Test Blu-ray : Le chant du loup

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Par Bernard Achour

EN RÉSUMÉ

Quand on a su qu’on allait voir un «film de sous-marin français», l’honnêteté nous pousse à avouer qu’on n’y croyait pas trop. Hissons la franchise un cran plus loin: on s’attendait à une catastrophe. Aussi prodigieux soit-il, le cinéma hexagonal n’est, soyons gentiment ironiques, pas vraiment le plus réputé du monde pour orchestrer des scènes d’action épiques, maîtriser les effets spéciaux et dégoupiller l’artillerie lourde en matière de pyrotechnie. C’est du moins ce qu’on pensait avant d’assister àla toute première projection du «Chant du loup».Éliminons d’emblée l’unique chose qui nous chiffonne un peu. Deux des principaux acteurs du film, Reda Kateb et Omar Sy, capitaines des submersibles vedettes, ne semblent pas très à l’aise avec les dialogues hyper techniques que leurs personnages les amènent à prononcer. On jurerait qu’ils n’y comprennent rien, qu’ils font surtout attention à ne pas s’emmêler les pinceaux, et on a davantage l’impression de voir des funambules vaciller sur leur fil que des soldats d’élite maîtriser le colossal engin dont ils ont la charge. Par bonheur, ces quelques minutes de flottement ne sont qu’un point de détail. Car, on a presque oublié de vous le dire, «Le Chant du loup» est une réussite aussi éclatante qu’inattendue.

Le titre du film se réfère au jargon militaire, pour une fois poétique, désignant le son bien particulier émis à de très grandes profondeurs par lesonar d’un vaisseau, qu’il soit allié ou ennemi. Il se trouve que le héros de l’histoire est un spécialiste de la détection acoustique, sans doute la pièce maîtresse de l’équipage de tout sous-marin: surnommé «L’Oreille d’Or», coiffé d’écouteurs ultra sophistiqués capables de percevoir le moindre bruit circulant dans les abysses océaniques, il a pour mission non seulement de les capter, mais aussi et surtout de les interpréter. Une erreur de sa part, et c’est toute une stratégie qui s’écroule, entraînant dans son sillage des assauts mortels, voire, dans le pire des cas, le déclenchement d’une guerre nucléaire. Incarné par François Civil, peut-être le jeune acteurs français le plus intéressant, prometteur et versatile du moment, il constitue le pivot d’une intrigue, qui, pour ne pas en déflorer une teneur basée sur un suspense progressif et des rebondissements fulgurants, dont les enjeux font froid dans de le dos. Car oui, première surprise, le scénario du «Chant du loup» tient sacrément la route.

Mais là où ne s’attendait pas à applaudir des deux mains, c’est au niveau de la facture technique du résultat. Mise en scène pas loin de flirter avec le grandiose, décors soufflants d’ampleur et d’authenticité, effets spéciauxà la pointe de la perfection, travail sur le son absolument démentiel … On est ici à un niveau carrément hollywoodien. Et le plus dingue de l’affaire, c’est que le réalisateur Antonin Baudry, ancien diplomate surtout connu pour avoir écrit la géniale BD politique «Quai d’Orsay» dont Bertrand Tavernier tira une adaptation jouissive en 2013), orchestre ici son tout premier film! «J’ai découvert quelqu’un qui fait preuve d’un très haut niveau d’exigence, toujours à la recherche de compétences», raconte ainsi le producteur du «Chant du loup» Alain Attal. «Il m’a présenté un dossier en béton armé, où tous les plans du film étaient déjà dessinés. Il avait beau être un débutant, le cinéaste était déjà là.» À l’arrivée, vingt millions d’euros seront débloqués pour donner vie à ce projet unique en son genre. Et sur l’écran, chaque centime a été utilisé au maximum. Si le succès est au rendez-vous, ce qu’on espère de toutes nos forces, il n’est pas impossible que l’expression «cinéma français» change à jamais de signification.

AVIS TECHNIQUE

Comme évoqué ci-dessus, le spectacle s’adresse aussi bien au regard qu’àl’ouïe. Niveau image, on tutoie ici les sommets. Des plans larges en extérieurs aux coursives du submersible, sans oublier bien sûr les séquences purement sous-marines, la densité, la précision et la lisibilité relèvent de l’absolu. Mais c’est sur le territoire de l’acoustique que l’impactest le plus renversant : ambiances panoramiques, spatialisation omniprésente des effets, graves d’anthologie, contribution majeure des enceintes aériennes du Dolby Atmos… Vous avez dit «démo» ?

DU CÔTÉ DES BONUS

Là, en revanche, on est sérieusement frustré. Car si les interviews (un débat avec le réalisateur, François Civil et Reda Kateb, suivi par un entretien complice entre Mathieu Kassovitz et Omar Sy) ne manquent pas d’intérêt oral, le peu de place accordé au making-of (une brève featurette sur la mise en place des séquences de plongée) laisse un arrière-goût de trop peu difficile à admettre au regard de l’énorme logistique du projet et des effets spéciaux.

LE MOT DE LA FIN

À condition d’avaler la pilule de l’interactivité insuffisante, voilà un pur objet Home Cinéma, doublé d’un show audiovisuel de très haute volée.


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