Les 20 OST qui ont marqué les 20 dernières années

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En vingt ans, le langage de la narration et de la musique n’a fait que continuer son expansion et parfois même aura fait preuve d’un certain renouveau. Le cinéma élargit plus que jamais ses horizons, la télévision prend le rythme avec des productions de plus en plus exigeantes, ou encore le jeu vidéo invente de nouvelles formes d’expression. Jamais nous n’avons eu une telle profusion d’œuvres si différentes entre elles, dans une époque de tous les possibles. Ces vingt dernières années ont vu des créateurs s’émanciper, voire se révéler au grand jour ; des personnes ou des œuvres que l’on ne connaissait pas dans les années quatre-vingt-dix, et qui nous semblent si incontournables de nos jours… cette liste n’est pas exhaustive, loin s’en faut. Mais elle donne un tour d’horizon de ce qui pourrait bien avoir marqué cette époque remarquable. Remarquable, oui, mais comme toutes les autres. Mais plus importante : pas moins que les autres. Ce n’était pas mieux avant, et sans nul doute, ce sera tout aussi bien après. Rendez-vous en 2040 ?

Romain Dasnoy

1 – Gladiator (Hans Zimmer, Lisa Gerrard – 2000)

Lorsque Hans Zimmer compose la musique de cet énorme succès au box-office de Ridley Scott, il jouit déjà d’une grande popularité et enchaîne les nominations aux Oscars depuis quelques années (Rain Man en 1988, La Femme du pasteur en 1996, Pour le pire et pour le meilleur en 1997, Le Prince d’Egypte et la Ligne rouge en 1998) avec une victoire mémorable en 1994 pour Le Roi Lion de Disney. Pourtant, le compositeur divise. Non issu du milieu académique, sa culture musicale est profondément autodidacte, plutôt tournée vers l’électronique, la new-wave et le pop rock. C’est dire que l’homme dérange, d’autant plus d’origine allemande venant bousculer le tout Hollywood. On lui reproche également de cacher les vrais talents derrière sa personne : il est vrai qu’Hans Zimmer n’orchestre pas, s’entoure d’une armée de copistes et de musiciens pour créer ses univers, ses textures.

Gladiator ne déroge pas à la règle, qui « oublie » de créditer Klaus Badelt sur la couverture de l’album. Mais tout le monde s’accorde à le dire : Hans Zimmer compose vraiment, est un mélodiste d’exception, joue de très nombreux instruments et révolutionne la production de musiques de films à Hollywood qui en avait grandement besoin. Gladiator, co-composé en grande partie par Lisa Gerrard dont la voix résonne encore dans tous les esprits, est couronné de succès et offre à ce grand péplum tardif tantôt un souffle épique, tantôt une dimension intimiste qui renouvelle véritablement l’idée que l’on se fera des accompagnements symphoniques au cinéma de grand spectacle.

2 – Harry Potter (John Williams – 2001-2004)

Au début des années 2000, John Williams est plus actif que jamais. Le grand défi du moment et d’accompagner George Lucas dans la seconde trilogie Star Wars au cinéma, ce qui n’est pas une mince affaire. Le compositeur est également toujours aussi demandé auprès de Steven Spielberg (Amistad et Le Monde Perdu en 1997, Il faut sauver le soldat Ryan en 1998, A.I. Intelligence artificielle en 2001) et on s’arrache ses services. Il faut dire que l’homme est déjà une légende, statut acquis au cours des années 70 avec les deux réalisateurs nommés ci-dessus. Mais le compositeur d’Indiana Jones et E.T. a un autre habitué, Chris Columbus, dont les collaborations ne sont autres que Maman j’ai raté l’avion et sa suite, superbes comédies de noël au souffre épique, ainsi qu’un troisième film plus intimiste, Ma meilleure ennemie (1998).

Harry Potter, succès de librairie, se voit alors adapté au cinéma dans une série de films extrêmement ambitieux. Columbus, également producteur, comprend immédiatement que ce long-métrage et ses suites doivent être magistralement accompagnés par une musique orchestrale, envoûtante et remplie de thèmes reconnaissables, ces fameux « motifs » que Star Wars a popularisés. Qui d’autre que John Williams pour le faire ? Non content d’écrire une partition très empreinte de mystère, de magie et de belles trouvailles d’orchestration, le compositeur propose même un thème principal devenant un classique instantané qui, moins de vingt ans plus tard, est aujourd’hui l’une des mélodies les plus célèbres au monde. Il reviendra sur le second et surtout le troisième film, avant de céder sa place à d’autres compositeurs. Le thème, lui, restera !

3 – The Elder Scrolls: Morrowind/Oblivion/Skyrim (Jeremy Soule – 2002-2011)

Remarqué sur le jeu vidéo Secret of Evermore, jeu de rôle « à la japonaise » par Square Soft, éditeur d’origine japonais, mais développé par leur filiale américaine pour le destiner au public occidental, Jeremy Soule montre dès le départ une grande faculté d’adaptation. Mais comme beaucoup, il n’est pas reconnu par la profession sinon par les joueurs ; une catégorie de compositeur souffrant de l’image du jeu vidéo. Il compose d’ailleurs la musique des adaptations vidéo-ludiques d’Harry Potter dès 2001, considéré de facto comme inférieur à son pendant cinématographique.

