Led Zeppelin : Le Rewind présenté par Olivier Cachin

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Le bruit des seventies, c’est celui des esthètes du hard, les Anglais qui ont révolutionné le rock en le faisant passer à volume 11 tout en écrivant des morceaux épiques et mélodiques, le duo Jimmy Page/Robert Plant, les constructeurs de ce Led Zeppelin aujourd’hui à l’honneur dans le Rewind. Cinq fois Zep, c’est parti.

Led Zeppelin II (1969)

Et ça commence le 22 octobre 1969, date de sortie du second album écrit durant une éprouvante tournée et enregistré dans les studios disponibles des villes dans lesquelles se produisent les quatre mousquetaires du son électrique que sont Jimmy Page, Robert Plant, John Bonham et John Paul Jones. C’est donc à Londres, Los Angeles, Vancouver (où le studio à l’ancienne tourne encore sur du huit pistes), Memphis et New York que seront enregistrés les neuf titres de cet album brillant.

On a enregistré certaines chansons dans les studios les plus bizarres qu’on puisse imaginer », se souvient l’ingénieur du son Eddie Kramer. « Mais au final, ça sonnait merveilleusement… Et il y avait un type aux affaires, c’était Jimmy Page ». Le résultat commercial ne se fera pas attendre, et II remplacera Abbey Road des Beatles en tête des charts britanniques.

On savait que Led Zep avait une passion particulière pour les pères fondateurs du blues américain, et de fait trois morceaux sur les neuf sont des adaptations/pompages de morceaux signés Howlin’ Wolf et Willie Dixon, dont Whole Lotta Love qui s’inspire généreusement du You Need Love de Dixon. Une plainte est déposée pour plagiat, l’affaire se règlera dans l’ombre, afin d’éviter le procès, pour une somme inconnue mais qu’on imagine substantielle.

Le Rewind : Led Zeppelin II
Paru en octobre 1969, le second album de Led Zeppelin est enregistré sur deux continents lors d’une tournée éprouvante. Les efforts du groupe sont couronnés de succès. L’album se hisse en tête des charts britanniques, remplaçant Abbey Road des Beatles.

The Lemon Song, quant à lui, est un dérivé du Killing Floor de Wolf (repris également par Jimi Hendrix) et il contient en plus une métaphore sexuelle contenue dans le Travelling Riverside Blues de Robert Johnson, qu’il avait lui-même emprunté à Arthur McKay : « Presse-moi baby, presse-moi si fort que le jus coule le long de mes jambes, vu la façon dont tu presses mon citron, je vais dégringoler du lit ». Plus de douze millions de copies vendues, le début de la gloire pour Led Zep qui vient de conclure les sixties avec ce disque monumental.

Led Zeppelin IV (1971)

Rewind 2, 1971, on saute le III et on passe à IV, un titre par défaut car la pochette originale en est dépourvue, montrant simplement un mur de crépis sur lequel est accroché le tableau d’un paysan qui porte des fagots de bois. Mais sous ce packaging rustique se cache l’album le plus emblématique du Zeppelin, huit chansons dont une qui entrera dans l’histoire du rock par le haut, devenant la chanson signature du groupe et régulièrement classée dans les Top Ten des meilleurs morceaux de l’histoire du rock : Stairway To Heaven. Ce tour de force de presque huit minutes qui conclut la face B contient un solo de guitare signé Page réalisé avec une Fender Telecaster offerte par Jeff Beck. Page enregistra trois prises et choisit celle qu’il estimait être la meilleure. Jamais sorti en single, ce morceau fut pourtant joué par de nombreux disc-jockeys des radios américaines.

Le Rewind : Led Zeppelin IV
Derrière cette pochette anonyme dépourvue de titre se cache l’album le plus emblématique du groupe. Son point d’orgue : le titre Stairway To Heaven qui devient rapidement la chanson signature du groupe et se classe régulièrement dans les Top Ten des meilleurs morceaux de l’histoire du rock.

