Qobuz : La chronique musicale de Charlotte

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Qobuz décrypte les sorties du moment à ne pas louper. Rééditions, Qobuzissime ou nouveautés : tout y passe.

Copyright : Charlotte Adigéry & Bolis Pupul © Camille Vivier

Pas évident de s’y retrouver dans le flot de sorties d’albums, non ? Pas de problème, Qobuz s’en charge pour vous. Chaque semaine, notre rédaction épluche les plannings, (ré)écoute et sélectionne la quintessence des nouveautés et des rééditions, dans tous les genres, de l’obscur objet de désir aux icônes en passant par des premiers et seconds albums récompensés par notre fameux Qobuzissime. Février a laissé derrière lui quelques pépites qui illumineront sans doute le palmarès des meilleurs albums de 2022. Écoutons ça. 

Various Artists – Welcome to the Black Forest (The Sound of MPS)

Bienvenue dans l’épaisse Forêt-Noire, où MPS, le tout premier label de jazz allemand, a été fondé par le pianiste et ingénieur du son Hans Georg Brunner-Schwer (HGBS) en 1968. Éclectique, embrassant les courants majeurs du jazz, les conjuguant à la soul ou aux musiques du monde, toujours en alliant qualité et ambition grâce à l’exigence de son fondateur, MPS (pour “Musik Produktion Schwarzwald” ou “Most Perfect Sound”, au choix), a acquis une réputation internationale de label ultra-qualitatif au fil des années, lui permettant d’attirer les plus grands, d’Oscar Peterson à Bill Evans en passant par Ella Fitzgerald. “Je ne me suis jamais entendu comme ça auparavant”, s’étonnera d’ailleurs Peterson à l’écoute de l’enregistrement de son tout premier concert en Forêt-Noire par HGBS, avant même qu’il ne se décide à créer MPS et signer le pianiste canadien. L’histoire fera le reste et en 1982, avant que HGBS ne vende à Polygram, MPS comptera un épais catalogue de 500 sorties. Aujourd’hui, le label perpétue la tradition avec audace en signant China Moses ou encore Malakoff Kowalski. Compilation inédite disponible en Hi-Res 24 bits sur Qobuz, Welcome to the Black Forest (The Sound of MPS) concentre la quintessence de son esthétique, de ses premières années à ses récentes parutions, ainsi que les noms qui ont fait sa réputation, de Jim Hall à la légende de la clarinette Rolf Kühn ou encore la charismatique chanteuse de jazz Malia. Des moments de grâce que seul MPS sait capturer, même hors les murs, comme la reprise de Cream d’Ella Fitzgerald en live à San Francisco (Sunshine of Your Love, 1968), le contemplatif Feelings de Monty Alexander à son apogée à Montreux (1976), ou le jazz-rock de Whiplash en 7/4 du novateur Don Ellis et son big band à Hollywood. Un bijou.

Beach House – Once Twice Melody  

On pourrait craindre une certaine lassitude, mais non. Le duo formé par Victoria Legrand, nièce de Michel, et Alex Scally à Baltimore en 2004 continue de servir une dream pop romantique, toujours aussi intense et sans âge. Entièrement produit par leurs soins, Once Twice Melody a été livré en morceaux, comme une saga à suivre, de novembre 2021 à février 2022. D’abord Pink Funeral, puis New Romance, confiés à l’ingénieur du son Alan Moulder, aux manettes de 7, leur excellent dernier album, mais aussi de quantité d’albums de shoegaze, comme le Loveless de My Bloody Valentine, Nowhere de Ride ou Automatic des Jesus & Mary Chain, puis Masquerade et Modern Love Stories, soit quatre chapitres. Nappes de synthés, batterie électrique et voix pleines d’effets se mêlent à l’organique (guitare acoustique, ensemble de cordes et batterie) et habillent des contes pop d’abord sombres et fantastiques (“Once was a fairy tale (hurt our backs), then it all went to hell/Swans on a starry lake” surPink Funeral), puis pastel et sensibles (New Romance, Over and Over). Sans doute l’un des plus beaux disques de l’année. 

Qobuzissime : Charlotte Adigéry, Bolis Pupul – Topical Dancer 

Très attendu cette année, le long format de Charlotte Adigéry et Bolis Pupul sort enfin ce vendredi 4 mars. En 2016, les comparses travaillaient ensemble pour la première fois sur une bande originale, celle de Belgica, l’histoire de deux frères qui montent un club à Gand,que Felix Van Groeningen, connu pour placer la musique au centre de ses films (Alabama Monroe, La Merditude des choses), confiait naturellement aux frères gantois Dewaele – alias Soulwax ou 2ManyDJs – qui créèrent une dizaine de groupes pour l’occasion. Les boss du label Deewee ne s’y sont pas trompés. Cette collaboration va marquer le début d’une complicité prolixe en privé comme en studio, qui n’empêchera pas Adigéry de signer en solo Charlotte Adigéry (2017) et Zandoli (2019) avec le bombesque Paténipat, deux EP salués par la critique. Le tandem belge, qui partage des origines caribéennes, concrétise avec Topical Dancerun instantané de la façon dont nous voyons notre monde dans les années 2020, avec comme sujets l’appropriation culturelle, la misogynie, le racisme, la vanité des médias sociaux, le postcolonialisme et le politiquement correct”. Une sorte de dancefloor très actuel abordant des sujets persistants et épineux avec humour et décontraction, où l’on danse “conscient” sur des basses groovy façon N.E.R.D. (Ceci n’est pas un cliché), des synthés pop inquiétants (HAHA) et des beats obsédants (Blenda, It Hit Me). Citant Missy Elliott, Busta Rhymes ou, plus près de nous, Tierra Whack, Adigéry & Pupul choisissent eux aussi le rire pour parler sérieusement, chose un peu rare en musique, mais pas que. La palette émotionnelle est vaste et bien mélangée, les genres (R&B, new wave 80’s, électro…) aussi, et ça fait du bien. 


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