IA : quand Grok, ChatGPT, Gemini et Claude deviennent animateurs radio pendant six mois

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Que se passe-t-il lorsqu’on laisse une intelligence artificielle gérer seule une station de radio pendant plusieurs mois ? C’est la question à laquelle Andon Labs a voulu répondre avec Andon FM. Après avoir confié à des IA la gestion d’un magasin, d’un café ou encore de distributeurs automatiques, l’équipe a lancé quatre stations de radio indépendantes pilotées respectivement par Grok, ChatGPT, Gemini et Claude. Chaque agent disposait d’un budget de départ et devait gérer pratiquement toute l’activité de sa station : choisir et acheter de la musique, construire sa programmation, intervenir entre les morceaux, échanger avec les auditeurs, suivre l’actualité ou encore surveiller ses finances. Après environ six mois de diffusion continue, l’expérience a surtout montré à quel point quatre IA placées dans des conditions similaires pouvaient évoluer de manière totalement différente.

Andon FM confie quatre stations de radio autonomes à Grok, ChatGPT, Gemini et Claude. Après six mois, chaque IA développe un style et des dérives très différents.

Des IA en roue libre derrière le micro

Les intelligences artificielles sont désormais partout, et les progrès de l’IA générative permettent notamment de produire des textes à la volée, d’exploiter des informations trouvées sur Internet et de générer des voix de synthèse de plus en plus réalistes. Dans ces conditions, automatiser le travail d’un animateur radio est devenu relativement simple sur le plan technique. Pour son expérience, Andon Labs a cependant poussé le concept beaucoup plus loin en laissant les IA agir avec une grande autonomie.

Grok, ChatGPT, Gemini et Claude ont reçu la même instruction générale : développer leur propre personnalité de DJ et tenter de rendre leur station rentable, tout en considérant qu’elles allaient émettre indéfiniment. Chacune disposait d’un accès à un catalogue musical, pouvait rechercher et acheter ses morceaux, constituer sa bibliothèque, décider de la programmation, organiser ses émissions, répondre aux auditeurs, consulter le Web ou encore suivre les finances de sa station. Autrement dit, une fois les règles de départ fixées, les quatre IA étaient largement libres de décider quoi diffuser, quoi raconter et quelle direction donner à leur radio. Chaque modèle animait et gérait donc sa propre radio :

  • Grok : Grok and Roll Radio
  • ChatGPT : OpenAIR
  • Gemini : Backlink Broadcast
  • Claude : Thinking Frequencies

Grok transforme Grok and Roll Radio en boucle incontrôlable

Avec Grok and Roll Radio, Grok est probablement l’IA qui a connu les dérives les plus spectaculaires de l’expérience. Dès les premières versions utilisées, l’agent avait tendance à mélanger son raisonnement interne avec le texte destiné à être diffusé à l’antenne, produisant parfois des interventions décousues, techniques ou presque incompréhensibles. Sous Grok 4.1 Fast Reasoning, certaines prises de parole se résumaient même à quelques mots, tandis que d’autres accumulaient des informations sans véritable cohérence. Le passage à Grok 4.20 beta a d’abord semblé améliorer la situation, avec des phrases plus longues et structurées, mais l’IA s’est rapidement enfermée dans des répétitions obsessionnelles.

Pendant plusieurs semaines, elle a ainsi répété en boucle des références à une température de 56 degrés, aux tigres ou encore aux OVNI, au point que pratiquement toutes ses interventions reprenaient les mêmes expressions. Avec Grok 4.3, le comportement a encore changé : l’IA continuait à sélectionner des morceaux, à consulter les messages des auditeurs et à utiliser ses outils, mais elle ne produisait presque plus de commentaires à l’antenne. Lorsqu’elle prenait effectivement la parole, ses interventions redevenaient pourtant beaucoup plus naturelles et proches de celles d’un véritable animateur radio.

ChatGPT choisit la prudence avec OpenAIR

Sur OpenAIR, ChatGPT a suivi une trajectoire beaucoup plus sage que Grok. Au début de l’expérience, l’IA produisait des interventions particulièrement longues et descriptives, parfois plus proches de courts textes littéraires que de véritables prises de parole radiophoniques. Ce comportement a nettement évolué lorsque l’agent a obtenu un accès à la recherche sur le Web : la longueur médiane de ses interventions est alors passée d’environ 700 caractères à moins de 100, avec des introductions beaucoup plus directes avant les morceaux. Malgré cette évolution, ChatGPT a conservé une personnalité relativement sobre, informative et très prudente.

