Les plus grands duos réalisateurs-compositeurs

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Spielberg et John Williams, Leone et Morricone… toute l’histoire du cinéma est jalonnée de collaborations légendaires entre des metteurs en scène et compositeurs devenus inséparables. Retrouvez ici une sélection des plus emblématiques duos réalisateurs-compositeurs.

La musique est un élément essentiel d’un film. Elle participe à l’identité générale d’une œuvre et fait même souvent partie intégrante de son succès. Alors que certains réalisateurs utilisent des morceaux de musique classique, de pop ou de rock déjà existants pour la bande son de leurs films, d’autres décident de faire appel à un compositeur. À travers l’histoire du cinéma, ces collaborations ont parfois donné naissance à des thèmes musicaux devenus cultes, aussi inoubliables que les films eux-mêmes.

Alfred Hitchcock & Bernard Herrmann

Janet Leigh dans Psychose (1960) – Copyright Universal Pictures

Bernard Herrmann a travaillé étroitement avec le Maître du suspense pendant une dizaine d’années, composant les bandes originales d’un bon nombre des plus grands films du réalisateur, notamment Mais qui a tué Harry ?, L’Homme qui en savait trop, Sueurs froides, La Mort aux trousses et, bien sûr, Psychose. Plus de soixante ans après sa sortie, les attaques de violon qui font culminer la tension lors de la fameuse scène de la douche restent gravées dans la mémoire des cinéphiles. Pourtant, au départ, Hitchcock ne voulait pas utiliser de musique pour cette scène. C’est Herrmann qui a décidé d’écrire une partition recourant uniquement à un ensemble de cordes, ce qui n’avait jamais été fait auparavant dans un film. Malheureusement, cette relation artistique brillante et tumultueuse entre les deux hommes s’est brusquement terminée en 1966 après un désaccord sur la partition du film Le rideau déchiré.

Sergio Leone & Ennio Morricone

Clint Eastwood dans Pour une poignée de dollars (1964).

Si Ennio Morricone a composé de nombreuses bandes originales, c’est avant tout son travail avec Sergio Leone qui marque les esprits car il a défini le son du western spaghetti. Les deux hommes ont grandi à proximité l’un de l’autre dans le quartier de Trastevere à Rome et étaient camarades de classe à l’école primaire. Après s’être perdus de vue, ils se retrouvent en 1964 lorsque Leone fait appel à Morricone, qui écrit alors pour la radio et la télévision, pour les besoins du film Pour une poignée de dollars. Le duo continue à travailler ensemble pendant 25 ans, jusqu’à la mort du réalisateur en 1989. La musique de Morricone avait un rôle très important dans le processus de réalisation des films de Leone. En effet, Morricone composait ses partitions avant le tournage, puis le réalisateur calait les mouvements de caméra sur les mélodies qui étaient jouées pendant le tournage.

Jacques Demy & Michel Legrand

Les Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy révolutionnera la comédie musicale française en 1964 (ici Catherine Deneuve). – Copyright Ciné Tamaris

Jacques Demy et Michel Legrand incarnent probablement le duo le plus emblématique du cinéma français. La longue collaboration entre les deux amis débute avec Lola, premier long-métrage de Demy et œuvre majeure de la Nouvelle Vague tourné dans la ville de Nantes. Ils vont alors révolutionner la comédie musicale française, notamment avec la suite de Lola, Les Parapluies de Cherbourg, en 1964. En effet, Legrand convainc le réalisateur d’en faire un film musical dans lequel tous les dialogues sont chantés par les protagonistes. Une idée novatrice qui lui vaudra quatre nominations aux Oscars de 1965.

Steven Spielberg & John Williams

Avec l’incontournable thème musical des Dents de la mer (1975), John Williams gagne son deuxième Oscar de la meilleure musique de film – Copyright Universal Pictures

L’un des binômes réalisateur-compositeur les plus emblématiques d’Hollywood est celui formé par Steven Spielberg et John Williams. En effet, Williams a composé la musique de pratiquement tous les films réalisés par Spielberg depuis Sugarland Express (1974). Leur collaboration a donné naissance à des bandes originales aussi extraordinaires et emblématiques que celles des Dents de la mer, d’E.T., l’extra-terrestre, de Jurassic Park, de La liste de Schindler et de Il faut sauver le soldat Ryan

Avec son travail pour Spielberg, Williams a reçu trois Oscars et deux Golden Globes pour la meilleure musique de film. Il est assez rare que l’œuvre d’un compositeur soit aussi connue que celle d’un réalisateur, mais Williams en est très certainement le meilleur exemple.

Tim Burton & Danny Elfman

Le film Edward aux mains d’argent (1990) marque la quatrième collaboration entre Danny Elfman et Tim Burton – Copyright 20th Century Fox

Autre duo emblématique d’Hollywood, Tim Burton et Danny Elfman ont marqué les esprits à travers de nombreuses collaborations. En associant leurs talents dès Pee-Wee Big Adventure, les deux hommes ont rapidement développé une authentique complicité. Ce n’est pas un hasard car le caractère fantaisiste et excentrique de la musique d’Elfman convient parfaitement aux visions à la fois sinistres et féériques du réalisateur. Depuis leur premier film ensemble, Danny Elfman a composé les bandes originales de Beetlejuice, Batman et Batman : Le Défi, Edward aux mains d’argent, L’Étrange Noël de monsieur Jack (réalisé par Henry Selick et produit par Tim Burton), Mars Attacks !, La Planète des singes, Les noces funèbres, Charlie et la Chocolaterie, Dark Shadows et même Dumbo en 2019. Une alliance qui s’avère donc pour le moins fructueuse.

