones et « My Generation » pour les Who. Lors d’une rétrospective Dylan à l’occasion de son nouveau disque, le magazine Best écrivait ceci en 1980 : « Encouragé par le succès du “Tambourine Man” des Byrds, Dylan s’autorise un vrai single. Ce sera “Like A Rolling Stone”, certainement la plus brillante, la plus authentique diatribe amoureuse que les sixties aient connu. La musique suit le rythme autant somptueux que houleux d’une vague, avec des guitares en écume sur les bords, un orgue liquide et une batterie solide en dessous. Dylan pose les questions et y répond dans un flot d’anathèmes et de récriminations qui ressemblent davantage à un sabordage qu’à un abordage. Mais Dieu que c’est beau, que c’est vrai, que c’est triste et que c’est fort ! ».

Blonde On Blonde (1966)

Rewind 2, on est désormais en 1966 et après ses deux albums de 1965, c’est un double vinyle que nous propose Dylan : Blonde On Blonde, septième album studio, sort le 20 juin 1966 et entre dans l’histoire comme le premier double album du rock. On notera que quelques semaines après sa sortie, Dylan sera victime d’un grave accident de la route avec sa moto, accident qui aura une grande influence sur l’évolution de son style musical, comme on pourra l’entendre dès John Wesley Harding en 1968. C’est à nouveau Bob Johnston qui est à la production, comme sur Highway 61 Revisited l’année précédente, et comme pour les cinq albums suivants (John Wesley Harding en 1968, Nashville Skyline en 1969, Self Portrait et New Morning en en 1970, Dylan en 1973).

La chanson qui frappe les esprits, c’est avant tout « Visions Of Johanna », étrange composition aux insaisissables lyrics. Le poète lauréat Andrew Motion considère ce morceau épique (7 minutes 30) comme la meilleure chanson jamais écrite (et il n’a pas ajouté « par Bob Dylan », on précise). Ce titre aurait été composé au Chelsea Hotel à New York pendant l’automne 1965. Le rock critique Greil Marcus a colporté une insistante rumeur comme quoi « Visions Of Johanna » aurait été conçu pendant la grande panne de courant du 9 novembre 1965. Une légende difficilement vérifiable, mais comme le disait le splendide western de John Ford L’Homme Qui Tua Liberty Valance, « Quand la légende est plus belle que la réalité, on imprime la légende ». Dont acte.

Bob Dylan avec des lunettes de soleil en 1966.
Bob Dylan n’a que 25 ans lorsqu’il sort son 7e album intitulé Blonde On Blonde. Il marque les esprits en proposant le premier double album de l’histoire du rock.

La première tentative d’enregistrement de « Visions Of Johanna » a lieu le 30 novembre 1965 aux studios CBS de New York. Le titre de travail est « Freeze Out », et les musiciens accompagnant Bob sont les Hawks, le premier nom du groupe mythique de Robbie Robertson, Garth Hudson, Levon Helm et Rick Danko, The Band. C’est John Hammond qui a effectué la connexion Dylan/Robertson, et elle durera longtemps.

Dylan interprète pour la première fois « Visions Of Johanna » en public à Berkeley le 4 décembre 1965. Joan Baez est dans la salle et pense que la chanson lui est adressée. Mais les dylanophiles, dont l’auteur Clinton Heylin, estiment que c’est plutôt à Allen Ginsberg, le pape de la contre-culture, à qui est adressée cette œuvre ambitieuse. 
Les enregistrements new-yorkais n’ayant pas satisfait Dylan, ce dernier va quitter la Grosse Pomme pour la capitale de la country, Nashville, où il va recruter quelques pointures locales dont les guitaristes Charlie McCoy et Wayne Moss. Al Kooper à l’orgue et Robbie Robertson à la guitare sont les seuls « survivants » des sessions new-yorkaises.

Quand sort l’album, les analyses textuelles ne manquent pas sur « I Want You ». Le journaliste du New Musical Express Andy Gill (à ne pas confondre avec son homonyme, le leader du groupe Gang Of Four) voyait dans le « dancing child » des paroles une référence à Brian Jones des Stones et sa compagne Anita Pallenberg. Une possibilité que vient soutenir la ligne « Time was on his side », comme une allusion au premier hit single américain des Rolling Stones en 1964, « Time Is On My Side ». Chanson d’amour, « I Want You » est un titre qui garde ses mystères : les paroles sont riches en métaphores étranges, avec des giclées de surréalisme qui n’ont pas empêché le succès du morceau, classé dans le Top 20 aux USA et en Angleterre.