Mais en se faisant un nom, progressivement, dans des jeux de qualité comme Icewind Dale ou Dungeon Siege, Soule signe en 2002 Morrowind de Bethesda Softworks, qui marque profondément les joueurs. Ce titre est le troisième opus d’une série, The Elder Scrolls, dans un monde médiéval-fantastique, qui a la particularité d’être un monde ouvert : le joueur a donc accès à une carte de jeu immense, avec villes, montagnes, rivières, grottes et des milliers de mystères à découvrir librement. Sans le vouloir, Jeremy Soule participe à l’émancipation d’un système de jeu qui deviendra, dans les années à suivre, l’un des plus exigeants techniquement, narrativement et même musicalement. Il n’est alors plus question de dire que le jeu vidéo est inférieur à quoi que ce soit : les systèmes d’intégration, sa narration particulière et le talent des compositeurs font de sa musique une discipline aussi précise et artistiquement viable que n’importe quelle autre. Avec Morrowind et ses deux suites, Oblivion en 2006 et Skyrim en 2011, Soule devient le chef de file de compositeurs émérites qui participent à la création d’un nouveau médium d’exception et d’importance en devenir.

4 – Le Seigneur des anneaux (Howard Shore – 2001-2003)

En 2001, personne n’aurait parié sur Howard Shore aux commandes de la musique de cette trilogie fabuleuse. Écrit par l’auteur anglais J. R. R. Tolkien, Le Seigneur des Anneaux est une œuvre littéraire d’une richesse hors-du-commun réputée inadaptable. Pour la musique des films de Peter Jackson, de nombreux compositeurs ayant déjà prouvé leur capacité à produire un souffle épique grandiose auraient pu faire l’affaire : John Williams, James Horner, Jerry Goldsmith, Basil Pouledouris, Maurice Jarre… Le choix de Shore est, au début, accueillit étrangement. Excellent compositeur, on lui doit une large collaboration avec David Cronenberg sur des films très « spéciaux » tels que Vidéodrome (1983), La Mouche (1986) ou Crash (1996), également auteur des bandes originales de thrillers (Le Silence des agneaux en 1991, Seven en 1995) ou encore des drames ou comédies légères. Plutôt tourné vers l’expérimentation ou des partitions sans grand éclats particuliers, il est de ces compositeurs d’un très grand talent, mais discrets.

Quand il est annoncé sur Le Seigneur des Anneaux, beaucoup s’interrogent. Mais c’est mal connaître le métier de compositeur et Howard Shore, par ailleurs excellent orchestrateur, connaît parfaitement son métier et les grands classiques du répertoire. Sa métamorphose pour s’adapter à cette grande fresque épique reflète en réalité parfaitement sa carrière, qui n’avait de cesse de bouger, de prendre des tournures exceptionnelles ou inattendues. La trilogie de Peter Jackson a tout de ce qu’elle pouvait attendre de son compositeur : entre ses thèmes fabuleux aux mélodies enchanteresses, ses solistes de grands talents et son orchestration fabuleuse, sa musique est d’une incroyable richesse. Un classique absolu, qui se termine en 2003 dans ce qui restera comme le plus grand film épique de sa génération, et de très loin.

5 – Le Château ambulant (Joe Hisaishi – 2004)

Le discret compositeur japonais Joe Hisaishi est déjà connu du public occidental en 2004 avec cette adaptation par Hayao Miyazaki du livre de Diana Wynne Jones. Les précédents films du studio Ghibli deviennent de plus en plus populaires et profitent d’une distribution mondiale très tardive pour atteindre leur cœur de cible et redorer l’image de l’animation japonaise mal perçue pendant des années.

Après notamment Princesse Mononoke (1997) et Le Voyage de Chihiro (2002), Le Château ambulant se déroule cette fois dans un univers occidental, comme Kiki la petite sorcière en 1989. Musicalement, Hisaishi déploie les grands moyens, avec un bel orchestre symphonique aux accents européens et un thème principal à trois temps, rappelant les valses des grands compositeurs du répertoire. Ainsi, le film suit les traces du Voyage de Chihiro en termes musicaux, avec un orchestre très complet, ce qui n’était pas encore une réelle habitude auparavant. Exception toutefois pour ce nouveau film : un « image album » enregistré en grandes pompes à Abbey Road. Un tel album est composé pendant la création du film, voire avant. Il esquisse des thèmes qui vont aider les concepteurs et animateurs : la bande originale, au final, peut s’en retrouver très différente. Au Japon, les image albums sont courants, mais les produire avec un grand orchestre, dans un tel studio, reste très rare, d’autant plus que Hisaishi vient d’un milieu musical bien différent, entre musique électronique et musique minimaliste expérimentale, malgré des études académiques au conservatoire. Ainsi, le film se dote pratiquement de deux bandes originales de haute volée, indispensables toutes les deux, démontrant le très grand talent de son compositeur.

6 – Le Nouveau Monde (James Horner – 2005)

Terrence Malick est un réalisateur singulier, qui étonne par la mise en scène de sa narration. Après le formidable La Ligne rouge en 1998 avec une musique de Hans Zimmer, il réalise Le Nouveau Monde, l’histoire vraie de Pocahontas (largement romancée) et du triangle amoureux qu’elle forme avec John Smith et John Rolfe.

