Un catalogue musical à 500 millions de dollars

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Mis à jour le 14 novembre 2022.

En 1971 Pink Floyd n'avait pas encore de catalogue à vendre, et l'entente entre les membres du groupe allait bon train. Les temps ont bien changé.
Pink Floyd (de gauche à droite Roger Waters, Nick Mason, David Gilmour et Richard Wright) au Japon en août 1971. © Koh Hasebe / Shinko Music / Getty Images

Après The Beatles, Bruce Springsteen, Bob Dylan ou encore Genesis, c’est au tour des Pink Floyd de rejoindre la longue liste d’artistes à vendre leur catalogue musical. Est-ce parce que les artistes arrivent dans leur retranchement créatif ? Ou y-a-t-il une raison plus pragmatique ?

Qu’est-ce qu’un catalogue ?

On entend par catalogue l’ensemble de la gestion des droits liés à un artiste ou un groupe de musique. Ces droits peuvent varier d’un répertoire à un autre mais selon certaines sources “outre les droits d’enregistrements, l’usage du nom, de l’image du groupe et les œuvres d’art des albums” seraient proposés pour les Pink Floyd. Ces catalogues se négocient en centaines de millions de dollars pour les artistes appelés “evergreen” par les gestionnaires de droits, parce qu’ils sont, depuis plus de quarante ans, toujours au top des écoutes. Les concerts de Roger Waters ou d’anciens membres des Pink Floyd se jouent à guichets fermés.

Si les affaires vont bon train, c’est parce que la finance est intéressée par les rendements réguliers de l’édition musicale. Les maisons de disques sont prêtes à dépenser des sommes colossales pour mettre la main sur ces catalogues juteux. Bien que les artistes laissent souvent leur maison de disque percevoir et gérer leurs royalties, cela n’empêche pas Roger Waters d’avoir son mot à dire.

La pochette de l'album des Pink Floyd The Dark Of The Moon fait partie du catalogue mis en vente.
“Je pense que le triangle, qui est un symbole de la pensée et de l’ambition, était très présent dans les paroles de Roger. Donc le triangle était une icône très utile à déployer et à utiliser dans le prisme. Désormais, le prisme appartient au Floyd.” Raconte le créateur de la pochette Storm Thorgerson. Quid du catalogue ?

Une raison fiscale ?

L’administration Biden a mis en place une hausse de l’imposition sur les revenus des royalties (droits d’auteur). En effet, les taxes de ce type de revenu seraient à hauteur de 37% dans un avenir très proche, montant pour le moment plafonné à 28%. Cette augmentation expliquerait l’explosion du nombre des ventes de catalogues, essentiellement par des artistes sur leur fin de vie ou sur le déclin – artistiquement parlant. Les sommes faramineuses engagées sont motivées par les plateformes de streaming qui se portent au mieux et dont les cotations boursières explosent tant leurs services sont sollicités. Warner Music, par exemple, s’est récemment endetté de 535 millions de dollars afin d’acquérir plusieurs catalogues (notamment celui de David Bowie) et labels.

À lire aussi : Vers une rémunération minimum des artistes pour la musique en streaming

Nous retrouvons donc sur le marché le catalogue de nombreux artistes qui sentent que c’est le bon moment pour vendre. Soit parce que leur carrière arrive à un tournant (ou simplement leur fin), soit parce que la tentation est forte de mettre la main sur un joli chèque. Enfin, il arrive qu’un groupe se sépare, il est alors plus facile de vendre un lot que des morceaux épars.

Le cas Roger Waters

Si Roger Waters n’était pas Roger Waters, le catalogue serait certainement déjà vendu tant les Pink Floyd sont des icônes incontestables de la musique rock. Mais voilà, le bassiste du groupe n’a pas la langue dans sa poche et son anticonformisme récurrent lui met des bâtons dans les roues. Et cela ne le dérange pas du tout. Intègre, il continue ses combats, “à œuvrer toute sa [ma] vie, au prix de certains sacrifices personnels, au service des droits humains”. L’élu de la ville polonaise à qui il s’adresse dans cette citation fait annuler ses dates de concert pour ses déclarations sur la guerre en Ukraine. Avant d’ajouter « Hey! Lukasz Wantuch! Leave our kids alone ! ».

Cela fait beaucoup pour les potentiels acheteurs du catalogue du groupe légendaire. Roger Waters avait ajouté lors de l’interview pour le magazine Rolling Stone qu’il se sentait menacé par un groupuscule d’extrême droite via un site web reconnu comme tel, et toujours actif à ce jour. Ses diverses déclarations sur la guerre arrivent après que les membres de Pink Floyd, David Gilmour et Nick Mason, ont publié au début de l’année une chanson surprise pour soutenir les efforts en faveur de l’Ukraine.

Roger Waters joue les trouble-fête pour la vente du catalogue des Pink Floyd en affichant ses convictions politiques.
Roger Waters, cofondateur de Pink Floyd, lance un appel à la Première dame d’Ukraine, Olena Zelenska, pour qu’elle persuade son mari de mettre fin à la guerre – © Shutterstock

Mais la véritable raison de cette impossible vente est surtout due aux altercations entre David Gilmour et Roger Waters et aux lois quelque peu différentes entre l’Angleterre (dont le guitariste et le claviériste sont ressortissants) et les USA (d’où vient le célèbre bassiste). Le cours de la Livre, au plus bas de son histoire récente, renforce les altercations entre les membres du groupe. Si les décalages légaux et la querelle interne qui en découle sont le cœur du problème, il n’en reste pas moins que les propos de Roger finissent de dissuader certains potentiels acheteurs. On peut comprendre leur dépit puisqu’ils avaient déjà fait appel à des médiateurs afin d’apaiser les tensions entre les membres du groupe et parvenir à une vente.

Après être entré en communication avec les enchérisseurs, le Financial Times confirme que les acheteurs sont néanmoins volontaires quant au rachat du catalogue des Pink Floyd. Des albums comme The Dark Side of the Moon, The Wall, ou Wish You Were Here représentent une manne financière énorme et ne peut qu’aboutir à la vente. Forcément dépréciée par les propos houleux du bassiste.

Money !

C’est assez cocasse de se retrouver dans une telle situation pour le groupe qui a chanté et composé le titre Money dont les paroles contiennent “L’argent, partagez-le équitablement, mais ne touche pas à ma part du gâteau”. On espère que ces “Relics” de la musique rock psychédélique perdront ce “Momentary Lapse of Reason” (défaillance momentanée de la raison) et que le groupe traversera “The Wall” qui se dresse face à eux.


1 COMMENTAIRE

  1. Les investisseurs cherchent à protéger leur capital de l’inflation annoncée pour la période à venir. C’est pour ça qu’ils vont vers des catalogues considérés comme des valeurs sûres et dont les revenus peuvent suivre l’inflation. Les artistes, eux, préféraient jusque là toucher des royalties plutôt qu’un capital qui ne pouvait pas générer beaucoup de revenus du fait de la faiblesse des taux d’intérêt. Ce dernier point étant en train d’évoluer, les artistes (conseillés par leurs gestionnaires et managers) font volte-face.
    Les investisseurs étant d’éternels vautours, ils essaient de négocier à la baisse le prix des catalogues en prétextant les divergences entre les membres d’un groupe ou des propos individuels politiquement incorrects. Mais en réalité ces polémiques font plutôt vendre les albums que l’inverse, alors j’espère que Roger Waters ne se laissera pas faire !

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