Brilliant Adventure : les fascinantes années 1990 de David Bowie

0
102

Initiée en 2014, la collection de coffrets chronologiques de l’œuvre de David Bowie atteint aujourd’hui son cinquième volume à (re)découvrir sur platine vinyle. Consacré aux années 1992- 2001, le coffret 11-CD (ou 18 vinyles !) Brilliant Adventure renferme 131 titres témoignant de la renaissance artistique d’un artiste en proie au doute au crépuscule des années 1980. Répartie entre albums studio remasterisés, faces-B et remixes, cette somme volumineuse accompagnée d’un livret de 28 pages se distingue également par l’inclusion d’inédits de valeur, avec la version augmentée du live à la BBC 2000 et l’album Toy, un recueil d’auto-reprises dont la sortie avait été annulée il y a vingt ans.

Brilliant Adventure (1992-2001) de David Bowie
Brilliant Adventure (1992-2001) est le cinquième volume de la collection des coffrets chronologiques de David Bowie.

De Black Tie White Noise à Hours…

À l’instar de ses quatre prédécesseurs — Five Years (1969-1973), Who Can I Be Now ? (1974-1976), A New Career In A New Town (1977-1982) et Loving The Alien (1983-1988) — le coffret Brilliant Adventure (1992-2001) s’ouvre sur une rétrospective des albums studio de David Bowie et se referme sur le triple-volume Re : Call, qui compile leurs remixes et faces-B associées.

Présentée en versions remasterisées, cette séquence discographique est une des plus fascinantes de la carrière du Thin White Duke. Après être entré en conquérant dans les années 1980 grâce au succès planétaire de Let’s Dance, David Bowie traverse la décennie en publiant une série d’albums mineurs où une flagrante panne d’inspiration télescope de plein fouet les excès de la production synthétique.

En 1989, David Bowie revient aux affaires rock en fondant le groupe Tin Machine. Cette brève parenthèse collective, ponctuée par deux LPs studio et un album live, est fraichement accueillie par fans et critiques, tout en permettant à Bowie de se ressourcer avant de rebondir. Sa lente rémission artistique débute en 1993 avec Black Tie White Noise, dans lequel il se confronte avec enthousiasme aux sonorités urbaines du R&B moderne.

Le retour de Nile Rodgers, dix ans après Let’s Dance, n’est pas étranger à la spectaculaire dynamique de nouvelles compositions fortes, à l’image du single Jump They Say, un remarquable saut dans le vide electro/funk, mais aussi un hommage à son demi-frère Terry Burns, disparu en 1985. Bowie commente une actualité sombre dans Black Tie White Noise (avec Lester Bowie à la trompette), mais le passé du musicophile n’est jamais bien loin avec une relecture intense d’I Feel Free des Cream et une superbe reprise atmosphérique du Nite Flights des Walker Brothers, où l’on retrouve Mick Ronson pour son ultime apparition aux côtés de son ancien partenaire des Spiders From Mars.

Publié avec une relative discrétion quelques mois après la sortie de Black Tie White ​Noise, The Buddha Of Suburbia est l’unique bande originale intégralement composée par David Bowie. Support musical d’un téléfilm de la BBC inspiré du roman d’Anif Kureshi, The Buddha Of Suburbia est également un album à part entière, divisé entre chansons et explorations instrumentales. Assisté par le multi- instrumentiste Erdal Kizilcay, Bowie compose ainsi en six jours une dizaine de titres renforcés par le fidèle claviériste Mike Garson et Lenny Kravitz, invité à jouer de la guitare sur une version alternative du morceau-titre. Au lendemain de ce projet méconnu à redécouvrir, David Bowie renoue avec les sommets de sa discographie avec l’exceptionnel 1. Outside, paru en 1995. Co-produit par Brian Eno, de retour quinze années après la glorieuse trilogie Low, Heroes et Lodger, 1. Outside est présenté par son auteur comme un « Hypercycle gothique non-linéaire ». Enregistré aux studios Mountain de Montreux, ce premier volet d’une série qui restera sans suite narre les aventures de Nathan Adler, détective privé spécialiste en « crimes artistiques ».

L’art contemporain de Damien Hirst et du peintre Rudolf Schwartzkögler, l’indus-rock de Nine Inch Nails et Scott Walker sont quelques-unes des influences conscientes d’un ensemble aux nuances vives, parmi lesquelles les paysages désolés de I’m Deranged et les assauts électroniques d’Hallo Spaceboy et The Hearts Filthy Lessons. Grâce à cet album aussi fascinant que complexe, David Bowie se repositionne en tant qu’artiste… et redevient enfin un outsider.