Pour ce long-métrage, il fait appel à James Horner, dont le style est tout autant singulier. Bien plus mélodieux que la plupart des compositeurs d’Hollywood, l’homme développe plusieurs sensibilités tout le long de sa carrière, en reprenant la suite de Jerry Goldsmith dans les séries de films Alien et Star Trek, en composant pour le cinéma de guerre ou d’action, des drames ou des comédies, et va jusqu’à exceller dans des partitions plus empreinte d’exotisme, de musique folklorique ou celtisante, comme Légendes d’automne (1994) et Braveheart (1995), rajoutant le côté irlandais de Titanic (1998) et amérindien dans Les Disparues (2003). Son écriture laisse une grande place à la richesse harmonique, le choix consciencieux des instruments et des mélodies transposant avec brio toutes sortes d’émotions. Il place également une suite de quatre notes identifiables dans ses musiques, connu comme le « danger motif » qui lui devient une signature indissociable. Pour Le Nouveau Monde, il continue l’étude d’une musique moderne mais inspirée et empreinte de l’époque du film, comme il l’avait fait sur Troie (2004) et le fera sur Apocalypto (2006). Croyant à la théorie de l’harmonie des sphères, Horner travaillait particulièrement ses compositions dans cette optique de toujours trouver l’essence de l’illustration musicale pour un film, et non seulement accompagner un film sans réflexion comme le font malheureusement certains compositeurs. Le Nouveau Monde est l’une de ses réussites, mais il faut en réalité compter toute l’œuvre du compositeur comme un incontournable de ces vingt dernières années. Il nous quitte prématurément dans un accident d’avion en 2015, laissant un immense vide dans cette industrie en manque parfois de singularité.

7 – The Illusionist (Philip Glass – 2006)

Pour le grand compositeur de musique minimaliste qu’est Philip Glass, travailler pour le cinéma n’était pas une évidence. Reconnu tardivement pour son talent, qui s’exprime notamment par des opéras très modernes qui ne le rendent pas populaire au départ, Glass se méfie de l’univers commercial que peut représenter Hollywood et souhaite avant tout écrire de la musique vivante, pour la scène. Il accepte néanmoins de composer pour un film très particulier, ni fiction ni documentaire, Koyaanisqatsi de Godfrey Reggio. Véritable prouesse artistique, cette œuvre fait connaître Glass qui est ensuite demandé sur des projets qu’il estime sérieux, tel que le biopic Mishima de Paul Schrader (1985) ou le film de guerre Hamburger Hill de John Irvin (1987). Le cinéma commercial le rattrape pourtant dans les années 1990, avec Candyman, film d’horreur psychologique de Bernard Rose en 1992, que les producteurs transforment lors du montage en film d’horreur au premier degré alors que Glass pensait travailler sur un projet unique en son genre. Mais finalement, le compositeur trouve ses marques dans ce cinéma-là, enchaînant les collaborations en prenant bien soin de toujours sélectionner les films.

En 2006, The Illusionist de Neil Burger sort peu de temps avant le sublime The Prestige de Christopher Nolan et subit des comparaisons qui le prennent à défaut. Cependant, il illustre parfaitement l’impact d’une musique aussi bien écrite qu’exécutée, si bien que c’est avec Hans Zimmer que Nolan lui-même s’inspirera de Glass quelques années plus tard pour Interstellar… Si le film reste oubliable, la partition de Glass sur The Illusionist est une merveille finalement assez méconnue, qui plaide pour la carrière de cet immense compositeur sur ces vingt dernières années.

8 – Ratatouille (Michael Giacchino – 2007)

Le nouveau film de Pixar en 2007 se déroule à Paris et met en scène un rat cuisinier. Le réalisateur n’est autre que Brad Bird, formidable auteur derrière Le Géant de fer en 2000 et Les Indestructibles pour Pixar en 2004. Le sujet de ce nouveau long-métrage est certes moins enchanteur au premier abord, mais la magie fonctionne : le film fait un carton et reçoit même l’Oscar du meilleur film d’animation l’année de sa sortie ! Il faut dire que artistiquement, le film se permet quelques beaux moments de cinéma où la caméra virevolte avec une grande fluidité au rythme des déplacements du rat Rémy.

Musicalement, il est aussi très astucieux sur les séances de dégustations, dont les senteurs et goûts transparaissent comme de douces mélodies et de belles harmonies. À la musique, Michael Giacchino se fait logiquement remarquer. Cet habitué de Brad Bird (Les Indestructibles, et même un court-métrage de Pixar pour la sortie de Cars, L’Homme Orchestre, en 2005) est dans une période ascendante où son nom commence à devenir furieusement incontournable. Venant du jeu vidéo et avec une solide formation, l’homme sait s’adapter et sa musicalité va en surprendre plus d’un. Ratatouille est d’une grande finesse, à la fois très astucieux avec une orchestration très maîtrisée, certainement l’une des meilleures bandes-originales de films d’animation depuis plusieurs années. Il réitère l’exploit avec Là-Haut en 2007 et son thème devenu un classique instantané, mais aussi en s’occupant tour à tour, et avec un brio incontestable, des revivals de sagas cultes telles que Star Trek, Star Wars, Jurassic Park ou encore La Planète des singes. Que de chemin parcouru !

