Qobuz : La chronique musicale de Charlotte

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Qobuz décrypte les sorties du moment à ne pas louper. Rééditions, Qobuzissime ou nouveautés : tout y passe

Chronique musicale de Charlotte : Wet Leg
Wet Leg – © Hollie Fernando / Domino

Pas évident de s’y retrouver dans le flot de sorties d’albums, non ? Pas de problème, Qobuz s’en charge pour vous. Chaque semaine, notre rédaction épluche les plannings, (ré)écoute, sélectionne la quintessence des nouveautés et des rééditions, dans tous les genres, de l’obscur objet de désir aux icônes, en passant par des premiers et seconds albums récompensés par notre fameux Qobuzissime. Avril amène avec lui le printemps : les bons albums fleurissent de toutes parts !

Ibibio Sound Machine – Electricity (Hi-Res)

Carton plein pour Ibibio Sound Machine avec ce quatrième album bien léché. Mélange bien frappé d’afro-funk, de groove et de musique électronique, le bien-nommé Electricity bénéficie ce coup-ci de l’impeccable production des Britanniques Hot Chip (menés par Alexis Taylor et Joe Goddard), petits chimistes d’une électro-pop bien tonique. Le collectif de huit musiciens basé à Londres plante le décor d’un club haut en couleurs comme monté sur des ressorts, dès l’étourdissant morceau d’ouverture Protection From Evil, en usant du kick et des synthés. La suite sera de la même trempe, avec notamment le bijou soul-pop All That You Want, belle démonstration de la symbiose entre l’organique de la musique ouest-africaine traditionnelle et le synthétisme de la techno, et sur lequel la chanteuse Eno Williams, ayant grandi au Nigeria, oscille entre l’ibibio sa langue maternelle et l’anglais. Un tour de force ultra-jouissif, sur lequel on retrouve quelques jolies accalmies (Afo Ken Doko Mien) ou de belles effluves groove, comme ce Oyoyoyo tout cuivres et percussions dehors.

Wet Leg – Wet Leg (Hi-Res)

Voilà l’un des albums les plus attendus de l’année 2022 ! A la seule force du single Chaise Longue, avec sa basse ultra-efficace et son refrain jouissif simplissime, le duo indie pop Wet Leg était déjà sur toutes les lèvres de l’industrie musicale. Même Dave Grohl avouait le passer en boucle en soirée, dans une interview à The Observer. Une success story un peu folle, quand on sait que Rhian Teasdale (chant, guitare rythmique) et Hester Chambers (guitare solo, backing vocals), deux ex-étudiantes en musicologie sur l’île de Wight ayant décidé de jouer ensemble car leur carrière solo étaient au point mort, sont rapidement repérée grâce à leur SoundCloud par Domino !

Confié aux pointures Dan Carey (Goat Girl, Fontaines D.C., Squid) et Alan Moulder, figure d’autorité dans le shoegaze mais pas que (Interpol, Arctic Monkeys, Foo Fighters…), ce premier opus rassemble les ingrédients du parfait groupe bien référencé, sans forcément qu’elles le sachent. Il y a du Elastica pour le côté pop 90’s, que les deux jeunes Anglaises achevant leur vingtaine avouent ne pas connaître, du post-punk d’hier à la Pavement, et d’aujourd’hui façon Dry Cleaning ou Yard Act, dont elles se réclament volontiers et à qui elles empruntent ce spoken word typiquement british. Plus qu’une simple référence, on retrouve même en fond, sur le refrain d’I Don’t Wanna Go Out, le riff de The Man Who Sold the World de Bowie. Si Piece of Shit fait un pas de côté en versant dans une mélancolie shoegazienne, l’humour reste le fil rouge de ces douze pop songs solaires aux mélodies dansantes et tubesques, taillées dans la batterie droite d’Henry Holmes, la basse funky d’Ellis Durand et les synthés de Joshua Omead Mobaraki. Un disque solaire parfait pour se prélasser sur son transat ou danser frénétiquement !

Jack White – Fear of the Dawn (Hi-Res)

Toujours difficile de savoir ce que Jack White a en tête, tant l’ex-White Stripes est devenu surprenant en passant en solo. Premier volet du diptyque qu’il a préparé pour 2022, Fear of the Dawn marque son grand retour sur le terrain du rock électrique, avant quelques mois plus tard, son pendant acoustique Entering Heaven Alive. Avec ces deux albums, l’enfant terrible de Detroit étale ses amours divergentes, le chaos rock et l’essence blues. Bien sûr, on retrouve nombre de digressions inédites qui font de White un audacieux laborantin du rock, acclamé ou incompris depuis les excentricités tous azimuts de Boarding House Reach (2018). Il y a bien cet Eosophobia et ses effluves dub, l’étrange interlude Into the Twilight, avec ses multiples triturations sur logiciel, ses voix ultra-retouchées et, chose rare, des moments apaisés au piano, ou même l’ouverture Taking Me Back, qui emboîte clairement le pas à Over and Over and Over, avec sa progression saccadée au synthé.

Mais là où White excelle, c’est lorsque les guitares sont reines et érigent d’immenses cathédrales sonores, comme la fulgurante chanson titre Fear of the Dawn avec son déluge de saturations et d’effets fuzz, ou encore le solo de la messe gothique White Raven. Sommet de ce voyage dans l’imagination aujourd’hui totalement débridée du maestro, le puissant Hi-De-Ho, sorte de cavalcade rap-country-blues très sombre, qui sample avec brio le scat jazz de Cab Calloway et le confronte à celui du meneur d’A Tribe Called Quest, Q-Tip. White clôture en beauté avec le blues-rock élégant et decrescendo de Shedding My Velvet, parfaite transition à son jumeau acoustique. Voilà un charmant nouvel indice de l’éternelle énigme Jack White !

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