Le Rewind : James Brown présenté par Olivier Cachin

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On ne devrait plus avoir à le présenter, mais on le fait quand même : James Brown, l’homme aux mille hits et aux dizaines de surnoms, le Godfather of Soul, le Minister of New New Super Heavy Funk, Mr. Dynamite ou encore Soul Brother N°1, né le 3 mai 1933 et mort le jour de Noël 2006 après cinq décennies au service de la musique.

Cet artisan du groove a vu sa carrière prendre un nouveau tournant avec un projet fou, celui d’un album enregistré live à l’Apollo, cette salle de Harlem New York devenue mythique. L’Histoire de la soul est marquée d’une pierre noire en ce 24 octobre 1962. C’est ce soir-là que James enregistre, à ses frais car Syd Nathan, le boss du label King Records, refuse de financer ce qu’il considère comme un projet inutile, un live au parfum de dynamite qui s’ouvre, comme c’est l’usage pour le Godfather, avec une présentation dramatisée à l’extrême du MC Fats Gonder, qui balance les titres des morceaux emblématiques de James comme s’il égrenait les victoires d’un boxeur s’apprêtant à monter sur le ring. Car c’est bien d’un combat dont il s’agit : James Brown boxe avec les mots, et ajoute à sa puissance vocale une présence scénique hallucinante, avec des pas de danse que l’on devine spectaculaires en entendant les hurlements de la foule. De « I’ll Go Crazy » à « Night Train », le son est compact, tout en puissance, avec un groupe aux ordres qui compte dans ses rangs le ténor sax St. Clair Pinckney et l’acolyte de toujours, le hype man Bobby Byrd. Après 66 semaines passées dans les charts Billboard, et des ruptures de stock dans plusieurs magasins de disques, Syd Nathan doit reconnaitre son erreur : James avait vu juste. En plus, certains DJs radio n’hésitent pas à diffuser l’album dans son intégralité. James a enregistré trois autres albums en live à l’Apollo, dont celui de 1968 qui est une pure merveille, mais c’est ce premier essai qui a notre préférence, tant il capture la sauvagerie quasi-rock & roll de son auteur. 

Paris, Olympia, le 8 mars 1971. James Brown, qui a congédié son précédent groupe pour haute trahison, donne un show impeccable avec les jeunes loups qu’il vient de recruter. Il est à noter que ce live est le seul témoignage d’un concert avec les JBs d’origine, dont faisaient partie le bassiste William « Bootsy » Collins et son frère, le guitariste Phelps « Catfish » Collins. La sortie du disque live, prévu pour 1972, est annulée suite à la désertion de plusieurs musiciens, dont Bootsy, partis rejoindre l’armée P-funk de George Clinton et de ses deux groupes, Parliament et Funkadelic. Une version tronquée finit par voir le jour en 1992, et il faudra attendre plus de vingt ans pour qu’existe un triple album vinyle proposant le concert dans son intégralité, avec les chansons dans l’ordre. Le menu de cette fête du funk ? Une tonne de hits, dont « Try Me », « Sex Machine », « Papa’s Got A Brand New Bag », « Soul Power » et bien d’autres. La rythmique, composée de John « Jabo » Starks à la batterie et de Bootsy à la basse, est la colonne vertébrale de ce groupe éphémère et puissant. Bootsy trouvera plus de liberté artistique en intégrant le clan Clinton, mais ce live historique autant qu’hystérique reste un des classiques de ce super heavy funk dont James Brown est le pourvoyeur number one. 

Rewind numéro 3, James est back dans les bacs en décembre 1973 avec « The Payback », son 37ème album. Peu de temps auparavant, James a signé la BO de « Black Caesar », un film de blacksploitation réalisé par Larry Cohen. Et ce « Payback » aurait dû être la BO du nouveau Larry Cohen, « Hell Up In Harlem », avec en vedette Fred Williamson. Sauf que le réalisateur va se trouver doublé par les producteurs du film, qui trouvent que les compositions de James sont « trop longues », et préfèrent signer un deal avec le label Motown, qui en profiteront pour donner le travail à Edwin Starr, vedette maison qui a interprété le hit antimilitariste « War ». Dans le commentaire audio du DVD, Larry Cohen expliquera que l’absence de James lui avait brisé le cœur, et qu’il le regrettait encore plusieurs décennies après. Les huit chansons du double album « The Payback » sont effectivement longues (la plus courte, « Forever Suffering », dure près de six minutes), mais quel panache ! La chanson titre, coécrite avec le batteur John « Jabo » Starks, est non seulement un classique, c’est aussi l’une des rythmiques les plus samplées du Boss. Certifié disque d’or, cet album est une immense réussite, avec le titre « Stone To The Bone », 10 minutes 14 au compteur, sorti en single découpé sur deux faces. 

À peine six mois après « The Payback », Jaaaaames frappe encore fort : « Hell ». L’enfer sur terre, encore un double album dont la pochette baroque est à elle seule une œuvre d’art à part entière. On découvre des influences latinos sur « Cold Blooded », et le roi du funk ralentit le tempo le temps de quelques balades, les très délicats « These Foolish Things (Remind Me Of You) » et « Sometime ». Il adapte également le « Stormy Monday » du bluesman T-Bone Walker et conclut son périple satanique avec une version king size de « Papa Don’t Take No Mess », 14 minutes de funk laid back occupant l’intégralité de la quatrième face. En mode divin, James se bat contre ses démons au verso de cette pochette iconique, mais les démons seront bien sûr vaincus. « Il est trop fort, on ne peut pas le stopper » dit l’un d’eux. « C’est parce qu’il est le Parrain », lui rétorque l’autre cornu. Mic drop. Un disque d’enfer, forcément d’enfer. 

Ultime Rewind, un des multiples come-backs de James qui tente de relancer sa carrière avec un 54ème album qui enrôle un crew venu de Brooklyn, Full Force. Ce collectif hip-hop s’est attiré les feux des projecteurs avec sa production de « Roxanne, Roxanne » pour UTFO mais aussi de « Naughty Girls » et « I Wanna Have Some Fun » pour Samantha Fox, la chanteuse blonde à forte poitrine craignant rarement les courants d’air. Le single « I’m Real » est symbolique pour James, puisqu’il scelle sa réconciliation symbolique avec le rap, qu’il avait critiqué sévèrement pour manque de respect financier occasionné par le sampling sauvage de ses compositions. « Full Force loves you, Godfather », chante le collectif sur « Tribute ». Et ça sonne sincère. Sur « Static », Full Force a rajouté un grésillement de disque vinyle usé, et en guise de clin d’œil au passé proche, Maceo Parker joue du saxophone sur trois chansons, dont « She Looks All Types Of Good ». Plus qu’une curiosité, I’m Real est un des premiers exemples de la fusion organique du funk avec les beats hip-hop, qui se conclut de façon magistrale par « Godfather Runnin’ The Joint (Full Force) », avec une human beat box sur un beat old school à la TR808 surplombé par les imprécations du Parrain. De quoi conclure en beauté ce Rewind Jaaaaames Brown.   

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