9 – Metal Gear Solid 4: Guns of the Patriots (Harry Gregson-Williams, Nobuko Toda… – 2008)

Cela fait un moment que le jeu vidéo flirte de très près avec le cinéma. Il n’est plus question de considérer cette relation par le seul prisme des adaptations d’un média à l’autre, mais dans la manière dont ils peuvent s’interconnecter, s’influencer mutuellement. Hideo Kojima, game designer de génie et cinéphile accompli, l’a bien compris. Sa saga Metal Gear Solid possède une dimension cinématographique certaine, mais il n’est pas question de l’adapter, ce qui n’aurait d’ailleurs aucun sens : bien qu’œuvre ludique dans ses fondements, MGS a pourtant tout d’une série de films. Des personnages très bien écrits, une narration à couper le souffle et une portée historique, dans les époques et à travers les suites, qui n’a sans doute aucun équivalent dans le cinéma des vingt dernières années.

En s’entourant de plusieurs compositeurs, Kojima fait surtout le choix de faire travailler des Japonais et des Américains, comme Norihiko Hibino et Harry Gregson-Williams sur le troisième opus, et Nobuko Toda et Harry Gregson-Williams sur le quatrième et dernier en 2008. Le résultat est à la hauteur de ce que les passionnés attendaient, au vu du niveau développé dans les trois précédents titres. Surtout, Kojima prouve une nouvelle fois que le jeu vidéo n’a pas besoin du cinéma et que le fait d’adapter un jeu en film ne lui donne en rien ses lettres de noblesse. Celles de MGS sont justement le fait de rester ce qu’il est au plus profond de lui : une œuvre mi-jeu, mi-film, qui se permet parfois de lier et mélanger ces deux façons de raconter une histoire, tout comme sa musique, très illustrative ou très adaptative en fonction du contexte. Une réussite absolue, et sans concession, que l’on retrouve dans son dernier titre, Death Stranding (2019).

10 – Assassin’s Creed II Trilogie (Jesper Kyd – 2009)

Après deux ans d’attente, Ubisoft donne enfin une suite à son jeu Assassin’s Creed. Une expérience dans le monde moderne à la Total Recall, où le joueur revit l’expérience d’ancêtres via une machine pouvant lire les souvenirs contenus dans l’ADN.

Pour cette suite, Jesper Kyd, compositeur danois émigré aux États-Unis, reprend du service. Avec un mélange orchestral parfois teinté de sonorité électronique, il délaisse les chants grégoriens ou arabisants du premier opus pour se focaliser sur l’Italie de la Renaissance, cadre de ce nouvel épisode, avec un thème notamment interprété par une soprano qui fera grand effet. Au point d’en devenir le thème principal de la saga, toujours utilisé plus de dix ans après. Mais surtout, cette suite raconte l’histoire d’un jeune homme Italien, Ezio Auditore, qui assiste à l’assassinat de sa famille et découvre une guerre qui perdure depuis des siècles entre une confrérie d’assassins et les Templiers. Son histoire, véritable voyage temporel comme le cinéma en a peu proposé, s’étend sur trois jeux, s’inscrivant dans la trilogie Assassin’s Creed II. Jesper Kyd y développe ses thèmes au fil des épisodes et brille par ses compositions illustrant tantôt les mystères de la culture romaine, tantôt l’omniprésence de l’église dans une société qui se modernise de plus en plus. Véritable claque narrative et musicale, cette trilogie reste dans le cœur des fans dix ans après : le compositeur ne reviendra pas après ces trois titres, mais sera rappelé pour le nouveau opus de 2020 mettant en scène la civilisation des Vikings – pour un Danois, rien de plus normal. Mais c’est bien sa qualité de compositeur, très loin des standards hollywoodiens, qui lui ont permis de se faire un nom, désormais devenu incontournable.

11 – Inception (Hans Zimmer – 2010)

Depuis dix ans, Christopher Nolan fait beaucoup parler de lui. Son cinéma est sans concession. Ses premiers films sont même portés aux nues par la presse et par le public. Sur IMDB, ses films sont notés au-dessus de 8/10 à l’exception de Following en 1998 (7,6) et Insomnia en 2002 (7,2), ce qui est proche de l’exploit. Avec Batman Begins, sa carrière se fait bien plus internationale. Musicalement, le rapprochement est immédiatement fait avec Hans Zimmer (qui compose avec James Newton Howard) et le style développé dénote avec les habitudes du genre, qui rime souvent avec « grand public » : à l’opposé des films Marvel, désormais sous giron Disney, le Batman de Nolan se veut très sombre, avec une musique qui ne cherche pas à sonner facilement. Le style se développe le long de trois films dédiés au super-héros de Gotham City et va même jusqu’à donner le ton de ceux de Superman avec Man of Steel et les suites dont Nolan est le producteur. Mais c’est avec d’autres films que le duo va le mieux s’exprimer.