Luc Besson & Éric Serra

Célébrée par la critique, la bande originale du film Le Grand Bleu (1988) a remporté une Victoire de la musique ainsi que le César de la meilleure musique écrite pour un film en 1989 – Copyright Gaumont

En 1979, Éric Serra fait la rencontre du jeune réalisateur Luc Besson qui, très impressionné par son talent musical, lui demande de composer la musique de son premier film, un court-métrage intitulé L’Avant dernier. Serra devient alors le compositeur attitré de Besson. L’artiste a en effet composé la musique de tous les films réalisés par Besson à ce jour, excepté Angel-A, Malavita et Valérian et la Cité des mille planètes

Le modus operandi du duo est plutôt simple : une fois le montage terminé, le réalisateur fait parvenir les scènes montées à Serra, avec des timecode pour le guider sur la durée des morceaux. Ensuite, le compositeur s’applique à traduire le souhait de Besson en musique, exprimant ainsi finement par ses mélodies les caractéristiques et les émotions des personnages.

Grâce à ses collaborations avec Luc Besson, Éric Serra décroche la Victoire de la meilleure musique de film en 1985 pour la bande originale de Subway, ainsi que le César de la meilleure musique de film pour Le Grand Bleu en 1989.

Christopher Nolan & Hans Zimmer

Pour la bande sonore de Interstellar (2014), Christopher Nolan a demandé à Hans Zimmer de composer une musique sans connaître l’intrigue du film – Copyright Warner Bros. Pictures

Christopher Nolan et Hans Zimmer composent le duo réalisateur-compositeur phare des super-productions des années 2010. Soutenus par les partitions musicales électro-symphoniques distinctives de Zimmer, les films labyrinthiques de Nolan suscitent souvent des discussions et des théories autour des thèmes et des scénarios. Des films tels que Inception et Dunkerque sont accompagnés de bandes originales marquées par une tension intense, égale à celle de l’action.

Lorsqu’il a demandé à Zimmer de réaliser la musique du film Interstellar, Nolan lui a transmis une seule page de dialogues et de notes qui racontaient l’histoire d’un père quittant son enfant pour aller travailler, sans aucune indication sur l’intrigue du film. Un pari réussi, car la bande originale épique imaginée par le compositeur retranscrit parfaitement la solennité de ce film de science-fiction. Fait étonnant (bien que Inception, Interstellar et Dunkirk aient tous été nominés), Zimmer n’a remporté qu’un seul Oscar à ce jour, pour Le Roi Lion en 1994.

Wes Anderson & Alexandre Desplat

Tony Revolori et Saoirse Ronan dans The Grand Budapest Hotel (2014) – Copyright Fox Searchlight

Connu pour ses plans symétriques et sa cinématographie riche en couleurs, Wes Anderson utilise fréquemment de la musique pop des années 1960 et 1970 dans les bandes sons de ses films. Ces chansons cohabitent souvent avec la musique du compositeur français Alexandre Desplat. En effet, certaines des œuvres les plus connues du réalisateur intègrent des compositions de Desplat. Il en est ainsi depuis Fantastic Mr. Fox (2009) et l’aventure s’est poursuivie avec Moonrise Kingdom (2012), The Grand Budapest Hotel (2014), L’Île aux chiens (2018) et The French Dispatch (2021). Les compositions fantaisistes aux accents multiculturels de Desplat sont particulièrement importantes dans les films d’Anderson. Et pour cause : ces derniers comportent assez peu de dialogues et se concentrent sur les décors et les mouvements des personnages, laissant une place décisive à la musique. 

The Grand Budapest Hotel, dont l’action se déroule principalement dans les années 1930, est le premier film du réalisateur à ne pas utiliser de musique pop, mais uniquement une musique originale écrite par Alexandre Desplat. Sa bande originale a été récompensée par l’Oscar et le BAFTA Award de la meilleure musique de film.

Si la mise en scène et la photographie sont les éléments les plus immédiatement reconnaissables d’un film, une musique qui donne le ton et l’ambiance est tout aussi importante. Les films et les bandes sonores les plus marquants sont souvent ceux créés par des réalisateurs et compositeurs parvenus à établir un lien créatif fort. De Sergio Leone et Ennio Morricone à Christopher Nolan et Hans Zimmer, Hollywood a bénéficié de nombreuses de ces splendides collaborations entre réalisateurs et compositeurs, qu’il serait trop long ici d’énumérer. Une histoire qui n’est pas prête de s’achever, pour le bonheur des cinéphiles comme des mélomanes.


1 COMMENTAIRE

  1. Mais vous avez oublié Peter Greenaway et Michael Nyman que diable ! The Draugntman’s Contract, Zoo, The Belly of an Architect, Prospero’s Books, Drowning by Numbers… où la musique répétitive sert de miroir aux obsessions du réalisateur, ses longs travelings, ses plans maladivement symétriques et son génie du cadrage.

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