Une seule reprise dans cet album, When The Levee Breaks de la chanteuse/guitariste de blues Memphis Minnie. Le break de batterie légendaire de John Bonham a été lourdement samplé par Beyoncé, les Beastie Boys, Eminem, Dr. Dre, Björk, Aphex Twin, Massive Attack, Enigma, Ice-T et des dizaines d’autres artistes de tous styles. Rock & Roll, un autre morceau de bravoure du disque, invite le pianiste des Stones Ian Stewart. John Bonham a ouvert le bal avec la variation d’une intro du Keep A-Knockin’ de Little Richard, Jimmy Page a ajouté un riff à la Chuck Berry, et en quinze minutes l’affaire était pliée.

Anecdote amusante : cette chanson fut la première du groupe à être utilisée pour illustrer une publicité télévisée, un spot pour une voiture de la marque Cadillac sorti en Une démarche parfaitement assumée par Jimmy Page, d’ailleurs la pub permit au constructeur automobile d’augmenter ses ventes de 16 % l’année suivante, et à son auteur de se remplir les poches.

Houses of the Holy (1973)

Rewind 3, Houses Of The Holy. Après l’austérité du visuel de IV, on retrouve la créativité du fameux studio de graphisme Hipgnosis. Avec comme inspiration Les Enfants D’Icare, le roman d’Arthur C. Clarke sorti en 1953, le designer Audrey Powell a pris plusieurs clichés qu’il a assemblé en un collage donnant l’illusion de onze enfants nus grimpant sur une colline irlandaise alors que seuls deux firent les modèles pour ce visuel qui valut à l’album une nomination pour le meilleur packaging en 1974.

Le Rewind : Led Zeppelin Houses of the Holy
Pour illustrer la pochette de l’album Houses of the Holy (1973), le designer Audrey Powell a réalisé un collage qui représente plusieurs enfants nus grimpant sur une colline irlandaise. Ce visuel valut à l’album une nomination pour le meilleur packaging en 1974.

La chanson d’ouverture, The Song Remains The Same donnera son titre au formidable album live de 1976, et devait être un instrumental, mais Plant y a ajouté un texte, et sa voix a été légèrement accélérée en studio. D’yer Mak’er, la chanson au titre imprononçable, est en fait l’écriture phonétique de Jamaica avec un fort accent anglais.

Si ce morceau n’est pas vraiment reggae, il s’inspire en tout cas des techniques du dub et selon Jimmy Page, il est le résultat d’un mix entre une ambiance reggae et un vieux titre des années 50, Poor Little Fool. Il a été repris notamment par les « riddim twins » jamaïcains Sly & Robbie et le chanteur de reggae Eek-A-Mouse. Le titre le plus surprenant de cet album est sûrement The Crunge (qui se retrouva en face B de D’yer Mak’er sorti en single), un funk déconstruit par Bonham qui change le beat et rend le morceau complexe tandis que Robert Plant conclut cette funky jam avec des vocaux à la James Brown.

Physical Graffiti (1975)

Rewind 4, on est au mitan des seventies et pour son sixième disque titré Physical Graffiti, Led Zep joue la carte du double album. La chanson phare est un monstre guitaristique de neuf minutes, Kashmir, écrit sur une période de trois ans.

C’est le désert marocain qui a inspiré Robert Plant pour les paroles, et une version acoustique fut enregistrée en 1994 avec un orchestre marocain et égyptien pour l’album de Page & Plant No Quarter. Le groupe entier considère que ce titre est un de leurs meilleurs, raison pour laquelle il fut joué à presque tous les concerts de Led Zep depuis sa sortie en 1975.

Le Rewind : Led Zeppelin Physical Graffiti
Sorti en 1975, le double album Physical Graffiti marque les esprits avec sa chanson phare Kashmir, un monstre guitaristique de neuf minutes. Considéré par le groupe comme l’un de ses meilleurs titres, ce morceau sera dès lors repris par Led Zep sur presque tous ses concerts.

