Interviews The Slow Listener

Interview : Pain Surprises & UTO (The Slow Listener)

 

UTO

Interview réalisée par Sophie Chrétien-Kimmel

Pain Surprises &  UTO étaient les invités de The Slow Listener pour une session d’écoute, entrecoupée de questions / réponses, à l’Eléphant Paname (Paris 2e). L’écoute a été réalisée avec un amplificateur Naim et des enceintes Focal Sopra n°2..

Interview réalisée par Sophie Chrétien-Krimmel (The Slow Listener)

Salut Etienne ! Alors pour commencer, présente-nous Pain Surprises. C’est un label mais pas que…

>> Etienne (Pain Surprises) : Salut ! Pain Surprises c’est avant tout une bande de copains. Pendant la 1ère année, on a commencé par organiser des fêtes il y a 6 ans environ. Le principe de ces fêtes était que tout pouvait arriver. Avant de venir, les gens ne savaient pas ce qu’il allait se passer : ni la line up, ni les activités. On insérait beaucoup de happenings, on créait des petits accidents pour que les gens se rencontrent autrement que sur la piste de danse, parce qu’on trouvait qu’il n’y avait pas assez de points de rencontres. Par exemple un soir on a éteint toutes les lumières et distribué 800 lampes frontales : c’était assez rigolo de voir plein de points lumineux s’animer sur le dancefloor ! Ou encore à 2h du mat’ on a coupé la musique, un rideau s’est ouvert et un sosie de Claude François est venu faire 20 minutes de tubes à fond.

Après s’être bien amusés, on a eu envie de produire de la musique avec des gens qu’on avait rencontré pendant les soirées, ou avec des copains. Ça fait maintenant 3 ans que la label existe et on a aujourd’hui 7 artistes : Jacques, Jabberwocky, Grand Soleil, Petit Prince, Futuro Pelo, UTO et Basile di Manski.

> On entend beaucoup parler de Basile en ce moment oui et notamment son incroyable soirée pour la Saint Valentin !

>> Etienne (Pain Surprises) : Oui ! Alors Basile joue de la musique pop, dans un délire un peu play-boy érotique. On avait déjà organisé pour sa release party un concert marathon pendant environ 10 heures, non stop, dans une chambre d’hôtel. Les fans pouvaient s’inscrire et venir par petits groupes de 4-5 écouter Basile jouer, en s’installant dans le lit, sur un canapé, ou même dans la baignoire ! Les fans peuvent profiter pleinement de la musique et de l’artiste, dans un moment privilégié. On a refait ça cette année pour la Saint Valentin et on prévoit même de faire une tournée des chambres d’hôtel.

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> En fait avec Pain Surprises, vous inventez de nouvelles expériences en cassant les codes préétablis ?

>> Etienne (Pain Surprises) : Oui complètement ! Sortir des disques c’est cool, mais ce qui est encore plus cool c’est d’essayer de réinventer le jeu. C’est en faisant des choses différentes qu’on parvient à intéresser les gens, à attirer leur attention. Et en plus pour nous c’est beaucoup plus sympa à organiser ! Quand on faisait des soirées, quand on sort des disques, l’idée est de surprendre avant tout.

C’est aussi pour ça qu’on ne signe que des artistes qui ont un univers bien à eux. Un artiste aura beau faire de la bonne musique, si derrière il n’a rien à dire tout le monde s’en fout. Donc on signe des artistes qui font de la bonne musique et ont un truc dans la tête, et nous on est là pour mettre les choses en place.

> Et alors pourquoi continuer à produire des albums, un format qui reste en réalité très “classique” ?

>> Emile (UTO) : En fait le label peut effectivement nous aider à le réinventer, mais à la base c’est à l’artiste de le décider et de créer ce nouveau format. En ce qui me concerne, je fais largement confiance à Etienne et Pain Surprises pour nous pousser à faire ce genre de truc !

>> Etienne (Pain Surprises) : Souvent les artistes ont envie de faire un album entier pour se lâcher dans leur musique, et finalement dans les 15 titres, un titre de 10 minutes par exemple aura plus sa place puisque la palette d’expression est plus large. Jacques par exemple, a fait un album live cette semaine. Le concept est simple : il a fait un concert d’une nuit en direct sur une webradio, et nous à la fin du concert, on a extrait 10 moments pour en faire un album live, mixé et masterisé le plus rapidement possible. C’est sorti mercredi 15 mars et tout a été fait en une grosse semaine : de la composition au marketing. Dans cet album il y a un titre de 25 minutes par exemple. En fait tout est relatif : on peut très bien faire un album de 12 titres tout en le rendant intéressant.

