Qobuz : La chronique musicale de Charlotte – Peter Doherty, Lewis OfMan, Klaus Mäkelä

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Qobuz décrypte les sorties du moment à ne pas louper. Rééditions, Qobuzissime ou nouveautés : tout y passe.

Peter Doherty & Frédéric Lo – © Nicolas Despis

Pas évident de s’y retrouver dans le flot de sorties d’albums, non ? Pas de problème, Qobuz s’en charge pour vous. Chaque semaine, notre rédaction épluche les plannings, (ré)écoute, sélectionne la quintessence des nouveautés et des rééditions, dans tous les genres, de l’obscur objet de désir aux icônes, en passant par des premiers et seconds albums récompensés par notre fameux Qobuzissime. Mars frappe fort avec un paquet d’excellents albums. Ce serait bien difficile de tous les nommer alors attardons-nous sur trois confections de génie.

Peter Doherty and Frédéric Lo – The Fantasy Life Of Poetry & Crime (Hi-Res)

Après un album rock édulcoré plutôt mitigé aux côtés des Puta Madres en 2019, Peter Doherty revient trois ans plus tard, en tandem avec Frédéric Lo (Alain Chamfort, Alex Beaupain et bien d’autres). L’homme de l’ombre, ingénieur du son, auteur-compositeur-interprète, était d’abord venu le voir pour reprendre Inutile et hors d’usage, issue de son album Crèvecœur (2004) avec Daniel Darc, à qui il voulait dédier un disque hommage. L’inspiration de l’ex-Libertines et ex-Babyshambles, ayant élu domicile à Etretat, renaît littéralement lorsqu’il écoute ses autres compositions. “Il m’a joué une mélodie et ça m’a frappé immédiatement. Je me suis dit que ce morceau avait besoin de paroles et que je devrais les écrire. Les paroles n’arrêtaient pas de me venir. Je crois qu’en deux ou trois semaines, on avait bouclé l’album.” The Fantasy Life of Poetry & Crime, crédité des noms des deux artistes – selon le vœu de Doherty –, assemble 12 balades profondes et élégantes au piano et à la guitare, habilement traversées par des violons, de l’harmonica, des cuivres discrets et du glockenspiel. On retrouve le folk-rock à fleur de peau de son premier album solo, chanté du bout des lèvres (The Ballad of), mais capable de comptines plus turbulentes (You Can’t Keep It From Me Forever, Rock & Roll Alchemy), avec une recherche de l’épure au fil des chansons. D’abord très ornementé et lumineux, il se termine plus sobrement, avec un décorum déchargé, presque plus sombre, simplement dessiné à la guitare acoustique (The Glassbower, Abe Wassenstein) ou par des notes de piano (Far From the Madding Crowd). Comme si Doherty avait atteint son absolu. Magnifique.

Lewis OfMan – Sonic Poems (Hi-Res)

Le soleil revient, le son qui va avec aussi. Lewis Delhomme alias Lewis OfMan mais qu’on pourrait aussi appeler “Lewis Feelgood” tant le garçon nous fait écouter la vie en rose avec son électro addictive et philanthrope sort son premier long-format. A peine 23 ans au compteur, le Français qui a composé depuis sa chambre du domicile familial pour Rejjie Snow, travaillé pour la suissesse du moment Vendredi sur Mer, ou encore Fakear avait égrené les EPs et singles de lover kitch, Yo Bene (2017), Plein de Bisous (2018) ou encore Je pense à toi (2018), étalait déjà son amour pour les claviers et les BO italiennes romantiques des années 70. Celui qui a fait hypokhâgne, puis une école de cinéma, a commencé à bidouiller avec une application sur son Sony Ericsson puis sur GarageBand, s’est essayé deux ans à la batterie, avant d’acheter son premier Synthé et de décoller d’un coup sec. Bref, un vrai autodidacte multi-instrumentiste qui, prenant pour modèle Vladimir Cosma, Serge Gainsbourg ou encore Frank Ocean, cherche sa singularité en écoutant son cœur plus que son oreille, de manière instinctive et aléatoire lorsqu’il compose. Avec Sonic Poems, avec le frenchie prouve que son sens précoce de la mélodie vise juste. Ses seize poèmes électro-pop, tantôt gentiment mélancoliques, tantôt fiévreux, en anglais ou en français, qui rappellent parfois le génie insolent d’une Uffie (Misbehave), sont comme une ode à l’oisiveté, à l’hédonisme (Such a good Day,) et surtout à l’amour (Regarde moi, Love Parade). Ca s’écoute en boucle, se danse et se chante inlassablement.

Klaus Mäkelä, Oslo Philharmonic – Sibelius: Complete Symphonies (Hi-Res)

Quelle audace ! Le jeune prodige Klaus Mäkelä s’attaque avec audace à la complexe intégrale des sept Symphonies de Sibelius pour son premier disque chez Decca, qui n’avait pas signé de chef depuis Riccardo Chailly en 1978. A 26 ans, le Finlandais formé à l’Académie Sibelius d’Helsinki par le chef Jorma Panula, dont il a reçu les enseignements, comme ses compatriotes Esa-Pekka Salonen et Mikko Franck avant lui, a atteint la reconnaissance mondiale depuis quelques années déjà au point que tout le monde se l’arrache ; cette année, il prendra la direction dès septembre de l’Orchestre de Paris qui l’avait nommé conseiller musical en 2020. Ici, à la tête de l’Orchestre philharmonique d’Oslo -dont il est également le Chef principal et Conseiller artistique depuis 2019-, Mäkelä travaille en orfèvre sur les reliefs et les équilibres pour détailler la singularité de l’écriture orchestrale de Sibelius, sans jamais rentrer dans des contrastes abrupts ou vifs. Un travail de longue haleine de neuf mois durant lesquels il a répété avec la phalange norvégienne avant que le COVID n’interrompt les répétitions et ne transforme le projet en disque. “Nous avons joué, joué, joué et puis enregistré. La musique de Sibelius, comme celle de tout compositeur, est un langage qu’il faut apprendre et les circonstances dans lesquelles nous avons enregistré ont joué à notre avantage.” Une pièce maîtresse lumineuse et délicate qui s’ajoute à la discographie du compositeur mystique, sortant le jour du Printemps comme par hasard, et qui semble répondre à ses vœux. “Dehors, il neige, mais le printemps transparaît. La vie s’éveille. Cette vie que j’aime tant, sentiment dont tout ce que j’écris doit porter l’empreinte” écrivait Sibelius.

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