David Bowie « Divine Symmetry » : d’Hunky Dory à Ziggy

0
334

Avec quelques mois de retard, Parlophone célèbre le 50e anniversaire d’Hunky Dory, le premier chef-d’œuvre certifié de la discographie de David Bowie. Riche de 4 CDs et d’un Blu-Ray audio alignant 48 titres inédits, Divine Symmetry, disponible depuis le 25 novembre, retrace également à l’aide de maquettes, de sessions radio à la BBC et de performances live les prémices de la création du plus fameux alter-ego du musicien polymorphe : Ziggy Stardust.

Pochette de l'album de David Bowie : Divine Symmetry 
Le coffret Divine Symmetry comprend 4 CD et un Blu-Ray audio de 48 titres inédits.

Double-actualité de fin d’année généreuse pour les fans et collectionneurs de David Bowie : Moonage Daydream, le documentaire « immersif » de Brett Morgen distribué en salles en septembre dernier, bénéficie de la parution simultanée d’un DVD/Blu-ray et de sa bande originale. Point d’orgue d’une année 2022 entamée par la sortie officielle de l’album inédit Toy, le coffret 4-CDs/Blu-Ray audio Divine Symmetry propose une nouvelle incursion dans les archives du Thin White Duke. A l’instar du double-CD The Width of a Circle (2021) dédié à la période entourant la gestation de l’album The Man Who Sold The World, ce luxueux volume détaille les étapes successives de l’élaboration d’Hunky Dory, le premier sommet discographique de la carrière de David Bowie.

Nouvel élan créatif

1971 est une année phare pour Bowie, qui découvre les Etats-Unis, rencontre Andy Warhol, Lou Reed et Iggy Pop, se met à composer au piano et quitte Mercury Records pour rejoindre le label RCA. Au lendemain de l’échec commercial et critique de The Man Who Sold The World, David Bowie est porté par un nouvel élan créatif encouragé, entre autres, par la naissance en mai de son fils Zowie (le futur réalisateur Duncan Jones). Partagée entre les murs d’Haddon Hall, sa propriété située dans le quartier de Beckenham, et les modestes studios d’enregistrement londoniens de Radio Luxembourg, cette phase d’écriture prolifique entamée à l’automne 1970 se traduit par une remarquable série d’ébauches pop/folk, à rebours des embardées progressives et électriques de The Man Who Sold The World.

Pochette de The Man Who Sold The World
Après l’échec commercial et critique de The Man Who Sold The World, David Bowie dévoile une série d’ébauches pop/folk.

Circonscrite entre novembre/décembre 1970 et juin 1971, cette période constitue le contenu du premier des quatre CDs du coffret Divine Symmetry. Intitulée The Songwriting Demos Plus et présentée en ordre chronologique, cette sélection de 16 titres entièrement inédits se divise entre maquettes solo ou en groupe, enregistrements impromptus et démos gravées sur acetate. Divine Symmetry dévoile les versons initiales des toutes premières chansons envisagées pour l’album. Un choix qui permet de découvrir plusieurs compositions écartées du tracklisting final : malgré leur absence dans Hunky Dory, « How Lucky You Are (aka Miss Peculiar) », « Right On Mother », « Looking For A Friend » et « King of The City » portent déjà la flamboyante signature musicale de David Bowie, entre pop, rock, folk, chanson, cabaret et inspirations néo-classiques.

« Shadowman », qui sera retravaillée pour l’album Ziggy Stardust, puis trois décennies plus tard pour le projet Toy, une reprise de « Waiting For The Man » du Velvet Underground enregistrée dans une chambre d’hôtel de San Francisco lors d’une interview avec le magazine Rolling Stone et le sombre « Tired Of My Life », dont la mélodie vocale et les accords seront recyclés dans « It’s No Game » (Scary Monsters, 1980) côtoient les prototypes de quelques futurs classiques du répertoire de David Bowie : interprétées en solo à la guitare 12-cordes, au piano ou avec le concours du batteur Henry Spinetti, du bassiste Les Hurdle et du guitariste Ricky Hitchcock, « Quicksand », « Kooks », « Queen Bitch », « Song For Bob Dylan » et « Life On Mars », apparaissent dans leur forme quasi-définitive. D’une qualité sonore variable – de l’optimal aux acetates saturés -, mais d’un intérêt historique certain, ces passionnants titres de travail traduisent l’épanouissement d’un singer-songwriter en état de grâce.  