> Alors UTO et Pain Surprises, comment vous êtes-vous rencontrés ?

>> Emile (UTO) : On s’est rencontrés chez nous, là où on habite et on travaille avec Neysa, qui est en fait chez ma grand-mère.

La rencontre s’est faite par le biais d’un ami artiste dont le projet s’appelle “Isabelle” et qui a sorti un titre l’année dernière avec Pain Surprises. Il leur a fait écouter notre son dans je ne sais plus quel contexte puisque je n’étais pas là…

>> Neysa (UTO) : C’était en fin de semaine un vendredi soir, ils avaient très envie de rentrer chez eux mais il a insisté pour leur faire écouter nos sons !

>> Emile (UTO) : Le dimanche suivant, Elliott et Arnaud (les 2 autres fondateurs de Pain Surprises) sont venus à la maison pour en discuter. Les choses se sont faites assez naturellement, on est très vite devenus amis avec Etienne et Elliott, et ça nous a donné envie de travailler ensemble.

> Ça fait longtemps que vous faites de la musique ? Est-ce que c’est votre premier projet musical ?

>> Emile (UTO) : C’est pas mon premier projet puisque j’ai travaillé avec d’autres groupes auparavant notamment en live. Avec Neysa ça fait maintenant presque 2 ans qu’on fait de la musique ensemble. On a commencé avec 2 des morceaux de notre EP qu’on a beaucoup retravaillé cette dernière année.

> Pourquoi “UTO” ? D’où ça vient et qu’est-ce que ça signifie ?

>> Emile (UTO) : C’est un animal avec lequel on a passé pas mal de temps. J’en dirai pas plus ! Il était important pour nous.

>> Neysa (UTO) : Vous comprendrez en écoutant le 1er titre !

> Comment travaillez-vous : vous faites tout chez vous, de la composition à la production ?

>> Emile (UTO) : Oui ! Neysa écrit tous les textes en anglais et moi ensuite je commence à composer dans un premier temps autour de ces textes. Tout se fait à la maison puisque j’ai la chance d’avoir un petit coin home studio avec pas mal d’instruments. On fait tout ensemble et à vrai dire on peut pas tellement s’isoler puisqu’on habite ensemble et que le studio est au milieu du salon !

> Ce n’est pas “dur” de travailler en couple ?

>> Emile (UTO) : Non ! On arrive, la preuve : on a déjà réussi à faire plein de choses ensemble ! Ça a des avantages et des inconvénients, mais pour nous ça a plus d’avantages que d’inconvénients.

>> Neysa (UTO) : On fait ce qu’on veut quand on veut. Si l’un d’entre nous a une idée, on peut essayer des choses tout de suite. Ce rapport au présent et à la réalisation immédiate est un grand avantage selon moi.

>> Emile (UTO) : C’est vrai que quand tu prévois de faire de la musique, quand t’as réservé un studio et que tu dois composer avec ton groupe, tu as la contrainte de créer alors que tu n’as pas forcément l’inspiration à ce moment là. Alors que dans notre situation ça arrive qu’on se retrouve à 23h30, alors qu’on n’a pas réussi à télécharger notre film… On a 5 minutes devant nous et on en profite pour jouer un petit quelque chose, Neysa pose sa voix et parfois les 90% du morceau sont faits dans ces 5 minutes. Il reste encore du boulot certes, mais l’idée est là et elle est posée.

> Quel est le rôle du label dans une telle situation, est-ce que ce n’est pas “touchy” de manager un couple ?

>> Etienne (Pain Surprises) : Alors on n’est pas leur mère ! On a également un groupe constitué de 2 frères avec Petit Prince, et ce n’est pas simple non plus. Notre rôle est de faciliter les choses si ça ne se passe pas bien, faire en sorte que les choses avancent dans les meilleures conditions possibles.

>> Emile (UTO) : En vrai, avoir un label c’est une sacrée chance. Quand ça se passe bien ils deviennent des interlocuteurs privilégiés : c’est à eux qu’on fait écouter notre musique dès le début pour avoir des retours objectifs et constructifs. Au fur et à mesure une relation de confiance se crée et on travaille main dans la main jusqu’à la sortie des titres.

> Vous travaillez avec quel matériel ?

>> Emile (UTO) : Pour être précis, je travaille avec un synthé que j’utilise beaucoup. C’est un synthé Jupiter 8 de 1985, le tout premier que j’ai acheté. J’ai aussi des guitares, basses, une paire d’enceintes de monitoring. C’est moi qui joue de tous les instruments. Neysa de son côté écrit et chante.

