À l’heure où l’industrie automobile apprend progressivement à rouler en silence, Aston Martin semble avoir décidé de tourner le bouton de volume dans l’autre sens. Dévoilée à l’occasion de la Monterey Car Week 2026, la nouvelle Aston Martin Valen ne se contente pas du moteur le plus puissant jamais installé à l’avant d’une Aston Martin. Elle transforme son échappement en véritable instrument de musique, avec des sorties spécifiquement accordées comme les tuyaux d’un orgue. Une manière particulièrement spectaculaire de rappeler que le moteur thermique peut encore procurer des émotions qu’aucune fiche technique ne peut réellement quantifier.
Un V12 de 850 ch comme point de départ
Sous l’immense capot avant prend place une nouvelle évolution du célèbre V12 de 5,2 litres biturbo Aston Martin. Celui-ci développe désormais 850 ch et 1 000 Nm de couple, disponibles dès 2 500 tr/min. Toute cette énergie est transmise aux seules roues arrière par l’intermédiaire d’une boîte automatique ZF à huit rapports bénéficiant de stratégies de passage de vitesses dérivées de la Vantage GT4 de compétition.
La Valen réalise ainsi le 0 à 96 km/h, en seulement 3 secondes, tandis que sa vitesse maximale est limitée électroniquement à 344 km/h. Des chiffres impressionnants, mais qui ne constituent paradoxalement pas l’aspect le plus intéressant de la voiture. Des véhicules électriques peuvent aujourd’hui accélérer encore plus brutalement. Aston Martin cherche donc ailleurs ce qui peut rendre une automobile véritablement spectaculaire : les sensations, la mécanique et surtout le son. Et sur ce dernier point, la marque britannique n’a manifestement pas souhaité faire preuve de retenue.

Un échappement conçu comme un instrument de musique
La partie arrière de l’Aston Martin Valen est dominée par un spectaculaire échappement en titane à quatre sorties développé exclusivement pour le modèle. Deux sorties prennent place traditionnellement dans la partie inférieure du diffuseur tandis que deux autres sont installées beaucoup plus haut, directement au centre de la poupe. Les deux échappements supérieurs restent constamment ouverts, tandis que les sorties inférieures sont équipées de clapets dont l’ouverture varie en fonction du mode de conduite. Les embouts sont réalisés en titane grâce à l’impression 3D, permettant de combiner faible masse, formes complexes et résistance aux températures particulièrement élevées.
Aston Martin explique avoir spécifiquement dimensionné les deux sorties supérieures à la manière des tuyaux d’un orgue. À l’image de cet instrument, la longueur et la géométrie du conduit influencent directement les fréquences mises en avant. L’objectif consiste ici à créer des phénomènes de résonance lorsque le V12 grimpe dans les tours afin de renforcer certaines harmoniques et d’accroître progressivement la présence sonore. La Valen ressemble ainsi à un véritable orgue roulant dont le moteur fait office de soufflerie.

Une montée en régime travaillée comme un crescendo
Aston Martin a travaillé la réponse acoustique de l’ensemble en réduisant certaines fréquences graves tout en augmentant la présence des fréquences plus élevées. Le constructeur cherche ainsi à faire évoluer la sonorité avec le régime moteur plutôt qu’à produire un grondement uniforme.
À bas régime, le V12 conserve la profondeur et le poids sonore attendus d’une mécanique de cette cylindrée. Mais à mesure que l’aiguille grimpe, les harmoniques supérieures deviennent progressivement plus présentes. Les dimensions de l’échappement ont été optimisées afin que cette évolution aboutisse à ce qu’Aston Martin décrit comme un véritable crescendo.
Selon les informations communiquées autour du modèle, la Valen serait ainsi environ 50 % plus sonore que la Vanquish dont elle s’inspire. La décélération a également fait l’objet d’un travail spécifique afin de renforcer le grondement et les résonances lorsque le conducteur relâche l’accélérateur. À une époque où de nombreuses voitures utilisent les haut-parleurs de l’habitacle pour recréer artificiellement une signature sonore, Aston Martin adopte ici une démarche presque opposée : l’acoustique est créée mécaniquement, par les pulsations du V12, la circulation des gaz, les résonances des conduits et l’ouverture des différents clapets. Le système audio le plus spectaculaire de la Valen se trouve donc probablement derrière son pare-chocs.