La métamorphose

Passée l’exploration des coulisses d’Hunky Dory, retour en train connu avec BBC Radio In Concert : John Peel, le deuxième disque du coffret. Intégralement dédié à la performance donnée le 3 juin 1971, le CD propose les versions stéréo et mono d’un set crédité à David Bowie and Friends. Ce collectif comprend les habitués d’Haddon Hall Dana Gillespie, Geoff McCormack, Mark Pritchett et George Underwood. Bowie est également entouré d’une formation incluant le guitariste Mick Ronson et le batteur Woody Woodmansey, de retour après avoir participé à l’enregistrement de The Man Who Sold The World. A leurs côtés officié le bassiste Trevor Bolder pour son premier engagement au sein d’un groupe que David Bowie baptisera bientôt The Spiders From Mars. Déjà parue dans le coffret Bowie at the Beeb paru en 2000, cette prestation laidback délivrée sur le plateau du légendaire animateur/DJ John Peel est augmentée de quatre titres supplémentaires, « Queen Bitch », « The Supermen », « Song For Bob Dylan » (chantée par George Underwood) et « Andy Warhol », interprétée par Dana Gillespie. La documentation des nombreuses visites de David Bowie sur les ondes britanniques au tournant des années 1970 se prolonge dans le troisième CD, sous-titré BBC Radio Sessions And Live. Dans l’émission Sounds Of The 70s, une session intimiste enregistrée le 21 septembre 1971, Bowie est uniquement accompagné de Mick Ronson. Le tracklisting de Divine Symmetry en profite pour offrir quatre plages absentes de Bowie at The Beeb, « Kooks », « Fill Your Heart », « Amsterdam » (repris à Jacques Brel) et « Andy Warhol ».

Après avoir dévoilé une partie d’Hunky Dory sur les ondes de la BBC, David Bowie s’attaque à sa transposition scénique, quelques semaines avant la sortie de l’album. Si les concepteurs du coffret ont décidé de faire l’impasse sur la première apparition de Bowie au festival de Glastonbury en juin 1971, Divine Symmetry offre la primeur de la performance du Friars Club d’Aylesbury, capturée dans la banlieue de Londres le 25 septembre. Disponible de longue date dans une version bootleg au son médiocre, cette captation bénéficie d’une excellente source console, en dépit de quelques « rustines » intégrées afin de compenser la dégradation de la bande master d’origine∗. Rejoint à mi-parcours par les futurs Spiders From Mars, David Bowie se révèle en bandleader charismatique au cours d’un concert dominé par les nouveautés d’Hunky Dory et quelques reprises choisies de Chuck Berry, du Velvet Underground et de Jacques Brel, présenté comme un « French singer » (sic). Devant 500 spectateurs -dont le futur batteur de Queen Roger Taylor-, Bowie entame sa métamorphose en superstar du glam. Dans le livret de Divine Symmetry, David Stopps, le promoteur du Friars Club, se souvient d’un échange d’après-concert : « Je vais devenir une énorme rock star et la prochaine fois que vous me verrez, je serai complètement différent », lui lance ce soir-là un Bowie prophétique.

Hunky Dory Deluxe

Contrairement à la majorité des albums de David Bowie de la première moitié des années 1970, Hunky Dory n’avait jamais bénéficié d’édition augmentée, hormis le CD publié par Rykodisc en 1990. Alternative Mixes, Singles and Versions, le quatrième CD du coffret Divine Symmetry comble cette lacune en intégrant une sélection de mixes et des prises alternatives. Parmi ces titres sélectionnés par Ken Scott, ingénieur du son et coproducteur d’Hunky Dory, on trouve la première parution stéréo du rare « Lightning Frightening » (aka The Man) », des versions brutes de « Quicksand », « Fill Your Heart », « The Bewlay Brothers » et la prise complète de « Life On Mars », conclue par une intervention non-censurée de Mick Ronson, irrité par la sonnerie intempestive d’un téléphone (« for fuck’s sake ! »).

  • photographie de David Bowie par Brian Ward
  • photographie de David Bowie par Brian Ward (noir et blanc)
  • photographie de David Bowie par Brian Ward

Quid du Hunky Dory original ? Le LP paru en novembre 1971 trouve sa place dans le coffret via un Blu-Ray audio 96 khz/24-bit stéréo sublimant les luxuriants arrangements de cordes de Mick Ronson. Ce cinquième disque est complété par des morceaux choisis des quatre CD audio d’un ensemble au packaging haut de gamme. Illustré par une photographie de Brian Ward issue prises de vue de la pochette d’Hunky Dory, Divine Symmetry contient un somptueux livre relié de 100 pages incluant des notes de pochettes détaillées, des revues de presse, de la memorabilia et des clichés iconiques signés, entre autres, Louanne Richards, John Mendelssohn et Andy Warhol. Un fac-similé supplémentaire de 60 pages reproduit un fascinant scrapbook renfermant des textes en chantier, des grilles d’accords, des setlists – sans oublier une comptabilité personnelle ! – rédigés de la main de David Bowie.

En alignant des classiques intemporels et leurs variantes méconnues (48 inédits au total !), Divine Symmetry∗ circonscrit généreusement l’ère Hunky Dory et le premier jalon artistique majeur de la carrière de David Bowie. Le répertoire doré de ce coffret anticipe également la déflagration imminente de The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars, dont les premiers titres ont été gravés au cours de cette même période. Rendez-vous en 2023 pour une parution similaire qui devrait emmener les Bowiemaniaques jusqu’aux portes des étoiles, et au-delà.

  • Vinyle David Bowie « Divine Symmetry »
  • Coffret David Bowie « Divine Symmetry »

∗ Pour des raisons techniques, « Queen Bitch » est le seul titre absent de la performance.
∗ Une édition vinyle simple highlights du coffret sera disponible en février 2023.


Donnez votre avis !

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.