Le Rewind : New Order présenté par Olivier Cachin

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Que peut faire un groupe qui perd son chanteur à l’instant précis où son futur s’annonce radieux, où le succès semble enfin à portée de main ? C’est ce qui est arrivé à Joy Division, dont le chanteur torturé Ian Curtis s’est suicidé quelques jours avant le départ pour une tournée aux USA. La réponse a été rapide : Bâtir une nouvelle légende sur les cendres encore fumantes du quatuor défunt. C’est donc un an après la tragédie que sort le single « Ceremony », suivi de près par l’album « Movement », qui marque le timide début d’une nouvelle ère pour Bernard Sumner (guitare, chant), Peter Hook (basse) et Steven Morris (drums), avec en pièce rajoutée la claviériste Gillian Gilbert, épouse du batteur avec qui elle formera plus tard le duo éphémère The Other Two. 

C’est le producteur historique de Joy Division, celui qui donna sa couleur unique aux albums « Unknown Pleasures » et « Closer », le visionnaire Martin Hannett, qui est aux manettes, mais plus pour longtemps. Après cet album d’introduction, New Order choisira de se séparer de son producteur jugé trop excentrique, trop irascible, rongé par l’excès de drogues dures. Les trois survivants de Joy Division se partagent les vocaux et n’incluent pas dans la version originale de l’album « Movement » le premier 45 tours signé New Order, « Ceremony/In A Lonely Place », qui sera rajouté ultérieurement sur les rééditions CD. 

Moins de deux ans après ce come-back réinventé, c’est l’album de la maturité avec « Power, Corruption And Lies », illustré par un tableau d’Henry Fantin-Latour, choisi par le designer Peter Saville parce que sa girlfriend lui en avait fait la suggestion après avoir découvert l’œuvre sur une carte postale. 27 ans plus tard, ce visuel sera choisi par la British Mail pour sa série de timbres-poste « Classic Album Covers ». Le son de NO a évolué, mais n’a pas complètement brûlé les ponts avec le passé : Ainsi « Age Of Consent » recycle-t-il les drums de « Love Will Tear Us Apart ». 

De « Your Silent Face » à « Ultraviolence », l’album taille un nouveau sillon, et le single « Blue Monday », qui lui non plus ne fut pas inclus sur la première édition de l’album, va devenir la chanson signature du groupe. Coproduit aux USA par le génie des consoles Arthur Baker, ce long morceau taillé pour les dancefloors tout en gardant son énergie rock est l’un des maxi 45 tours les plus vendus de l’histoire, avec sa pochette découpée qui reproduit l’aspect d’un « floppy disc », souvenir de l’âge de pierre digital. Un design audacieux… Et coûteux, qui rognera profondément les bénéfices du vinyle, allant même jusqu’à coûter au groupe si cher que selon certaines rumeurs, le groupe perdait de l’argent à chaque maxi 45 tours vendu.

« Low Life » en 1985 marque la première (et la dernière) apparition photographique du groupe sur une couverture. Le batteur Steven Morris est en recto, les trois autres dispatchés entre le verso et l’inner sleeve. « The Perfect Kiss » sort en single mais est également inclus sur l’album, une première. Bernard est désormais le chanteur et le leader incontesté de New Order, au grand dam de Peter Hook qui finira par quitter le groupe quelques années plus tard. Pour la première fois, les paroles d’un titre frisent le storytelling : « Love Vigilante » évoque un soldat revenu du Vietnam alors que sa femme a été informée de son décès. « Elegia » est un instrumental hommage à Ian Curtis et le single « Sub-Culture » est intensivement remixé par John Robie, qui travaillera aussi sur le single « Shellshock ». Selon le magazine britannique Uncut, « PC&L » est « le premier album de New Order qui sonne comme un véritable album »

Rewind numéro 4, « Technique ». Sorti en 1989 alors que l’Angleterre vient de découvrir la house, l’extasy et les raves, « Technique » est un disque qui assume pleinement son statut de dance album. « Technique » aurait dû être enregistré à Ibiza mais en arrivant sur l’ile, le groupe découvre un studio miteux, totalement inadapté aux ambitions sonores de New Order. Surtout, l’ambiance électrique et festive de la capitale de la dance européenne pousse les musiciens à sortir tous les soirs et à profiter des spécialités narcotiques et extatiques locales. Résultat : au bout de quatre mois de bamboche psychotrope, moins de 20% du projet est mis en boite. L’album sera finalement bouclé en Angleterre, à Bath, dans les studios Real World de Peter Gabriel, sans drogues. On notera que le single « Fine Time » a été écrit par Bernard Sumner après une nuit de débauche et de BPMs à l’Amnesia, un des plus gros clubs d’Ibiza. 

« So It Goes », dernière sélection de ce Rewind Ordre Nouveau, est un live étonnant, enregistré le 13 juillet 2017 durant le Manchester International Festival. Présenté par son instigateur Liam Gillick, comme « la déconstruction et la reconstruction de la musique de New Order, mais aussi une animation scénique qui s’accompagne d’une tentative de faire prendre conscience au public du mécanisme auquel il assiste », c’est une captation de concert assez exceptionnelle. New Order compte désormais cinq membres, auxquels s’ajoutent douze claviers placés dans des cubes lumineux. 

Une impressionnante scénographie, et un tracklisting qui mélange les singles (« Ultraviolence », « Sub-Culture », « Bizarre Love Triangle », mais pas « Blue Monday ») avec des morceaux moins connus (« Dream Attack », « Guilt Is A Useless Emotion », « Who’s Joe ») pour finir en rappel sur « Decades », souvenir funèbre du second album de Joy Division. Un live original et ambitieux, à l’image de ce groupe à nul autre pareil, bâti sur les ruines d’un combo culte et qui réussit à survivre en imposant une autre légende et un son nouveau. Le son du désordre et des rythmiques nouvelles de l’électro, le son de New Order. 

Olivier Cachin


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