Quel futur pour la chronologie des médias ?

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Selon Canal+, “le cinéma français court droit à sa perte”. En effet, depuis plus d’un an le monde du septième art hexagonal doit faire face à des épreuves, notamment celle de la crise sanitaire qui a provoqué la fermeture de salles de cinéma pendant de nombreux mois, et dans le même temps la montée en puissance des services de streaming tels que Netflix, Prime Video et Disney+. Pour l’instant, la loi française de la chronologie des médias réussit à préserver la création artistique. Mais pendant combien de temps encore pourra-t-elle résister aux géants du streaming ?

Qu’est-ce que la chronologie des médias ?

Pour rappel, la chronologie des médias est un système définissant l’ordre de sortie des films sur différents supports d’exploitation (les salles de cinéma, les DVD/Blu-ray, la télévision et le streaming) qui vise à protéger l’exploitation en salle des films. La France reste le seul pays à avoir adopté une telle réglementation. En effet, d’autres pays utilisent en général un système beaucoup plus libéral avec des contrats pour chaque film.

Un peu d’histoire

L’idée d’une chronologie des médias est apparue avec la démocratisation de la télévision. Dans les années soixante, de plus en plus de foyers se sont équipés d’un poste récepteur, ce qui s’est traduit par une baisse de la fréquentation des salles de cinéma. La diffusion sur l’ORTF des films est alors fixée à cinq ans après la sortie en salle.

L’idée d’une chronologie des médias émerge avec la popularisation du téléviseur dans les années soixante.

Cependant, ce n’est qu’avec l’arrivée de l’exploitation des films sur support vidéographique que des arrêtés ministériels instaurent un délai d’édition en 1980, avec une loi du 20 juillet 1982 pour valider ce principe. Une recommandation de l’Union Européenne évoque pour la première fois la chronologie des médias en 1987. Elle est suivie de la directive « Télévision sans frontières » en 1989. Depuis 2009, le Ministère de la Culture peut modifier ces délais via un arrêté.

Le dispositif actuel

Avec la chronologie des médias actuelle qui est en vigueur depuis le 21 décembre 2018, un film ayant eu plus de 100 000 entrées au Box Office en 4 semaines est disponible sur DVD, Blu-ray et VOD 4 mois après sa sortie en salle. Il est visible sur les chaînes de télévision payantes ayant signé un accord avec les organisations du cinéma (Canal+, OCS, etc.) après 8 mois, sur les autres chaînes payantes et les services de SVOD dits « vertueux » après 1 an et 5 mois, et sur les chaînes de télévision gratuites après 1 an et 10 mois. Il faut attendre 3 ans avant de pouvoir visionner le film sur les plateformes « non-vertueuses » (Netflix, Amazon et Disney+) et il est disponible sur les sites de VOD gratuits comme YouTube et Dailymotion 3 ans et 8 mois après sa sortie en salle.

Nota Bene : une plateforme de streaming est considérée comme vertueuse si elle adhère à une série d’engagements en termes de financement de la création française.

Un système mis à mal par les géants du streaming

La montée en puissance des plateformes de streaming est en train de bouleverser le paysage audiovisuel. En effet, ces derniers ont énormément gagné en popularité pendant la crise sanitaire, principalement en raison des confinements et de la fermeture des salles de cinéma. Grâce aux services comme Netflix, Disney+ et Prime Video, les spectateurs ont pu profiter d’un large choix de films, de séries et de documentaires depuis le confort de leur salon ou de leur salle de home-cinéma privée.

Pendant les confinements, les spectateurs ont pu profiter du large choix de films, de séries et de documentaires disponibles sur les plateformes de streaming.

De plus, certains studios de production aux États-Unis ont signé des accords pour réduire le délai de sortie numérique des films après leur exploitation en salle. Universal Pictures a même proposé des productions directement en VOD, sans passer par les salles obscures. Par conséquent, le système français de chronologie des médias commence à subir la pression de cette évolution du monde du cinéma.

Pendant la crise sanitaire de 2020, Universal Pictures a proposé plusieurs films directement en streaming sur les plateformes Amazon Prime Video et iTunes, sans les projeter dans les salles obscures (ici le film Emma d’Autumn de Wilde).