Inception en 2010 va clouer toute une génération de spectateurs. Une histoire originale d’une efficacité et créativité très rares, le tout porté par une musique très minimaliste d’Hans Zimmer, avec un thème ne développant « que » quatre notes obsédantes. Le film fait mouche et sa musique devient un classique instantané. Les détracteurs n’hésitent cependant pas à accuser Nolan et surtout Zimmer de céder à la facilité. Pourtant, Inception n’est pas un film comme les autres, développe des sujets complexes dans des situations à la construction empirique, et une musique trop présente, trop mélodieuse, aurait pu nuire au résultat. Le duo reprend du service dans le magistral Interstellar, qui n’est pas sans rappeler Philip Glass, avec cet orgue fabuleux, ces longues notes et l’envergure accordée à une musique qui parfois vient brouiller les repères des spectateurs, accentuant l’effet d’un montage très inhabituel et offrant au film une saveur unique. Le réalisateur l’avoue finalement : l’inspiration est aussi à chercher du côté de Koyaanisqatsi du duo Reggio / Glass. Une idée, celle du montage et de la musique, qui prend forme dans le surprenant Dunkerque en 2017, avec une fusion quasi-parfaite des éléments pour une narration unique en son genre.

12 – Game of Thrones (Ramin Djawadi – 2011)

Souvent considérées comme les parents pauvres du cinéma, les séries télévisées ont pris leur temps avant d’accepter l’idée qu’une histoire pouvait s’étendre sur plusieurs heures, plusieurs années, comme la littérature ou les séries Soap feuilletonnant. Plusieurs séries vont alors exploser l’idée des épisodes dits en « stand alone » pour accueillir un format en « fil rouge », où il n’est plus permis de louper un seul épisode pour suivre l’histoire. Twin Peaks ou Lost auront été, à leur époque respective, de grands changements dans les habitudes. Et les années 2000 voient ce principe s’accélérer au point de devenir dominant. Considéré comme une œuvre inadaptable, Game of Thrones est d’une grande richesse et utilise ce principe feuilletonnant. Pour l’illustrer musicalement, un jeune compositeur de l’écurie d’Hans Zimmer est sélectionné, Ramin Djawadi. Compositeur des musiques de Blade: Trinity en 2004, Iron Man en 2008 et Le Choc des Titans en 2010, son style n’est pas inoubliable mais il « fait le job » et plutôt bien.

Game of Thrones sera presque un accident de parcours pour l’homme de trente-sept ans d’origine iranienne et allemande. Car jamais il ne sera un compositeur, au cinéma et ailleurs, excellant véritablement, comme Alexandre Desplat, Michael Giacchino ou bien sûr son mentor Hans Zimmer. Mais dans Game of Thrones, une drôle de magie opère : la bande originale est exceptionnelle, avec un thème devenu culte instantanément, et quelques passages absolument sidérants, comme la suite Light of the Seven de la saison 6 en 2016, presque dix minutes d’une beauté irréelle, illustrant une des scènes les plus emblématiques de toute l’histoire de la télévision. Djawadi fait également parler de lui avec les séries Person of Interest et Westworld, toutes deux créées par Jonathan Nolan, également scénariste des films de son frère Christopher. Comme quoi, le cinéma ne fait pas tout !

13 – Les Enfants loups, Ame et Yuki (Takagi Masakatsu – 2012)

Souvent considéré comme le nouvel Hayao Miyazaki, Mamoru Hosoda a même été approché pour réaliser Le Château ambulant, mais ne réussit pas à s’accorder avec le Studio Ghibli. Après avoir réalisé deux films Digimon et avec une belle carrière d’animateur-clé dans l’animation (il travaille notamment sur des films Dragon Ball), Hosoda prend en main le film One Piece : Le Baron Omatsuri et l’Île secrète (2005) avant d’accéder à une réputation plus large avec La Traversée du temps et Summer Wars, qui sont présentés partout dans le monde.

Les Enfants loups, Ame et Yuki est le film de tous les changements : sur un scénario original, il brode une histoire sensible loin des clichés, plus proche de la démarche du Studio Ghibli, et fait alors appel à Takagi Masakatsu pour la musique. Avec ses douces chansons et ses morceaux orchestraux à la fois légers et où règne une grande sensibilité, le film fait grande impression dans un style que l’on pensait limité au seul cinéma de Miyazaki, mais avec une sincérité transparaissant davantage dans la manière dont l’histoire est mise en musique. Vous n’y trouverez pas que de grandes compositions orchestrales, mais aussi des morceaux à taille humaine où vont dominer les guitares et le piano. Certes, les thèmes du film ont déjà été très largement traités auparavant, mais nous assistons ici à l’explosion d’un duo réalisateur/compositeur que l’on rêverait de voir grandir comme le duo Miyazaki/Hisaishi. Les deux hommes se retrouvent d’ailleurs en 2015 avec Le Garçon et la Bête et en 2018 avec Miraï, ma petite sœur. Si l’animation japonaise ne devait retenir qu’un seul duo ces vingt dernières années, nous serions très embêtés. Mais d’ores et déjà, des incontournables à suivre de près et sans modération.

14 – L’Attaque des Titans (Hiroyuki Sawano – 2013)

Côté série télévisée d’animation, le Japon offre cycliquement des titres souvent tournés vers le Shônen (genre ciblant les adolescents plutôt de sexe masculin), et de Dragon Ball à One Piece, en passant par Naruto et Bleach, l’industrie a de quoi nous occuper. Le carton récent du manga L’Attaque des Titans en 2009 par Hajime Isayama entraîne tardivement l’apparition d’une série animée – il faut dire que l’auteur prend son temps. En 2013, l’œuvre est diffusé pour sa première saison. L’Attaque des Titans se montre captivant, très dynamique avec des scènes de combats très impressionnantes, offrant un mélange de techniques d’animation novatrices et un scénario faisant la part belle à la grande question qui hante les habitants de ce monde (et les spectateurs) : d’où viennent les titans ?