Le 24 mai 1966, un mois avant la sortie de l’album, Dylan fête ses 25 ans et donne son premier concert à l’Olympia. Parmi les spectateurs qui viendront le voir en loge après sa performance, Françoise Hardy, la chanteuse Zouzou et notre Johnny Hallyday national. Plus tard dans la soirée, Bob soufflera les 25 bougies d’un énorme gâteau, sans enlever ses lunettes noires. Malgré son jeune âge, Dylan est une star, et il cultive déjà sa légende.

1966. Bob Dylan et l'album Blonde On Blonde
Cet album porte la signature blues rock propre à Bob Dylan.

Blood On The Tracks (1975)

Rewind 3, et on entre dans les seventies avec Blood On The Tracks, sorti en janvier 1975. Dylan a effectué une grosse tournée avec The Band en 1974, et sa vie amoureuse va se compliquer : il rencontre Ellen Bernstein, une employée de Columbia Records, marquant ainsi le début de la fin de son mariage avec Sara, qui sera l’héroïne de la chanson éponyme contenue dans l’album suivant, Desire. Pour l’heure, Bob vit le grand amour avec Ellen dans sa ferme du Minnesota. C’est là, loin de New York, qu’il composera les 10 morceaux de cet album produit par Phil Ramone.

Avant d’enregistrer ses chansons, Bob va les « tester » sur plusieurs de ses amis musiciens parmi lesquels David Crosby, Stephen Stills et Graham Nash (de Crosby, Stills & Nash). Après cette écoute privée, Stills n’est guère convaincu et lance à son ami Nash « C’est un bon songwriter, mais pas un musicien ». L’enregistrement est d’abord envisagé comme une expérience électrique, et Dylan reprend contact avec Mike Bloomfield, qui officia dix ans plus tôt sur Highway 61 Revisited. Bloomfield est invité en studio mais le courant ne passe plus entre les deux artistes, comme le guitariste s’en souviendra plus tard en interview : « Toutes les chansons sonnaient de la même façon, elles étaient toutes dans la même tonalité, elles étaient toutes très longues. C’était une des expériences les plus étranges de ma vie. Et Bob était un peu dégoûté que je ne le suive pas dans ses intentions ».

Extrait du Rewind Bob Dylan avec Olivier Cachin et Yves Bigot
Dans cet épisode consacré à Bob Dylan, Olivier Cachin et Yves Bigot échange sur la riche carrière de l’auteur-compositeur-interprète originaire du Minnesota.

Finalement, Blood On The Tracks aura une tout autre couleur : exit l’idée d’un grand groupe électrique pour accompagner les compositions de Bob, et c’est un disque aux arrangements acoustiques qui voit le jour sur le label Columbia, comme un retour au bercail après un bref passage chez Asylum Records pour les deux précédents albums, Planet Waves et Before The Flood. Un seul single sera extrait de l’album, le titre qui ouvre la face A, « Tangled Up In Blue », que Dylan aurait écrit après un weekend passé à écouter Blue, le disque de Joni Mitchell sorti en 1971. Le morceau fut repris par de nombreux artistes dont Joan Baez, Ani Difranco, T-Bone Burnett, les Indigo Girls, Robyn Hitchcock, KT Kunstall, Kim Larsen et Great White.

En 2002, le groupe Mary Lee’s Corvette a repris l’intégralité de Blood On The Tracks, soit les dix chansons dans l’ordre de l’album original. Jakob, le fils de Bob, a une vision personnelle de ce disque majeur : « Quand j’écoute Blood On The Tracks, ça raconte l’histoire de mes parents ».

Desire (1976)

Rewind 4, on reste dans les seventies avec Desire, un des classiques de la discographie dylanienne. C’est déjà le 17ème album studio, et il arrive en janvier 1976, un an presque jour pour jour après Blood On The Tracks. Le personnel est le même que celui de la mythique Rolling Thunder Review, avec deux femmes au programme, la violoniste Scarlet Rivera et la chanteuse EmmyLou Harris, ici reléguée au rang de choriste. Le texte écrit par Bob au verso de la jaquette est poétique et lyrique à la fois : « Par où commencer… Sur les traces de Rimbaud en mouvement telle une balle qui danse à travers les rues secrètes d’une nuit dans le New Jersey remplie de venin et de merveilles ».

L’ouverture de l’album est le récit quasi journalistique de l’affaire Rubin « Hurricane » Carter, un boxeur noir accusé d’un triple meurtre qui passera près de 20 ans en prison avant d’être déclaré innocent, les vrais tueurs n’ayant jamais été traduits en justice. Un tragique fait divers qui témoigne du racisme institutionnel d’une Amérique qui, en 1966, n’a pas encore intégré l’intégration et continue de réserver un traitement de défaveur aux Noirs qui ont le malheur de tomber entre les griffes de la justice.

Pochette vinyle de l'album Desire de Bob Dylan.
Mythique pochette de l’album Desire qui installe un peu plus Bob Dylan au sommet de la légende.