110 kg de moins pour mieux laisser s’exprimer le V12
La Valen ne se limite évidemment pas à son échappement. Aston Martin a également profondément retravaillé la plateforme de la Vanquish afin de réduire sa masse de 110 kg. Fibre de carbone, aluminium, magnésium et titane sont employés à grande échelle. Les jantes de 21 pouces sont notamment réalisées en magnésium afin de diminuer les masses non suspendues. Un pack d’allègement optionnel va encore plus loin grâce à des bras et porte-moyeux de suspension usinés dans la masse ainsi qu’à des fixations de châssis en titane. À lui seul, cet ensemble permet de retirer 16,9 kg supplémentaires.
La Valen reçoit également des amortisseurs semi-actifs Bilstein DTX, des freins carbone-céramique de 410 mm à l’avant et 360 mm à l’arrière ainsi que des pneumatiques Pirelli spécialement développés. Ces derniers intègrent la technologie Cyber Tyre permettant de transmettre directement à la voiture des informations concernant leur fonctionnement afin d’adapter en temps réel l’ABS, l’ESP et le contrôle de traction. Les modes Sport, Sport+ et Track interviennent quant à eux sur la réponse de l’accélérateur, les aides électroniques et le comportement général de la voiture. En mode Track, Aston Martin adopte notamment une course d’accélérateur plus progressive afin d’offrir une plus grande précision lorsque le conducteur exploite les limites d’adhérence.

Une Aston Martin volontairement plus agressive
Cette recherche de sensations se traduit également par une carrosserie nettement plus démonstrative que celle de la très élégante Vanquish. La Valen conserve le principe traditionnel du long capot associé à un habitacle repoussé vers l’arrière, mais adopte des lignes beaucoup plus anguleuses. La carrosserie est entièrement réalisée en fibre de carbone. L’avant reçoit un immense splitter, des projecteurs extrêmement fins et de nombreuses ouvertures destinées à guider ou extraire l’air. Des générateurs de vortex prennent place au niveau des bas de caisse afin de contrôler le flux sous la voiture et de produire de l’appui sans recourir à un gigantesque aileron arrière.
L’arrière est encore plus spectaculaire. Aston Martin a tout simplement supprimé la lunette traditionnelle. Celle-ci est remplacée par un grand hayon opaque intégrant une fonction aérodynamique, obligeant le conducteur à utiliser un rétroviseur numérique alimenté par des caméras. Malgré cette transformation radicale, la Valen conserve un coffre de 170 litres et peut même recevoir une bagagerie spécifiquement dessinée pour elle. Une protection est prévue afin d’éviter d’endommager la peinture lors du chargement à proximité des échappements supérieurs particulièrement chauds.

Une supercar créée pour provoquer des émotions
Avec la Valen, Aston Martin ne cherche finalement pas à remporter la guerre des chiffres. Une hypercar électrique pourra accélérer plus rapidement et une voiture de compétition sera nécessairement plus efficace sur circuit. Le constructeur britannique préfère exploiter quelque chose de beaucoup plus difficile à reproduire : la dramaturgie mécanique avec les vibrations d’un V12, la montée en régime, les changements de rapport, le grondement à la décélération et désormais ces quatre échappements dont deux sont réellement accordés pour fonctionner comme des résonateurs acoustiques.

La Valen devient ainsi presque autant un instrument de musique qu’une automobile. Un instrument très particulier, certes, capable de développer 850 ch et de dépasser les 340 km/h, mais dont l’une des principales fonctions consiste finalement à transformer de l’essence en décibels. Cette extravagance restera particulièrement rare. Aston Martin prévoit seulement 150 exemplaires dans le monde, avec un tarif avoisinant les 2 millions de dollars. Les premières livraisons sont programmées pour le deuxième trimestre 2027.