Musicalement, il est difficile de définir le travail de Hiroyuki Sawano. Protéiforme, il mélange aussi bien instruments acoustiques et sonorités électroniques, joue avec les notions de sound design, se montre tantôt très dense, tantôt très minimaliste et s’adapte parfaitement à un anime qui se veut exigeant en allant droit au but. Le résultat est à la fois surprenant, original et diablement accrocheur. Il n’en fallait pas moins pour renouveler un genre et un style qui reste trop souvent tourné sur lui-même au Japon, et si L’Attaque des Titans ne laisse pas indifférent artistiquement, sa démarche est largement à féliciter.

15 – The Grand Budapest Hotel (Alexandre Desplat – 2014)

Compositeur très prolifique dans les années quatre-vingt-dix en France, Alexandre Desplat étonne par sa flexibilité et sa grande maîtrise de la composition sous toutes ses formes. Sa carrière internationale débute dans les années 2000 quand il se fait remarquer avec La Jeune Fille à la perle de Peter Webber en 2003 et Birth de Jonathan Glazer l’année suivante. Il ne quitte cependant pas le cinéma français mais va gravir les échelons jusqu’à atteindre les sommets : The Queen de Stephen Frears de 2006, À la croisée des mondes : La Boussole d’or de Chris Weitz en 2007, L’Étrange Histoire de Benjamin Button de David Fincher en 2008 et bien d’autres, jusqu’à un certain sorcier nommé Harry en 2010. Pressenti un temps pour le nouveau Star Wars, il n’en demeure pas moins la nouvelle « star » de la musique de film mondiale, demandé par de nombreux réalisateurs actuels, de Polanski à Besson, en passant par Del Toro, Anderson, Hooper, Audiard et Costa-Gavras. Wes Anderson, justement, qui lui confie en 2014 ce surprenant film entre humour noir et drame teinté d’aventure surréaliste, The Grand Budapest Hotel.

La musique déroute de prime abord, avec un motif récurrent en guise de thème principal qui restera longuement dans la tête des spectateurs, mais s’avère d’une rare richesse. Au passage, il permet de confirmer par sa singularité la grande capacité d’adaptation d’Alexandre Desplat et sa place tout à fait centrale désormais dans l’industrie du cinéma mondial depuis vingt ans.

16 – Les Huit Salopards (Ennio Morricone – 2015)

Célèbre compositeur de musiques de westerns spaghetti, Ennio Morricone est heureusement bien plus que ça. Extrêmement prolifique en Italie, même si les bandes originales sont souvent courtes (pour un total de plus de 500 dans toute sa carrière !), le maître se fait connaître en occident avec ce cinéma parodique d’un genre nouveau, mais aura contribué de bien des manières à l’industrie. Polar (Le Casse, Le Professionnel, Le Marginal), horreur (The Thing, L’Exorciste 2), heroic-fantasy (Kalidor), comédie (La Cage aux folles) ou encore aventures historiques (The Mission, Richard III, Il Était une fois en Amérique), Morricone est un touche-à-tout, qui développe de nombreux styles, du bric-à-brac des westerns spaghetti à la musique orchestrale tout en passant par l’expérimental et l’easy-listening. Mais, curieusement, aucune de ses musiques n’obtient jamais le Graal de tout compositeur pour le cinéma, l’Oscar de la meilleure musique.

Il faudra attendre pour cela 2015 avec ce film de Quentin Tarantino, Les Huit Salopards, western très singulier. Et pour cause, se déroulant en hiver sous la neige, ce huit-clos où l’objectif est de découvrir « le traître » ressemble à s’y méprendre à The Thing de John Carpenter (1982), dans lequel une équipe de scientifiques dans le grand nord doit découvrir où se cache un virus mortel qui investit les corps des membres du laboratoire. Ainsi, Morricone avait déjà fourni une bande originale extraordinaire pour ce cinéma d’horreur particulièrement sanglant, et, hasard ou non, il réutilise certaines musiques coupées pour le film de Tarantino, qui n’est pas moins démonstratif. Réussite absolue, Les Huit Salopards obtient son seul Oscar, son seul Golden Globe et son seul British Academy Award pour la musique ! Un incontournable de ces vingt dernières années, mais qui renvoie surtout au fait que toute sa vie, y compris sur la fin (le compositeur nous quitte en 2020), Ennio Morricone se distinguait souvent, à la mesure de la légende éternelle qu’il est désormais.

17 – The Last Guardian (Takeshi Furukawa – 2016)

Avec ce jeu déchaînant les passions, à la fois de ses adorateurs et de ses détracteurs, Fumito Ueda continue son introspection personnelle dans un genre qui n’en est pas un, et dont il est le seul à se prévaloir. En faisant suite à ICO en 2001 et Shadow of the Colossus en 2005, il signe avec The Last Guardian une nouvelle épopée d’exception dans un monde vidéoludique parfois trop semblable d’un jeu à l’autre.