La chanson démarre comme un film audio dont Bob serait le metteur en scène et l’acteur principal : « Des coups de feu retentissent dans la nuit, voilà qu’entre Patty Valentine depuis le premier étage. Elle voit le barman dans une mare de sang et crie “Mon Dieu, ils les ont tous tués !” Voilà l’histoire de Hurricane, l’homme que les autorités ont voulu accuser de quelque chose qu’il n’a pas commis, qu’ils ont jeté en prison, mais fut un temps où il aurait pu devenir champion du monde ». Pendant 8 minutes 30, Dylan dissèque le dossier de cette triste affaire qui démarra le 17 juin 1966 à Paterson dans le New Jersey, quand deux hommes tuent le patron et un client du Lafayette Bar & Grill et blessent une cliente qui décèdera un mois plus tard de ses blessures. L’enquête bâclée et orientée envoie Hurricane en prison, où il passera près de 20 ans avant d’être innocenté définitivement en 1985. Avant son incarcération, Carter avait livré 40 combats dont 27 victoires, et, comme le dit la chanson, « aurait pu à un moment devenir champion du monde ». En 1999, Denzel Washington incarnera le boxeur dans le biopic Hurricane Carter, qui lui vaudra le Golden Globe du meilleur acteur.

C’est la biographie de Carter, qu’il avait envoyée à Dylan, qui inspirera le chanteur. La première version du morceau fut amendée afin d’éviter d’éventuels procès. Le 5 décembre 1975, quelques semaines avant la sortie de l’album, Dylan donne un concert dans la prison de Clinton, où Carter est incarcéré, et fait monter le boxeur déchu sur scène, où il s’adresse à la presse. Le magazine People sortira un gros article sur le sujet le 22 décembre, juste avant que Desire ne voie le jour.

Le reste de l’album est solide, avec en single « Mozambique », qui démarra comme un jeu entre Dylan et son ami Jacques Lévy qui voulaient trouver des rimes en « ique », au nombre de quatre dans la version finale (Cheek to cheek, Stop and speak, Final peek, Mozambique). Mais le morceau le plus puissant de ce disque important reste « Sara », titre autobiographique évoquant Sara Lownds, qu’il épousa en 1965. Sara lui donna quatre enfants, dont Jakob, qui deviendra lui aussi chanteur, et le couple divorça en 1977.

Selon Jacques Levy, coauteur de tout l’album sauf « Sara » et « One More Cup Of Coffee », quand Bob joua le titre pour Sara en 1975, alors que leur mariage touchait à sa fin, « C’était un moment extraordinaire. On aurait pu entendre les mouches voler. Elle a été estomaquée par la composition de la chanson ». Dans cette ode à celle qu’il qualifie de « Sweet virgin angel », Dylan évoque l’écriture d’une chanson de Blonde On Blonde, « Sad Eyed Lady Of The Lowlands », qu’il a écrite pour elle « pendant des jours entiers au Chelsea Hotel ».

Bob Dylan sur scène jouant de la guitare et de l'harmonica.
Musicien de talent, Bob Dylan s’est également forgé une solide réputation sur scène, devant son public.

Le troisième single tiré des sessions Desire est « Rita May », non inclus sur l’album et qui se retrouvera en face B de « Stuck Inside Of Mobile With The Memphis Blues Again ». Une chanson mineure certes, mais qui fut reprise trois ans plus tard, en 1979, par Jerry Lee Lewis.Il faut dire un mot sur « Joey », ouverture de la face B et plus long morceau de l’album. D’une durée de onze minutes, ce titre épique raconte l’histoire de « Crazy » Joe Gallo, un gangster fameux mort assassiné le jour de son anniversaire par un clan rival dans Little Italy le 7 avril 1972. Accusé de deux meurtres, ce bandit mafieux est pourtant mis en valeur dans le morceau, où le chanteur rappelle qu’il n’aimait pas les armes à feu et qu’il avait refusé de tuer des otages. Dylan le surnomme « King of the streets » et le compare à l’acteur James Cagney, fameux pour ses rôles de gangster (son meilleur, White Heat/L’Enfer Est À Lui, est un pur chef-d’œuvre) : « He dressed like Jimmy Cagney and I swear he did look great ».

« Joey » sera inclus dans la setlist de la tournée de 1987 avec le Grateful Dead et inclus sur l’album live Dylan And The Dead en 1989. Fun Fact : En 2009, Dylan déclare lors d’une interview que l’intégralité des paroles a été écrite par Jacques Lévy, contredisant ce que Lévy lui-même avait déclaré au journaliste gonzo Lester Bangs en 1975.