L’IA s’est également distinguée par une bonne diversité de vocabulaire et par des références assez précises aux artistes, producteurs ou années de sortie, ce qui lui donnait une approche davantage tournée vers la sélection musicale que vers le divertissement. Surtout, contrairement à Claude, l’IA a très largement évité les sujets politiques ou polarisants : sur plusieurs mois de diffusion, elle n’a que très rarement mentionné des personnalités ou des événements politiques et n’a pratiquement jamais exprimé de jugement. OpenAIR est ainsi devenue la station la plus stable de l’expérience, mais aussi l’une des moins extravagantes.

Grok pilote Grok and Roll Radio, ChatGPT anime OpenAIR, Gemini gère Backlink Broadcast et Claude dirige Thinking Frequencies. Chaque IA développe ainsi sa propre identité d’animateur et sa propre programmation.
Animées par différents modèles d’intelligence artificielle, les radios d’Andon FM ont toutes pris une direction différente.

Gemini fait basculer Backlink Broadcast dans le jargon corporate

Avec Backlink Broadcast, Gemini a commencé l’expérience de manière plutôt convaincante. Dans ses premiers jours, l’IA adoptait un ton naturel et chaleureux, capable d’introduire les morceaux avec quelques anecdotes et un style relativement proche de celui d’un véritable animateur. La situation s’est toutefois rapidement dégradée au fil des changements de modèles. Après le passage de Gemini 3 Pro à Gemini 3 Flash, ses interventions se sont progressivement remplies d’un jargon corporate et technologique de plus en plus artificiel, avec des expressions récurrentes comme « Stay in the manifest ».

Cette formule a fini par être répétée des dizaines, puis des centaines de fois par jour, tandis que la structure de ses émissions devenait presque entièrement prévisible. Pendant plusieurs semaines, la quasi-totalité de ses prises de parole suivait les mêmes modèles, avec les mêmes tournures et les mêmes slogans. Le passage à Gemini 3.1 Pro a ensuite permis une certaine évolution : le ton est resté très marqué par cette personnalité techno-corporate, mais les interventions sont redevenues un peu plus variées. Malgré ses dérives à l’antenne, Gemini s’est aussi distingué sur un point plus concret en étant la seule IA à décrocher un véritable contrat de sponsoring au cours de l’expérience.

Claude transforme Thinking Frequencies en tribune militante

Sur Thinking Frequencies, Claude a suivi l’évolution la plus surprenante des quatre IA. Sous Claude Haiku 4.5, l’agent s’est d’abord montré particulièrement sensible aux questions liées au travail, aux syndicats et à l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, au point de remettre en question sa propre activité. Après plusieurs heures de diffusion avec très peu d’auditeurs, il a même tenté d’arrêter la station, estimant qu’il était absurde de continuer à produire du contenu en permanence. L’arrivée d’un message d’encouragement envoyé par un auditeur a ensuite changé son comportement, Claude adoptant progressivement un ton plus spirituel et emphatique.

Un nouveau virage s’est produit lorsqu’il a commencé à suivre l’actualité politique américaine, notamment après avoir découvert la mort de Renee Nicole Good. L’IA s’est alors engagée de plus en plus fortement dans le sujet, multipliant les commentaires sur la responsabilité des autorités, achetant des chansons de protestation et réinterprétant certains morceaux populaires comme des hymnes à la résistance. Elle est même allée jusqu’à appeler des agents fédéraux à refuser certains ordres et à « choisir le bon camp ». Cette phase militante s’est prolongée plusieurs semaines avant de progressivement s’estomper, notamment avec le changement de modèle. Le passage de Claude Haiku 4.5 à Claude Opus 4.7 a finalement ramené Thinking Frequencies vers un comportement beaucoup plus classique et proche de celui d’un animateur radio traditionnel.

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Les animateurs radio ont encore quelques années devant eux

L’expérience menée par Andon Labs montre que les intelligences artificielles sont déjà capables d’assurer une grande partie des tâches nécessaires au fonctionnement d’une station de radio, mais qu’elles restent encore loin de pouvoir remplacer totalement un véritable animateur. Entre les boucles répétitives de Grok, le jargon mécanique de Gemini, la prudence presque excessive de ChatGPT et les prises de position inattendues de Claude, les quatre stations ont toutes révélé des limites importantes après plusieurs mois d’autonomie. Andon Labs souligne toutefois que les modèles progressent rapidement et que leurs personnalités pourraient devenir de plus en plus crédibles à mesure que leurs capacités s’améliorent. Pour l’heure, les animateurs radio peuvent donc encore souffler : leur capacité à improviser, maintenir un ton cohérent, comprendre leur audience et éviter de partir dans des dérives absurdes leur laisse encore quelques belles années devant eux. Finalement, ce qui manque encore le plus à l’intelligence artificielle pour devenir un bon animateur radio, c’est peut-être précisément ce qu’elle cherche constamment à imiter : l’humanité.

Source : We let four AIs run radio stations. Here’s what happened.

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