La couverture de l’album est la photo d’un immeuble new-yorkais à St Mark’s Place, avec des fenêtres détourées qui laissent apparaitre des visages, dont ceux de l’assassin de JFK Lee Harvey Oswald ainsi que du pape Léon XIII, du surréaliste Marcel Duchamp, de l’astronaute
Buzz Aldrin et des quatre membres du groupe. Une technique similaire à celle qu’emploieront les Rolling Stones trois ans plus tard pour Some Girls, que d’aucuns considèrent comme leur dernier grand album. Comme les Clash quatre ans plus tard avec le magistral London Calling, Led Zep fait feu de tout bois et multiplie les incursions dans des territoires musicaux variés, du hard rock au blues en passant par la balade et même le grand orchestre. La critique est unanime et pour le magazine Rolling Stone, Physical Graffiti est « Tommy, Beggars Banquet et Sgt. Pepper réunis en un seul album ».

Le Rewind : Led Zeppelin
Représentant chacun des membres du groupe, ces symboles présents à l’intérieur de la jaquette du quatrième album de Led Zeppelin ont fait couler beaucoup d’encre quant à leur signification. Notamment celui choisi par Jimmy Page (en haut à gauche), auquel certains prêtent une symbolique satanique.

Presence (1976)

Rewind 5, un peu plus d’un an s’est écoulé depuis le triomphe de Physical Graffiti, qui s’est vendu à plus de huit millions d’exemplaires quand le groupe sort Presence, un septième album très mal accueilli par la critique et qui, malgré sa présence en tête des charts britanniques et américaines, reste leur disque le moins vendeur.

Moins de six mois plus tard, le 28 septembre 1976, sort un live filmé, The Song Remains The Same, regroupant les meilleurs moments de trois soirs au Madison Square Garden en juillet 1973. ;On y retrouve bien sûr les classiques du Zeppelin, de Dazed And Confused à Rock & Roll en passant par Whole Lotta Love et l’inévitable Stairway To Heaven magistralement interprété. Là encore, la critique fait la moue et
reproche au projet d’être surproduit. La nouvelle version éditée en 2007 inclut trente minutes de musique en plus, mais toujours pas Kashmir.

Quant à la jaquette, le dessin d’un cinéma abandonné dans un studio londonien, elle est une nouvelle fois l’œuvre d’Hipgnosis tandis que les notes de pochette sont signées Cameron Crowe, journaliste du magazine Rolling Stone devenu cinéaste à qui l’on doit notamment Jerry Maguire, Presque Célèbre et Remember My Name, le documentaire sur David Crosby.

Il y raconte notamment une anecdote étonnante : Le soir du troisième concert, juste avant d’entrer sur scène, le groupe apprend qu’un braquage du coffre-fort de leur hôtel a eu lieu, faisant disparaitre près de 200 000 dollars, les recettes de la tournée. Le mystère n’a jamais été résolu et Page a plus tard déclaré : « On me demande toujours si ce vol a été mis en scène pour ajouter du drame à notre documentaire, mais ça n’était pas le cas. C’est quelque chose d’entendre ce genre de nouvelle juste avant de monter sur scène. Soudain on est face au public déchainé, on donne tout ce qu’on a, et puis on redescend vite à la fi n du show quand on réalise que non, ça n’était pas une blague ».

Presence
Enregistré dans l’urgence à Munich en 18 jours seulement, mixage compris, l’album Presence reçoit un accueil très mitigé. Il est néanmoins certifié triple disque de platine aux États-Unis et disque de platine en Grande-Bretagne.

Le film du concert devint un classique des séances de minuit aux États-Unis, précédant de quatre ans la séparation du groupe. Cameron Crowe a une fantastique formule pour résumer ce qu’était le Zep : « C’est le son de quatre instrumentistes, musiciens chevronnés, qui se sont retrouvés dans un sous-sol miteux de Londres en 1968, ont joué Train Kapt-A-Rollin’ et ne se sont jamais retournés ».

Découvrez le dernier Rewind par Olivier Cachin consacré Bob Dylan.


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