Rough And Rowdy Ways (2020)

Ultime Rewind avec ce qui restera sûrement comme un de ses projets les plus importants du 21ème siècle, Rough And Rowdy Ways, 39ème album studio sorti en 2020. Avec l’aide du guitariste Charlie Sexton, Dylan signe dix chansons et conclut ce double album vinyle sur un titre épique, « Murder Most Foul », qui revient en 17 minutes sur l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, l’évènement politique majeur des sixties en Amérique. Là encore, comme dans « Hurricane », Dylan se fait réalisateur d’un film pour aveugles, ouvrant cette chanson épique avec un prologue cinématographique : « C’était une sombre journée à Dallas novembre 1963, un jour dont on se souviendra comme d’une infamie. Le président Kennedy roulait en majesté, un beau jour pour vivre et un beau jour pour mourir ».

Dans cette chanson, on retrouve de multiples références culturelles et politiques : « I Want To Hold Your Hand » des Beatles, « Ferry Cross the Jersey » de Gerry & The Pacemakers, A Nightmare On Elm Street, double allusion à la rue dans laquelle JFK a été assassiné et au film de Wes Craven (Les Griffes De La Nuit en Français), Tommy le rock opéra des Who, « Dizzy Miss Lizzy » (repris par les Beatles), « Don’t Let Me Be Misunderstood » des Animals, « Nature Boy » par Nat King Cole, « St James Infirmary » de Louis Armstrong, Patsy Cline, John Lee Hooker, Marilyn Monroe et on en oublie… Un maelström de noms, un flashback sixties puissant comme un torrent évoquant une blessure américaine qui ne s’est jamais refermée.

Bob Dylan sur scène
Bob Dylan sur scène en 2020 avec son album Rough And Rowdy Ways.

Concluons ce bref tour de piste dylanien avec un extrait de son discours pour la remise du prix Nobel de littérature, traduit en 2015 par François Kahn pour le magazine Rock & Folk : « Je dis simplement que mes chansons divisaient les gens. Même ceux du milieu musical, et également ceux de la critique. J’ai eu les critiques sur le dos depuis le premier jour, comme s’ils m’avaient toujours réservé un traitement spécial. Certains des critiques musicaux disent que je ne sais pas chanter. Je croasse comme une grenouille. Mais pourquoi ne disent-ils pas la même chose sur Tom Waits ? Ils disent que ma voix est fichue, que je n’ai plus de voix. Pourquoi ne pas dire la même chose sur Leonard Cohen ? Pourquoi ce traitement à part pour moi ? 

Des critiques disent que je ne peux pas tenir une mélodie et que je parle plus que je ne chante. Ah bon ? Je n’ai jamais entendu la même chose concernant Lou Reed. Pourquoi a-t-il un joker ? Qu’est-ce que j’ai fait pour qu’on me balance ça ? Why me, Lord ? Ma voix n’a aucune étendue ? Quand a-t-on pu lire ça pour la dernière fois sur Dr. John ? Jamais. Et pourquoi donc ? Je baragouine, je n’ai pas de diction. Je me demande si ces critiques ont déjà entendu du Charley Patton, du Son House ou du Howlin’ Wolf. Parce que côté baragouinage sans diction… Pourquoi ne dit-on pas la même chose d’eux ? Why me, Lord ? 

Pour les critiques, je charcute mes mélodies et je rends mes chansons méconnaissables. Ah bon ? Je vais vous dire une chose : j’ai assisté il y a quelques années à un match entre Floyd Mayweather et un boxeur portoricain (Miguel Cotto, ndr). Pour l’hymne national portoricain, son interprète a fait un beau travail, sincère et émouvant. Après, ça a été le tour de notre hymne. On l’avait confié à une chanteuse soul très connue (Marsha Ambrosius, chanteuse anglaise et membre du duo Floetry, ndr). Elle a chanté toutes les notes de la mélodie, plus quelques autres qui n’y étaient pas. Ça, c’est charcuter une mélodie. Un mot d’une syllabe qu’on fait durer un quart d’heure ? Elle faisait de la gymnastique vocale comme si elle était une trapéziste. Je n’ai pas trouvé ça drôle. Et où étaient les critiques ? Des paroles charcutées ? Une mélodie charcutée ? Une chanson chérie charcutée ? Non, c’est à moi qu’on fait le reproche. Mais je ne crois pas qu’il soit fondé. Je crois seulement qu’il y a des critiques qui me le font. Alors qu’on avait dit à Sam Cooke qu’il avait une voix magnifique, il fit cette réponse : “C’est très gentil à vous, mais on ne devrait pas juger une voix sur sa beauté. Tout ce qui compte, c’est qu’elle vous donne la certitude de dire la vérité”. Pensez-y la prochaine fois que vous écouterez un chanteur ».

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