Une réforme de la chronologie des médias qui piétine

Une réforme de la chronologie des médias qui permettrait de continuer à protéger la création artistique tout en s’adaptant à l’univers du streaming est en cours de négociation depuis plusieurs mois. Grâce à cette réforme, les plateformes pourront diffuser les films en France 12 mois après leur sortie dans les salles obscures, contre 36 mois actuellement, en contrepartie d’une obligation d’investissement dans la création européenne, et notamment française.

Seulement voilà, alors que la première partie de cet accord a été mise en place cet été, la place des plateformes SVOD dans la chronologie des médias n’a pas encore évolué. Ces derniers commencent donc à s’impatienter. Netflix en particulier a voulu mettre un coup de pression au gouvernement français en adressant une lettre directement à la ministre de la Culture pour essayer de faire avancer la situation.

Actuellement en cours de négociation, la réforme du système de chronologie des médias permettrait aux services de streaming de diffuser des films 12 mois après leur sortie dans les salles obscures.

Disney est également agacé par la situation en France, notamment par le délai de 36 mois imposé actuellement pour la diffusion d’un film sorti en salle et par les demandes des autres acteurs de la réforme. Par exemple, les chaînes gratuites souhaitent avoir une fenêtre d’exclusivité d’un mois pendant laquelle le film est retiré des plateformes de streaming. Le studio américain menace alors de diffuser directement ses productions sur sa plateforme Disney+, sans les projeter en salle de cinéma, ce qui préoccupe les exploitants de salles qui font déjà face à un contexte difficile.

Par ailleurs, grâce à la récente acquisition d’entreprises telles que 21st Century Fox, Touchstone Pictures, Marvel et Lucasfilm, Disney est en mesure de proposer aux spectateurs un vaste et très compétitif catalogue de contenus sur son service de streaming. En effet, le géant américain est propriétaire de grandes franchises cinématographiques telles que Star Wars, le Marvel Cinematic Universe ou MCU, X-Men, Indiana Jones, Avatar et La Planète des singes, pour n’en citer que quelques-unes.

C’est donc tout naturellement que Canal+ s’inquiète de l’influence des plateformes américaines sur l’avenir de la chronologie des médias. En effet, la chaîne payante bénéficiait jusque-là d’une fenêtre de 6 à 8 mois pour diffuser les productions avant ses concurrents. De plus, elle investit beaucoup plus d’argent que ces derniers dans la production française. De quoi se questionner sur le sort de la chaîne cryptée, mais également sur l’avenir des salles de cinéma et du paysage audiovisuel français.


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Traductrice et rédactrice avec des goûts très éclectiques en matière de musique et de cinéma. Lorsque je ne suis pas au travail, vous pouvez me retrouver en train de regarder “Lost in Translation” de Sofia Coppola pour la centième fois, ou d’écouter un disque de David Bowie, Kate Bush, Joy Division ou Daft Punk sur ma platine Rega Planar 1. Étant d’origine britannique, je suis également adepte de séries à l’humour absurde comme Monty Python’s Flying Circus et The Mighty Boosh !

2 COMMENTAIRES

  1. Les films français sont NULS à quelques rares exceptions près et la chronologie des médias n’a rien à voir là-dedans. On a l’impression que les réalisateurs comme les artistes ici n’ont pas trop envie de se fatiguer ni d’engager des frais conséquents et préfèrent jouer les intellos qui dénigrent les effets spéciaux et les scènes survitaminées pour se réfugier dans des dialogues abscons, surabondants, au vocabulaire pompeux, parce que ça ne coûte rien (et certes ça ne rapporte rien non plus, mais ça c’est une autre histoire pour eux…).
    Résultat, les films les plus spectaculaires restent américains et depuis peu asiatiques et russes également. Et quand on regarde les équipes qui en ont réalisé les effets spéciaux, curieusement on retrouve beaucoup de… Français, partis à l’étranger où ils sont encensés après avoir désespéré de valoriser leur talent dans leur propre pays !

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