Test Blu-ray Les Rayons et les ombres : une fresque historique d’une puissance rare

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Après Illusions perdues, Xavier Giannoli poursuit son exploration des ambitions humaines, des jeux de pouvoir et des compromissions avec Les Rayons et les ombres, vaste fresque historique inspirée de plusieurs trajectoires réelles de la France occupée. Porté par Jean Dujardin, August Diehl et Nastya Golubeva, le film déploie pendant plus de trois heures un récit romanesque où destins individuels et grande Histoire s’entremêlent avec une ampleur rare. Les Années Laser revient sur cette œuvre ambitieuse et livre son verdict sur une édition Blu-ray et UHD Blu-ray particulièrement attendue.

Concours Son-Vidéo.com x Les Années Laser

En résumé

Au cinéma, il est des œuvres qui donnent le sentiment de repousser les limites de leur auteur. Les Rayons et les ombres appartient à cette catégorie très rare. Après Illusions perdues, Xavier Giannoli poursuit son exploration des mécanismes de la compromission et des rapports entre le pouvoir, les médias et les chimères humaines, mais il atteint ici une ampleur romanesque, historique et émotionnelle exceptionnelle. Son point de départ naît de la rencontre de plusieurs trajectoires authentiques : celle de Jean Luchaire, patron de presse compromis dans la Collaboration ; celle de sa fille Corinne, jeune vedette du cinéma français ; et celle d’Otto Abetz, ambassadeur du Reich. « La croisée de ces trois destins offrait une matière dramatique très forte », explique le réalisateur, qui construit son récit autour de personnages « pris dans les contradictions de leur époque ».

Jean Dujardin et Nastya Golubeva dans le film Des rayons et des ombres
Premier rôle du film, Jean Dujardin incarne le patron de presse Jean Luchaire ici avec sa fille Corinne Luchaire campée par Nastya Golubeva.

Loin de la fresque platement illustrative et idéologiquement neutre, il revendique un patient travail de recherche. « L’écriture s’est appuyée sur un travail de documentation important », précise-t-il, évoquant les archives, les biographies et les historiens qui l’ont accompagné, tout en définissant sa démarche comme une forme de « journalisme historique ». Cette exigence nourrit chacune des trois heures quinze du film – qui passent d’ailleurs comme un souffle. Son ambition n’est jamais de dresser un tribunal moral, mais d’observer le lent glissement d’hommes et de femmes persuadés d’agir selon leur conscience avant d’être happés par une mécanique qui les dépasse. « Ce qui m’intéressait n’était pas de juger a posteriori, mais de comprendre les mécanismes qui peuvent conduire quelqu’un à renier ses propres convictions », affirme Xavier Giannoli. « Comment un homme peut-il glisser progressivement vers des positions qu’il n’aurait peut-être pas imaginées au départ ? » Toute la force du scénario réside dans cette interrogation vertigineuse. Les protagonistes cessent d’être des figures figées de l’Histoire pour redevenir des êtres de chair, traversés par leurs illusions, leurs aveuglements et leurs faiblesses.

Extrait Des rayons et des ombres
Un important travail de recherche a été mené afin d’offrir aux spectateurs une fresque réaliste et détaillée de l’époque.

Décors monumentaux, centaines de figurants, costumes somptueux, photographie raffinée : jamais la virtuosité technique ne les éclipse. Elle les magnifie. Jean Dujardin compose un Jean Luchaire d’une saisissante ambiguïté, August Diehl impose une présence glaçante, tandis que Nastya Golubeva révèle une intensité et une modernité qui marquent durablement les esprits. Le titre lui-même résume le projet. Inspiré de Victor Hugo, il rappelle que « la vie humaine ne se résume jamais à une ligne simple et claire » et que « le cinéma consiste précisément à explorer ces zones intermédiaires entre la lumière et l’ombre ». Cette profession de foi irrigue tout le film, qui interroge notre présent autant qu’il éclaire le passé. « Ce film j’y travaille depuis des années, et quand j’ai commencé à le concrétiser, je ne pouvais imaginer à quel point il rentrerait étrangement en résonance avec tout ce que nous sommes en train de vivre, notamment les débats politiques qui s’articulent autour de l’antisémitisme, du nazisme et du fascisme« , dit Xavier Giannoli. « La question qu’il pose film est peut-être la plus simple et la plus inconfortable : qu’aurions-nous fait à leur place ?«  Peu importe les polémiques hors-sujet qui ont parasité sa carrière en salles : Les Rayons et les ombres est une œuvre majuscule qui restera dans l’Histoire du Septième Art français. Et croyez-nous, voilà très longtemps que nous n’avions pas eu ce genre de certitude.

Des rayons et des ombres
Au-delà de l’intensité de ses personnages, le film s’appuie également sur des décors et des costumes d’une qualité remarquable.

Du côté des bonus

Il faut hélas se contenter d’une bande-annonce, ce qui est objectivement incompréhensible pour un film d’une telle ampleur cinématographique et thématique. Contacté à ce sujet, l’éditeur vidéo justifie ainsi ce désert éditorial : « Compte tenu de la durée du film, afin de maximiser la qualité d’encodage, la place restante sur les disques était trop faible. » Dont acte.

Avis technique

Le transfert HDR10 rehausse encore d’un cran la netteté générale du déjà excellent Blu-ray tout en faisant son office sur les passages lumineux (blancheur éclatante des scènes hospitalières) et certaines couleurs franches (seaux de sang versé sur le père et sa fille par de jeunes résistants). Sans investir outre mesure les canaux aériens, mais le film ne leur offre guère l’occasion de s’exprimer, le mixage Dolby Atmos prend quant à lui tout de même soin d’envelopper le spectateur, notamment lors de soirées mondaines, orgiaques, voire décadentes, dans diverses garçonnières.

Le mot de la fin

Toute la splendeur et l’évidence d’un classique instantané.

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