>> Neysa (UTO) : Oui c’est ça ! Après ça peut m’arriver de me mettre au piano de temps en temps le soir, si Emile n’est pas là et que j’en ai vraiment besoin, mais en général il reprend le tout ! Sinon j’ai quelques instruments, à savoir une auto-harpe et une kora mais jusqu’à maintenant je n’ai pas eu l’occasion de les utiliser.

> Les textes sont très importants dans votre musique, quel sens ont-ils, est-ce que vous souhaitez faire passer une message ?

>> Emile (UTO) : Je vais laisser Neysa en parler puisque c’est elle qui écrit tout, mais avant j’aimerais juste préciser qu’en ce qui me concerne, avant je ne faisais pas forcément attention aux paroles surtout quand elles sont anglo-saxonnes. En rencontrant Neysa qui, elle, a une toute autre façon d’aborder les paroles, j’ai un peu changé ma façon d’écouter.

>> Neysa (UTO) : Ça dépend des chansons ! Il n’y a pas de message global, à vous de vous raconter votre histoire…

> Un album est en prévision après cet EP ?

>> Emile (UTO) : Oui carrément ! L’idée est en effet de faire un album, après je ne sais pas encore quelle forme il prendra….! Sans doute pas un format album “classique”. Mais pour l’instant on finit de préparer l’EP qui sortira en 2 parties : une première partie fin avril, et l’autre à la rentrée en septembre-octobre.

> Parlons de Futuro Pelo : vous les avez rencontrés à la même période ? Comment ça s’est passé ?

>> Etienne (Pain Surprises) : On a rencontré UTO un tout petit peu avant. Futuro Pelo c’est Benjamin Sportes, la moitié de Sporto Kantes. Il nous a écrit un mail comme on en reçoit beaucoup, avec quelques sons et en précisant qu’il venait de Sporto Kantes. J’écoutais ça dans la voiture avec mes parents quand j’étais petit donc ça m’a tout de suite interpellé. En plus son expérience nous a intéressé pour changer d’approche avec un artiste déjà averti. On l’a donc convié au studio pour en discuter et dès son arrivée, son look nous a carrément conquis. On s’est dit : ça va être marrant. Sa vision nous a plu, notre vision lui a plu donc on a eu envie d’essayer quelque chose ensemble.

> Et donc il avait déjà quelques titres prêts avec lui ?

>> Etienne : Futuro Pelo c’est un artiste qui compose tout le temps. Il ne s’arrête jamais. Ce qui est génial parce que du coup quand tu lui demandes des petits changements, tu peux être sûr qu’une heure après il a fait la modif. Il est donc arrivé avec plein de titres, presque trop. On a donc sélectionné des titres et on en a gardé de côté pour pouvoir sortir une deuxième vague rapidement.

> Comment travaille-t-il ?

>> Etienne (Pain Surprises) : Il travaille bien ! Il a un studio à lui et sa technique de production est tournée autour du sample. C’est un gros digger et il s’amuse avec son impressionnante collection de vinyles. Il passe son temps à créer des tableaux en assemblant des petits sons pris à droite à gauche, un peu comme si c’était du collage. Du coup ses titres sont assez courts, autour de 2-3 minutes, mais très “catchy” dès le début.

> D’où vient son nom Futuro Pelo ?

>> Etienne (Pain Surprises) : Ça veut dire “les cheveux du futur”. Et le mec est chauve. Donc je pense que ça s’explique assez facilement.

> Et ce personnage, Monsieur Bouche, qui est-il ?

>> Etienne (Pain Surprises) : Benjamin dessine beaucoup. Il a inventé ce personnage de Monsieur Bouche, un mec sans tête mais avec une grosse bouche. Quand il nous l’a montré on a trouvé super chouette et on lui a demandé de le mettre en scène pour accompagner ses aventures sur les pochettes, dans les clips… On va aussi bientôt sortir une BD qui raconte la vie de Benjamin à travers ce personnage. Même lui ça lui permet de se mettre en avant en racontant ses actus sur les réseaux sociaux à travers Monsieur Bouche.

> Peux-tu nous dire quelques mots sur son EP ?

>> Etienne (Pain Surprises) : Benjamin est un épicurien, c’est quelqu’un qui kiffe la vie avant tout. Cet EP c’est donc comme des vacances au soleil.

> Quels sont les projets de Pain Surprises à moyen ou long terme ?

>> Etienne (Pain Surprises) : À court terme, on fête notre anniversaire en avril à l’Aquarium de Paris, ça promet d’être cool. Ensuite on prévoit d’ouvrir un deuxième studio à la campagne pour permettre aux artistes de prendre du temps pour produire quand ils le souhaitent. Et enfin on va monter une boite de tour pour aussi accompagner nos artistes dans leurs tournées.

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La Rédaction

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