Le Rewind : Blue Öyster Cult présenté par Olivier Cachin

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Du bruit, de la fureur, une touche d’ésotérisme, des guitares hurlantes et 25 millions de disques vendus en 55 ans de carrière : Bienvenue dans le Rewind du Blue Öyster Cult, le groupe phare du heavy metal new-yorkais !

Et on démarre sur les chapeaux de roue avec leur second album, Tyranny And Mutation, qui comme son prédécesseur éponyme (et comme tous les albums à suivre) dévoile un logo entre le point d’interrogation et la croix. Enregistré fin 1972 dans les studios Columbia, ce disque brutal et violent dont fut tiré le single « Hot Rails To Hell » bénéficie de la contribution de la poétesse/chanteuse Patti Smith, à l’époque en couple avec le clavier Allen Lanier, sur le titre « Baby Ice Dog ». Elle fut un temps en lice pour devenir chanteuse du groupe et contribuera par la suite à plusieurs lyrics du Cult, dont ceux de « Debbie Denise », « Career Of Evil » et « The Revenge Of Vera Gemini ». 

Le son de l’album est lourd comme le plomb, teinté de mysticisme, très original par rapport aux autres groupes de hard de l’époque. « The Red And The Black », référence aux couleurs de la police montée canadienne, est une réécriture de « I’m On The Lamb But I Ain’t No Sheep », morceau du premier album. Plus sophistiqué dans son écriture, ce second album s’impose comme le premier classique du groupe, loué dans le magazine Rolling Stone par le fameux rock critique Lester Bangs. Figure clé du groupe : Le producteur Sandy Pearlman, qui cinq ans plus tard sera à la manœuvre pour le second album des Anglais de The Clash et qui façonne le son hanté de ce disque essentiel, seconde partie d’une trilogie qui va culminer avec le disque suivant.

Rewind BÖC part 2, Secret Treaties. La couverture montre un dessin des cinq musiciens posant devant un avion de chasse allemand, et le dernier morceau de la face A est « ME 262 », l’abréviation pour le Messerschmitt allemand devenu fameux durant la seconde guerre mondiale. 

Fun Fact : « Career Of Evil », le titre écrit par Patti Smith qui ouvre l’album, a été l’inspiration pour le roman du même nom sorti en 2015 par Robert Galbraith, pseudonyme de JK « Harry Potter » Rowling. Les paroles de la chanson étaient si sulfureuses qu’elles furent « adoucies » pour l’enregistrement de la version single, « I want your wife to be my baby tonight » devenant « I want your life to be mine, maybe tonight »

L’album se conclut avec « Astronomy », un des classiques du Cult qui se retrouvera sous une autre version en 1978 sur le live Some Enchanted Evenings, sur l’album studio Imaginos en 1988, sur Cult Classic en 1994 et sur le double live A Long Day’s Night en 2002. Elle fut également reprise par Metallica. Les paroles sont tirées d’un poème écrit par Sandy Pearlman, « The Soft Doctrines Of Imaginos », avec des références à l’étoile Sirius, et la vidéo de ce morceau culte (c’est le cas de le dire) bénéficia d’une intro parlée du maitre de l’horreur Stephen King, décrivant le titre comme « une histoire à lire le soir pour les enfants des damnés »

Rewind 3, Agents Of Fortune. Un album essential dans la discographie du Cult, car il contient leur morceau le plus populaire, réemployé dans un nombre incalculable de films d’horreur et de pubs diverses, « (Don’t Fear) The Reaper », chanté par Donald « Buck Dharma » Roeser. Une mauvaise interprétation de la ligne « Romeo and Juliet are together in eternity » fit penser que le morceau faisait l’apologie du murder/suicide, mais son auteur expliqua que le thème était l’Amour éternel. À la fin de l’enregistrement de ce hit immarcescible, l’ingénieur du son Shelly Yakus s’exclama : « Les mecs, on y est arrivé ! C’est le groove qu’on trouve une fois dans sa vie ! »

Le succès du single se chargea de rendre réelle cette prophétie auto-réalisatrice, mais ne doit pas occulter la brillance des neuf autres titres, avec une participation vocale de Patti Smith sur « The Revenge Of Vera Gemini » et un tonitruant « This Ain’t The Summer Of Love ». On notera que pour l’unique fois de leur carrière, les cinq membres du groupe ont au moins une chanson en lead vocals. Deux des morceaux de cet album plus calme et plus mélodique que ses prédécesseurs vont se retrouver sur le live de 1978, ce qui nous amène au Rewind 4… Some Enchanted Evenings ! 

Cet album live reste la vente la plus conséquente du groupe. Album prévu pour être un double vinyle, il va sortir en disque unique, à la demande pressante de Columbia Records. Deux reprises puissantes, « Kick Out The Jams » du MC5 et « We Gotta Get Out Of This Place », écrit par Barry Mann & Cynthia Weil et chanté en 1965 par The Animals, accompagnent les hits dont « Godzilla », au beat pachydermique, et l’incontournable « (Don’t Fear) The Reaper ». Avec deux millions de ventes, dont la moitié aux États-Unis, ce disque enregistré en concert à Atlanta, Columbus, Little Rock et Newcastle (Angleterre) est une vraie réussite, l’essence du Cult en concert. Il sera complété 29 ans plus tard par un DVD titré Some OTHER Enchanted Evenings, onze morceaux filmés dans le Maryland en 1978. 

Rewind 5, et on plonge quatre décennies plus tard avec The Symbol Remains, sorti en 2020. La composition du groupe a changé, exit Allen Lanier et les frères Joe & Albert Bouchard (ce dernier apparait néanmoins dans la vidéo de « That Was Me »), mais ce quinzième album studio, sorti 19 ans après son prédécesseur Curse Of The Hidden Mirror, prouve que BÖC a encore de beaux restes, avec notamment une chanson inspirée par HP Lovecraft, « The Alchemist », écrite par le nouveau guitariste Richie Castellano. 

Un comeback réussi, même si les temps ont changé : L’album est sorti sur un label indépendant, Frontier Records, et le covid a empêché le groupe de le défendre sur scène. Clin d’œil à l’actualité paranoïaque, « Edge Of The World » évoque la théorie du complot et les enlèvements d’humains par des extra-terrestres. Le son est toujours lourd, et les deux membres fondateurs Eric Bloom et Donald « Buck Dharma » Roeser n’ont pas à rougir de ce retour fort en décibels et en imagination. Le Culte de l’Huitre Bleue continue à irradier le rock US, et c’est tant mieux !


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