Plus hyperactif que jamais, Bowie signe ensuite Earthling (1997) en s’appropriant une nouvelle déclinaison de la musique électronique : la drum’n’bass. Cet album de genre dominé par l’implacable section rythmique Gail Ann Dorsey (basse)/Zachary Alford (batterie) s’aligne sur de nouveaux titres où brille le Bowie mélodiste (Looking for Satellites, The Last Thing You Should Do et Seven Years in Tibet). Les emballages jungle de Little Wonder, Telling Lies et Law (Earthlings On Fire) détonnent, mais les meilleurs moments d’Earthling apparaissent dans le menaçant I’m Afraid Of Americans et Dead Man Walking, co-écrit avec le guitariste Reeves Gabrels et basé sur riff de guitare repéré au cours d’une session avec Jimmy Page dans les années 1960. Tout se transforme, rien ne se perd chez David Bowie !

À la veille du nouveau millénaire, ce dernier recentre son écriture dans Hours…, une collection de chansons introspectives composées à La Barbade avec Reeves Gabrels à la production uniformément lisse. Contrecoup d’une décennie riche en projets multiples, en albums suivis de tournées mondiales, en passant par des collaborations dans l’univers du jeu vidéo (la bande-son d’ Omikron : The Nomad Soul ) et une introduction en bourse (les éphémères Bowie Bonds ), Hours… n’offre qu’une poignée de titres mémorables, dont le single Thursday’s Child — une chanson autobiographique en creux, sachant que Bowie était né un mercredi.

Compilation du meilleur de David Bowie entre 1992 et 2001
Le coffret Brilliant Adventure est décliné en deux versions : 11 CD ou 18 disques Vinyles. De quoi écouter vos titres favoris dans les meilleures conditions.

Toy et autres jouets sixties

L’exploration du coffret se poursuit avec une nouvelle version augmentée (mais toujours incomplète) du concert enregistré à la BBC le 27 juin 2000. Parue cette même année en complément du coffret CD Bowie at the Beeb, cette excellente captation, enregistrée la veille du triomphal concert de Glastonbury, est aujourd’hui complétée par cinq nouveaux titres : All The Young Dudes, Starman, Heroes, The London Boys et I Dig Everything.

Pour la première depuis le lancement de cette série de boxsets, Brilliant Adventure ouvre le coffre aux inédits de David Bowie : en supplément de ces offrandes live, les douze titres de l’album studio Toy, dont la sortie avait été annulée en 2001, constituent le sommet de cette anthologie. À l’aube des années 2000, David Bowie décide de réexplorer son passé avec un album d’auto-reprises de ses compositions des années 1960.

Une quinzaine de titres, dont des mises à jour de Liza Jane, Conversation Piece, Shadow Man, Silly Boy Blue et In The Heat Of The Morning, sont enregistrés avec le groupe d’Hours… — moins Reeves Gabrels, remplacé par Earl Slick et Gerry Leonard — et la violoniste Lisa Germano.

Album Toy de David Bowie
David Bowie revient en 2011 avec l’album intitulé Toy constitué de 12 morceaux.

La sortie de Toy est programmée en mars 2001, mais Virgin Records, le label de David Bowie, en décidera autrement. De multiples retards de planning et un Bowie de plus en plus irrité par l’attitude négligente de son distributeur contribueront à l’abandon du projet. Bowie signera chez Columbia l’année suivante et certains titres feront surface en 2002 sur les faces-B des singles d’ Heathen, dont Baby Loves That Way, Shadow Man, Conversation Piece et You’ve Got A Habit Of Leaving. Let Me Sleep Besides You et Your Turn To Drive sont ensuite parues en 2014 sur la compilation Nothing Has Changed. Entre-temps, un fuite Internet survenue en avril 2011 avait dévoilé les jouets sixties de David Bowie.

Compilation des morceaux de David Bowie sortis entre 1992 et 2001
Le cinquième volume de la collection des coffrets chronologiques de David Bowie est intitulé Brilliant Adventure (1992-2001).

À l’égal des titres déjà disponibles, ces versions de travail s’éloignent néanmoins du Toy original proposé dans ce coffret. Co-produite par Mark Plati, cette sélection revigorante, mélodique et colorée s’impose comme le dernier chef-d’œuvre pop du Starman.

Le 7 janvier prochain, Toy fera également l’objet qu’un coffret 3 CDs/6 vinyles 25-cm à l’occasion du 75ème anniversaire de la naissance de David Bowie : en supplément de l’album officiel, Toy:Box proposera une collection de mixes alternatifs et une étonnante version Unplugged & Somewhat Slightly Electric réalisée par Mark Plati. L’aventure Bowie continue…


Donnez votre avis !

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.