Musicalement, la mission est confiée à Takeshi Furukawa qui succède aux brillantissimes Michiru Ôshima sur ICO et Kow Otani sur Shadow, deux des compositeurs les plus prestigieux au Japon. C’est dire la responsabilité de Takeshi Furukawa. Ce compositeur nippo-américain s’illustre tout d’abord comme copiste, compositeur et orchestrateur aux USA sur des séries comme Star Trek, Star Wars: The Clone Wars et des courts-métrages indépendants. Assez peu prolifique, son arrivée sur un tel jeu reste globalement mystérieuse. Mais le résultat est à la hauteur de ses prédécesseurs. Avec une belle maîtrise de l’orchestre et des voix, il développe un style très classique, mais diablement efficace, en parfaite osmose avec un jeu au souffle épique certain, tout en gardant une touche de singularité. Cette qualité au détriment de la quantité n’est pas pour déplaire : avec seulement une heure de musique sur sa bande originale, on s’émerveille devant la maîtrise de l’ensemble. Du très grand art, nous rappelant encore et toujours la puissance émotionnelle dont est capable le jeu vidéo.

18 – Star Wars (John Williams – 1999~2019)

La saga Star Wars, depuis l’acquisition par Disney, n’en finit plus de se développer pour le plus grand plaisir des fans. Fort heureusement, le compositeur John Williams, aujourd’hui âgé de 88 ans, est toujours présent et en forme. Une sacrée longévité qui s’exprime sans interruption depuis plusieurs décennies sans qu’on puisse une seule seconde dire que « c’était mieux avant » : c’est toujours aussi bien et il le prouve avec la prélogie de 1999 à 2005, mais aussi avec le cinéma de Steven Spielberg de plus en plus mature (Le Terminal en 2005, Cheval de guerre en 2011, Pentagon Papers en 2017).

Côté Star Wars, même si George Lucas n’est plus là, le compositeur reste fidèle au poste : les épisodes VII (Le Réveil de la Force, 2015), VIII (Les Derniers Jedi, 2017) et IX (L’Ascension de Skywalker, 2019) forment la troisième trilogie, et John Williams de devenir, avec l’acteur Anthony Daniels (C3-PO), l’un des principaux artistes de la saga à être crédité au générique de tous les opus majeurs depuis 1977 ! Il signe également le thème principal de Solo: A Star Wars Story (2018). Concernant Williams et son travail sur Star Wars, la formule qualitative reste absolument la même : moins de motifs certes, mais un vrai génie de l’orchestration, du travail sur les harmonies et les mélodies qui restent profondément ancrées dans les mémoires. S’il ne fallait retenir qu’un nom, entre tous et pour l’éternité, ce serait indubitablement « John Williams ».

19 – Red Dead Redemption I & II (Bill Elm & Woody Jackson – 2010~2018)

En 2010 un « petit » jeu de western voit le jour, produit par l’éditeur de GTA. Au programme, un monde ouvert extraordinaire par sa justesse et son réalisme, dans un univers qui rappelle forcément les grandes heures du cinéma d’aventure américain. Red Dead Redemption bat quelques records. Sa suite en 2018 assoit sa popularité avec des dizaines de millions de ventes.

Musicalement, les compositeurs n’ont pas cherché la facilité. Membres du collectif Friends of Dean Martinez, leur musique est empreinte de culture du sud-ouest américaine, teintée de culture mexicaine et d’influence diverses, du post-rock au bluegrass en passant par la musique électronique et le jazz. En travaillant avec des dizaines d’instrumentistes parfois très célèbres dans leurs milieux respectifs, l’identité de la musique de Red Dead est réelle et extrêmement bien produite. Rien n’est laissé au hasard, avec une démarche de composition qui s’étend sur plusieurs années et cherche à épouser à la perfection l’univers de l’ouest américain. Techniquement, la musique se veut également un exemple d’intégration au sein du jeu et donc du gameplay, c’est-à-dire de l’expérience de jeu. Une illustration musicale qui n’est donc pas linéaire et figée comme au cinéma, mais qui suit les choix des joueurs avec des procédures d’accompagnement du déroulement narratif. C’est d’ailleurs ce qui fait la particularité de la musique des jeux vidéo, et notamment des mondes dits « ouverts ». Résultat en 2018 pour le second opus : des dizaines d’heures de musiques composées, décomposées, restructurées, le tout avec une centaine d’instrumentistes de grands talents. Ces vingt dernières années l’ont prouvé, la musique des jeux vidéo semble devenir l’une des plus créatives de notre époque.

20 – Parasite (Jung Jae-il – 2019)

Depuis vingt ans, le cinéma coréen explose et s’installe confortablement là où les Japonais et Hongkongais régnaient jusqu’ici en maître. Il n’est pas nécessairement meilleur, proposant du bon et du moins bon comme tous les cinémas du monde, mais il offre parfois de vraies fulgurances. Lee Byung-woo, guitariste classique et pop, met à contribution son formidable talent mélodique pour Deux Sœurs (Kim Jee-woon, 2003), qui deviendra un thème mondialement célèbre repris dans de nombreuses circonstances, notamment pour des pubs TV, mais aussi Mother du réalisateur de Parasite, Bong Joon-ho, en 2009. Jo Yeong-wook, lui, est le compositeur attitré de Park Chan-wook pour un cinéma sans concession qui conquiert rapidement le monde entier (Oldboy en 2003, Lady Vengeance en 2005, Thirst en 2009). Parasite, en 2019, devient la nouvelle claque Made in Korea. Ce thriller dérangeant teinté d’humour noir ne laisse pas indifférent et propose également une partition en décalage avec les habitudes du grand public.

Le compositeur, Jung Jae-il s’était déjà illustré en 2017 avec la production Netflix Okja du même réalisateur que Parasite. Mais cette fois, son travail dépasse les attentes et s’accorde parfaitement avec le propos, évoquant toujours une forme de mélancolie, de simplicité, mais avec une grande capacité à développer des thèmes et des développements harmoniques saisissant, tout en laissant une sensation étrange en arrière-plan. Certes, c’est moins spectaculaire que John Williams, mais la claque est tout aussi belle. Le réalisateur Bong Joon-ho peut être heureux. Avec Memories of Murder en 2003, thriller saisissant, et Snowpiercer, le Transperceneige en 2013, pour la reconnaissance internationale avec un grand film fantastique, il développe avec succès de nombreux genres et le gotha cinématographique lui donne raison : Parasite remporte la Palme d’Or à Cannes en 2019 et pas moins de quatre Oscars dont le Graal, l’Oscar du meilleur film. Une réussite absolue à ne rater sous aucun prétexte.

Bonus – Final Fantasy VII Remake (Nobuo Uematsu, Masashi Hamauzu, Mitsuto Suzuki… – 2020)

Final Fantasy contemple en vingt ans le chemin parcouru. Son concert officiel est l’un des concerts de musique à l’image les plus joués, à la longévité la plus longue. C’est dire l’amour que portent les passionnés de cette licence pour sa musique. Jamais un jeu vidéo n’avait déchaîné une telle passion. Des histoires intemporelles, qui sont parfaitement mises en valeur par un développement artistique hors-pair, et surtout par des compositions qui traversent les années sans sourciller. Avec Final Fantasy VII Remake, nous sommes au-delà du remake classique comme le cinéma américain nous y a habitué. En réalité, le titre original de 1997 est entièrement repensé, remis en perspective dans son univers étendu. Les compositions originales de Nobuo Uematsu sont respectées, mais là également reprises pour adopter une forme vraiment nouvelle, proposant une expérience différente, parfois radicale, mais qui ne cherche pas nécessairement à jouer la corde de la nostalgie. Afin d’accompagner l’entreprise, de nombreux compositeurs apportent le renouveau nécessaire pour en faire un titre actuel. Le compositeur culte Uematsu cède alors sa place, bien qu’il compose pour ce remake le thème chanté, Hollow.

Parmi les noms qui rempliront le contrat d’une musique actuelle, variée et attachée à la légende de cet épisode indéboulonnable de la culture du jeu vidéo japonais, Masashi Hamauzu, « successeur » sur la saga dès Final Fantasy X ou encore Mitsuto Suzuki, qui arrive sur la licence dès le treizième épisode. Le résultat est ébouriffant de pluralité, tenant sur pas moins de sept disques offrant plus de huit heures de musique parfaitement produite. Une profusion de thèmes, repris de l’original de 1997 ou totalement nouveaux, qui forment un ensemble baroque, aux genres et styles variés, aux sensibilités multiples. Final Fantasy VII Remake serait-il l’épisode de toutes les folies pour l’éditeur Square Enix ? Le pari était risqué, mais les fans de la première heure et les nouveaux venus acclament le résultat. Trente-trois ans après sa création et vingt-trois ans après son épisode canonique, la saga Final Fantasy, avec ce remake, prouve encore sa valeur dans le cœur des joueurs. Personne ne l’avait prédit, mais il pourrait bien y avoir un avant/après FFVIIR, pour la licence qui en a bien besoin, voire pour le jeu vidéo japonais tout court.

à propos : Romain Dasnoy
Après un passage dans diverses organisations telles que Jules Verne Adventure Film Festival, Comic Con et Japan Expo, Romain Dasnoy fonde le label Wayô Records et la société évènementielle Overlook Events, deux structures spécialisées dans la musique notamment au travers du jeu vidéo, de l’animation et du cinéma. Concepteur et producteur des concerts officiels Dragon Ball, Saint Seiya, Stephen King, Tribute to John Williams, Tribute to Ennio Morricone ou encore TV Series Live, il est également à l’origine des performances scéniques en Europe de Joe Hisaishi, Danny Elfman ou encore Final Fantasy. Passionné par le rapport qu’entretiennent la narration et la musique, il conçoit lui-même ses évènements musicaux, écrit dans la presse spécialisée depuis le début des années 2000 et produit la première chronique entièrement dédiée à la musique de jeu vidéo sur une grande radio nationale (France Musique). Il signe notamment L’Histoire de Final Fantasy VI en 2017 aux Éditions Pix’n Love, Le Guide des Compositeurs de Musique de Film en 2017, Le Guide des Séries de Science-Fiction en 2019 chez Ynnis Éditions et La Saga Red Dead Redemption chez Third Éditions, tout en écrivant des nouvelles de science-fiction publiées chez Rivière Blanche.


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